‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 6 sur 382 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

adapté aux besoins des temps. (25 Juillet 1832). On n'avait pas admis tous les changements proposés par la Commission; néanmoins le texte nouveau placé en regard de celui de 1599, fait apparaître çà et là une véritable transformation. Elle est sensible surtout en ce qui concerne les Facultés supérieures. Dans l'enseignement de la Théologie des modifications considérables s'imposent en effet, pour le choix et la distribution des matières ; beaucoup de questions qui ont pu être agitées en d'autres temps sont aujourd'hui sans intérêt ; d'autres au contraire appellent l'attention, que l'on pouvait autrefois traiter sommairement ou môme passer sous silence. En Philosophie, la transformation estprofonde, radicale même. Le programme est complètement refondu. Aristote a perdu de son prestige ; on ne prononce même pas son nom. Les Mathématiques et les Sciences de la nature prennent la place qui leur revient ; elles seront enseignées avec les méthodes et l'étendue que le monde moderne réclame. C'est l'objet de deux chapitres entièrement nouveaux.

Pour ce qui est des classes inférieures, et par là le Ratio Studiorum entend les classes de Lettres et de Grammaire jusqu'à la Rhétorique inclusivement, le rajeunissement du Code antique consiste à y faire entrer la langue et la littérature nationale, avec l'Histoire, la Géographie et les éléments des Mathématiques. A vrai dire, l'ancien Ratio ne s'occupait guère de la langue maternelle ; il ne prévoyait pas un enseignement direct et autonome de l'Histoire et de la Géographie ; des Sciences il faisait une partie intégrante de la Philosophie. Le nouveau ne saurait être si exclusivement voué au culte du latin et du grec. 11 admet donc ces divers enseignements; il recommande même d'apporter un soin particulier à celui de la langue et de la littérature du pays ^ Cependant on est loin de les mettre

I. La règle nouvelle prescrit de suivre pour l'enseignement de la langue nationale et l'explication des auteurs la même méthode que pour les langues et les littératures classiques.

sur le pied d'égalité avec la culture des langues anciennes. Le temps leur est mesuré de façon que l'on serait tenté d'appeler parcimonieuse. Histoire, Géographie et Sciences, jusqu'en Rhétorique, sont qualifiées d'accessoires. La langue nationale et les accessoires ont à se partager deux demi-heures par jour, cinq à six heures par semaine. On est surtout préoccupé, en faisant ces concessions, de maintenir la prééminence des Lettres grecques et latines, lesquelles, dit le Père Roothaan, « sont toujours les modèles achevés de la bonne littérature ». « Que si, ajoute-t-il, les exemplaires accomplis de beauté qu'elles renferment étaient mieux connus, nous ne verrions pas sortir tous les jours, de la plume d'hommes d'ailleurs intelligents, des œuvres extravagantes pour la forme aussi bien que pour le fond, qui excitent l'admiration du vulgaire, mais qui, aux yeux des gens de goût, témoignent que la perversion de l'art d'écrire accompagne celle des mœurs. »

Au reste, les nouveaux règlements n'avaient rien de définitif. Le Supérieur Général de la Compagnie demandait seulement qu'on enfitl'applicationconsciencieuse. Les observations auxquelles cet essai aurait donné lieu seraient ensuite communiquées, et nulle innovation neseraitintroduitedans la législation de l'Ordre qu'autantqu'elle aurait reçu la sanction de l'expérience. Or, l'expérience devait montrer de plus en plus l'impossibilité pour la Compagnie d'établir un plan d'études arrêté et applicable à tous ses établissements d'éducation. La Compagnie de Jésus, pas plus qu'aucune autre Société, n'est aujourd'hui maîtresse de son enseignement. L'unité de culture par les humanités grécolatines est abolie sans retour; chaque pays organise ses études comme il l'entend, et en cette matière comme en beaucoup d'autres, la seule règle commune paraît être l'instabilité. Quiconque veut faire de l'enseignement est obligé de- suivre les programmes officiels. Dans ces conditions, il est clair que la Compagnie de Jésus ne pouvait songer à dresser pour ses collèges un plan d'études unique qui eût chez elle force de loi. De fait l'antique Ratio

Page 1