CHAPITRE III
y vint prendre possession de sa charge le 1^' mai 1833. Il trouva la petite communauté partagée en deux groupes, celui de la rue duPuits-d'Ainay et celui de la rue des Marronniers; il donna ordre de se réunir au Puits-d'Ainay, où il se proposait d'appeler j)lusieurs prêtres qui n'avaient pas terminé leur noviciat. En effet, au mois de novembre suivant, il y en avait sept, sous la direction du Père Gury, qui était en même temps Supérieur de la résidence. Il ne garda toutefois celte l'onction que pendant quelques semaines. Le Père Druilhet, libéré de sa mission de Prague, venait de rentrer à Lyon. Ses antécédents, la confiance de ses frères, les sympathies personnelles qu'il s'était acquises le désignaient pour le gouvernement de cette maison qu'il avaitfondée, mais où tout était à faire ou à refaire. Il en prit en effet la direction le 19 janvier 1834; le Père Gury garda seulement ses attributions de Père spirituel et de maître des novices, attributions qui étaient devenues sa spécialité.
La résidence comptait dès lors dix-neuf religieux, dont quatorze prêtres. Le local qu'ils occupaient au n" 3 de la rue du Puits-d'Ainay devenait absolument insuffisant ; le séjour en était d'ailleurs malsain et fort incommode à raison des forges et des usines qui l'avoisinaient. Le premier soin du nouveau Supérieur fut de chercher une installation plus convenable. Une excellente occasion se présentait. L'hôtel Roche-Baron, au n° 14 de la rue Sala, était à vendre. On y pouvait déjà trouver place pour la communauté entière, et il était facile de s'agrandir au fur et à mesure des besoins. Il y avait toutefois au préalable un cas de conscience à résoudre. L'hôtel avait été vendu comme bien d'émigré; l'ancien propriétaire prétendait maintenir ses droits et faire opposition. L'affaire fut examinée au Conseil de l'archevêché. Ledit propriétaire ayant reçu sa part d'indemnité sur le milliard des émigrés, l'avis unanime fut qu'il n'avait aucun titre à faire valoir sur son ancienne propriété, pas plus au regard de la conscience que devant les tribunaux civils. Restait
une question plus difficile à résoudre. Il fallait trouver 214.000 francs pour payer l'immeuble. La résidence de Lyon, dispersée en naissant, avait vécu au jour le jour; il pouvait sembler bien téméraire d'assumer une telle charge. Le Père Druilhet s'en rendait compte assurément, mais ses hésitations, s'il en eut, furent de courte durée. Un mois après son entrée en charge, l'affaire était sans doute conclue. Voici en effet le billet que lui adressait Mgr de Pins à la date du 21 février :
« Mon très révérend Père, je me suis occupé cette nuit, aux pieds de Dieu, de l'œuvre dont nous nous sommes entretenus hier au soir... Je poserai la première pierre de l'édifice que vous vous proposez d'élever Ad Majorem Dei Gloriam. Dieu la bénira. Je vous envoie mille francs.
« Recevez, mon très révérend Père, l'hommage du tendre intérêt que je vous ai voué à tous et à vous en particulier. Celui qui vous accompagne ne doute pas non plus des tendres sentiments qui m'attachent à lui*. J'ai posé plusieurs premières pierres dans le diocèse et le bon Dieu a toujours béni. Ma confiance est grande dans la bénédiction que je sollicite pour l'œuvre dont nous nous sommes entretenus hier au soir.
« J.-P. Gaston, Archev. d'Amasie, administrateur de Lyon 2. »
Une libéralité ainsi offerte était pour les Jésuites d'un prix inestimable. Le saint archevêque, on le voit, faisait plus que consentir à leur établissement définitif à Lyon. Lui-même en eût fait les frais, si ses ressources le lui eussent permis. On pouvait alors racheter le beau couvent des Carmes, avec son église et ses dépendances, si magnifiquement étalé à mi-côte de la colline de Fourvière. Mgr de Pins avait dit plus d'une fois aux Pères : «Si j'avais 300.000 francs sous la main, tout cela serait pour vous. » Cette bienveillance du premier pasteur pooir la famille de