CHAPITRE III
leurs exercices dans l'intérieur de leur maison. On leur attribue aujourd'hui l'intention de se produire au dehors et de ressaisir l'influence dont les événements les ont dépossédés. Chacune de leurs démarches trahit cette intention, appelle sur eux les regards du public... Cet état de choses compromettrait gravement l'intérêt de l'ordre public, aussi bien que la paix de votre diocèse et ne saurait se prolonger sans donner lieu de leur retirer la tolérance qu'ils ont obtenue jusqu'à ce jour. Leur communauté sera dissoute du moment qu'ils auront rendu cette mesure
* nécessaire. Il importe qu'ils soient bien prévenus de la ferme résolution du Gouvernement à cet égard, et vous pouvez, Monseigneur, leur rendre un service réel, en ne les appelant pas de leur retraite pour les employer dans le ministère et les exposer à perdre infailliblement tous les avantages de leur position actuelle.
« Agréez, etc. ■»
Malgré sa longueur, ce document valait d'être cité à titre de spécimen. Sa portée dépasse en effet de beaucoup le cas de la modeste résidence de Dôle. C'est tout un système de persécution qui s'y étale naïvement, persécution sans franchise et quelque peu honteuse d'elle-même, à l'usage d'un Gouvernement peu sur de sa force, et soucieux de garder les formes. Des accusations vagues, la paix et l'ordre public troublés par les Jésuites, on ne se met pas en peine de dire comment, mais on l'affirme et on le répète, comme on criait déjà au tribunal de Pilate : Commovet populum, cet homme agite le peuple. Qu'ils restent chez eux, qu'ils se cachent, qu'ils fassent les morts et le Gouvernement usera de tolérance à leur égard. Et, comme
• on ne veut pas se donner l'odieux d'une exécution arbitraire ni l'ennui d'une poursuite juridique, on charge l'évêque de veiller à ce que les Jésuites ne se produisent pas hors de leur maison.
Cette méthode, plus habile que fière, convenait au tempérament de la monarchie de Juillet; comme nous le verrons par la suite, elle ne manqua pas d'en user à l'occasion.
L'évêque de Saint-Claude, ^Igr de Ghamon, qui savait à quoi s'en tenir, fit au Garde des Sceaux la réponse que lui dictait le respect de la justice et de sa propre dignité. Ayant fait ensuite appeler le Père Bayard, il lui donna communication de la lettre ministérielle. 11 n'y avait qu'à s'incliner. Le personnel de la résidence fut réduit de quelques unités, la chapelle publique transformée en oratoire privé, et les quatre ou cinq Pères demeurés à Dôle s'ingénièrent à faire du bien sans faire de bruit. A la fin de cette malheureuse année, ils pouvaient encore apporter à la somme des œuvres quelque 20.000 confessions entendues, et environ trente retraites qui avaient réuni plus de 1.300 personnes.