‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 83 sur 382 · CHAPITRE Jll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Jll

« ^I. l'abbé Guyon a terminé à la fin de décembre (1834) dans la cathédrale de Versailles un cours d'instructions (on évitait le mot de Mission, mais ce n'était pas autre chose qu'une Mission) qui a duré plus de six semaines et qui a été constamment suivi. Il y avait deux discours par jour, un le matin et un le soir. L'auditoire se recrutait dans toutes les classes de la population. Les réunions ont été toujours fort paisibles, et il n'y a pas eu de tentative pour exciter du trouble. Seulement quelques libéraux attardés sont allés se plaindre à la préfecture. D'après eux c'était un scandale, après la Révolution de Juillet, de tolérer encore semblables exercices. Le préfet, M. Aubernon, les calma en leur représentant que ces exercices avaient lieu dans l'intërrieur d'un édifice destiné au culte et que personne n'était obligé d'y assister.

« Au cours de ses instructions, le prédicateur en est venu à parler du sceau de la confession; il a insisté sur ce fait que, au milieu de tant de scandales qui ont affligé l'Eglise en divers temps, jamais le secret de la confession sacramentelle n'a été trahi. On lui a opposé un fait raconté dans un ouvrage, Souvenirs de la Marquise de Créquy ,(\\n vient de paraître et qui a beaucoup de vogue. La marquise affirme qu'un curé du Maine, ayant révélé un secret reçu en confession, fut jugé et condamné au Parlement de Rennes. Le fait est sûr; car la marquise donne des détails très circonstanciés et très précis. On est donc allé aux informations ; on s'est adressé à l'évéché du Mans ; un grand vicaire, l'abbé Bournault, a été chargé par l'évêque défaire une enquête. Son rapport, daté du 16 décembre, est sous nos yeux... » On y voit ce qu'il faut penser de • cette vilaine histoire. De toutes les indications, qui donnent au récit un air d'exactitude, pas une n'est véridique. En particulier, le Parlement de Rennes n'a pu connaître l'affaire, car le Maine se trouvait dans le ressort du Parlement de Paris; d'ailleurs personne dans le pays où elle aurait eu lieu n'en a jamais entendu parler, et pourtant les vieillards n'y manquent pas qui vivaient déjà à l'époque

OÙ l'on place l'événement. Le récit que l'on prête à la spirituelle marquise n'a donc pas plus de valeur historique que tant d'autres « bavardages de salon dont les faiseurs de Mémoires amusent la crédulité publique » ',

Telle était la conclusion du grave chroniqueur de L'Ami de la religion et du Roi^ à la suite du vicaire général du Mans. Le Père Guyon l'avait de son côté développée devant son auditoire de la cathédrale. C'était peut-être faire beaucoup d'honneur à une calomnie ramassée dans un ouvrage apocryphe. Personne aujourd'hui ne prendrait la peine de réfuter sérieusement les commérages publiés par le comte de Gourchamps sous le titre de Souvenirs de la marquise de Créquy. Mais on n'était pas encore, en 1835, saturé de ce genre de littérature; cette lourde compilation en sept volumes était, si l'on peut dire, le livre du jour.

L'autre épisode de la Mission de Versailles nous reporte à trois siècles en arrière, au temps des « GoUoques » entre théologiens catholiques et ministres de la Réforme. Une personne, qui songeait à passer au protestantisme, proposa au Père Guyon d'accepter une discussion avec le pasteur Pyt, lequel était alors en renom de science parmi ses coreligionnaires de Paris. Le missionnaire y consentit. L'assistance devait se composer d'un petit nombre de personnes désignées par chacun des adversaires. Le Père Guyon choisit des hommes notables de Versailles, les uns catholiques, les autres protestants; le pasteur arriva escorté d'un groupe de femmes protestantes.

La conférence eut lieu le 12 décembre dans une salle de l'évêché de Versailles. 11 avait été convenu que chacun aurait la parole à son tour pendant un quart d'heure. Sur la demande de M. Pyt, le Père , Guyon parla le premier. « Il exposa les preuves qui établissent que l'église protestante n'est pas la véritable église de Jésus-Christ. Quand le tour de M. Pyt fut venu, au lieu de répondre aux arguments de son adversaire, il se jeta sur d'autres sujets,

I. Cf. L'Ami de la Beligion et du Roi. Tome LXXXIII, lo janvier i835, pp. i3oet 190.

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