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Au Père Général, Lyon, 17 janvier i83i

l\. C'est le titre que portait alors la maison de la rue de Sèvres.

réfugier à Paris. Elle s'estima heureuse de pouvoir alors payer sa dette de reconnaissance, en mettant à la disposition des Pères un logis qui lui appartenait. Ils y passèrent trois ans. Le Père Ronsin avait du s'éloigner de la capitale sitôt après le triomphe de l'insurrection ; les diatribes des journaux et des pamphlets avaient excité de telles colères contre le directeur de la Congrégation ^ qu'il n'aurait pu y rester sans danger pour sa vie. 11 alla littéralement se cacher dans une demeure hospitalière en Normandie et y resta deux ans, s'employant avec zèle aux ministères les plus humbles. Il rentra à Paris au moment où le choléra y faisait rage. C'était pour un fils de saint Ignace une trop belle occasion de se dévouer. Le Père Druilhet écrivait de Bordeaux: « A Paris, j'ai trouvé tous nos Pères occupés autour des cholériques. De toutes les résidences on m'a écrit pour me demander la même faveur ^. »

Le Père Ronsin eut alors tout à la fois la douleur et la consolation d'assister à ses derniers moments un de ses fils spirituels, reçu par lui dans la Congrégation et devenu prince de l'Eglise. Le cardinal de Rohan, archevêque de Besançon, se trouvait à Paris pendant les sanglantes journées de Juillet. Il fut arrêté, insulté, frappé au visage, séquestré, et n'échappa à la mort qu'à la faveur d'un déguisement et d'un concours de circonstances providentielles. Réfugié en Belgique, puis en Suisse et enfin à Rome, il ne se décida à rentrer dans son diocèse que pour porter secours à son troupeau ravagé par le choléra. Des fatigues excessives épuisèrent ses forces en quelques mois. Comme il visitait les prisons le jour de Noël, il fut atteint d'un mal dont les progrès ne laissèrent bientôt plus d'espoir. Se sentant frappé à mort, il exprima le désir .de revoir son ancien confesseur. Le père Ronsin

I. A la demande de l'archevêque de Paris, le Père Ronsin avait dû se démettre de sa charge de Directeur de la Congrégation, à la suite des Ordonnances de 1828. Mais, pour les libéraux et pour le public, la Congrégation et le nom du Père Ronsin étaient à jamais inséparables.

a. Au Père Général, i3 mai i832.

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accourut, et le pieux prélat, encouragé et fortifié par les exhortations de l'homme de Dieu, s'éteignit doucement entre ses bras, le 8 lévrier 1833.

Le Père Charles Gloriot, qui s'était fait une spécialité des retraites pastorales, avait récemment évangélisé le clergé deRennes. Sa vertu, plus encoreque sa prédication, y avait fait une impression profonde, si bien que, quand la résidence de Laval dut se disperser, l'évêque de Rennes, Mgr de Lesquen, estima comme une faveur de lui donner l'hospitalité dans son grand séminaire. Le Père Gloriot n'était d'ailleurs pas d'humeur à y rester inactif. « Nous allons garder auprès de nous ce saint homme, écrivait un jeune séminariste, et de cette manière notre retraite durera jusqu'au bout de l'année ; car Monseigneur a décidé que, au lieu d'un sermon par semaine, il nous en donnerait trois. »

Ce jeune séminariste s'appelait Armand de Ponlevoy. Nous n'avons pas besoin de dire que ce nom rappelle un des religieux les plus distingués de la Compagnie de •lésus en France au siècle passé. C'est dans la Vie du Père de Ponlevoy que nous trouvons la trace du Père Gloriot pendant les deux années qui suivirent la Révolution de 1830. Armand de Ponlevoy était alors un jeune homme pur et fervent, mais indécis sur sa vocation. Il était entré au séminaire pour faire sa Philosophie, mais sans intention aucune de suivre la carrière ecclésiastique; la vie religieuse était encore plus loin de sa pensée. « Cependant, écrivait-il plus tard, je m'étais abandonné si pleinement à la direction de ce saint Père Gloriot que je résolus de me laisser faire et de suivre partout sa conduite. Mais cet homme si sage et si complètement surnaturel ne me parla jamais de l'état religieux, encore moins de la Compagnie de Jésus. Autrement il m'aurait plutôt inspiré de la défiance que de l'attrait ^ »

i. Le li. P. de Ponlevoy, S. J. Sa Vie, par le P. Alexandre de Gabriac,avec un choix d'opuscules el de lettres. 2 vol. in-12. Paris. Ed. Baltenweck. P. 33.

L'appel de Dieu se fit entendre sans intermédiaire à Armand de Ponlevoy, en même temps qu'à un de ses condisciples, Emile Cor. Leur détermination prise, ils s'en ouvrirent chacun de leur côté au Père Gloriot. Celui-ci était en droit de leur écrire après son départ du séminaire : « Vous pourrez attester à qui il faudra que je ne vous avais donné aucune insinuation à ce sujet. Je respecte trop les droits de Dieu. » Mais la voix publique ne pouvait manquer d'attribuer aux manœuvres du Jésuite la décision des deux jeunes clercs. L'évêque lui-même s'en plaignait aimablement peu de temps après à un confrère du Père Gloriot : — « Ah ! ces Jésuites, ce n'est pas sans raison qu'on les accuse de tous les méfaits. — Pourquoi donc, Monseigneur? — Voyez, vous-même. Je les aimais beaucoup. En 1830, je donne asile dans mon grand séminaire au Père Gloriot. Je devais compter sur sa reconnaissance. En retour il me prend les deux meilleurs sujets de mon séminaire. Que vous en semble ? — Je pense, Monseigneur, que c'est Dieu qui vous les a pris, et que vous avez bien fait de les laisser partir. Nous vous en sommes d'ailleurs très reconnaissants. — Les voilà bien, ces Jésuites, conclut l'évêque en riant. Et pourtant, je les aime toujours. * »

Comme les Augustines de Paris, les Sœurs de la Sainte- Famille d'Amiens avaient été l'objet de la sollicitude du Père Varin; on peut dire que la Congrégation lui était redevable de sa vie religieuse. Elle s'estima heureuse de témoigner sa gratitude envers la Compagnie, en recueillant plusieurs des expulsés de Saint-Acheul. Le Père Sellier était du nombre. Mais celui qu'on appelait l'apôtre de la Picardie se trouvait en 183,0 dans une situation analogue à celle du Père Ronsin dans la capitale. 11 était trop connu pour que sa présence ne fût pas un danger pour lui et pour ses compagnons. Il fut envoyé d'abord à l'autre bout de la France, à Montpellier, où il exerça les fonctions

I, Le R. P. de PonUvo)\ etc., p. l\b.

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