CHAPITRE II
nous l'avons dit, reprendre le cours de leur ministère sacerdotal. Toutefois la plus sévère discrétion ne les mettait pas toujours à couvert de désagréments plus ou moins sérieux. 11 n'y avait pas de forfait, au lendemain de la Révolution de 1830, qu'on ne put mettre au compte des Jésuites. Au cours du procès des ministres de Charles X, le commissaire accusateur près la Chambre des Pairs, M. Bérenger, reçut avis d'un soi-disant ancien membre de la Congrégation, nommé Berrié, s'offrantà lui remettre tout le dossier du complot tramé à Montrouge par les Jésuites. La seule énumération des propriétés à incendier était pour faire dresser les cheveux sur la tête. L'imposture était trop grossière pour que l'accusation en fît état; mais elle trouva de l'écho dans la presse libérale.
Vers le même temps, un certain Troclet, jardinier à Verrières, non loin de Montrouge, inculpé pour assassinat, imaginait d'engager les Jésuites dans son affaire : Il n'avait fait qu'exécuter les ordres du procureur de Montrouge. Le Père Jennesseaux fut appelé aux assises; il n'était pas procureur à Montrouge; il n'y avait pas mis les pieds depuis quinze mois avant la date indiquée par l'assassin; au surplus, il n'avait jamais vu Troclet. Un propos du misérable fut rapporté à l'audience, qui expliquait la calomnie : « Si on tuait un homme dans un coin, on n'aurait qu'à dire que ce sont les Jésuites; il n'en serait que cela'. »
L'aventure du Père Besnoin n'est pas moins significative, encore qu'elle prit un tour plaisant, grâce à la bonne humeur de celui qui en fut victime. Le Père Besnoin se rendait à Blois par la diligence; chemin faisant ses compagnons de voyage veulent savoir son opinion sur les ministres de Charles X dont on instruisait alors le procès. Comme le Père s'abstient de les maudire, on en conclut qu'il doit être Jésuite. Il est signalé à la police de Blois qui lui demande son passeport. Le Père Besnoin