EVERÀRD ME R CU RI AN
Au mois d’octobre 1565, le Père Olivier Manare, provincial, fit ouvrir par le Père Maldonat un cours de théologie, qui eut aussitôt plus d’auditeurs que nul autre de l’Université. Puis la foule, où se pressaient non seulement les jeunes aspirants à la science sacrée, mais des hommes mûrs de tous les rangs même les plus hauts de la société ecclésiastique et civile, devint telle que les salles les plus grandes de la maison ne suffirent plus à la contenir, et qu’il fallut transporter la chaire du professeur dans la cour. Le succès du maître jésuite tenait avant tout à la solidité, la richesse et la belle ordonnance de sa doctrine : la rigueur scolastique s’y mariait avec les heureux développements, pris aux sources fécondes de l’Ecriture Sainte et des Saints Pères; où il y avait lieu, les erreurs du temps étaient pleinement discutées et redressées. A ce mérite du fond s’ajoutaient les qualités d’exposition, qui alors manquaient aux docteurs les plus fameux de Sorbonne et de Navarre : la clarté du style et une langue, non seulement correcte, mais littéraire, qu’on était surpris d’entendre en des matières où la barbarie était pour ainsi dire de tradition et comme de droit.
Moins brillants, les collègues de Maldonat, dans les chaires de philosophie et d’humanités, n’étaient pas au-dessous de leur tâche et voyaient leurs classes bien remplies. Et le succès du nouveau collège ne fut pas un succès éphémère de curiosité. Six ou sept ans après l’ouverture de ses cours, il était fréquenté par environ 3.000 élèves. Sans parler de l’auditoire exceptionnel de Maldonat, le Père Jean Mariana qui, sur la fin de 1569, lui fut associé dans l’enseignement de la théologie, voyait son commentaire sur la Somme de
saint Thomas écouté par près de 600 auditeurs assidus ; le Père Nicolas Le Clerc en avait au moins 400 à son cours de philosophie ; les Pères Valentini et De’ Maggiori, qui enseignaient les belleslettres, environ 500; plus de 100 assistaient au cours de langue grecque, qui se faisait dès 6 heures du matin. Les régents des classes inférieures s’acquittaient non sans distinction de leurs fonctions plus humbles.
Ce qui faisait le plus d’honneur au collège, et ! ce qui contribuait tout particulièrement à lui gagner les sympathies des familles, c’est que l’éducation morale et chrétienne n’y était pas moins cultivée que l’éducation littéraire et scientifique. C’est pourquoi on avait été obligé, dès le début, de recevoir quelques pensionnaires; et bientôt les parents qui désiraient ainsi mettre leurs en- ; fants entièrement entre les mains des Pères, furent si nombreux que, malgré les agrandissements successifs de la maison, il n’y eut jamais assez de places libres pour toutes les demandes. En 1575, "
le nombre des pensionnaires ( convictores ) au collège de Paris était de 135 ; dix ans plus tard, il dépassait 200 ; ils étaient 300 à la veille de l’expulsion en 1593, et le Père Richeome, qui nous donne ce chiffre, ajoute qu’il y en aurait eu 600, si on avait pu les loger.
Cependant, il faut le dire, la Compagnie n’a jamais pris qu’à regret cette charge des pensionnats; ils emportent une trop large part du temps des siens en des soins presque tout matériels, et de plus l’exposent à compromettre sa pauvreté religieuse ou à être accusée de chercher du «1 gain dans les pensions. Aussi, déjà la première d Congrégation Générale, consultée surlepensionnat ji installé au collège de Coïmbre à la demande du roi (
KVERARD MERCURIAN (1573-1580)
Jean III, ne l’avait approuvé qu’à titre de dispense ou d’exception.
La 4e Congrégation, en 1581, formulera plus expressément le vœu que la Compagnie soit, s’il est possible, entièrement délivrée des charges de ce genre, mais laissera « à la prudence du Père Général à décider ce qui en cette matière sera plus expédient pour le service de Dieu et le bien universel de la Compagnie, suivant les exigences des pays et des personnes ». Cette concession était faite, comme l’indique le décret, surtout au profit des contrées du nord, comprenant la France, où les pensionnats paraissaient nécessaires, tant pour suppléer à la « pénurie des pédagogues fidèles » que pour le bien considérable qu’on y faisait auprès des enfants. Ce que les familles, en effet, recherchaient surtout dans les pensionnats des Jésuites, c’était une éducation plus consciencieuse, une discipline plus vigilante que celles des pédagogies mercenaires du quartier de l’Université.
