CHAPITRE III
parla du Pape, de l'église romaine, de saint Pierre qui n'était jamais venu à Rome, etc. M. Guyon voulut le ramener à la première discussion. Il lui demanda comment, dans son système, il pourrait expliquer des textes très clairs de l'Écriture : Die Ecclesiae... Si Ecclesiam non. audierit... Haereticum devita... Posait episcopos regere Ecclesiam Dei^ etc. Tout cela ne peut s'appliquer au système protestant. Où est en effet l'Eglise qu'on est tenu d'écouter? Où les évéques chargés de gouverner l'Église... » Interrogé s'il tenait la doctrine de Luther ou celle de Calvin, M. Pyt ne voulut pas répondre. Au sujet de la divinité de Jésus-Christ, il hésita d'abord; mais voyant quel avantage il allait donner à son contradicteur, il déclara prendre à son compte les paroles de l'apôtre Thomas : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu. De son côté, « M. Guyon refusa de répondre aux difficultés de détail, demandant qu'on éclaircît la question capitale posée par lui tout d'abord ; autrement on passerait sans cesse d'un objet à un autre. Et ainsi s'écoulèrent les deux heures de la conférence. » Gomme il arrive en pareil cas, on n'avait abouti à aucune conclusion précise et chacun restait sur ses positions.
Le lendemain M. Pyt fit proposer une nouvelle conférence, où le public serait convié. Le Père Guyon récusait le suffrage de la multitude et n'acceptait qu'une assistance restreinte d'hommes capables d'apprécier la valeur des raisons. Il fallut renoncer à recommencer la joute. Le missionnaire se contenta donc de traiter en chaire, dans une sériede discours, des caractères de la véritable Église, lesquels se trouvent dans l'Église catholique et ne se .trouvent que là. Quant au ministre du Saint Évangile, il se hâta de publier une brochure, sous le titre de Quelques mots à M. Guyon^ où il rendait compte de la conférence, et naturellement se donnait à lui-même tout l'avantage. Une Revue protestante. Le libre examen^ fut au contraire très réservée sur la victoire du champion de son parti. Cette victoire même lui parut plutôtdouteuse. «M. Guyon,
dit-elle, posa en principe qu'il fallait un juge des controverses, puisque l'Evangile n'est pas toujours clair; ce qu'il prouva par les divisions entre les chrétiens, et surtout entre les protestants. » Or, la Revue convient que l'argument resta sans réponse ; du moins le ministre ne répondit pas directement ; « il n'arriva jamais sur le terrain où l'abbé avait placé la discussion ^ »
Le Père Guyon laissa le pasteur Pyt se décerner des couronnes. Ce n'est pas qu'il fût embarrassé pour lui adresser aussi quelques mots. Nous avons trouvé dans ses papiers des notes manuscrites sur les sujets de controverse avec les protestants ; elles fourniraient plus que la matière d'un juste volume. Sur ces questions, comme sur beaucoup d'autres, il pouvait dire qu'il était « plein de discours »^. Mais l'infatigable missionnaire n'avait pas le loisir de s'attarder en discussions sans utilité comme sans issue. L'obéissance l'envoyait faire sa troisième année de probation. Depuis douze ans, il n'avait pas connu de repos. La Mission achevée, il partit pour Saint-Acheul; il allait enfin se recueillir dans le silence elles exercices de la vie intérieure. D'après le Diaire de la maison de Paris, on aurait distribué 15.000 communions dans les églises de Versailles le jour de Noël, où se clôturait la Mission. Alors même que ce gros chiffre devrait être réduit quelque peu, les prédications du missionnaire avaient donc obtenu un assez be^u résultat; il eût mieux fait peut-être de n'y pas ajouter une de ces conférences contradictoires dont le moindre inconvénient est de n'aboutir à rien.
Nous avons vu que, à partir de 1830, le Provincial de France avait fixé sa résidence à Lyon. Le Père Renault