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donnaient le plus d’espérances, puis les renvoyaient, bien formés, dans d’autres collèges, où ils apportaient, avec leurs ressources littéraires et scientifiques, les bonnes méthodes d’enseignement.
Il servait aussi de modèle pour l’éducation chrétienne. Un des moyens les plus efficaces à cette fin, et qui du Collège Romain a passé dans tous les collèges de la Compagnie, au grand bien de la jeunesse catholique du monde entier, c’est la Congrégation de la Sainte- Vierge. L’idée première, ou du moins la première réalisation pratique de cette pieuse union, en 1563, est en effet due à un simple professeur de grammaire du Collège Romain, le Frère Jean Léon ou Leunis, né à Liège, en Belgique, et reçu au noviciat de Rome en 1556. Les premiers compagnons de saint Ignace, et leurs successeurs dans l’apostolat des villes et des campagnes, s’étaient toujours efforcés d’assurer la permanence des résultats de leurs missions par des associations, où les plus fervents de leurs auditeurs s’unissaient, dans le double but de s’aider les uns les autres à persévérer dans le bien et d’exercer en commun les œuvres de charité spirituelle et corporelle.
Ce qui distingue l’association de Jean Leunis, c’est qu’elle a pour objet d’honorer la Vierge Mère de Dieu, non seulement parles actes du culte qui lui est dû, pratiqués déjà dans les confréries, mais encore et surtout par l’imitation de ses vertus, afin de mériter ainsi sa protection spéciale dans toutes les difficultés de la vie. Les jeunes gens sont attirés à cette sorte d’union, et par l’aimable dévotion à Marie et par le sentiment que leur faiblesse trouvera son soutien dans la Reine des Anges. Partie de Rome, cette pieuse création a été
introduite successivement dans les collèges de Paris, de Douai, de Cologne, et s’est rapidement propagée dans toutes les maisons d’enseignement de la Compagnie, en Europe et jusque dans les pays de missions. Partout elle a été une admirable école des plus belles vertus; elle a sauvé à des milliers de jeunes gens l’honneur et la santé de leurs âmes, puis leur a donné l’inspiration et le goût de faire le bien sous toutes ses formes.
Une fois connue, la Congrégation parut chose trop catholique et trop salutaire pour être réservée au jeune âge et aux étudiants. Aussi des collèges de la Compagnie a-t-elle bientôt passé dans toutes les classes de la société. Il y a donc eu des Congrégations pour les nobles, les bourgeois, les artisans, les clercs, les prêtres et même les soldats sous les armes. Pour tous elle a porté des fruits de salut inappréciables et elle .a été le principe d’innombrables œuvres de zèle et de charité chrétienne. Nous aurons à reparler plus d’une fois de ses ramifications, de son action bienfaisante, des principaux membres qui se sont fait gloire de lui appartenir.
47. Grégoire XIII, le Collège Germanique et les Séminaires pontificaux. — Le Collège Romain dut beaucoup aux libéralités de Grégoire XIII : elles lui permirent de sortir enfin des misérables bâtisses où il étouffait, et donnèrent à ses habitants des ressources moins précaires pour vivre. Mais ce fut surtout le Collège Germanique qui 'reçut une nouvelle vie de la munificence intelligente de ce Pape. En 1573, les Germaniques, séparés des pensionnaires étrangers, qui furent réunis au séminaire romain, eurent leur maison à eux et, grâce aux donations répétées de Grégoire XIII,
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leur nombre put être notablement accru, tandis que l’entretien convenable était désormais assuré. Pénétré comme il l’était à juste titre de l'importance de ce collège pour la restauration catholique de l’Allemagne, le Pontife ne cessait de stimuler le zèle de ses nonces, aussi bien que des Pères de la Compagnie, à lui chercher de bons sujets. En même temps il prit une mesure qui n’était pas pour faciliter le recrutement des meilleurs, encore moins pour rendre aisée la tâche des directeurs du Germanique; mais elle parut commandée, dans l’Allemagne catholique, par une situation que le Saint-Siège n’était pas libre de changer du jour au lendemain. Donc, vers 1577, Grégoire XIII ordonnait de ne plus admettre, en général, que des jeunes gens de familles nobles et, exceptionnellement, quelques autres qui se distingueraient par des qualités plus qu’ordinaires. C’est que la rénovation du haut clergé allemand était le but principal de la fondation du Collège Germanique. Il y fallait avant tout de bons évêques; mais, vu l’influence des chanoines dans la nomination de ces prélats, il importait également que les chapitres fussent bien composés. Or, on le sait déjà, les canonicats des cathédrales, aussi bien que les évêchés, étaient l’apanage exclusif des nobles. Et par le fait, les chanoines allemands formaient une classe extrêmement dissolue, ne songeant qu a vivre largement des revenus de leurs riches prébendes. On comprendra ainsi que, pour tâcher d'introduire des éléments sains dans ces milieux corrompus, Grégoire XIII ait jugé nécessaire d’attirer le plus possible de jeunes nobles dans le Collège Germanique. Les intentions du Pape furent bien servies : on parvint d’abord à composer de nobles la moitié des élèves; c’est la
proportion observée j usqu’en 1630. Dans la période suivante jusqu’en 1900, les nobles seront au moins les deux tiers et, durant le xviii8 siècle, presque la totalité des Germaniques. L’on a vu qu’à la fin du xvn0 siècle, le tiers des chanoines allemands sortaient du Germanique.