Quoique ses ennemis fussent loin d’avoir désarmé, le collège de Clermont, après son premier procès, eut une vingtaine d’années tolérables, où il lui fut donné de se faire connaître et estimer de jour en jour davantage. Cette paix relative ne fut gravement troublée que par les étranges accusations d’hérésie, élevées par certains docteurs de Sorbonne contre le Père Maldonat, en 1574-1575. Il s’agissait de son assertion, parfaitement exacte, que l’immaculée Conception de s:- la Vierge n’était pas encore un dogme de foi, et d’une opinion émise dubitativement sur la durée : des peines du purgatoire. Le Père fut pleinement justifié par l’évêque de Paris, Mgr. Pierre de i G°n(ly, puis parle Souverain Pontife GrégoireXIII.
Il avait interrompu ses leçons pour attendre la décision; puis, voyant que celle-ci ne calmait en rien ses adversaires, il pria lui-même les supérieurs de lui permettre d’abandonner une chaire contre laquelle étaient déchaînées tant décolères implacables. Après avoir plusieurs fois résisté à ses instances, le Père Général y céda enfin, en 1576, sur un désir du pape. Grégoire XIII, en effet, méditait alors d’opérer un rapprochement entre l’Université et les Jésuites. Dans cette vue, par un bref daté du 22 avril 1575, il avait chargé les cardinaux de Bourbon et de Guise, avec les évê- h ques de Paris, d’Auxerre, d’Angers et d’Evreux, i d’examiner les causes du conflit, en entendantes tl deux parties, et de le régler ensuite avec la pleine autorité que le pape leur conférait. Le cardinal de : Bourbon, en conséquence de cette commission, et d’accord avec Mgr. Ruzée, évêque d’Angers et i confesseur du roi Henri III, réunissait à Saint- Germain-des-Prés, le 12 janvier 1578, le Recteur «il et les principaux dignitaires de l’Université, ai d’une part, et les Supérieurs des Jésuites de ' l’autre, avec deux conseillers du Parlement et divers personnages de marque. Après que le ; cardinal eut exposé combien le pape et le roi a souhaitaient de voir finir cette querelle, qui ne pouvait être que préjudiciable à la religion, :e les Jésuites supplièrent très respectueusement l’Université, en la personne de son Recteur et des dignitaires présents, de vouloir bien leur accorder l’incorporation. Ils promettaient, en )r retour, soumission entière aux statuts et règlements existants ou qui pourraient être faits, sous la seule réserve de la discipline religieuse vouée le par eux. Ils déclaraient, d’ailleurs, renoncer à K toutes les dignités universitaires, aussi bien au
EVERARD MERCURIAN (1573-1580)
qu’aux avantages pécuniaires et autres semblables, que les professeurs de l’Université tiraient de leurs fonctions.
Invité à son tour à parler, le Recteur commença par répéter la question déjà maintes fois posée par l’Université, si les Jésuites étaient religieux et réguliers ou clercs séculiers. Les Pères répondirent, comme ils l’avaient toujours fait et comme ils venaient de l’expliquer nettement dans leur supplique, qu’ils étaient religieux, mais clercs réguliers, et non moines, et qu’ils étaient autorisés par les Bulles du Saint-Siège, qu’ils firent voir, à enseigner gratuitement la théologie et la philosophie, aussi bien que les lettres grecques et latines. Interrogés ensuite s’ils se soumettraient à tous les statuts de l’Université réformés par le cardinal d’Estouteville, ils protestèrent qu’ils obéiraient, non seulement à ces statuts, mais à tous les autres règlements de l’Université, réserve faite de la discipline religieuse, suivant l’Institut de la Compagnie approuvé par le Saint-Siège. Après quoi, le Recteur promit de consulter l’Université surla supplique des Jésuites, qui lui fut remise par écrit, et de donner ensuite une réponse. Au jour fixé pour recevoir cette réponse, 30 janvier 1578, Mgr. de Brézé, évêque de Meaux, conservateur des privilèges de l’Université, vint déclarer, au nom du Recteur et de toute l’Université, « qu’ils ne voulaient, ni ne pouvaient, sans détriment et violation de leurs privilèges, recevoir les prêtres de la Compagnie dans le corps de l’Université ». Dans cette réponse, les « privilèges » n’étaient qu’un mot, un prétexte ; car ils n’étaient pas en cause : il ne s’agissait, nous l’avons dit, pour l’Université que d’ajouter aux collèges qu’elle avait dans son sein, un
collège organisé comme les autres, et qui assurément lui aurait fait honneur.
