CHAPITRE II
aussi loin que possible, ont a])outi... Toutes les formes qui m'étaient prescrites ont été scrupuleusement suivies ; aucune précaution n'a été négligée. Dans cet état de choses, j'ai dû, conformément à mes instructions, me hâter de conclure, et c'est ce que j'ai fait. Vous m'aviez à cet égard donné toute la latitude nécessaire. Il n'y a donc plus à revenir sur cette affaire ; elle est terminée. Le Père Druilheta reçu de ses Supérieurs Tordre de quitter Saint- Marcel (Lj'on) et de se rendre à Saint-Augustin (Fribourg), où il s'abouchera avec Léonard (le marquis de Foresta). Il en recevra les instructions et les moyens nécessaires pour se rendre en toute hâte au poste qui l'attend. »
Le Père Rozaven confirmait etcomplétait les renseignements du négociateur en écrivant de son côté au baron de Damas :
« ... Il pourra vous attester qu'il n'a éprouvé de notre part aucune difficulté, aucune résistance. Il y a quatre ans, nous eussions sans doute montré une répugnance invincible à accéder à une semblable proposition; mais aujourd'hui, les circonstances étant si différentes, nous pensons qu'on ne verra dans notre promptitude à Faccepter que la preuve du dévouement le plus entier et le plus désintéressé, et c'est ce qui nous à déterminés à entrer dans vos vues dès la première ouverture qui nous a été faite...
« Vous n'ignorez pas. Monsieur le baron, que tout membre de notre Compagnie doit, autant que possible, avoir son compagnon. En conséquence nous vous donnons le double de ce que vous demandiez, et le second est bien en état d'aider le principal et même de le suppléer en cas de besoin. Il n'est pas nécessaire que Je vous dise qu'il ne peut être nullement question d'appointements. L'entretien convenable à de pauvres religieux, c'est tout ce qu'ils peuvent accepter. Ils auront toute la récompense qu'ils peuvent désirer si Dieu daigne répandre ses bénédictions sur leur ministère et si le succès répond à
l'attente qu'on a bien voulu s'en former. Paissions-nous, après deux siècles et demi, donner une nouvelle preuve de la reconnaissance éternelle que notre Compagnie a vouée au grand monarque dont votre auguste élève porte le nom ! » (15 Avril 1833.)
On comprend maintenant l'invitation faite au Provincial de Lyon, dans des formes étranges, d'avoir à se trouver au collège de Cliambéry, vers le 20 avril, pour y entendre une communication le concernant. Dans l'intervalle il avait reçu de la môme provenance un pli ((u'il devait remettre à la personne chargée de lui notifier les ordres de ses Supérieurs.
Le Père Druilhet partit donc, emmenant avec lui conformément à de nouvelles instructions, le Père Etienne Déplace et le Frère Dutel coadjuteur. Au jour dit, il se trouvait au rendez-vous et y rencontrait le Père François Renault, arrivé de Rome peu auparavant, qui l'informait de vive voix de tout ce que nous venons de raconter et lui faisait ainsi connaître la fonction bien inattendue à laquelle il était appelé. En retour, le Père Renault recevait, par le pli confié au Père Druilhet, sa propre nomination à la charge de Provincial de France. Apparemment le Père Renault était déjà averti, et il n'y avait pas pour lui de surprise. Mais quelle dut être celle du Père Druilhet en se voyant imposer un fardeau auquel bien certainement il n'avait jamais pensé ! Ce n'était pas trop de tout l'esprit d'obéissance d'un vrai fils de saint Ignace, pour accepter sans résistance, et disons le mot, pour se résigner.
II passa les quelques jours dont il pouvait disposer à mettre son successeur au courant des affaires de la Province ; ils allèrent ensemble à Annecy voir le Père de Mac-Garthy qui touchait à ses derniers moments * ; après quoi ils se séparèrent, le Père Renault rentra seul
I. Cf. Tome I. P. 216. Ils assistèrent à la cérémonie des derniers sacrements qui lui furent administrés par l'évêque, Mgr Rey. Le P. de Mac-Cartby mourut le 3 mai.