Néanmoins ce séminaire romain ne pouvait suffire pour la rénovation du clergé en Allemagne. Surtout pour la formation du clergé inférieur, d’autres séminaires étaient indispensables, et les Pères de Trente, dans leur décret relatif aux séminaires diocésains, avaient sans nul doute particulièrement en vue l’Allemagne. Mais là ce décret qui, même en France, ne fut exécuté que vers le milieu du xvu* siècle, se heurtait à des difficultés spéciales. Difficulté financière d’abord : beaucoup d’églises, dépouillées par la révolution religieuse, étaient sans moyens pour fonder et entretenir un séminaire ; puis les chapitres, à qui le Concile avait voulu faire supporter une grande partie de la dépense, refusaient leur concours; enfin la plupart des évêques ne possédaient pas dans leurs diocèses de prêtres capables de donner aux jeunes clercs l’enseignement et la direction dont ils avaient besoin.
Ce fut encore le Saint-Siège, en la personne du second fondateur du Collège Germanique, aidé par la Compagnie, qui secourut l’impuissance ou suppléa à l’inertie des évêques allemands par la fondation, en Allemagne même, des séminaires dits pontificaux. C’étaient des pensionnats ( convie ■ tus ) annexés aux collèges des Jésuites, où étaient entretenus aux frais du pape des jeunes gens pauvres, ayant l’attrait et les talents suffisants pour l’état ecclésiastique : ils. suivaient les classes du collège auprès duquel ils vivaient et recevaient,
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en outre des Pères les soins particuliers que réclamait leur vocation.
Le premier séminaire de ce genre fut commencé, sur la proposition du nonce Delfîni, près du collège de Vienne, le 1er janvier 1574 ; Grégoire XIII lui assura la rente nécessaire pour l’entretien de 25 élèves. Des établissements semblables existèrent à Graz en Styrie (1578), à Dillingen en Bavière (1585), à Fulda (1584). Dans ce dernier, qui pouvait recevoir 40 pensionnaires, les trois quarts dés places étaient réservées à la noblesse. Il y eut aussi un séminaire papal à Braunsberg, en Prusse Orientale : la fondation en est due au zèle du P. Antoine Possevin, qui, au retour de sa mission en Suède, fit sentir à Grégoire XIII la misère religieuse des pays Scandinaves et de l’extrême Nord germanique. Ce séminaire, dont l’influence fut très étendue, était doté par le Pape, en 1578, pour cent personnes, y compris les professeurs. C’est également au P. Possevin que la Transylvanie fut redevable d’un séminaire, adjoint au collège de la Compagnie récemment ouvert à Kolozsvâr (Clausenburg) : Grégoire XIII et Etienne Bathory, roi de Pologne et prince de Transylvanie, s’unirent pour cette fondation, si nécessaire à un pays d’où le sacerdoce catholique était pour ainsi dire disparu (1583).
Les Allemands ne furent pas seuls à avoir leurs séminaires pontificaux ; il y en eut également pour les Slaves. Outre celui de Braunsberg, destiné à servir les populations des deux races, Grégoire XIII en fonda un pour les Tchèques à Olmütz, en Bohême (1579). Les Ruthènes eurent le leur à Vilna, en Lithuanie (1582). Ajoutons celui des Illy riens (Dalmates), près Notre-Dame de Lorette (1580).
