‹ La compagnie de Jésus, esquisse de son histoireChapitre 10 sur 62 · JACQUES LAINEZ · texte numérisé non relu

JACQUES LAINEZ

combien l’Ordre, pour son haut enseignement, et par suite l’Eglise, est redevable à la catholique Espagne.

Ce furent aussi des Pères de la province d’Aragon qui, en 1562 et en 1564, commencèrent les deux collèges de Sassari et de Cagliari, en Sardaigne. Auparavant, le premier Jésuite qu’on ait entendu dans l’île, Pierre Spiga, Sarde luimême, avait fait vivement souhaiter cet établissement.

On eut à se féliciter surtout du développement des deux Germanies. Les collèges, dont Le Jay et Ganisius constataient la nécessité pour l’Allemagne et que saint Ignace, avec eux, avait tant désiré y fonder, aboutirent enfin, dans des centres très importants pour l’action catholique : à Munich en 1559; à Trêves en 1560; à Mayence et à Tyrnau (Hongrie) en 1561 ; à Dillingen en 1563 ; à Braunsberg en 1565. Les deux provinces, trop étendues, durent donc être divisées. La Haute Germanie, qui comptait à la fin de 1562 environ 160 membres, dans six collèges et une résidence, garda les trois collèges de Munich, Ingolstadt, Innsbruck (auxquels s’ajouta ensuite celui de Dillingen), plus la résidence d’Augsbourg ; tandis que les collèges de Vienne, Prague et Tyrnau formèrent en 1563 la nouvelle province d’Autriche. La Basse Germanie perdit son nom en 1564, mais donna naissance aux deux provinces de Belgique et du Rhin. Cette dernière eut les collèges de Cologne, Trêves, Mayence; elle aura 113 sujets en 1565.

En France, le changement de situation que nous raconterons tout à l’heure, conduisit à créer, en 1564, deux provinces : France (ou Paris) et Aquitaine.

Un nouveau champ s’ouvrit en Pologne. Ce pays, où n’avaient fait que passer, comme envoyés du Saint-Siège, le Père Salmeron en 1555 et, un peu moins rapidement, le Père Ganisius en 1558, commença à recevoir l’action de la Compagnie par le collège de Braunsberg, fondé grâce au zèle du cardinal Hosius, évêque d'Ermeland. Ce collège est resté rattaché à l’Autriche jusqu’à l’érection delà Pologne en province (1574).

Hors d’Europe, les successeurs de saint François Xavier continuèrent son œuvre avec succès. En 1562, ils étaient 148, formant la province de l’Inde et desservant douze missions dansl’extrême Asie et une partie de l’Afrique. Au Japon, le nombre des chrétiens augmentait sensiblement, et en 1560,1e Père Gaspar Yillela créait une belle chrétienté à Miako, la capitale, où Xavier avait été si mal accueilli.

Dans l’Afrique du Sud, le Père Gonzalve de Sylveira baptise « l’empereur du Monomotapa », avec une grande partie de ses sujets noirs; mais ce souverain, cédant à l’inconstance naturelle de sa race et poussé parles mahométans, fait mettre à mort le missionnaire (1561); la mission de Gafrerie est temporairement interrompue.

Dès le 12 décembre 1558, le nouveau Général avait adressé à ses missionnaires des Indes et du Brésil une lettre, remplie de paternels encouragements et. de conseils pour faire dignement leur grande et belle œuvre.

39. Approbation par le Concile de Trente (1563). — Toute la Compagnie, sous ce généralat, reçut un précieux accroissement d’honneur par l’approbation que lui donna le Concile de Trente. Le Père Lainez personnellement avait contribué beaucoup

