ANGLETERRE
71. Persons et Campion. Persécution d’Elisabeth. — La mission de la Compagnie, que déjà saint Ignace et le P. Lainez avaient essayé d’établir en Angleterre, y commença effectivement avec l’arrivée des Pères Robert Persons et Edmond Campion, accompagnés du Frère Ralph Emerson, en juin 1580. L’apostolat des deux fondateurs ne dura qu’un an, mais eut de grands résultats. L’un fut de rendre à l’Église des milliers d’âmes séduites par l’hérésie ou dont la foi avait faibli devant la persécution. Mais le plus important, ce fut un véritable réveil de vie et de résistance catholique. Les missionnaires le produisirent en recherchant avec une ardeur inlassable les ouailles dispersées du troupeau de Jésus-Christ, pour les éclairer sur leur devoir et les animer à le faire, par de chaudes exhortations qu’appuyait bien l’exemple de leur propre intrépidité. Puis, des écrits, courts mais d'une force et d’une clarté décisive, tels que les Dix raisons de Campion,
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 17
et les réponses de Persons aux calomnies protestantes, ne fortifièrent pas seulement la conviction, mais relevèrent encore le courage des catholiques; car ils voyaient leurs adversaires incapables [ de répondre aux défis de leurs champions autrement que par des injures et la menace des supplices. Les prêtres qui restaient de l’ancien clergé, ou qui venaient des séminaires anglais du continent, reçurent eux-mêmes de bon gré et avec grand profit l’influence des deux Jésuites. D’accord avec eux, le P. Persons organisa véritablement l’action des missionnaires et la coopération des fidèles : il en résultera que l’omnipotence de l’État, servie par toutes les ruses policières et armée de toutes les violences d’une législation inhumaine, sera incapable de réaliser l’extermination de l’ancienne religion.
Cependant, traqué avec acharnement, Campion fut arrêté le 17 juillet 1581. La reine Elisabeth elle-même vint essayer de le faire apostasier, en ■ui offrant liberté et honneurs. Cette tentation n’ayant eu aucun effet, on s’efforça de vaincre sa • constance par de cruelles tortures, sans plus de succès. Harcelé ensuite par les plus forts théologiens de la nouvelle Eglise, alors que son corps était brisé par les tourments, durant quatre longues conférences, le généreux martyr repoussa victorieusement tous les assauts contre sa foi. Enfin condamné à mort sous prétexte d’un imaginaire complot, Campion fut exécuté à Tyburn, , le 1er décembre 1581. Il a été déclaré bienheureux par Léon XIII le 29 décembre 1886.
Avec lui ont été béatifiés un ancien élève du collège anglais de Douai, Alexandre Briant, supplicié le même jour et au même lieu, et trois autres prêtres anglais, Thomas Woodhouse, Jean Nelson
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et Thomas Cottam, martyrisés, le premierdès 1573, les autres en 1578 et 1582. Ces quatre bienheureux étaient déjà en prison, attendant la mort,
I quand pour offrir à Dieu le sacrifice entier I d’eux-mêmes, ils ont demandé et obtenu leur it admission dans la Compagnie de Jésus.
i Le P. Persons, après l’arrestation du P. Cama pion et quand fut saisie la presse qui lui avait f servi à imprimer ses écrits et ceux de son compagnon, s’échappa en France. Il avait l’intention
'i de revenir après avoir remplacé sa presse ; mais [ il ne revit plus l’Angleterre. Il ne cessa pas lit néanmoins de travailler avec zèle pour la mission, dont il garda la direction générale jusqu’à sa
ii mort à Rome en 1610. Peut-être eut-il le tort, .ta sur le continent, de trop se mêler aux plans formés, de 1582 à 1597, en France, en Espagne et à
ii Rome même, entre le duc de Guise, Philippe II, le cardinal Allen et les ministres du Saint-Siège, ier,u pour délivrer Marie Stuart et mettre fin au régime nU persécuteur d’Elisabeth. Quoi qu’il en soit, aucun jckI missionnaire en Angleterre n’a jamais pris aucune ,1k part, ni à l’élaboration, ni aux tentatives d’exécug tion de ces plans. Les juges d’Elisabeth ont pu , en accuser des Jésuites, les condamner à mort p comme coupables, mais sans avoir jamais trouvé h aucune preuve pour justifier leur arrêt. sî Le martyre du bienheureux Edmond Campion jfi est le premier d’une série qui se prolonge jus- ,j qu’en 1679. Six appartiennent encore au règne san- Ju[ii glant d’Elisabeth. Et il faudrait ajouter les lents martyres que tant de missionnaires ont endurés, j gisant des années dans d’affreux cachots. tl N’était-ce pas aussi un martyre que la viejour- ,0 nalière de la mission elle-même, obligeant d’er- -rj. rer continuellement d’un lieu à un autre, sans
pouvoir reposer en sécurité ni le jour ni la nuit avec la perspective presque certaine d’être à un moment ou à un autre appréhendé pour la prison, la torture, le supplice ?