Le Souverain Pontife, que ce brutal refus atteignait presque autant que les Jésuites, aurait pu le punir sévèrement, et il l’aurait fait sans doute, si les Pères eux-mêmes ne l’en avaient dissuadé. Il voulut du moins venger leur droit par une parole solennelle ; il le fit par la Bulle Quanta in vinea Domini , où, après l’éloge des travaux de la Compagnie, et confirmant les faveurs déjà reçues de Pie IV et de Pie V pour ses collèges, il lui renouvelle la faculté d’enseigner publiquement les arts libéraux et la théologie, même là où il y a des universités, avec le droit de faire conférer les grades en philosophie et en théologie à tous ses élèves par le Préfet des études du collège, si les officiers universitaires s’y refusent.
Cette Bulle fut envoyée à l’évêque de Paris, avec ordre, si le Général de la Compagnie le requérait, de la publier solennellement et de la faire exécuter, en employant au besoin les censures ecclésiastiques contré les opposants. La Compa- ; gnie se contenta de la consolation que lui appor- 1 tait cette nouvelle et souveraine consécration de ses droits. Au reste l’Université, par les interdictions qu’elle fulminait encore de temps à j autre contre le collège de Clermont, ne réussissait pas à vider ses classes. Son arme la plus I forte était le refus de conférer, à ceux qui avaient fait leurs études chez les Jésuites, les grades de maître et de docteur, nécessaires à qui aspirait aux bénéfices ecclésiastiques. Avec cela i même, elle ne pouvait empêcher les leçons de I théologie et de philosophie des Jésuites d’être ; beaucoup suivies et d’exercer une grande j influence.
EVERÀTID MERCURIAN (1573-1580) 185
En 1577, une année après la retraite du P. Maldonat, on comptait au collège de Clermont 1.200 élèves, et 1.300 en 1580. De 1584 à 1585, on verra parmi eux François de Sales. Ses parents avaient l’intention, en l’envoyant à Paris, de lui faire suivre les cours du célèbre collège de Navarre; mais le jeune saint les supplia de le confier plutôt aux Pères de la Compagnie. Il fit donc sa rhétorique et sa philosophie au collège de Clermont, où sa vertu aimable fit la joie de ses maîtres et l’édification de ses condisciples. Il y fut préfet de la Congrégation de la Sainte Vierge.
49. Collèges et prédications en province. — Cependant les provinces continuaient à dédommager la Compagnie des persécutions de Paris. Les villes principales de France réclamaient l’une après l’autre des collèges, et les hommes manquaient pour les satisfaire toutes. Ainsi les catholiques de Poitiers devront encore attendre assez longtemps le collège qu’ils demandèrent avec de grandes instances au P. Maldonat, après la fructueuse mission qui se donna sous sa direction en 1570, dans le Poitou et la Saintonge. Mais en 1575 s’acheva, par la sanction du Pape et du Roi, la fondation du collège de Bourges, préparée depuis plusieurs années par les offres d’un généreux ecclésiastique et du maire et des échevins. C’est au collège de Bourges que se retira Maldonat, quand on lui permit de quitter sa chaire de Paris, et c’est là qu’il écrivit son célèbre commentaire sur les Évangiles.
En 1580, la Compagnie de Jésus avait en France quatorze collèges, et dans la plupart le chiffre des élèves atteignait, s’il ne dépassait, le millier.
LA COMPAGNIE PE JESUS
De même qu’ordinairement les fondations des collèges ont été préparées par les prédications , celles-ci partout complétaient l’œuvre des collèges.
Legrand missionnaire de cette période (de 1559 à 1588 environ), comme le fondateur de presque tous les collèges de son Ordre dans le centre et le midi de la France, fut le P. Emond Auger. Dans toute l’Auvergne, puis à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse, à Reims, à Metz, à Bourges, à Paris et ail leurs, sa parole éloquente et apostolique provoqua un véritable réveil de la vie catholique et ramena à l’Eglise un nombre incalculable de ses enfants égarés.