à procurer cette joie à tous ses frères de religion. Quand Pie IV fit reprendre pour la troisième fois les travaux conciliaires, en 1561, le Père Général siégea de droit dans l’assemblée des prélats, avec voix délibérative. Le Père Salmeron revint à Trente comme théologien du Pape, et le Père Ganisius y fut également envoyé par le Souverain Pontife à la demande des légats, qui désiraient profiter de sa science théologique et de son expérience des choses d’Allemagne. Le Jay était mort (1552), mais un quatrième Jésuite assista au Concile en 1562, comme envoyé du duc de Bavière : c’était Jean Couvillon, de Lille, professeur de théologie à Ingolstadt. Dans cette période, surgirent de grands débats qui divisèrent fort les prélats, au point de faire craindre une catastrophe. Les services rendus par les disciples d’Ignace à l’Église et au Saint-Siège, en cette occasion, furent peut-être plus considérables encore qu’ils ne l’avaient été jusqu’alors. La situation était cependant pour eux assez délicate. Les discussions les plus vives eurent lieu dans la 24e session, au sujet de l’origine de la juridiction dès évêques et de l’obligation de résider. Bon nombre de prélats, presque tous espagnols, prétendaient faire définir que les évêques tenaient leur juridiction immédiate de Dieu et ne la recevaient point par le Souverain Pontife ; de plus, les mêmes à peu près s’obstinèrent à vouloir que le Concile, non seulement insistât sur l’obligation de la résidence pour les évêques, mais la déclarât de droit divin. Lainez et Salmeron combattirent l'intransigeance de leurs compatriotes, au grand mécontentement de ceux-ci, qui déchargèrent eur mauvaise humeur en des imputations peu mnveillantes pour les Pères. Mais la grande

majorité de l’assemblée donna raison à Lainez, en s’abstenant des définitions qu’on lui demandait sur les points controversés et se contentant de rappeler les principes admis de tous les théologiens catholiques.

D’autres difficultés graves furent suscitées par l'empereur Ferdinand Ier; il ne trouvait pas dans le concile et chez le Pape assez dé zèle pour les mesures de réforme qu’il désirait, et se préparait à exercer sur les Prélats une pression qui les forcerait de réformer l’Eglise selon ses vues, au besoin sans le Pape et contre lui. Pour éviter cette ingérence, Rome agitait le dessein d’une dissolution hâtive de l’assemblée. La crise fut conjurée grâce au Père Canisiüs que les deux parties consultaient : par quelques concessions réciproques qu’il sut faire accepter, un accord fut ménagé, qui satisfit l’empereur et laissa intacts les droits du Saint-Siège et la liberté du concile.

Une des dernières séances apporta leur récompense aux Jésuites. Le 3 décembre 1563, on décidait que les novices des ordres religieux, leur noviciat fini, devaient être admis à la profession, s’ils en étaient dignes, sinon renvoyés. L’institution des scolastiques de la Compagnie pouvant paraître incompatible avec cette disposition, le Concile ajouta : « Mais par là le Saint Synode n’entend pas innover, ni empêcher la religion des clercs de la Compagnie de Jésus de servir Dieu et l’Eglise suivant leur pieux Institut, approuvé par le Saint- Siège apostolique. » (Sess. 25, c. xvi.)La signification de ces solennelles paroles est accentuée par le fait que la Compagnie avait été jugée diversement, à Trente même, et qu’en conséquence, avant de lui donner leur éloge, les auteurs du décret avaient examiné sérieusement ce qu’on lui ;

reprochait. Elles renferment une véritable approbation du nouvel Institut; et c’est ainsi qu’elles sont interprétées par le Pape Pie IV, lorsque, pour recommander la Compagnie au roi de France Charles IX, en 1565, il commence par lui faire savoir qu’après avoir été confirmée par le Saint- Siège, elle vient d’être « approuvée par le Concile de Trente ».

40. Premier Séminaire (romain) (1564). — La confiance du Pape et des évêques réclamait de la Compagnie des services toujours nouveaux. Le Concile de Trente, dans sa 23e session, par le décret sur la réforme, avait ordonné la création, dans tous les diocèses, de séminaires pour former des prêtres. Nous avons déjà dit que la première suggestion relative à cette importante mesure avait été faite à l’assemblée par le Père Claude Le Jay. Le Saint-Siège tint à honneur d’en inaugurer l’exécution à Rome. Pour l’exemple de tous les diocèses de la chrétienté, le clergé romain devait avoir aussi son séminaire. Ce fut en effet la première préoccupation de Pie IV, après qu’il eut confirmé les décrets du Concile. En 1564, il nommait une commission de cardinaux et de prélats, afin d’étudier, entre autres questions d’organisation pratique, celle du choix des professeurs et directeurs du futur séminaire romain. Après mûre délibération, cette commission, à une grande majorité, opina pour les Jésuites. Ceux-ci n’avaient pas recherché ni désiré pareille charge, assez difficile à concilier avec leur Institut; mais ils ne purent se dérober au désir formel du Souverain Pontife.

