A. de Ponlevoy, Op. cit., p. iG
Deux chiffres nous permettront d'apprécier le renouveau d'activité apostolique qui suivit l'arrivée des Pères du Troisième An à Saint-Acheul. Au bilan de ses œuvres de 1835-1836 la maison pouvait inscrire 26 Missions et plus de 4.000 prédications.
Avant d'être appelé aux graves fonctions dont nous venons de parler et dont il ne devait plus sortir jusqu'à l'épuisement de ses forces, le Père Fouillot avait été chargé de reconstituer la résidence de Dôle. Comme à Saint-Acheul un scolasticat de Théologie avait été installé dans l'ancien pensionnat de cette ville. Nous avons vu comment et sous le coup de quelles menaces les Jésuites durent l'abandonner au lendemain de la Révolution de 1830. Il fut alors occupé par un orphelinat des Filles de la Charité. Ce ne fut que vers la fin de 1832 que les PP. Henri de Raze et Victor Oiidet purent rentrer à Dôle et y exercer à la dérobée quelques modestes ministères, tant était vive et tenace dans une partie de la population et surtout dans le monde officiel l'animosité contre « le Jésuite ». La passion politique y sévissait avec une àpreté due sans doute au tempérament de la race. Nulle part les Jésuites n'avaient été désirés et appelés avec plus d'empressement ni plus d'enthousiasme ; nulle part non plus, maintenant que le pouvoir était passé au parti adverse, ils ne devaient rencontrer opposition plus acharnée.
La petite communauté, composée d'une douzaine de religieux, s'était réinstallée au mois de novembre 1833. Comme on célébrait cette année-là un jubilé,' les Pères f.urent invités à donner à cette occasion une série de prédications pendant le temps de l'Avent. Mais à la première annonce, le curé de Dôle reçut avis de la souspréfecture que l'administration ne pouvait, par crainte
I. Accordé par Grégoire XVI à roccasion de son exaltation. La Bulle est datée du 2 décembre i832.
de désordre, tolérer la présence des Jésuites dans la chaire de l'église paroissiale. On crut satisfaire l'autorité en transportant les exercices du jubilé dans la chapelle de l'hôpital. Immédiatement ordre fut donné d'en fermer la porte au public. On apprenait le lendemain par la Sentinelle de Dôle qu'un grand péril avait été conjuré, car le dessein des Révérends Pères était de profiter de l'occasion du jubilé pour prendre possession de tous les établissements publics de Dôle; heureusement l'énergie du sous-préfet Marquiset avait « déjoué leur audacieuse entreprise ». Il va sans dire que l'énergique fonctionnaire avait tout d'abord interdit aux Jésuites d'ouvrir leur chapelle aux personnes du dehors. Le Père Fouillot se rendit à Paris pour réclamer auprès du ministre de l'Intérieur, M. d'Argout, contre l'arbitraire de son subordonné. On le paya de bonnes paroles, mais en lui recommandant d'éviter tout ce qui pourrait appeler l'attention sur lui et ses confrères.
Au mois d'avril suivant, un incendie dévora presque complètement le pauvre village de Tavaux, à deux lieues de Dôle. La population se trouvait sans abri et sans ressources. Devant une telle détresse, le Père Fouillot n'écoutant que son cœur avait fait savoir que l'on pouvait envoyer tous les enfants chez les Jésuites; la place ne manquait pas pour les recevoir. On lui en amena plus de cinquante; les petites filles furent promptement placées dans des familles charitables; quant aux garçons, on les garda près de deux mois ; on les envoyait en classe chez les Frères, et pour le reste les Pères se chargèrent d'y pourvoir. La sous-préfecture ne manqua pas de faire entendre une désapprobation énergique contre cette nouvelle entreprise des Jésuites. C'était un pensionnat qui se reconstituait chez eux; puis cela leur valait une popularité très fâcheuse. Cependant le sous-préfet ne poussa pas le zèle pour « l'ordre légal » jusqu'à fermer le pensionnat et jeter les pensionnaires à la rue. Dans le courant du mois de juin, ils furent les uns après les autres rendus à leurs