‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 88 sur 382 · Archiv. Prov. Lugd. VI, p · texte numérisé non relu

Archiv. Prov. Lugd. VI, p

2. Le Père Roch Legrand mourut le 12 août i835, âgé de 42 ans; il avait été précédé dans la tombe par le Père Charles Gentil, ig octobre 1 834. Ce sont les deux premiers Jésuites morts à Lyon depuis le rétablissement de la Compagnie.

CHAPITRK III 163

la résidence de Lyon à ses débuts publiait les œuvres oratoires du Père de Mac-Carthy. Le Père Etienne Déplace s'y employa à son retour de Prague ; il y ajouta une biographie du célèbre prédicateur avec une dédicace à Mgr de Pins. Jusque-là les Jésuites de Lyon remplissaient seulement le rôle « d'éditeurs ». Le premier ouvrage où ils apparaîtront comme auteurs sera un hommage à la glorieuse protectrice de la cité, Notre-Dame de Fourvière'.

Ils ne purent tout d'abord se consacrer à l'un des ministères que la Compagnie affectionne spécialement, l'établissement et la direction des congrégations ; la raison en est toute à l'honneur du clergé lyonnais et de la bonne organisation des paroisses lyonnaises. Chacune en effet avait déjà une ou plusieurs de ces pieuses associations. Cependant la congrégation des Messieurs^ fondée au commencement du siècle parle Père Roger, s'était maintenue dans sa ferveur ; elle se recrutait dans toute la ville et jouissait de l'autonomie avec un aumônier pris en dehors du clergé paroissial. Le Père Roger, ayant été appelé à Lyon sur la fin de 1834, les plus anciens congréganistes se fussent volontiers remis sous sa direction ; pour des raisons de délicatesse l'autorité ecclésiastique ne crut pas devoir déférer à leurs vœux.

Vers le même temps Mgr de Pins confiait aux Jésuites l'administration spirituelle de la prison militaire qui se trouvait à l'autre extrémité de la rue Sala. C'est là que nous voyons débuter, dès la première année de la résidence, le Père Louis Parabère, qui devait pendant trente ans fournir en France, en Crimée et en Algérie, une belle et féconde carrière d'aumônier des soldats. Les Lettres annuelles rapportent que, pour son coup d'essai, il lui

I. Notre-Dame de Fourvière, ou Recherches historiques sur Vautel tutélaire des Lyonnais et sur les principaux événements qui ont retardé ou hâté sa gloire, par l'abbé A. -M. Cahour. Lyon, Pélagaud et Lesne. Paris, Poussielgue-Rusand, i838. 8", liv-449 PP- Avec Dédicace à Mgr de Pins.

fallut préparer à la mort un pauvre garçon, nommé Philibert, qui venaitde passer en conseil deguerre. L'exécution fut retardée, on ne sait pour quel motif, près de deux mois. Le Père ne manqua pas un jour de visiter le condamné qui finit dans d'admirables sentiments de résignation et de piété. Il marcha au supplice en récitant le rosaire. Du reste, Taumônier avait de bonne heure gagné la confiance de son peuple de prisonniers; dès la seconde année de son ministère, il avait la consolation de les voir presque tous remplir leur devoir pascal ; une retraite en règle avait précédé, pendant laquelle beaucoup d'entre eux donnèrent des témoignages touchants de ferveur, jusqu'à refuser de toucher à la viande qu'on leur servait aux jours où l'Église l'interdit. Mieux encore, le Père Parabère réussit à enrégimenter les plus vaillants contre le respect humain, dans une petite congrégation de la Sainte Vierge, qui eut ses réunions avec chant de cantiques et pratiques pieuses «t charitables. Par son influence l'atmosphère de la prison fut sensiblement assainie; le blasphème et l'obscénité se firent plus rares dans les conversations.

Tandis que le scolasticat rappelé de Brigue se reconstituait à Vais, que les Pères dispersés rentraient dans leurs résidences, Avignon attendait encore le retour de ses novices. Le Père Renault avait cru devoir différer leur rapatriement. Depuis son départ pour l'étranger en 1830, ce malheureux noviciat avait eu une existence nomade. Ceux qui se donnèrent alors à la Compagnie, dans la Province de France, y apprirent tout d'abord par leur expérience que la vocation du Jésuite est d'aller en divers lieux sans s'attacher à aucun. Après Une première étape à Gênes, la petite tribu passait, en 1831, à Chiéri en Piémont; l'année suivante, elle est obligée de se partager ; une moitié reste à Chiéri, l'autre va à Estavayer. En 1833, quelques-uns restent à Estavayer, mais le gros de la troupe reçoit l'hospitalité dans une aile du collège de Brigue. En 1834, on se rapproche de la frontière; le

Page 1