‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 89 sur 382 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

noviciat s'installe à Mélan; il compte un total de vingt-sept novices; plusieurs sont originaires de la Savoie, qui appartient au royaume de Sardaigne; mais ils optent pour la France, ce qui ne laisse pas que d'éveiller certaines susceptibilités, d'ailleurs très promptes à s'apaiser. Enfin, aux premiers jours de 1835, le noviciat se retrouve à Avignon après plus de quatre ans d'absence.

Par une lettre du maître des novices, le Père Solente, écrite le mois précédent au Père Général, nous voyons que la police surveilla de très près ce retour de l'émigration; mais ne le jugeant pas sans doute dangereux pour la tranquillité publique, elle laissa faire. Ce n'était du reste ({u'un modeste bataillon, une partie de l'effectif étant demeuré à Mélan. Parmi les nouveaux venus nous voyons figurer Michel Fessard, Alexis Possoz, Louis Saint-Cyr, Armand de Ponlevoy, Maurice Ogerdias, Amable du Bourg, etc. Dans la lettre que nous venons de citer, le Père Solente témoigne que la faveur qui avait accueilli à Avignon leurs devanciers ne s'était point refroidie. Le nouvel archevêque surtout, Mgr du Pont, ne mettait pas de bornes à sa bienveillance. Son affection pour la famille de saint Ignace allait, si nous en croyons les souvenirs de quelques vénérables anciens, jusqu'à lui faire souhaiter de se démettre un jour de sa charge pour mourir sous 1 habit du Jésuite. Transféré à Bourges en 1842, ce fut la pourpre cardinalice qu'il revêtit quelques années plus tard.

Mgr du Pont encouragea de tout son pouvoir la reconstitution de la résidence et du noviciat. Dès la fin de 1835, la maison de la rue Saint-^Iarc ne comptait pas moins de quarante religieux. En attendant qu'ils eussent une église à eux, l'administration archiépiscopale avait mis à la disposition des Pères la chapelle dite de l'Oratoire, vaste et bel édifice en forme de rotonde. Mgr du Pont leur confia en outre. une chapelle que se disputaient deux confréries de Pénitents, respectables par leur ancienneté mais bien dégénérées de la ferveur primitive. Le Père Nicolas Deschamps avait commencé à y introduire la réforme. La

congrégation des ouvriers du Port, dite des Bons-hommes, organisée sur un nouveau plan, réunissait déjà, en 1834, cent quatre-vingts membres partagés en deux sections, celle des hommes et celle des jeunes gens. Cette pieuse association était destinée à connaître une longue période de prospérité, suivie, hélas ! du déclin inévitable des institutions humaines.

Les Annales de la résidence d'Avignon mentionnent encore à cette époque de renouveau une série de Missions dans les villes les plus importantes du Comtat, entre autres Carpentras et Orange. Toute la région était alors sous la menace du choléra qui sévissait à Marseille, à Aix, et gagnait de proche en proche à travers la Provence. Le 27 juillet 1835, le Père Solente écrivant au Père Druilhet lui donnait quelques détails sur la marche du fléau. Avignon n'était pas encore atteint, mais d'un jour à l'autre on s'attendait à l'invasion. Déjà les novices avaient sollicité la faveur d'aller au secours des victimes. Le Père Maître avait répondu qu'il ne donnerait l'autorisation, le cas échéant, qu'à ceux qui auraient l'agrément de leurs familles. Quant aux novices déjà prêtres, il exigeait qu'ils fissent leur demande par écrit. Dieu se contenta de ces généreuses dispositions. Si Avignon ne fut pas complètement épargnée, du moins l'épidémie y fut relativement bénigne, et les jeunes religieux n'eurent pas l'occasion de se dévouer comme leurs devanciers au temps où la peste exerçait périodiquement ses ravages ^

Les circonstances n'étaient guère favorables au recrutement du noviciat; aussi le progrès fut-il tout d'abord assez lent. Toutefois sur la fin de l'année quatre élèves de Fribourg vinrent prendre leur place dans la petite famille ; c'étaient Edouard de Bouchaud, Louis Hélot, Marc Finaz et Victor Mertian. Tous les quatre sont de ceux dont

I . Le F. Florent Claude, scolastique de la Province de France, envoyé à Madrid, en i83o, pour y faire ses études de Théologie, mourut l'année suivante, juin i83i , du mal contracté à l'hôpital au service des choléri<|ues.

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