‹ La compagnie de Jésus, esquisse de son histoireChapitre 9 sur 62 · JACQUES LA1NEZ · texte numérisé non relu

JACQUES LA1NEZ

il fut arrêté qu’on n’y changerait rien sans motif grave. C’est suivant ces principes que l’assemblée employa plus de deux mois à examiner les difficultés proposées par divers membres sur le texte de saint Ignace. Par suite, un certain nombre de passages reçurent une rédaction plus claire, au moyen de légères retouches; on s’appliqua spécialement à rendre la traduction latine plus parfaite pour la fidélité et la clarté. Le fond même ne fut modifié que dans un très petit nombre de détails, sans conséquence pour l’esprit de l’ensemble.

Les Pères avaient presque achevé leur tâche, quand le Pape fit signifier sa volonté que la Compagnie prît le chœur, au moins sous forme restreinte, et ensuite que le Père Général n’eût de pouvoirs que pour trois ans, avec faculté pourtant d’être réélu après ce terme. L’on obéit, et l’on psalmodia l’office divin au chœur, tant que survécut Paul IV, c’est-à-dire pendant un an. Après cela, une déclaration de son successeur, Pie IV, remit toutes choses en l’état conforme à l’Institut approuvé par Paul III et Jules III.

Au reste, si Paul IV n’a pas voulu laisser aux fils de saint Ignace pleine liberté de vivre selon sa règle, il n’en a pas moins continué à montrer qu’il appréciait les services rendus par eux à l’Eglise. Ainsi, en 1558, ayant reconnu la nécessité d’envoyer de nouveau un nonce en Pologne, il demanda au P. Lainez deux de ses Pères pour l’accompagner comme théologiens. Puis, la Compagnie eut sujet d’être reconnaissante à Paul IV de ce qu’il confirma, en 1559, l’érection du collège d’Évora en université, à la demande du cardinal Henri de Portugal, et de ce qu’il accorda au Collège Romain le droit de conférer à ses élèves les grades en philosophie et en théologie.

LA COMPAGNIE DE JIÉSUS

Le Père Lainez était digne de succéder au Fondateur : il avait beaucoup contribué à étendre le renom de la Compagnie par ses prédications, comme par sa science théologique; et saint Ignace, qui appréciait pleinement ses éminentes qualités, l’avait nommé, en 1552, provincial de Haute- Italie, puis commissaire général d’Italie, pour lui donner occasion de se familiariser avec la pratique du gouvernement. Lainez continua fidèlement la tradition de son prédécesseur, et vit s’accélérer encore le progrès de l’Ordre, déjà en si bonne voie. Les mille membres que l’on comptait en 1556, dans cent établissements, seront, en 1565, au moins deux fois plus nombreux, dans 130 maisons. Aussi Lainez eut à constituer six nouvelles provinces par démembrement des anciennes.

L’Italie, sans la Sicile, fut divisée, dès 1558, en trois provinces : Naples, Toscane, Lombardie. La Compagnie avait là 13 collèges; elle en ouvrit 15 autres jusqu’en 1565.

L’Espagne, qui formait deux provinces dès 1552, et trois en 1554, en eut quatre en 1562. Elle possédait 16 collèges en 1556 ; elle en aura 11 nouveaux avant 1565. Les sujets, très nombreux, qu’elle fournit à l’Ordre durant cette période, sont également remarquables par leur capacité. Les célèbres universités de Salamanque et d’Alcala donnentalors à la Compagnie, nonseulementbeaucoup de leurs plus brillants élèves, mais même plusieurs de leurs professeurs déjà renommés. Les provinces d’Espagne, généreusement, partagèrent avec d’autres le fruit de leur belle fécondité. Les noms des théologiens et des philosophes, que celles-ci ont reçus en ce temps-là, et que nous verrons occuper les principales chaires de la Compagnie à Rome, à Paris et ailleurs, diront

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