Un succès analogue, très considérable, récompensa le zèle des PP. Jean Pelletier, Louis du Coudret, Antoine Possevin, Jean Maldonat et de bien d’autres, surtout dans la vallée du Rhône, dans le Rouergue, le Yelay et le Yivarais, dans le Languedoc, le Poitou, le Berry, la Normandie, la Lorraine, etc.
Gomme tous les missionnaires de ces premiers temps de la Compagnie, ces apôtres de la France ; retirèrent les plus grands fruits de l’enseignement J du catéchisme, commencé auprès des enfants, 1 et bientôt suivi par les adultes de toutes conditions. L’ignorance religieuse était en effet le grand mal de l’époque, en France comme dans tous les pays où le protestantisme put faire des adeptes.
Puis, ce qui ajoutait singulièrement au crédit des prédicateurs auprès des populations même protestantes, c’était leur charité envers les plus abandonnés, les plus malheureux. En 1568, le P. Possevin donnait une mission aux 3.000 galériens de Marseille, et à cette occasion il procurait la libération de 160 d’entre eux, retenus injustement au-delà du terme de leur peine. Observons
EVERARD MEItCURIAN (1573-1580)
du reste que cette pratique de la charité n’était pas bornée au temps des missions : dans tous les collèges, des Pères étaient spécialement désignés pour la visite assidue des prisonniers et des malades dans les hôpitaux, comme aussi pour faire le catéchisme aux enfants et au peuple des campagnes.
Le dévoûment des Pères se montra héroïque, lorsque la peste désola Paris et plusieurs villes de la France, à différentes reprises, surtout pendant les années 1577 à 1586. Dans la capitale, en 1580, douze Jésuites se consacrèrent à l’assistance spirituelle et corporelle des pestiférés; six y sacrifièrent leur vie. A Avignon, en 1579, sept moururent dans le même exercice de charité, deux à Bourges en 1582, trois à Nevers en 1583, huit à Bordeaux en 1585, dix à Pont-à-Mousson, la même année, et d’autres encore ailleurs en 1586. La disette s’étant jointe à la peste, les Pères se privèrent eux-mêmes du nécessaire pour soulager les misérables. Souvent c’est à leurs conseils qu’on dut de sages mesures pour enrayer le fléau. Notamment à Lyon, le P. Auger se signala par ses suggestions intelligentes, en même temps que par l’inlassable abnégation avec laquelle il prodigua ses soins aux malades et aux pauvres.
Le même P. Auger avec d’autres Pères remplit un très utile ministère auprès de l’armée catholique du duc d’Anjou, durant la guerre civile de 1565-
En revanche, il est absolument faux que ce Jésuite ou aucun de ses confrères ait été pour quoi que ce soit dans le massacre de la Saint-Barthélemy. En France, comme en Allemagne, les Jésuites n’ont sans doute pas refusé aux princes catholiques le droit d’arrêter la propagande de l’hérésie
par des moyens de coercition justifiables, dont la Saint-Barthélemy n’était pas. Mais leurs victoires sur le protestantisme ont été remportées avec d’autres armes ; avant tout par la force de la vérité catholique montrée dans son intégrité, et par la réforme des mœurs. Ils n’ont jamais versé d’autre sang que le leur.
Troisième Période
Histoire générale de l’Ordre
/. — GOUVERNEMENT D'AQUAVIVA Cinquième Général : Claude Aquaviya
(19 Février 1 58 1 - 3 1 Janvier 1 6 1 5)
4' CONGRÉGATION GÉNÉRALE (17 fév.-aa avril i58i).
5* CONGRÉGATION GÉNÉRALE (3nov. i5g3-i8 janv. i5g4). 6* CONGRÉGATION GÉNÉRALE (ai fév.-ag mars 1608).
50. Aperçu du généralat. — Le 4e Général étant mort, le l“r avril 1580, sans nommer de Vicaire, ce fut le P. Olivier Manare, élu par les profès de Rome, qui convoqua la 4e Congrégation Générale. Réunie le 7 lévrier 1581, elle donna, le 19 du même mois, comme Général à la Compagnie, par 32 voix sur 57 votants, le P. Claude Aquaviva,qui gouvernait alors la province de Rome. L’élu n’avait pas encore 38 ans. De l’illustre famille des ducs d’Atri, Claude, à 24 ans (en 1567), pour entrer dans la Compagnie, avait renoncé à une carrière commencée sous de brillants auspices dans la prélature romaine. Sa haute vertu, en même temps que sa capacité pour le gouvernement,
bientôt remarquées, lui firent confier d’abord la conduite du Séminaire Romain; puis l’administration des provinces de Naples et de Rome,
Il devait gouverner toute la Compagnie jusqu’en 1615, près de 34 ans.