Cependant la décision, quand elle fut connue dans Rome, souleva une véritable tempête au sein d’une partie du clergé et parmi les nombreux

Brucker. — La Compagnie de Jésus. 10

professeurs que possédait la Ville éternelle. Convenait-il d’enlever ainsi au clergé séculier la formation de ses recrues ? Lui déniait-on une capacité égale à celle des réguliers? Ces plaintes et des accusations perfides qui y furent mêlées, en particulier contre le Collège Romain de la Compagnie, impressionnèrent pour un temps le Souverain Pontife lui-même. D’ailleurs Pie IV n’était pas entièrement satisfait du genre de vie austère adopté par son neveu, le jeune cardinal Charles Borromée; et l’exagération qu’il y voyait provenait, lui disait-on, de la direction des Jésuites. Mais une enquête, demandée par le Père Lainez, prouva l’inanité de tous ces griefs et ramena la bienveillance du Pape à la Compagnie. Pie IV, non seulement ratifia l’avis de sa commission, mais de plus adressa à l’empereur Maximilien et à | Pélecteur-archevêque de Mayence des lettres, où il justifiait les Jésuites de ces calomnies, qui avaient été aussi répandues en Allemagne. «Elles n’ont d’autre source, disait le Pape, que la jalousie de quelques-uns », qui n’ont pu voir sans chagrin et dépit que nous ayons fait appel de préférence aux bons soins et fidèles services du Collège Romain (de la Compagnie) pour certaines œuvres, et qu’ayant récemment fondé dans cette ville un séminaire, conformément au décret du Concile de Trente, nous lui en ayons confié le soin et le gouvernement, de notre propre mouvement, avec l’assentiment de tous nos Frères les cardinaux de la Sainte Église Romaine. » Ces lettres, datées des 29 et 30 décembre 1564, se terminent parla prière instante aux princes de protéger dans leurs domaines, à l’exemple du Vicaire de Jésus-Christ, les collèges de la Compagnie.

Beaucoup d'évêques, avant de quitter Trente,

avaient manifesté l’intention de recourir à la Compagnie pour l’établissement de leurs séminaires. Nous verrons bientôt quelle fut l’attitude de la seconde Congrégation générale en face de ces vœux épiscopaux. Le prélat le plus pressant et qu’on ne put se dispenser de satisfaire immédiatement, fut saint Charles Borromée : il fallut que, dès 1564, la Compagnie non seulement ouvrît un grand collège dans sa ville épiscopale de Milan, mais prît en même temps charge de son séminaire.

41. Réception en France (1561-1562). — Après l’approbation par le Concile œcuménique, l’événement le plus marquant du généralat de Lainez est la réception légale de la Compagnie en France. Les éclaircissements fournis à la Faculté de théologie de Paris n’avaient pu la déterminer à retirer son inique censure contre les Jésuites; mais ceux-ci, heureusement, étaient mieux appréciés dans un monde moins dominé par les petites passions des docteurs. On commençait à connaître un peu partout les services qu’ils rendaient à la religion en dehors de France et jusque chez les peuples plus lointains. Une traduction française de trois Lettres de S. François Xavier a été publiée à Paris dès 1545. En France même, dès 1553, leurs prédications en Auvergne et dans le Midi avaient déjà des succès qui excitaient la joie des catholiques, avec les alarmes des protestants. D’ailleurs, la jeune communauté de Paris, sagement dirigée par le Père Broët depuis 1552, s’était fait des amis dans tous les rangs de la société, tant par son édifiante régularité, que par les ministères que ne pouvait entièrement lui interdire le mauvais vouloir de l’évêque diocésain : l’abbaye Bénédictine de Saint-Germain-des-Prés, exempte de la

juridiction épiscopale, leur ouvrait son église pour quelques prédications, les confessions et les catéchismes.

