CHAPITRE H
perpétue et s'élargit avec le temps. Le flot envahit la sainte montagne à peu près exclusivement les dimanches et jours (le fête. Dès cetteépoquedéjà lointaine on com[)tait en l'espace de quelques semaines de quinze à vingt mille confessions, et sur ce nombre quatre à cinq mille, d'après les notes des missionnaires, embrassaient des périodes de plusieurs années, quand ce n'était pas la vie tout entière. Inutile de dire que par la suite le chiffre des pèlerins de Lalouvesc s'est accru dans de fortes proportions; de nosjours c'est par soixante et quatre-vingt mille qu'ils se comptent annuellement.
Les anciens Jésuites ne s'étaient pas établis à demeure auprès du tombeau de saint Régis. Les Pères chargés de desservir le pèlerinage avaient leur résidence à Annonay, et ils se transportaient à la montagne pendant la belle saison. Tout d'abord leurs successeurs pensèrent faire de même. La maison d'Annonay fut même achetée en 1833, mais heureusement revendue quelques mois après. On se rendit compte que les circonstances avaient changé. Les communications à travers cette région montagneuse étaient déjà beaucoup plus faciles qu'au siècle passé et elles ne pouvaient manquer de s'améliorer encore. Il fut donc décidé que les missionnaires de Lalouvesc y auraient leur domicile et leur centre. De là, pendant ce que l'on pouvait appeler la morte-saison du pèlerinage, c'est-àdire pendant les deux tiers de l'année, ils rayonneraient pour porter leur ministère là où ils seraient appelés.
Ce fut le train de vie de cet infatigable Père Sellier pendant les trois ans qu'il passa encore à Lalouvesc. Son •biographe donne une liste incomplète des bourgs et des villages qu'il évangélisa ; elle prouve que l'âge ne parvenait pas à éteindre l'ardeur de son zèle, non plus que l'éclat de sa voix; il la fit retentir jusque sur l'un des sommets du massif du Mézenc où il prêcha pour la plantation d'une croix en plein pays protestant. Son activité dévorante s'accommodant mal de ses fonctions de Supérieur,
il avait cédé sa charge au bout d'une année au Père Philibert Guillermet. (13 novembre 1833.) Celui-ci n'était pas d'un tempérament beaucoup plus tranquille ; Grétineau- Joly le qualifie de « fougueux »; mais cette fougue se dépensait surtout à tonner du haut de la chaire contre le péché, les vices et les scandales.
Depuis trente ans que les ossements du Bienheureux étaient exposés à la vénération publique, on n'avait pas songé encore à remplacer la châsse d'argent d'autrefois. Ces restes sacrés étaient « renfermés dans un petit cofire de bois, vieux, grossier, pauvre et sans ornement*. » Une des premières préoccupations du nouveau Supérieur fut de leur procurer une demeure plus décente. Sur sa demande l'évêque de Viviers, adressa à ses diocésains une lettre pastorale pour solliciter leurs offrandes. On vit alors quelle place l'apôtre du Velay a conquise dans le cœur d'une population généralement besogneuse et à qui le Père Sellier ne trouvait à reprocher qu'un attachement excessif au peu de bien qu'elle possédait. Du moment qu'il s'agissait d'honorer le saint Père^ toutes les bourses s'ouvraient; les plus pauvres ne refusaient pas leur obole, et on peut citer tel modeste cultivateur qui s'estimait heureux d'apporter une pile d'écus laborieusement amassés ; il y en avait pour trois cents francs. Une châsse eu bronze doré fut exécutée par une maison importante de la capitale, et le 3 septembre 1834, une fête splendide eut lieu sur la montagne de Lalouvesc j)our la translation des saintes reliques. Elles furent portées triomphalement dans une procession. présidée par trois évéques*, et l'on y compta près de cinq cents prêtres, avec une niul|.itude accourue de toute la région et qu'on évalua à plus de 25.000 personnes.