Ce long généralat fait époque dans l’histoire de l’Ordre, et par le grand développement que prirent toutes les entreprises de la Compagnie, et par les incidents du dedans et du dehors, qui ont plus d’une fois troublé gravement la paix des 5 membres et réclamé toute la sollicitude du chef.
Le P. Aquaviva a complété l’œuvre de saint 1 Ignace dans les accessoires; il a définitivement codifié les règles des divers ministères. En tout
cela il n’a introduit aucun principe nouveau, il n’a
fait que coordonner sous forme systématique et claire la pratique, inaugurée par le Fondateur et les premiers Pères, et confirmée par l’usage de leurs disciples les plus autorisés depuis un demisiècle. Quoi qu’on ait pu dire, dans ce travail d’organisation définitive, Aquaviva ne se montra
rien moins qu’un politique , au sens vulgaire du
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mot : c’est un homme de Dieu, qui ne vise qu’à former d’autres hommes de Dieu. On peut s’en convaincre à la lecture de ses nombreuses lettres, ordonnances et instructions. Qu’elles s’adressent à tous ses subordonnés, ou spécialement aux Supérieurs, ou encore à une catégorie telle que les missionnaires ou les confesseurs des rois, elles tendent toujours et avant tout à exciter l’esprit F1 ' surnaturel et poussent aux vertus les plus dégagées d’intérêt humain. En particulier, les Instructions par lesquelles le P. Aquaviva s’est efforcé de guider les Supérieurs de la Compagnie dans leurs délicates fonctions, ont paru si pénétrées de la sagesse de saint Ignace, qu’elles ont pris place
Idel les bi
CLAUDE AQUÀVIVÀ (1581-1615)
dans le corps de l’Institut par ordre de la 7e Congrégation Générale (1615), non pas, il est vrai,
. comme textes législatifs, mais comme directions fortement recommandées.
Le P. Aquaviva a beaucoup fait pour promouvoir l’usage des Exercices spirituels de saint Ignace, notamment par les retraites annuelles, dans la Compagnie et au dehors. C'est principalement à ses soins qu’est due la rédaction du Directoire , ce guide si précieux pour ceux qui ont à donner ces Exercices à quelque classe de personnes que ce E soit.
Les Missions, tant à l’intérieur que parmi les infidèles, ont reçu de lui de grands encouragements.
, Mû par une filiale dévotion pour la Sainte Vierge, aussi bien que par la vue des grands fruits spiri- I|ii; tuels produits par la Congrégation, il eut fort à i, cœur la propagation de cette pieuse union. C'est le P. Aquaviva qui obtint de Grégoire XIII, mv en 1584, l’érection canonique de la Congregatio r Primaria au Collège Romain, à laquelle le Pape " confère, avec de nombreuses indulgences, le iii(. pouvoir exclusif de s’agréger d’autres congréga- , , tionsdansle monde entier, en leur communiquant | w les mômes faveurs spirituelles.
( L’ouvrage le plus connu auquel est attaché le ^ nom du P. Aquaviva, est le Ratio studiorum. Nous en parlons plus loin. Il prouva aussi par ailleurs, non seulement son souci du progrès des études et de l’enseignement, mais encore son intelligence ’ des besoins de la science d’alors : témoin surtout, ^ pour ce qui concerne la théologie, la constance °jfftvec laquelle il défendit les doctrines de la Com- .pagnie, à l’occasion des attaques contre le livre e 'le Molina et dans les congrégations de Auxiliis.