En 1560, 25 juin, mourut l’évêque de Clermont, Guillaume du Prat, qui avait tant pris à cœur l’établissement de la Compagnie en France. Par son testament, il voulut doter non seulement son collège-université de Billom, déjà prospère, mais encore celui de Paris. L’effet de ses volontés, attaquées devant le Parlement, demeura suspendu deux ans. Cependant la cause des Jésuites avait l’appui royal. Sous l’inspiration du cardinal de Lorraine et d’autres conseillers, qui leur faisaient comprendre l’utilité du nouvel ordre, surtout contre l’envahissement du protestantisme, les rois François II et Charles IX, après Henri II, ordonnèrent encore jusqu’à cinq fois au Parlement d’enregistrer les Bulles de la Compagnie, sans s’arrêter à l’avis défavorable de Messire du Bellay et de la Faculté de théologie. Le Parlement opposait une inertie calculée ou trouvait de nouveaux atermoiements, réclamant, après l’avis de l’évêque de Paris et des docteurs, celui de l’Assemblée du clergé de France ou d’un Concile national. L’approbation du Vicaire de Jésus-Christ ne suffisait pas aux magistrats férus de gallicanisme.

Cependant l’assemblée du Clergé, réunie à Poissy, en 1561, fit connaître son sentiment le 15 septembre. Elle déclaraitrecevoirla Compagnie, non à titre d’ordre religieux, mais par forme de société ou de collège, et avec soumission à la juridiction des évêques. La majorité des prélats, quoique désireuse de favoriser le plus possible les Jésuites, avait adopté ces restrictions pour faciliter l’adhésion de l’évêque de Paris et d’autres de ses collègues. L’essentiel était acquis.

JACQUES LAÏNEZ (1558-1568)

L’acte de l’épiscopat mit fin aux tergiversations du Parlement. Il enregistra, le 13 février 1562, « ledit acte de réception et d’approbation », et, comme suite, il ordonna de mettre la « Société du collège de Clermont » immédiatement en possession des legs de Mgr du Prat.

La décision de l’assemblée était rendue depuis plusieurs jours quand le Père Lainez arriva à Poissy. Il était venu en France, adjoint par le Pape au cardinal d’Este, légat. Le clergé n’a donc pas voulu, comme on l’a dit, récompenser la polémique du Père Lainez au fameux Colloque. Le Père Général n’a assisté qu’à deux conférences entre les théologiens catholiques et les protestants, et c’est seulement à la dernière qu’il prit la parole, le 21 septembre 1561. Il commença par exhorter vivement la reine régente, Catherine de Médicis, qui était présente, à dissoudre les assemblées particulières et à inviter les prélats et les théologiens français à se rendre au Concile de Trente; puis il réfuta doctement les objections qu’avait apportées Théodore de Bèze contre la présence réelle, et l’essai de Pierre Martyr pour justifier la mission des ministres protestants. D’ailleurs, l’impression produite par ce discours fut considérable, etil avança certainement la cause de la Compagnie en même temps que celle de la religion. Le Père Lainez rendit d’autres services précieux à l’une et à l’autre, pendant les cinq mois qu’il passa ensuite à Paris. Par ses prédications, d’abord en latin, puis en français, par ses visites dans plusieurs collèges de l’Université, par les conseils que son autorité lui permit de faire parvenir jusque dans les plus hautes régions, il dissipa le prestige décevant de l’hérésie et affermit ou réveilla la foi dans beaucoup d’âmes; il encouragea ou

stimula ceux qui avaient mission et pouvoir de défendre l’ancienne croyance et les institutions catholiques. Qu’il ait ou non influé directement sur la sentence du Parlement, celle-ci, sans aucun ; doute, fut dictée par le sentiment du secours que la nouvelle Société apportait contre l’hérésie, dont l’audace croissante n’était pas sans effrayer la majorité sincèrement catholique des magistrats.