72. Sous Jacques I‘r (1603-1625). — Telle fut la vie des Jésuites d’Angleterre jusqu’à la mort d’Elisabeth (1603). Et l’avènement de Jacques Ier •' n’y apporta que peu de changements. Les catholiques, qui avaient espéré du fils de Marie Stuart ] l’adoucissement de leur sort, se virent étrangement déçus. La conspiration des Poudres (1605) » fut un triste effet de cette déception chez quelques exaltés. Les Jésuites s’y trouvèrent impliqués par suite d’une confidence reçue en confession. Mais en vain le P. Henri Garnet opposait la loi du 1 secret sacramentel à des juges protestants et d’ailleurs prévenus contre les Jésuites. Il fut 1 exécuté le 3 mai 1606. Sous le prétexte de complicité dans l’attentat, furent encore martyrisés ■ la même année trois membres de la Compagnie, dont deux n’étaient pas prêtres. Un quatrième -| fut supplicié en 1608, à qui on avait offert la vie, s’il voulait prêter le serment d ’allegiance, condamné par le pape.
MB ii
Au mépris de la persécution, le nombre des 1 Jésuites missionnaires en Angleterre alla toujours en augmentant. Ils étaient dix-huit (16 prêtres) en 1598; 42 (41 prêtres) en 1606-1607; 68 prêtres ■ et un frère en 1615. Il y avait d’autres Pères anglais sur le continent, occupés surtout dans les établissements destinés au recrutement du clergé d’Angleterre. Outre le collège anglais de Rome, que le P. Persons gouverna comme Recteur depuis 1597 jusqu’à sa mort, nous avons
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déjà nommé les séfninaires anglais de Valladolid i (1588-1589) et de Séville (1592), le collège d’Eu, en Normandie (1582), tous trois créés par les démarches et les soins du meme P. Persons. Le ^ dernier, transféré à Saint-Omer en 1593, était un i collège d’humanités, qui préparait les jeunes An- (jir glais catholiques pour les séminaires. Un noviciat pour la mission des Jésuites fut ouvert à Louvain tü en 1607, avec treize novices, dont six prêtres et itn cinq coadjuteurs temporels. A la fin de l'an- «: née 1614, ce noviciat fut transféré à Liège, et p en 1622 à Watten, près de Saint-Omer ; mais |iii Liège garda le scolasticat anglais de philosophie oui et de théologie, qui avait été ouvert près du novij ciat en 1614.
itagJ Après le célèbre collège fondé par le cardinal ; Allen à Douai (1568), ce sont ces séminaires et Jee collèges de la Compagnie qui ont le plus contribué arlf à la conservation du sacerdoce et, par suite, de la np; religion catholique en Angleterre. Selon une supputation faite en 1596, tous ces établissements oH jusqu’à cette date n’avaient pas envoyé moins de l six cents prêtres dans le pays. De ce nombre, environ 150 avaient soulfert le martyre ; une soixantaine l’attendaient dans les prisons ; un certain ajjfü nombre étaient morts des maladies contractées tûl; dans leurs saints travaux ; d’autres avaient été ban- ,, nis(H2 en un an, mais plusieurs sont rentrés) ; de qli; sorte que, sans compter les vieux prêtres survivants PSf du règne de Marie, qu’on estimait être quarante jj.,,1 ou cinquante, on pouvait affirmer qu’il n’y avait pas ffif, moins de 300 prêtres en Angleterre, vers la fin ( du xvi® siècle et du règne d’Elisabeth.
^ Les dernières années de Jacques Ier (*J* 1625) J5i: lurent moins dures pour les catholiques; la persécution se continua surtout par les amendes. La
mission des Jésuites put profiter de cetle paix vaille que vaille, pour compléter son organisation intérieure. En 1619, elle obtint l’autonomie, d’abord comme vice-province : elle possédait alors 200 prêtres, dont 100 étaient en activité sur le sol anglais même. En 1623, elle reçut le titre de province, avec le P. Richard Blount comme premier supérieur provincial. En 1625, elle comptait au total 267 membres : soit 152 (144 prêtres), en Angleterre, et 115 autres en Belgique, dans quatre maisons lui appartenant.