On lui doit le même éloge pour les encourage- ments que reçurent de lui les Jésuites qui travaillèrent à développer la partie des sciences sacrées alors la plus en retard, la positive. C’est du généralat du P. Aquaviva, et des dernières années du ! ji xvie siècle, que date un grand et fécond mouvement i dans ce sens, que nous verrons simultanément commencer en Allemagne, en France, dans les L Pays-Bas. , I Lr
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51. Défense de l’Institut. — Les premières préoccupations du nouveau Général furent absorbées par une lutte redoutable, où rien de moins que l’Institut de la Compagnie n’était en jeu. Saint Ignace, nous l’avons vu, a introduit dans la vie religieuse quelques points si nouveaux pour son temps, qu’on ne s’étonne pas de les voir peu goûtés, spécialement des religieux accoutumés des observances différentes. Du vivant mêmedu saint Fondateur, ces innovations furent attaquées avec une extraordinaire acrimonie par le célèbre Dominicain Melchior Cano. Quelques-uns de ses disciples et de ses confrères en Espagne répétèrent et poursuivirent sesdiatribes, dans les chaires des églises et des écoles, au commencement du généralat d’Aquaviva, avec une violence telle qu’il fallut bien s’en émouvoir. Les propres Supé rieurs des agresseurs n’ayant pu réussira arrête leurs excès, le P. Aquaviva dut prier le pape d prendre la défense de l’Institut approuvé par prédécesseurs et par le concile de Trente. Gré ja 4 goire XIII le fit, d’abord par la Bulle Quant » fructuosius, du 1er février 1583, où il définit ' point spécialement attaqué, à savoir que les vœu simples, prononcés dans la Compagnie après b
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CLAUDE AQUÀVIVA (1581-1615)
^ religieux. Puis, les adversaires ayant récidivé et même contesté l’autorité de l’acte pontifical, le SSÎ Vicaire de Jésus-Christ, dans la Bulle Ascendente “t8 Domino , du 25 mai 1584, donna une confirmation plus ample et solennelle à tout l’Institut, en particulier sur les points critiqués.
® Les attaques passionnées contre la Compagnie ne cessèrent pas pourtant parmi les Dominicains d’Espagne ; mais bientôt elles se portèrent sur un terrain différent, et se prirent moins à la règle sf- qu’à l’enseignement des Jésuites. Cette nouvelle ® campagnefut poussée surtout par le fameux théow logien Dominique Banes, et celui-ci réussit à y !l1' entraîner tout son Ordre. Nous y reviendrons, ns li Mais, de plus, en Espagne, la Compagnie se vit » menacée par d’indignes enfants plus dangereusement qu’elle ne l’avait encore été par des étrantoi gers. Cette attaque par l’intérieur commença dès là le généralat du P. Mercurian, mais n’eut toute sa ittafll gravité que sous le P. Aquaviva. Ce fut une vériicé table conspiration, organisée par un petit nombre îs il de mécontents, une trentaine au plus, semble-t-il,
1 1 mais qui trouvèrent de puissants appuis. Parmi scij ces conspirateurs, deux ou trois seulement posai* sédaient par leurs talents et leurs services des ïcel droits à une certaine considération. Le plus mares' quant de beaucoup est le P. Jean Mariana, que aü nous avons trouvé enseignant la théologie à Paris f avec éclat (1569-1573), mais dont la célébrité prom vient surtout, à des titres divers, de deux ouvrages, ite! la grande Histoire d’Espagne et son traité De ; Rege et de Regis instilutione. Les reproches que ilet ce savant éminent, mais atrabilaire, faisait à la les’ Société dont il était membre, et ses vues pour la ipr réformer, sont connus par un Tratado del govierno éri ' de la Compahia de Jésus , publié après sa mort
Bkuckek. — La Compagnie de Jésu*. 13
par les ennemis des Jésuites, mais dont l’authenticité ne paraît guère douteuse.
