‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 97 sur 382 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

familles, un seul excepté, un bambin de cinq ans, qui était mort comme un prédestiné entre les bras du Père Fouillot^.

La situation de la résidence de Dôle restait' bien précaire. Le successeur du Père Fouillot, le Père Emmanuel Bayard écrivait, quelques jours après son arrivée : « Me voici transplanté dans le beau parc que vous connaissez, sans savoir si j'aurai le temps d'y prendre racine... Nous manquons de tout; la sacristie a été dévalisée... L'effervescence paraît se calmer; mais je ne sais quand nous pourrons reparaître en chaire. Le nouveau maire est bon et ferme ^... » (3 Novembre 1834.)

En parlant d'effervescence, le Père Bayard songeait aux faits récents qui avaient agité la région. La République avait été proclamée à Arbois; elle avait failli l'être à Ghalon et à Dijon; le régime issu de la Révolution de Juillet semblait aux agitateurs trop rétrograde et surtout trop clérical; le retour des Jésuites, la tolérance dont il usait à leur égard n'étaient pas la moindre preuve de ses tendances réactionnaires. Dans ces conditions on s'explique les rigueurs exceplionnelles dont la pauvre résidence de Dôle était l'objet de la part du Gouvernement. C'était une manière de se justifier vis-à-vis des gens qui lui faisaient grief de sa mansuétude. Quoi qu'il en soit, les Jésuites ne pouvaient s'attendre à se voir de sitôt traités avec un peu d'indulgence et d'équité. On en jugera parla lettre suivante que M. Persil, ministre de la Justice et des

I. Le P. Fouillot donne sur cette mort des détails touchants dans une lettre du 20 juin i834. Archiv, Lugd. XXI, p. 5ao. ' 2. M. Dusillet, dont les habitants de Dôle ont voulu perpétuer le souvenir en donnant son nom à une rue de la ville. Le P. Fouillot écrivait au P. Druilhet, le 20 juin i83/j : « Le nouveau maire est excellent; il m'a rendu hier la visite que je lui ai faite. Dans l'une et l'autre circonstance il s'est montré on ne peut mieux disposé pour nous et comme indigné de ce qui s'est fait à notre égard. C'est un homme religieux, dévoué aux bons principes; il a déjà été maire autrefois, et on lui doit tous les établissements religieux de la ville auxquels est confiée l'éducation. »

Cultes dans le Cabinet dit du 12 Mars, écrivait à l'évêque de Saint-Claude, le 31 mai 1835 :

« Monseigneur,

« Mon prédécesseur dans l'administration des Cultes vous fit connaître par sa lettre du 14 janvier 1834 les motifs d'ordre public qui l'avaient déterminé à faire fermer avec apposition de scellés la chapelle que les Jésuites de Dôle viennent d'ouvrir au public. Sur la demande de ces ecclésiastiques et par décision de l'autorité du 4 de ce mois, la levée des scellés a été permise sous la condition expresse que l'usage de la chapelle n'en demeurerait pas moins interdit et que, en cas de nouvelle infraction, les scellés seraient sur-le-champ réapposés. En portant ce fait à votre connaissance je crois devoir aussi. Monseigneur, appeler toute votre attention sur les efforts de ces ecclésiastiques pour sortir de l'obscurité qui les a protégés jusqu'à ce jour contre les préventions populaires. On m'assure qu'ils prennent hautement la dénomination de Jésuites, au mépris des lois qui ont supprimé dans le royaume la Société de ce nom. Ils s'écartent en cela de toutes les règles, sans excepter celles de la prudence.

« Mais c'est principalement sur la nécessité de les écarter du ministère que les circonstances me forcent d'appuyer. Il est inutile d'entrer en discussion relativement au droit des Supérieurs diocésains d'autoriser dans les diverses paroisses le concours de prêtres auxiliaires. Les limites de ce droit sont posées par la loi du 8 Germinal an X. Mais quand même ces règles ne devraient pas être appliquées en rigueur, l'autorité civile et l'autorité ecclésiastique, également intéressées au maintien de l'ordre et de la paix, auront à se déterminer, sur la question des prêtres connus sous la dénomination de Jésuites, par des considérations supérieures. Depuis leur retour à Dôle en 1832, ils ont été tolérés en se livrant paisiblement à

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