CHAPITRE IV
I. — La résidence de Laval après i83o. Mort du P. Coince. Le cimetière de Saint-Miche!. A Vannes. La tranquillité n'est pas troublée. Le P. Renault supprime plusieurs petites résidences. Le P. Jean et les Ursulines de Digne. Négociations avec l'autorité épiscopale.
IL — Les Jésuites à Metz. Le commandant Potot. Sa conversion. Commencement de la résidence de Metz. Mort du P. Potot. Les Jésuites et l'armée. A Lalouvesc. Les Jésuites établis au pèlerinage de Notre- Dame d'Ay.
IIL — Une histoire fantastique à la Chambre des Député». M. d'Argout. M. Thiers. Situation inquiétante. Le P. Renault et M. Thiers, M. Guizot et le projet de loi de i836 sur l'instruction secondaire. Les Jésuites expulsés d'Espagne accueillis en France. Un renouveau d'activité apostolique. Symptômes rassurants. Différents témoignages de sympathie.
IV. — Division de la Province de France ; elle forme les deux Provinces de Paris et de Lyon. Quelques difficultés du partage. Le personnel. Les reliques.
Restaient les deux maisons de l'Ouest; l'œuvre de reconstitution entreprise par le Provincial de France y était déjà en bonne voie. La tempête de 1830 n'avait pas épargné la résidence des missionnaires de Laval; mais la crise n'y tut pas de longue durée. On sait que la frénésie d'impiété qui s'était emparée du pays à la suite de la Révolution s'acharna pendant plusieurs années à renverser ou briser les croix. Il y en avait deux à Laval, érigées en souvenir de la Mission de 1816. La belle croix de marbre de la place du Palais de Justice fut sauvée par la municipalité qui s'empressa de faire gratter sur le socle l'écusson aux armes royales. La fureur de la populace
prit sa revanche sur l'aulre croix, adossée à l'église de Saint-Michel; pendant la nuit du 14 juin, elle fut abattue, mise en pièces et jetée à la Mayenne. Les Jésuites ayant recueilli quelques débris du monument les déposèrent dans la chapelle de la Vierge, et le 17 juin célébrèrent une cérémonie expiatoire dont le souvenir fut consigné dans une inscription. C'est donc que, dès lors, les Pères avaient la libre disposition de leur église. La communauté toutefois se trouvait réduite à quatre ou cinq Pères, et ils ne pouvaient plus songer au ministère trop retentissant des Missions. L'un d'eux était le vénérable Père Coince \ qui depuis plus de douze ans ne sortait guère de son confessionnal ; il n'eut rien à changer à ses habitudes au cours de cette période douloureuse dont il ne vit pas la fin. 11 mourut le 10 mai 1833, et, quelques semaines après, le Père Varin écrivait au Père Général : « Quel vide dans la maison et quelle désolation dans la ville ! Le Père Coince était l'apôtre de Laval et de tous les environs. C'est une perte irréparable. » (28 Juin 1833.)
L'année suivante allait ramener des jours plus heureux. En 1834, le nombre des ouvriers apostoliques a presque doublé, et dès 1835 il se retrouve ce qu'il était avant la dispersion. Il paraît bien que la maison avait été quelque temps abandonnée par ses habitants ; les Annales de 1834 la montrent en effet dans un état lamentable de délabrement, résultat du séjour de deux cents soldats qu'on y avait casernes. Il fallut y faire d'importantes réparations avant d'y reprendre la vie de communauté; l'église reçut aussi quelques embellissements, entre autres la statue de saint Michel, œuvre de Barrême, artiste vendéen. On était à la paix, les missionnaires allaient pouvoirreprendre un apostolat trop longtemps interrompu; il y avait parmi eux des hommes de valeur tels que les PP. Arthur Martin, Balandret, Barthès, Chaignon.
A ce moment une malheureuse affaire vint réveiller les