CLAUDE AQUAVIVA
Générale. Les rebelles qui lui en avaient inspiré la . pensée espéraient, grâce aux députés qu’ils se flat- : taient de faire élire, obtenir de la Congrégation plus que du P. Aquaviva ; ils essaieraient même de faire déposer le Général.
, Le pape, qui était alors Clément VIII (30 janvier 1592-8 mars 1605), écoutait volontiers le P. Tolet, qu’il ne tarda pas à faire cardinal (octoi bre 1593). Tolet fut le premier Jésuite revêtu de la pourpre; quoiqu’il en fût digne, et malgré l’honneur qui en rejaillissait sur la Compagnie, sa pro- !l(t motion affligea ses confrères, comme une brèche , faite aux barrières apposées par saint Ignace à r l’entrée de l’ambition dans son Ordre. Du reste, le nouveau cardinal ne rendit pas les meilleurs services à la Compagnie auprès du pape. Il paraît n’avoir pas été sans sympathies pourles mécontents espagnols. Ainsi Clément VIII, pressé par Philippe II et impressionné d’ailleurs par la lecture .,jj; des mémoires des rebelles, que ce prince lui avait 1|lf transmis, enfin sur le conseil de Tolet, enjoignit ,p. au P. Aquaviva de convoquer la Congrégation j, Générale. Il fut obéi, et la Congrégation était réunie à Rome le 3 novembre 1593. L’idée ayant ar été suggérée au pape de faire présider l’assemblée par un cardinal (qui eût sans doute été Tolet), j le P. Aquaviva combattit de toutes ses forces ce qui aurait été une nouveauté pleine de périls pour la liberté des députés de la Compagnie, et le Souverain Pontife voulut bien se rendre à ses ; raisons.
ji, Aquaviva ouvrit donc les séances de la cinquième Congrégation, en exhortant chaleureusenient les Pères à porter d’une main ferme les remèdes sur les plaies de la Compagnie. Il avait manifesté l’intention de déposer sa charge; mais
il y renonça, quand il vit que le principe, fondamental
dans l’Institut, de la perpétuité du généralat était attaqué en sa personne et que les adversaires se feraient une arme de sa démission. 11 insista seulement pour que la Congrégation examinât en toute liberté ce qu’on blâmait dans sa conduite et son gouvernement. Unecommission prit donc connaissance des plaintes adressées par les mécontents, soit au Souverain Pontife, soit à la Congrégation elle-même, mais ne put y trouver aucun grief sérieux contre le Père Général. Le rapport sur les résultats de cet examen, communiqué au pape, arracha à celui-ci l’éloge de la vertu du Père Aquaviva et de l’excellence de son gouvernement. La Congrégation n’eut pas de peine à satisfaire Philippe II sur une série de demandes qu’il lui fit présenter pour son propre compte. 11 s’agissaitde privilèges diminuant les prérogatives du Saint-Office; il désirait que la Compagnie s’abstînt d’en faire usage dans ses Etats : un décret de la Congrégation (le xxi* dans les Actes impri més) répondit pleinement à son vœu. Sur d’autres articles, proposés de la part et du pape et du roi, et qui comprenaient les principales demandes des rebelles, les Pères refusèrent toute concession: leur détermination de maintenir sur tous les points l’intégrité de l’Institut se manifesta avec un semble et une force tels qu’aucun contradicteur n’osa se faire entendre, pas même le Père Joseph Acosta, que le pape et Philippe II avaient imposé à la Congrégation pour représenter les mécontents.
Par un décret très sévère (li), la Congrégation prononça contre les perturbateurs toutes les peines qu’elle avait pouvoir d’infliger. De plus, comme on avait remarqué que presque tous les
conspirateurs étaient fils de « nouveaux chrétiens », c’est-à-dire descendants de Juifs ou de mahométans, on crut devoir prendre une garantie pour l’avenir, en interdisant de recevoir désormais dans la Compagnie aucun candidat de cette classe. C'était encore un décret agréable à Philippe II. Jusque-là Clément VIII avait laissé entière liberté de décisions à l’assemblée. Mais ! le 8janvier 1594, il lui fit signifier par le cardinal ; Tolet quelques articles dont il exigeait le vote.