En Angleterre, l’hérésie couronnée poursuivait le sacerdoce par le fer et le feu. Afin d’en prévenir l’extinction, le célèbre William Allen avait fondé en 1568 un collège-séminaire, à Douai. Il y offrait aux jeunes Anglais l’instruction catholique qu’ils ne trouvaient plus dans leur pays, et s’efforcait de former parmi eux des prêtres décidés à tout braver pour conserver des secours religieux à leurs compatriotes. De là sont en effet sortis beaucoup d’intrépides missionnaires et de martyrs. Les Pères de la Compagnie avaient de tout leur pouvoir aidé l’œuvre à naître et à vivre; en 1575, le P. Mercurian décidait Grégoire XIII à lui allouer une subvention de cent écus d’or par mois. En 1578, Allen obtint du même Pape la fondation d’un second séminaire anglais, à Rome même. Sur sa demande, le P. Mercurian lui accordait d’abord deux Pères pour ce collège; puis, en 1579, les instances réitérées de l’illustre Anglais, appuyées par le Souverain Pontife, contraignirent le Général à accepter pour la Compagnie la charge entière du nouvel établissement. C’est la même année que le P. Everard, toujours pressé par Allen, envoyait les siens partager le ministère périlleux des prêtres de Douai, jusqu’en Angleterre.
Ensuite comme, avec le progrès de la mission dans le pays, croissait aussi le nombre des jeunes Anglais aspirant au bienfait de l’éducation catholique, il fallut multiplier ces collèges anglais du continent. Au commencement du xvne siècle, la Compagnie en dirigeait de semblables, en dehors de Rome, à Saint-Omer, à Liège, à Valladolid, à Séville, à Madrid. De plus, elle en ouvrit d’autres spécialement pour les Écossais, à Rome, à Douai, à Madrid; pour les Irlandais, à Rome encore, à
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Poitiers, à Saint-Jacques de Compostelle, à Salamanque, à Séville, à Lisbonne. Tous ces séminaires britanniques recevaient les secours du Saint-Siège ; ajoutons, pour ceux d’Espagne, l’aide généreuse des rois du pays, depuis Philippe II.
Pour compléter la liste des séminaires pontificaux où la Compagnie a servi le zèle des Papes, en vue de la conservation ou de la restauration du sacerdoce parmi les populations particulièrement dépourvues, il faudrait mentionner encore, à Rome, celui des Grecs et celui des Maronites. Et l’on n’aurait pas achevé de dire tout ce que les Jésuites ont fait pour la formation du clergé; mais nous aurons à toucher encore ce sujet.
Une remarque nécessaire, c’est que la Compagnie a pu se charger de plus de vingt séminaires pontificaux, sans se mettre en contradiction avec le décret XVIIIe de sa seconde Congrégation. Le Pape a bien voulu, en effet, qu’elle ne les acceptât que dans les conditions où elle jugeait pouvoir le faire sans dommage pour elle-même. Pourquoi la 2e Congrégation répugnait-elle à accepter, en général, les séminaires diocésains, tels qu’institués par le Concile de Trente ? C’est qu’en s’y prêtant trop facilement, la Compagnie risquait d’avoir à immobiliser un grand nombre de ses meilleurs sujets dans un seul ministère, an. profit unique d’un diocèse particulier, et au détriment d’autres ministères d’une utilité plus générale. En outre, plusieurs des règles sagement tracées par le Concile aux séminaires épiscopaux, s’accordaient difficilement avec les exigences de l’Institut de la Compagnie : par exemple, la subordination absolue des professeurs et des directeurs à l’évêque ou à une commission épiscopale annulerait l’autorité des Supérieurs de la Compagnie sur leurs
sujets, sans parler des fluctuations et de l’incertitude que les changements d’évêques pourraient apporter dans la haute direction. C’est sans doute à ces inconvénients qu’a voulu parer la 2e Congrégation, dans les conditions qu’elle a fixées pour les cas où il ne serait pas possible de se refuser absolument. La principale, c’est que le séminaire fût uni à un collège de la Compagnie et ne réclamât pas d’autres professeurs que ce collège; il fallait ensuite que cette union fût faite à titre perpétuel et avec une dotation bien assurée; enfin que toute liberté fût laissée à la Compagnie pour le gouvernement de la maison. Si c’était là demander beaucoup à la confiance des évêques, la Compagnie ne pouvait cependant demander moins; autrement, sous couleur de bien à faire, elle aurait abouti à se détruire elle-même. Dans les séminaires pontificaux qui lui furent confiés, les conditions qu’elle désirait étaient réalisées.