La conspiration avait pour but de faire modifier l’Institut de la Compagnie, dans plusieurs des points qui précisément lui donnaient sa caractéristique : ainsi, la diversité des degrés, la nomination des supérieurs locaux par les supérieurs majeurs; surtout il s’agissait de diminuer l’autorité du Général, et même de soustraire entièrement à son autorité l’ensemble des maisons d’Espagne. Pour le dernier point spécialement, le complot eut tous les encouragements de ses hauts ; protecteurs, Philippe II et l’Inquisition, qui eussent volontiers vu la branche nationale de la M Compagnie tomber par là sous leur dépendance y plus étroite. Les conspirateurs nouaient leurs trames dans un si grand secret, qu’elles échappèrent très longtemps à l’attention de leurs supé- :jI rieurs immédiats. Quelques-uns de ceux-ci, à la vérité, furent bien peu clairvoyants ou trop faibles, et le premier acte du P. Aquaviva, quand il fut t. instruit, dut être de les remplacer. Pendant les années 1586-1588, les plaintes et les accusations , des mécontents affluèrent au Saint-Office d'Espagne, qui toujours y faisait bon accueil et en solli- i0! citait d’autres. Elles allaient de là au roi Philippe II, . qui, en 1587, commença à agir auprès de Sixte- jj Quint pour lui faire ordonner une visite et une réforme de la Compagnie en Espagne. C’est par le pape que le P. Général eut la première con- ; naissance positive des visées de la conspiration, v, Sixte-Quint, qui avait succédé à Grégoire XIII, je le 1er mai 1585, n’avait pas tout à fait les sentiments de son prédécesseur pour les Jésuites. Cependant, |e quand il sut que l’Inquisition espagnole entre- y, prenait de faire examiner et censurer par ses ",
• théologiens l’Institut et les privilèges de la Compagnie, il envoya au Grand Inquisiteur une terrible l!; réprimande. Puis, après s’être laissé persuader par Philippe II de charger un évêque, peu digne, ÿ d’une enquête sur le gouvernement des Jésuites ^ espagnols, il lui retira son mandat sur les obser- 'î: vations du P. Aquaviva, et il évoqua toutes les ®' plaintes à son propre tribunal. Seulement, étant [t'î! donné le caractère du pape, sa résolution de régler ® l’affaire par lui-même ne mettait pas la Compagnie ® hors de danger. En effet, à peine Sixte-Quint ■ avait-il lu quelques pages des Constitutions, cause ri* des mécontentements, qu’il y trouvait plusieurs ^ choses peu en harmonie avec ses idées propres : ^ tels, en particulier, le nom de Compagnie de Jésus, ^ l’obéissance « aveugle », le compte de conscience, ci la diversité des degrés, et même des points con- « cernant l’étroite pauvreté, qui n’auraient pas dû > choquer un pape Franciscain. En dépit des fafci réponses que le P. Aquaviva fit à ses difficultés, il (1 il (Commença par exiger que la Compagnie renonçât antlà se dire de Jésus, et ordonna au P. Général sati jd’écrire une lettre pour le prescrire à ses subor- (l'Eijdonnés. La lettre était rédigée et soumise au ^Souverain Pontife, quand celui-ci cessa de vivre, le lipp(27 août 1590. Cette mort épargnait à la Compagnie e Sifijun rude coup, et peut-être d’autres qui l’eussent et encore été davantage.
’estj Le successeur de Sixte Y, Urbain VII, ne régna re tique douze jours : il eut le temps cependant de iirat révoquer la mise à l’index des Controverses de reXSllellarmin, déjà décrétée par Sixte-Quint; cet itimfifsprit entier avait jugé que le célèbre défenseur guilde l’Église Romaine et du Saint-Siège n’accordait > efltfpas assez de pouvoir au pape sur le temporel des parfois.
Dans Grégoire XIY, qui monta ensuite sur le trône de saint Pierre (5 décembre 1590), l’Ordre de saint Ignace retrouvait, avec le nom, la bienveillance de Grégoire XIII. Le P. Aquaviva en profita pour procurer une fois de plus à son Institut combattu l’approbation souveraine du Vicaire de Jésus-Christ. Grégoire XIV l’accorda magnifiquement par la Bulle Ecclesiæ Catholicæ (23 juin 1591). Il y confirmait de nouveau tous les articles attaqués, spécialement l’autorité du Général dans le choix des supérieurs, dans la promotion des sujets aux degrés de profès et de coadjuteurs, dans les renvois, etc. Il déclarait que le nom de Compagnie de Jésus devait être conservé à tout jamais. Par une seconde lettre apostolique, du 30 août 1591, le pape dispensait encore la Compagnie des dispositions contraires à son Institut, contenues dans deux constitutions de Sixte-Quint sur la réception des novices.
Le P. Aquaviva ne négligeait pas néanmoins les moyens que lui donnait sa charge, pour mettre fin à la crise que subissait son Ordre en Espagne Outre le changement des supérieurs incapables, le principal fut la visite des maisons, qu’il confia à des Pères dont la sagesse offrait toute garantie. Il prit la précaution de faire agréer préalablement à Philippe II la visite et les visiteurs, en lui promettant que ceux-ci ne lui laisseraient rien ignorer de ce qu’ils auraient observé. Cependant la mesure la plus nécessaire et la plus justifiée, à savoir l’expulsion des perturbateurs de la Compagnie, fut trop longtemps rendue impossible par la faveur que ces membres indignes gardaient auprès du roi et de l’Inquisition. Finalement. Philippe II se réduisit à demander au pape d’ordonner la convocation d’une Congrégation