CHAPITRE III
en qualité de sociiis le Supérieur même de Saint-Acheul, le Père Guidée, lequel, avant de s'éloigner, dut y rassembler les membres épars de son personnel et y établir toutes choses selon les usages des résidences de la Compagnie.
Mais c'était peu qu'un groupe de quinze à seize religieux, Pères et Frères, pour occuper les vastes locaux de l'ancien collège. Dès l'année suivante, on y installa les Pères de la troisième Probation. Jusqu'alors on n'avait pu leur donner ni une maison, ni un instructeur à eux. Ils allaient à Montrouge et suivaient les exercices du noviciat, sous la direction du Père Gury. Après 1830, quelques Pères furent envoyés à Estavayer, en Suisse, où ils reçurent les leçons du Père Godinot. Le Père de Ravignan fut de ce nombre. C'était un organisme qui manquait à la Province de France et qu'il fallait créer de toutes pièces.
La difficulté n'était pas de trouver le local, mais bien plutôt l'homme capable de remplir une fonction dont il est inutile de souligner Pimportance. On peut bien dire que, à ce point de vue, la Compagnie de Jésus lui fait dans son estime une place à part. Lorsque le Père Renault eut décidé l'ouverture du Troisième An à Saint-Acheul, trois noms se trouvèrent en présence; c'étaient ceux des PP. Druilhet, de Ravignan et Fouillot. Différentes raisons firent écarter les deux premiers. On ne pouvait enlever le Père Druilhet de Lyon où il avait chargé ses épaules d'un lourd fardeau qu'il ne convenait pas d'imposer à un autre ; le Père de Ravignan n'était encore dans la hiérarchie qu'au degré de scolastique, n'ayant pas fait ses derniers vœux. Le Père Sébastien Fouillot, plus jeune d'âge, mais plus ancien religieux, entré dans la Compagnie l'un des premiers après les Pères de la Foi, « homme de grand sens et plein de tact », disait le Père Renault, parut le mieux adapté à l'emploi qu'il s'agissait de pourvoir. Le Père Gury, dont il avait été le disciple, lui rendait un témoignage où la note élogieuse
ne s'accompagne pas de superlatifs, l'austère maître des novices n'en faisait guère usage, mais la sobriété n^ême de l'expression en garantit la valeur : « Bon religieux, du talent, sait bien sa Théologie dogmatique et morale, bon esprit, jugement droit; mais depuis bien des années a continuellement des maux de tète qui le fatiguent beaucoup et souvent l'empêchent de s'appliquer. Cette infirmité fait qu'il ne peut guère prêcher, et d'ailleurs il n'aurait guère de talent pour la chaire; il s'entend surtout à donner des retraites et à diriger les consciences. »
De ce portrait tracé en 1829 on pouvait déjà tirer un horoscope. Le Père Fouillot serait un maître de la vie intérieure et un conducteur d'âmes, A la date où nous sommes arrivés, l'état de sa santé le faisait passer par une de ces épreuves que la Providence ménage d'ordinaire à ceux qui sont appelés à soutenir les autres dans les heures critiques de la vie. Au Père Druilhet qui avait toute sa confiance, il écrivait : « Dieu m'anéantit à un point dont il n'est pas possible de se faire une idée, quand on me voit aller extérieurement. Voilà plusieurs mois que je n'ai littéralement rien fait ni rien pu faire. Vous verrez que ce que j'ai toujours prédit s'accomplira, que je deviendrai le fardeau le plus inutile de la Compagnie... II faut quelque résignation pour supporter une telle destinée. » (20 Juin 1834.)
Celui qui désespérait ainsi de lui-même fut en réalité un des religieux qui ont le mieux mérité de la Compagnie de Jésus en France au dix-neuvième siècle. Il allait diriger, pendant plus de trente ans sans aucune interruption, cette « école du cœur », selon l'expression de saint Ignace, où ses fils viennent « se travailler eux-mêmes », et recevoir la trempe d'âme particulière qu'il a rêvée pour eux^
Le Père de Ravignan fut désigné pour aider le Père Fouillot et le suppléer au besoin, en qualité de ministre.
I. Le P. Sébastien Fouillot, né à Vesoul le 5 novembre lygS, entre au noviciat de Montrouge le 28 octobre 1816, instructeur du Troisième An 1834, mourut à Aix ]e 20 février 1877.