; La Congrégation s’exécuta sans faire d’objection ; iiti: car aucune question de principe n’était engagée, tas Le 12 janvier, autre injonction, de réunir de noui veau la Congrégation Générale dans six ans, et iis: dès maintenant de changer trois des quatre Assistants du Père Général. La Congrégation, après pie, quelques observations respectueuses, se soumit é encore, et put enfin se dissoudre, le 18 janvier. Elle u; avait donné, dans le calme de ses délibérations, ife dans l’unanimité de ses résolutions et son parfait ioif accord avec le Général, un spectacle qui frappa aiifj d’étonnement même les envieux et les adversairas. Grâce à sa fermeté et à celle du Père Aqualesîj viva, l’Institut de la Compagnie sortit intact de ssii: la crise, plus fort par son triomphe dans une lutte I mouvementée.
g Néanmoins ce n’était pas encore la paix. Notam- M ment les menées contre la perpétuité du générale lat ne cessèrent pas, et, toujours avec l’aide de in Philippe II, elles furent près d’aboutir par une nJ voie oblique. On suggéra à Clément VIII de nommer le Père Aquaviva archevêque de Naples : le jjali: but était clair, promoveatur ut amovecitur. Malgré 8S stout ce que les Pères Assistants purent représen- ; ter au pape sur les conséquences pernicieuses de uj |i cette nomination, au point de vue des règles de
la Compagnie, le coup avait grandes chances de réussir, quand on imagina de le contrebattre par une feinte surenchère, menaçant d’une campagne pour faire nommer le Père Aquaviva cardinal. La crainte de le voir dans une place où son influence eût été trop grande, fit que ceux qui avaient le plus travaillé pour l’envoyer à Naples, employèrent aussitôt tous leurs efforts pour persuader à j Clément VIII de le laisser simplement à son généralat. L’intrigue fut ainsi déjouée.
Une autre, non moins étrange, faillit avoir plus de succès. Un Jésuite espagnol, Ferdinand Mendoza, près d’être renvoyé de la Compagnie, avait su gagner l’amitié du comte de Lemos et se faire prendre pour confesseur par la comtesse, sœur du duc de Lerme qui gouvernait l’Espagne sous Philippe III. Il put se maintenir dans ce poste et rester dans la Compagnie, en vivant à peu près à sa guise, grâce à la protection, non seulement de cette dame, mais encore du Pape. Par ménagement pour la sœur du tout-puissant favori, Clément VIII soutint ce peu digne confesseur contre tous les efforts d’Aquaviva pour le faire rentrer dans la discipline religieuse ou sortir de la Compagnie. Bien plus, il se prêta au plan, machiné parla comtesse et Mendoza, de faire venir le Père Général en Espagne. Malgré toutes les objections qu’il présenta au pape, Aquaviva n’aurait pu se soustraire à ce voyage malencontreux, si Clément VIII n’avait été appelé à faire celui de l’éternité (3 mars 1605).
Paul V (élu le 11 mai 1605) se crut obligé d’abord, lui aussi, de protéger Mendoza pour utiliser sa faveur auprès du duc de Lerme; mais enfin, en 1606, ce pape, qui aimait sincèrement la Compagnie, comprit qu’on ne pouvait la forcer à garder
fef
h In
(il c c lt
ne
* [le
i ter
rd
! juiè
toi
jpai
ire
•es, §e à 8 1( ice
Ly<
plus longtemps parmi ses enfants un si mauvais religieux. Il trancha la difficulté en nommant Mendoza évêque au Pérou, avec ordre de se rendre en son diocèse. Il fit plus : le 4 septembre 1606, Paul V accordait à la Compagnie une nouvelle confirmation de l’Institut, et en même temps, il approuvait et sanctionnait expressément les décisions de la cinquième Congrégation Générale contre les perturbateurs.
52. Sixième Congrégation Générale. — En 1600 arrivait le terme des six ans, après lesquels devait être réunie de nouveau la Congrégation générale, suivant l’ordre de Clément VIII; mais ce pape lui-même dispensa le Père Aquaviva de la convoquer. On était alors à Rome dans le feu de la discussion sur le livre de Molina. En 1606, ce fut la Congrégation triennale des Procureurs qui décida la convocation. Toutefois la sixième Congrégation Générale ne put être ouverte avant le 21 février 1608.
Une des raisons principales qui l’avaient fait appeler, était l’affaire de la cinquième Assistance à créer pour la France. C’est en effet l’objet du premier décret de l’assemblée. Déjà demandée à la cinquième Congrégation, mais alors jugée prématurée, cette création, on le savait, était souhaitée du roi de France, Henri IY. La reconnaissance due parla Compagnie à ce prince qui venait de lui rendre l’existence légale dans ses États, aussi bien que le développement des provinces françaises, appelait maintenant cette mesure, qui fut votée à l’unanimité et avec une véritable joie par tous les députés. Comme premier Assistant de France, on élut le P. Louis Richeome, provincial de Lyon. L’Assistance du Nord qui, après sa
séparation de la France, comprenait encore, outre l’Allemagne et les pays de la maison d’Autriche, la Pologne, l’Angleterre et les Pays-Bas, prit depuis lors le nom d’Assistance de Germanie.
