CHAPITRE II
mon Père, Beatif... Que vous êtes heureux de comprendre cela, non pas en spéculation, mais en pratique ' ! » Ce n'étaient point là les sentiments de quelques âmes exceptionnellement avancées dans les voies mystiques. Le Provincial de France atteste qu'il les a rencontrés chez tous ses religieux : « Le cœur, écrit-il, paraît bon partout. On se félicite d'avoir à souffrir quelque chose pour Notre-Seigneur. Il me semble que l'esprit de foi y gagne et s'affermit tous les jours dans le peu d'ouvriers que nous avons conservés avec nous 2. »
Ces « ouvriers », demeurés en France au lendemain de la tempête de 1830, étaient en effet bien peu nombreux: au total 56 prêtres, avec quelques frères coadjuteurs, disséminés sur tous les points du pays. Leur existence ne présente guère de faits saillants; il est même souvent difficile de suivre leurs traces, obligés qu'ils étaient à éviter tout ce qui aurait pu attirer l'attention sur leurs personnes. Six mois après la Révolution de Juillet, le Père Gury écrivait: « La maison de Paris n'est plus habitée que par quelques frères coadjuteurs. Les PP. Varin, Jennesseaux, Barat, Fouillot et Martin logent dans des maisons particulières, déguisés en laïques. Il paraît que le gouvernement actuel n'ignore pas leur séjour à Paris, mais il ferme les yeux. Ils travaillent beaucoup, mais sans bruit et avec prudence ^. »
Le Père Varin, Supérieur de la Maison Professe de Paris i, avec deux de ses compagnons, avait trouvé un asile chez les Augustines du Saint Cœur de ]Marie, établies alors au n° 26 de la rue de l'Arbalète. On a vu plus haut comment il avait été la providence de cette communauté lorsque, quelques années auparavant, elle était venue se
serez bienheureux... » (Lettre du Père Renault au R. P. Rootliaan, 7 janvier i83i .)
1. Notice historique sur le Père François Renault, par le Père Achille Guidée. P. 49 Paris, Douniol, i864.
2. Lettre du Père Druilhet au Père Général, Lyon, i5 mars i83i.