CHAPITRE PREMIER
Studloram est demeuré ce qu'il était, sans addition, ni retranchement. Il reste le seul Code pédagogique élaboré par la Compagnie de Jésus et qu'elle reconnaisse comme sien, qu'elle observe dans la mesure du possible, dont elle s'inspire plutôt qu'elle ne s'y astreint, le regardant comme un moyen, non comme une fin en soi.
A côté du plan d'études qui fut le sien et de la méthode qu'elle revendique, la Compagnie de Jésus montre dans son vieux Ratio Stiidiorum le système d'éducation qui eut ses préférences, tant qu'elle fut libre de son choix. Pas un mot sur les grands pensionnats, l'une des exigences des temps nouveaux, auxquelles elle a dii se plier ; ce qui n'empêche pas les maîtres en pédagogie universitaire d'accuser les Jésuites d'être les inventeurs du régime ^ Mais d'autre part les innombrables Ordonnances des Généraux relatives aux études, spécialement dans Tintérieur de la Société, témoigneraient à elles seules qu'elle n'est pas figée dans l'observation d'un Code intangible, mais au contraire toujours en éveil pour s'adapter aux besoins des temps et au progrès, quand progrès il y a.
La dix-neuvième règle du Professeur de Philosophie d'après la réforme de 1832 porte ce qui suit : « Qu'il fasse en sorte que ses élèves connaissent à fond les moyens de discerner le vrai du faux. Qu'il expose donc amplement et solidement les signes ou critères de la vérité, leurs sources et leurs caractères. » Les rédacteurs de l'ancien Ratio n'avaient pas eu à mentionner spécialement ce chapitre de la Logique générale ; l'avènement du cartésianisme obligea
I . Sans doute la Compagnie de Jésus ne s'interdisait pas dans le passé de recevoir et de diriger des pensionnats (convictus). On trouvera dans la coUection des Monumenta paedagogica de nombreux règlements relatifs à ces sortes d'établissements. Mais il n'en reste pas moins que le Code scolaire ofliciel de la Compagnie, celui qui fait partie de son Institut, les ignore complètement.
l'enseignement de l'école à s'en occuper; mais il venait de prendre une importance nouvelle par le fait d'une crise qui n'était pas encore complètement conjurée à l'époque dont nous parlons.
Le mennaisianisme fut en effet pour la Compagnie de Jésus renaissante un ferment de trouble qui menaça profondément la paix au dedans, alors que les ennemis du dehors l'attaquaient avec tant de violence. En cette même année 1829, Lamennais venait de publier son livre Des progrès de la Révolution et de la guerre à l'Église. On y lisait, à l'adresse des Jésuites, une phrase à laquelle les circonstances donnaient, en dépit de sa modération apparente, la portée d'un verdict de condamnation : « Que leur Institut, si saint en lui-même, soit exempt aujourd'hui d'inconvénients même graves, qu'il soit suffisamment approprié à l'état actuel des esprits, aux besoins présents du monde, nous ne le pensons pas. » L'illustre écrivain avait formulé jadis sur l'Ordre de saint Ignace un jugement bien différent. Dans les Réflexions sur l'état de l'Église publiées en 1808 et réimprimées dans les Mélanges en 1819, il avait loué en magnifique langage « cette Société fameuse, qui ne sera jamais remplacée que par elle-même, objet de haine pour les uns, de vénération et d'amour pour les autres, signe de contradiction parmi les hommes, comme le Sauveur même des hommes, au service de qui elle s'était consacrée »,qui, « comme lui, passa en faisant le bien et comme lui ne recueillit pour récompense que l'ingratitude et la proscription ». h' Ami de la Religion \ après avoir mis en regard les opinions successives du grand homme poursuivait : « Qu'est-il donc arrivé qui l'ait forcé à changer de sentiment? Gomment les Jésuites ontils démérité à ses yeux? Il ne faut pas se le dissimuler;
I. L'Ami de la Religion et du Roi. Tome LIX, p. 67. Il y eut une troisième phase dans les sentiments de Lamennais à l'égard de la Compagnie de Jésus. En 1887 parurent les Affaires de Rome. Le prêtre révoUo décliargeait sa colère sur l'Église et sur le Pape; les Jésuites ne pouvaient manquer d'avoir leur part d'injures.