La 6# Congrégation s’occupa ensuite de confirmer et fortifier ce qu’avait fait la 5e pour la défense de l’Institut. Elle renouvela donc le décret contre les perturbateurs, en l’étendant à tous ceux qui, pour troubler la paix de la Compagnie, invoqueraient le secours de quelque personne que ce fût, appartenant à la Compagnie ou non. Elle ajouta le précepte rigoureux aux provinciaux de faire une enquête sérieuse sur ces perturbateurs, et s’il s’en trouvait encore, de les dénoncer au P. Général.
Enfin la Congrégation chargea une commission spéciale de rédiger une explication des règles concernant la manifestation des fautes. Ces règles qui sont les 9e et 10e du sommaire des Constitutions et sont tirées du chapitre IV de l’Examen général, étaient parmi les points les plus violemment attaqués, d’abord par les adversaires étrangers à la Compagnie, puis par les auteurs des mémoriaux présentés naguère à l’Inquisition, à Philippe II et à Clément VII I . Le travail de la commission, approuvé par la Congrégation, fut incorporé dans deux longs décrets (xxxii-xxxm), qui précisent la matière de la manifestation permise, les cas où il y a obligation de révéler au Supérieur les fautes dont on a eu connaissance, l’esprit dans lequel doit se faire la manifestation, la manière dont le Supérieur doit l’accueillir et l’usage qu’il lui est permis d’en faire. Il sera évident pour quiconque aura lu ce commentaire autorisé des règles dont il s’agit, qu’elles n’ont absolument rien de commun avec l’odieuse délation.
Les députés se séparèrent le 29 mars 1608. Les mesures édictées par la 5e et la 6e Congrégation générale, soutenues de l’autorité du Saint-Siège et appliquées par le P. Aquaviva, mirent pour toujours un terme à l’agitation intérieure contre l’Institut. Si la Compagnie eut encore à le défendre bien souvent, ce ne fut plus contre les siens.
53. Situation à la fin du généralat. — La solidité de la constitution que saint Ignace a donnée à son Ordre avait été bien démontrée par les violents assauts qu’elle avait subis sans le moindre dommage. Dans le même temps, sa vitalité féconde continuait à s’affirmer, à la fois par l’augmentation rapide du chiffre des religieux et par le progrès des œuvres dans tous les pays.
Au commencement du généralat, en 1581, la Compagnie ne comptait guère plus de 5.000 membres, en 21 provinces, dont 4 hors d’Europe. En 1584, il y avait déjà 6.250 Jésuites; en 1600, ils étaient 8.519 dans 23 provinces; à la fin du généralat, 13,112 dans 32 provinces. En 35 ans, le chiffre des membres avait donc plus que doublé. Les noviciats séparés, qui n’étaient que 12 en 1580, sont 25 en 1600 et 41 en 1616. Le nombre des collèges était monté de 144 (en 1580) à 245, en 1600; à 372, en 1616. Dans les cinq premières années de son gouvernement, le P. Aquaviva avait dû refuser 60 autres collèges. Il faut ajouter les maisons professes : 10 en 1580 et 23 en 1616; les résidences, 33 en 1580 et 123 en 1616,
Enfin la gloire de plusieurs Jésuites, que l’Église honore de son culte, projette ses rayons sur le généralat du P. Aquaviva. A son temps appartiennent les trois Saints japonais, Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisaï; premiers martyrs de la Compagnie dans leur patrie, ils sont aussi, avec
six compagnons Franciscains, les premiers missionnaires morts pour la foi au Japon. Béatifiés par Urbain VIII (1627), ils ont été canonisés par Pie IX (1862). — Louis de Gonzague, après avoir échangé avec bonheur le marquisat de Castiglione et le titre de prince du Saint-Empire contre une pauvre robe de Jésuite, termina sa courte et sainte carrière, victime de sa charité pour les j malades d’un hôpital de Rome (1568-1587-1591) : béatifié par Paul V (1605), il a été canonisé par Benoît XIII qui l’a donné pour patron à la jeunesse, spécialement des écoles. — Ajoutons, bien qu’il ait survécu deux ans au P. Aquaviva, le Frère Alphonse Rodriguez, Espagnol (1531-1571-1617) qui, dans l’humble emploi de portier de collège, où il passe sa vie religieuse s’éleva à une haute sainteté; béatifié par Léon XII (1825), il a été canonisé par Léon XIII (1888). — Nous ne ferons plus que nommer dix Bienheureux, dont nous parlons ailleurs, savoir Edmond Campion, Alexandre Briant et Thomas Gottam, martyrisés en Angleterre (1581-1582), béatifiés en 1886; Rodolphe Aquaviva et ses quatre compagnons, martyrs dans l’Inde (1586), béatifiés en 1893; Pierre Canisius (1597, b. 1864), Bernardin Realino (1616, b. 1896).