‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 52 sur 382 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

remis pour cet effet a été dépensé pour d'autres œuvres. » (2 Octobre 1823.) Trois ans plus tard on revient à la charge, et le Père Godinot écrit à son tour : « L'archevêque de Toulouse insiste pour que la Compagnie accepte son petit séminaire et une maison de missionnaires'. »

A des requêtes si pressantes et si honorables, renouvelées encore les années suivantes, les Jésuites n'avaient répondu que par des atermoiements; nous avons assez dit pourquoi. Mais on comprend que le vénérable archevêque en ait conçu de l'humeur. Le pauvre Père Godinot essuyait des reproches et ne savait plus guère comment se défendre. Dans une lettre du 24 novembre 1829, il fait part au Père Roothaan du cruel embarras où il se trouve pour s'être excusé une fois de plus devant de nouvelles instances : « Le cardinal, en répondant à la lettre de refus, sans avoir l'air de se plaindre, d'après les raisons qu'on lui donnait, y a mêlé un mot piquantet insinué que, malgré son dévouement à la Compagnie, on paraissait déterminé à ne lui rien accorder, malgré ses demandes anciennes et constamment réitérées. M. Berger, son vicaire-général, m'en écrivit une dans le même temps, beaucoup plus sèche et plus piquante, où il me reprochait de manquer à une promesse positive faite les années précédentes, d'après laquelle ils avaient travaillé à tout préparer, même en faisant des sacrifices et en évacuant une maison occupée par d'autres ecclésiastiques. 11 faisait valoir tout ce que nous devions à Son Éminence... »

C'est la Révolution qui devait avoir raison de la résistance des Jésuites et les amener à Toulouse, réalisant ainsi d'une manière bien inattendue les vœux du pieux archevêque. Il n'eut pas toutefois la satisfaction de les voir accomplis, car il s'éteignit plein de jours et de mérites, au début de cette malheureuse année 1830, qui lui eût d'ailleurs apporté d'amères tristesses. Chassés

1. Urget archiepiscopus Tolosanus pro acceptatione minoris Sentinarii et domus missionariorum. Au T. R. P. Général, i8 mai 1826.

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de leurs demeures, obligés de fuir et de se cacher, les Jésuites qui n'avaient pas passé la frontière, allèrent là où l'on voulait bien les recevoir. Quatre d'entre eux trouvèrent asile à Toulouse. L'administration diocésaine accueillit avec faveur des auxiliaires qu'elle appelait depuis quinze ans. Ils s'employèrent tout d'abord isolément et sans bruit à tous les ministères qu'on voulut bien leur confier, ministères d'ailleurs nombreux et variés; il fallut bientôt envoyer de nouveaux ouvriers pour suflire à la tâche.

Un saint prêtre toulousain, l'abbé Frédéric de Chièze, ancien congréganiste du Père Ronsin, était mort en 1827, laissant par testament l'ancienne église de Saint-Sauveur avec une maison adjacente qu'il avait acquise pour y établir une société de missionnaires, et, si possible, des Jésuites. C'est là que, au mois de novembre 1832, fut installée la petite communauté composée, comme celle de Lyon, de cinq prêtres et de trois frères coadjuteurs. Sa situation ne fut pas tout d'abord sans quelques désagréments; les Jésuites ne se trouvaient pas complètement chez eux; les héritiers du fondateur restaient propriétaires de l'immeuble; un de ses anciens associés avait la haute main dans l'administration de l'église. Cet état de choses devait se prolonger quelques années encore. C'est en 1838 que M. Duportroux fît définitivement et très libéralement abandon de tous ses droits de propriété. Mais la nouvelle résidence n'avait pas attendu jusque-là pour devenir un centre très actif dé piété et d'apostolat. Dès 1834, les registres signalent plus de 20.000 communions distribuées dans la vénérable église de Saint-Sauveur' ; chiffre remarquable pour une population, religieuse à la vérité, mais que le jansénisme

I. L'église Saint-Sauveur, située rue de l'Inquisition, date du temps de saint Dominique qui habita le vieux monastère. Les religieuses de Marie-Réparatrice l'occupèrent après les Jésuites, et aujourd'hui l'archevêque de Toulouse, expulsé de son palais, y a établi sa résidence.

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