CHAPITRE II
insurrections ouvrières qui furent suivies de répressions sanglantes. Ce fut le prétexte de perquisitions et de tracasseries policières dans les maisons connues pour leur attachement au parti légitimiste; les Jésuites durent plus que jamais, se tenir sur la réserve pour ne pas attirer des désagréments à leurs amis et bienfaiteurs. Cependant dès l'année suivante, leur présence à Lyon n'avait plus rien de mystérieux pour personne. Bien que la prudence ne leur permit pas la vie en commun, la communauté était constituée en droit et en fait. Le Père Pierre Béquet, ancien recteur du petit séminaire de Forcalquier, en est établi le Supérieur à partir du l^'" mars 1832. Cette date peut être considérée comme celle de la fondation de la résidence de Lyon. Elle comptait à ce moment huit prêtres et trois frères coadjuteurs. Le Supérieur habitait, au n° 10 de la rue des Marronniers, au quartier Bellecour, un appartement mis à sa disposition par une noble dame, la chanoinessede la Barmondière, qui préludait aux grandes fondations qu'elle accomplit plus tard au prix de royales largesses. Elle aurait voulu dès lors préparer l'établissement à Lyon d'un collège dirigé par les Jésuites ; c'est apparemment pour entrer dans ses desseins que le Père Béquet recevait, au risque de l'amende et de la prison, quelques enfants auxquels il donnait des leçons de latin. C'étaient les fils du baron de Verna et ceux du docteur Laboré.
Cependant la tranquillité s'étant rétablie, la petite communauté s'installa au mois d'août de cette même année (1832) dans l'immeuble n"* 3 de la rue du Puits-d'Ainay ', qui lui était offert par la famille de Revel de Malval. La maison était vieille, incommode, malsaine et par surcroît avoisinée d'usines fumeuses et bruyantes; mais on pouvait s'y réunir et y reprendre la vie religieuse. Ce fut la première-résidence, régulièrement constituée, de la Compagnie de Jésus à Lyon depuis son rétablissement.
I. Cette rue lonjje le chevet de l'église d'ALnay ; elle s'appelle aujourd'hui Rue Adélaïde-Perrin.
La résidence de Toulouse est contemporaine de celle de Lyon, peut-être même au point de vue du droit pourrait-elle revendiquer la priorité ; la nomination de son premier Supérieur, le Père Michel Leblanc porte en effet la date du 16 décembre 1830; mais, en fait, la situation ici et là était la même ; ce n'est que deux ans plus tard, quand l'horizon politique se fut un peu rasséréné, que la petite communauté de Toulouse inaugura une existence à peu près régulière.
A l'époque où elle fut supprimée, la Compagniede Jésus ne possédait pas moins de cinq établissements dans la métropole du midi : Maison professe, noviciat, scolasticat, collège et pensionnat '. Aussi Toulouse fut parmi les premières villes de France à réclamer le retour des Jésuites 2. Le 15 juillet 1816, le Père de Glorivière écrivait au Père Général: « La ville de Toulouse fait les plus vives instances pour nous engager à y former un établissement. Son archevêque, s'unissant à la demande des familles les plus respectables, m'écrit à ce sujet de la manière la plus honnête et la plus engageante. » Et quelques mois après : « La ville qui nous demande actuellement avec le plus d'instances est celle de Toulouse, capitale du Languedoc, qui nous a toujours été très affectionnée. C'est là qu'était la principale maison d'une de nos Provinces de P'rance qui nous a donné saint François Régis et plusieurs grands personnages qui ont vécu de nos jours, » (20 Mai 1817.) Pendant les dix ans qu'il occupa le siège archiépiscopal, le cardinal de Clermont- Tonnerre multiplia les démarches et les offres pour attirer les Jésuites à Toulouse : « Ce fut d'abord, écrit le Père Richardot, son grand sémir^aire, qu'il voulait nous confier; puis ce fut un collège; mais l'argent qu'on lui avait
I. L'ancien collège des Jésuites est aujourd'hui le lycée; la maison professe était dans la rue qui porte actuellement le nom de Lakanal; api'c.s la suppression, le noviciat, proche du collège, devint le Séminaire de la Mission, aujourd'hui caserne.
a. On se rappelle la Pétition adressée à ce suj'^t à Louis XVIII et la réponse faite par le Roi. Cf. Tome I, p. i4i.