‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 87 sur 382 · CHAPITRE 111 IGl · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111 IGl

insurgés et les troupes régulières '. Le sang coula jusque dans les églises où les combattants s'étaient retranchés; il y eut plus de trois cents morts des deux partis et un bien plus grand nombre de blessés. Le 13 au soir, l'insurrection était enfin écrasée. Plus d'une fois pendant ces terribles journées on avait pu craindre que l'avantage ne lui restât, et on sait par expérience que, en pareil cas, les communautés religieuses sont réservées aux pires excès. Mais si l'alerte avait été vive, elle fut de courte durée. Les Jésuites qui avaient dû se disperser pendant l'orage rentrèrent au bout de quelques jours dans la pauvre maison de la rue du Puits-d'Ainay ; les émeutiers n'avaient pas eu le temps de la mettre au pillage.

La joie du transfert dans une résidence plus confortable fut attristée par une autre épreuve d'une nature particulièrement douloureuse. C'est une vilaine histoire sur laquelle on pensera peut-être que mieux vaudrait faire silence. Mais l'Evangile raconte bien celle de Judas, et personne n'estime qu'il en rejaillisse aucun déshonneur sur le collège apostolique auquel il avait appartenu.

Un membre de la communauté, frère coadjuteur, s'était justement laissé prendre par la tentation de Judas. 11 s'appelait Gabriel Colette. Abusant de la confiance qu'on lui accordait il avait commis une série de petits larcins. Il finit par s'enfuir en son pays, après avoir soustrait quelques milliers de francs qui représentaient toutes les réserves de la maison. Arrêté une première fois à Besançon et obligé à restituer sous menace d'être livré à la justice, il s'était imposé de nouveau et avait continué le cours de ses déplorables exploits, payant d'audace et se persuadant que les Pères n'oseraient jamais le dénoncer. Ils usèrent en effet au cours de cette trop longue aventure d'une mansuétude fâcheuse et à peine excusable. Des

I. « On a calculé que les troupes avaient tiré 269.000 coups de fusil et 1.729 coups de canon. » TLureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, tome II, p. 245.

méfaits d'un autre ordre amenèrent enfin le misérable devant les tribunaux. Son cas était passible des assises; il fut condamné le 11 juin à « l'exposition » et à dix ans de travaux forcés. Le Père Fouillot, alors Supérieur de la résidence de Dôle, essaya, comme en témoigne sa correspondance, d'une intervention auprès de la reine Amélie pour obtenir que la peine infamante de l'exposition fût épargnée, en raison de ses antécédents, au malheureux Colette'. Nous ignorons quel fut le résultat de ses démarches.

Quelques semaines auparavant le Père Druilhet avait eu la douleur de perdre un autre de ses religieux, mais dans des conditions plus consolantes. Le Père Roch Legrand était comme lui un ouvrier de la première heure. Ils avaient été reçus l'un et l'autre par le Père de Glorivière, en 1814, à quelques jours d'intervalle. Usé avant l'âge et épuisé de forces, le Père Legrand ne se résignait pas à l'oisiveté ; il venait de donner ses soins à une édition du Bréviaire en un seul volume {Totum), qui eut un grand succès. Il n'entra à la maison de la rue Sala que pour se préparer à la mort. Ses derniers jours furent marqués par un témoignage d'affectueux dévouement que nous nous plaisons à rapporter. Un jeune homme, Henri du Colombier, qui avait été élève du Père Legrand au petit séminaire d'Aix, vint de La Tour-du-Pin à Lyon, s'installa au chevet du malade, et pendant six semaines lui tint fidèle compagnie, lui faisant la lecture et le servant comme un véritable infirmier. En racontant le fait dont il avait été témoin, le Père Gury y ajoute cette très juste réflexion : « On ne sait auquel il est plus honorable, du maître ou de l'élève^. »

En même temps qu'une nouvelle édition du Bréviaire,

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