CHAPITRE II
dirait jailiies ensemble d'une même inspiration ^ . II n'y a qu'à les comparer avec tant d'autres venus après pour voir la diirérence qu'il y a entre la grâce simple, naturelle, expressive et la banalité vide d'idée et d'émotion. Beaucoup de ses cantiques ont fait le tour du monde ; ils ont pris possession de l'âme populaire en Chine, en Océanie, aussi bien que dans les campagnes de France; et cela aussi est un critérium de leur valeur musicale qu'il n'est pas permis de dédaigner.
Louis Lainbillotte n'ignorait pas la technique de son art. « Ceux qui ont entendu ses improvisations sur l'orgue, à Brugelette et ailleurs, savent que le contre-point lui était familier, et que, s'il n'avait pas toujours été préoccupé de l'exécution facile de ses compositions, il aurait pu réussir dans un genre qui offre moins de difficultés réelles au compositeur qu'à ses interprètes -. » Mais il était avant tout un mélodiste. Il ne fait pas de difficulté de déclarer, à rencontre de la mode du jour, que la mélodie est pour lui les trois quarts, sinon le tout, de la musique. « La mélodie, dit-il, est une émanation de l'âme... L'âme a des mélodies pour la joie, pour la douleur, pour la piété... La mélodie habite nos temples; elle s'y plaît, elle aime à prêter son charme aux saintes poésies, aux cantiques sacrés. Là elle est calme et fervente comme la prière, sainte comme le Dieu qu'elle chante, sublime comme la Majesté qu'elle loue...; elle se réjouitavec l'âme pieuse et fidèle; elle gémit et pleure avec le pécheur repentant... » Aussi, dût son esthétique paraître enfantine et attardée, il conclut : « C'est à la mélodie que les compositeurs doivent leur gloire, leur immortalité... Une musique, sans mélodie, c'est un cadavre... Tous apprécient une inspiration vraie, spontanée, puisée dans la nature, vivifiée par le sentiment... Elle a aussi ses ennemis; ce sont ces
1. Les paroles des Chants ù Marie sont l'œuvre de dilTérenls confrères du P. LainhilloUe, les PP. Henri et Florent Dumas, Marin de Boylesve, Daniel, Le Lasseur, Lefèvre, Dufour, Alet, etc.