48. France. — Premier Procès avec l’Université de Paris (1565). — Le procès que le collège de Clermont avait dû engager, pour la défense de ses droits et la protection de ses élèves contre les violences de l’Université, s’ouvrit devant le Parlement, le 29 mars 1565. Ses adversaires firent tout leur possible pour étendre le débat et mettre en question, non seulement son droit d’enseigner, qui était seul en cause, mais le droit de tout l’Ordre à l’existence, dans la capitale et même en France. Ils réussirent à faire intervenir en leur faveur l’évêque, les curés, la ville même de Paris; et le collège ne vit pas moins de huit avocats se lever contre lui. Cependant un seul réellement plaida, Etienne Pasquier, dont cette affaire retentissante commença la réputation. Il y déploya une
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grande véhémence, et souvent une verve caustique, qu’on louerait volontiers, s’il avait pris plus de souci de la vérité. L'objet réel du procès ne remplit qu’une faible partie de son plaidoyer. Il afHrme que l’enseignement des lettres a toujours été interdit aux Religieux dans l’Université de Paris par ses « lois et statuts ». Mais il ne produit aucun statut dans ce sens et ne pouvait en citer, puisque réellement il n’en existait pas. Il est vrai seulement que, de fait, les religieux étaient bien admis dans la Facullé de théologie, mais n’entraient pas dans la Faculté des arts. Le fait pourtant n’était pas sans exceptions, et la preuve qu’il n’emportait pas une exclusion statutaire, c’est que les Bénédictins Génébrard et Périon avaient pu récemment enseigner à Paris publiquement, le premier les langues orientales, le second la philosophie. L’avocat s’est appliqué surtout à démontrer qu’il n’y a pas, comme il s’exprime, de « compatibilité » entre la « police » des Jésuites et celle de l’Université, d’où l’impossibilité de les incorporer. Ses longues diatribes contre le Fondateur et contre l’Institut de la Compagnie témoignent d’une profonde ignorance, s’il ne faut pas dire d’une insigne mauvaise foi. Quoiqu’il assure avoir tiré des écrits mêmes des Jésuites ce qu’il avance au sujet de leurs « propositions» (ainsi qu’il appelle leurs Constitutions), il a surtout suivi les pamphlets protestants, comme Versoris l’en accusa justement. Ce qu’il incrimine le plus, c’est le quatrième vœu des profès : par ce vœu, les Jésuites, selon Pasquier, « advouentle Pape avoir telle authorité et puissance sur nous tous , que tout ce quil veut , il le peut y). Il a beau jeu à déclamer contre cette façon d’entendre l’obéissance au Pape, qu’il prête gratuitement aux Jésuites. Il
ne s’en tient pas là pourtant; car il passe à exalter le gallicanisme le plus cru, et déclare que, d'après la doctrine de l’Université, le Pape non seulement est soumis au Concile, maisencorene pourrait rien ni contre les ordonnances des rois, ni contre les arrêts des Parlements, ni au préjudice des évêques agissant dans les limites de leurs diocèses. Il a raison de juger cette doctrine incompatible avec celle des Jésuites. Ici Pasquier touchait la corde sensible chez les magistrats devant lesquels il parlait : il le savait bien, et c’est pourquoi il insistait.