Les actes de l’épiscopat et du Parlement, avec ce qu’il constatait lui-même de la situation en France, firent juger au P. Lainez que le moment était venu d’ouvrir à Paris un vrai collège d’enseignement. Dès la fin de 1561, il écrivait de cette ville : « Si Notre-Seigneur daigne prêter sa main comme il a commencé, je pense que mon séjour ici pour quelque temps ne sera pas mal employé. J’ai un extrême désir de voir ici un collège j de la Compagnie avec exercice (enseignement) j florissant. Les collèges de Paris vont déclinant de plus en plus ; j’espérerais les voir reprendre vie par l’exemple du nôtre. Et je crois qu’il y aurait plus de recrues pour la Compagnie et, dans les âmes, incomparablement plus de fruit qu’en aucun pays du monde. »

Après l’arrêt du Parlement du 13 février 1562, recevant la Compagnie comme collège, rien ne s’opposait plus en droit à la réalisation du vœu de Lainez. Le P. Général fit aussitôt chercher des bâtiments plus vastes que ceux qu’habitait sa communauté : on les trouva dans la Cour de Langres, j en plein quartier universitaire ; c’est là que les j classes s’ouvrirent, le 22 février 1564. Le Recteur f de l’Université alors en fonctions, bon catholique, f avait accordé à tous les membres du collège, dit de Clermont, des lettres de scolarité , les faisant

participants de tous les privilèges de l’Université de Paris (5 février 1564).

L’enseignement, au début, embrassa les humanités, la rhétorique et la philosophie. Celle-ci avait pour professeur le célèbre Maldonat. Espagnol, Jean de Maldonado était né en 1533. Après de brillantes études à l’université de Salamanque il y reçut aussitôt une chaire de philosophie et fut promu, une année plus tard, à l’enseignement de la théologie. Au milieu de ses triomphes, le jeune maître entendit l’appel de Dieu, et il le suivit en allant à Rome se faire recevoir dans la Compagnie de Jésus, le 10 août 1562. Il n’était pas encore prêtre, mais fut ordonné pendant son noviciat, et ensuite envoyé à Paris pour fonder le renom du nouveau collège.

Les auditeurs vinrent aussitôt en grand nombre à tous les professeurs de la cour de Langres, mais surtout au P. Maldonat. Il en avait plus de cent après deux mois, et le chiffre alla encore en augmentant. Mais ce succès ne faisait pas l’affaire des collèges voisins. Les efforts des rivaux mécontents réussirent à faire interdire l’enseignement à peine commencé, par autorité d’un nouveau Recteur de l’Université, prétextant nullité des lettres accordées par son prédécesseur. Les Jésuites en appellent au Parlement qui, ne pouvant s’empêcher de reconnaître déjà le mérite des nouveaux maîtres, les maintient dans leurs droits. Alors l’Université engage contre eux un long procès, qui n’appartient plus au généralat du P. Lainez. Nous y reviendrons donc un peu plus loin.

Tandis que l’existence de la Compagnie était encore combattue à Paris, elle prenait un rapide développement dans les provinces.

Il est vrai, à Pamiers, l’essai de collège, tenté vers la fin de 1550, sur les instances de l’évêque, Nicolas de Pellevé, ne put se maintenir contre l’opposition des habitants protestants, qui expulsèrent les Pères, en 1561. Mais, en 1561 aussi, le cardinal de Tournon remplaçait par des Jésuites les régents de son collège-université de Tournon, qui avaient trompé toutes ses espérances. Sept cents élèves se pressèrent aux cours des nouveaux professeurs : la théologie était enseignée par le P. Emond Auger, qui en outre prêchait avec grand succès; la philosophie, par le P. Claude Mathieu. Le cardinal eut la joie, avant ^de mourir (1562), d’avoir établi à Tournon, comme il le désirait, un « rempart de la foi » pour le comté et les régions environnantes.

A Rodez, après les prédications du P. Pelletier en 1562, les habitants joignirent leurs prières à celles du cardinal d’Armagnac, pour obtenir un collège de la Compagnie, qui fut inauguré en octobre 1562; dès l’année suivante (1563-1564), il comptait huit cents élèves. A Mauriac, conformément au vœu de feu Mgr du Prat, s’ouvrit un petit collège en 1563.

Enfin également en 1563, à Toulouse, par l’accord de l’archevêque et des capitouls, et avec des lettres patentes de Charles IX, fut commencé un grand collège, dans une installation d’abord très imparfaite, mais que les Toulousains peu à peu rendront digne de leur cité.

Page 1