L’avocat du collège, Pierre Versoris (Le Tourneur), sans prétentions littéraires, dans une suite de sentences brèves et nettes, réfuta les faussetés avancées par Etienne Pasquier. A ses attaques contre l’Institut de la Compagnie, il oppose l’approbation de toutes les autorités compétentes, du Concile de Trente, du Pape et du clergé de France, du Roi et du Parlement. Quant à l’obligation d’obéir au Pape, les Jésuites l’entendent, dit-il, in licitis. Pour les privilèges que leur confèrent les Bulles du Saint-Siège, ils ont déclaré qu’ils ne s’en serviraient contre les droits de personne, et leur sincérité sur ce point est garantie par toute leur conduite jusqu’à ce jour. Ils ne cherchent pas davantage une situation privilégiée | dans l’Université; car ils se soumettent entièrement à ses lois et statuts : le collège dont ils demandent la réception, ne se distinguera des autres en rien, sinon qu’on y enseignera gratis . D’ailleurs la capacité et le pouvoir d’enseigner, , même les humanités et les arts, leur ont été reconnus dans les approbations qu’ils ont reçues, et qui émanent des mêmes autorités souveraines dont l’Université tient tous ses droits. En
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terminant, Versoris appelle l’attention des juges sur une qualité particulièrement « louable » des maîtres de ce collège : « ils sont précepteurs de mœurs et de science; ce qu’on voit peu souvent ». La comparaison avec ce qui se passait alors dans plus d'un collège de l’Université est indiquée discrètement, mais les magistrats l’ont complétée, et l’on peut penser qu’elle n’a pas été sans influence sur leur jugement.
L’arrêt du Parlement, rendu le 5 avril 1565, appointait la cause, c’est-à-dire la laissait en l’état où elle se trouvait. Les Jésuites pouvaient donc continuer à enseigner, puisqu’ils étaient en possession ; s’ils n’avaient pas obtenu tout ce qu’ils désiraient, la déconvenue était cependant pour l’Université, qui, sans être condamnée, se voyait refuser l’ostracisme qu’elle avait sollicité contre ses rivaux.
La haute Cour eût craint sans doute, si elle avait accordé davantage aux Jésuites, de paraître favoriser Pultramontanisme. Mais elle a dû sentir qu’en donnant raison à l’hostilité universitaire, elle eût mal servi les intérêts de l’enseignement public, de l’éducation, et surtout de la religion. Il ne lui avait pas échappé que, parmi les plus violents antagonistes du collège de Clermont, il y avait bien des hommes de doctrine suspecte, et même des calvinistes reconnus, tels que les humanistes Turnèbe et Ramus. Apparemment, elle savait aussi, comme croyaient le savoir des contemporains, témoins sérieux, que, sur les 14.000 étudiants que l’on comptait à Paris à la date de 1564-1566, le tiers, peut-être la moitié, était infecté de l’hérésie de Calvin; et elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’un collège destiné à réagir spécialement contre cette peste n’était pas de trop dans l’Université.
Brucker. — La Compagnie de Jésus.
En dépit de l’arrêt du Parlement, les vexations de toute sorte, pour empêcher les professeurs jésuites de continuer leurs classes, ne cessaient pas. C’est alors que le Souverain Pontife Pie IV, averti, écrivit à Charles IX sa lettre du 28 mai 1565, demandant la protection royale pour la Compagnie et pour ses collèges de France, en particulier pour celui de Paris. Le pape adressa le lendemain d’autres lettres à la reine-mère Catherine de Médicis, aux cardinaux de Bourbon et de Lorraine, et même aux principaux magistrats du Parlement, pour les intéresser également à la cause des Jésuites. De plus il donna sa recommandation spéciale au P. Possevin, que saint François de Borgia envoyait en France pour essayer d’agir directement à la Cour. Ce Jésuite, aussi habile diplomate que puissant missionnaire, fut bien accueilli de Charles IX. Le 1er juillet 1565, le roi adressait de Bayonne au Parlement des lettres, par lesquelles, « considérant... combien de fruict (les religieux prebstres etescholiers de la Compagnie et Société du nom de Jésus) ont fait et peuventfaire à l’advenir en preschantetinstituantla jeunesse...», il lui commande de « procéder à l’entière vérification et emologation de l’institution dudict Ordre, et en ce faisant leur permettre qu’ils puissent retenir ledict titre de la Compagnie et Société de Jésus, d’ériger et avoir maisons, collèges et églises..., prescher..., instruire et enseigner ceux qui les vouldront ouyr, et généralement joyr de leurs privilèges en liberté, suyvant ce qui leur a esté accordé parle Saint-Siège apostolique... ». Le Parlement ne bougea point; mais l’intervention royale eut du moins pourrésultat une sorte de trêve, dont le collège profita pour étendre encore et perfectionner son organisation et son enseignement.