Querelle au sujet de l’évêque. — Vers cette époque, la concorde entre les catholiques anglais avait été altérée par suite de divers incidents où les Jésuites ont été plus ou moins mêlés. Une première cause de dissentiment fut la demande d’un évêque, vivement poussée par une partie du clergé séculier. Après la mort des derniers prélats catholiques du temps d’Elisabeth, le Saint-Siège n’avait pas cru devoir leur donner de successeurs : la violence de la persécution rendait en effet les fonctions épiscopales particulièrement périlleuses et à peu près impossibles. Dans ces circonstances, les missionnaires réguliers, et spécialement les Jésuites, plus nombreux que tous, exerçaient une influence, qui effaçait trop celle des prêtres séculiers, au sen* timent de plusieurs, qui s’en trouvaient peut-être quelque peu humiliés. On s’adressa donc à Rome pour obtenir un évêque; le pape, sur le conseil du P. Persons, dit-on, ne jugea pas encore le moment venu; il se contenta de nommer un archiprétre, Blackwell, comme supérieur de tous les ecclésiastiques séculiers. La concession ne parut pas suffisante ; et puis l’archiprêtre, en permettant aux
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catholiques le serment d 'allegiance ou de fidélité, exigé par Jacques Ier, mérita d’être déposé par le Saint-Siège.
Enfin, en 1623, sur denouvellesinstances, le Souverain Pontife accorda un évêque avec les pouvoirs de vicaire apostolique. Le premier titulaire, William Bishop, mourut après dix mois. En 1625, Piichard Smith fut nommé pour lui succéder, avec le même titre d’évêque de Chalcédoine i.p.i. et les mêmes pouvoirs. Par l’usage que le prélat fit de son autorité, pour limiter la liberté d’action dont avaient joui jusque-là les missionnaires réguliers, il mécontenta ceux-ci. Il avait de fait dépassé en cela les pouvoirs que le Saint-Siège avait entendu lui conférer; car, nommé seulement vicaire apostolique, Smith s’était considéré comme ordinaire , et Urbain VIII, en 1631, déclara qu’il n’avait pas le droit d’obliger les confesseurs réguliers à lui demander son approbation, alors qu’ils tenaient leurs facultés du Souverain Pontife. Ses essais d’organisation ecclésiastique provoquèrent encore plus de plaintes : beaucoup de missionnaires y virent le danger d’aggraver la persécution contre les catholiques. En etfet, Mgr Smith fut, dès 1628, décrété d’arrestation par le gouvernement de Charles Ier, et, en 1631, dut chercher un refuge en France, où il resta jusqu’à sa mort. Cependant un écrit anglais, publié pour la défense de son administration, en appela deux autres de sens contraire, anonymes, mais qui furent bientôt dénoncés comme œuvre de Jésuites (1630). Ces deux derniers, envoyés en France par les amis du vicaire apostolique, y occasionnèrent une vive levée de boucliers. Ils tombaient au milieu de l’agitation d’un débat entre l’épiscopat français et les réguliers Les malencontreux opuscules anglais furent censurés, dans la même année
1631, successivement par l’archevêque de Paris, Mgr de Gondi, puis par une petite assemblée d’évêques français, « présents pour différentes causes à Paris », enfin par la Faculté de théologie. On leur reprocha surtout de déprimer la « hiérarchie » de l’Église, en cherchant à faire croire que l’épiscopat n’était pas nécessaire. On ne remarquait pas assez que les auteurs anglais traitaient une question pratique, ne touchant que l’Angleterre, et contestaient tout au plus la nécessité ou l’opportunité de l’épiscopat dans les conditions particulières où se trouvait leur pays. Aussi, la controverse ayant été déférée à Rome, la S. Congrégation de l’Index, le 19 mai 1633, sans rien juger sur le fond, prohiba tous les écrits issus de la querelle et imposa le silence aux deux partis. Un incident notable de cette affaire fut l’intervention de l’abbé de Saint- Cyran, qui alors fit une violente campagne contre les Jésuites sous le masque de Petrus Aurelius. Nous aurons à y revenir.
Tant que régna Charles Ier, la persécution fort atténuée n’avait ordonné qu’un martyre sanglant, celui du vén. P. Edmond Arrowsmith, mis à mort le 7 septembre 1628, à Lancaster, où ses reliques opèrent encore des prodiges. Le long Parlement et Cromwell font de nouveau sentir les pires violences aux catholiques, et particulièrement aux Jésuites. De 1642 à 1652, cinq Pères sont livrés au gibet à Londres, deux sont massacrés en Irlande, dix autres meurent en prison.
Cependant, en 1633, l’Amérique anglaise a reçu, par l’initiative de lord Baltimore, ses premiers colons catholiques, avec trois Pères et un Frère Jésuites. Cette Eglise, qui naît alors au Maryland, formera le noyau solide autour duquel se développera le catholicisme des États-Unis, et
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sera desservie par les Jésuites anglais jusqu’au xixe siècle.
Écosse (1562-1645)
73. Les Jésuites et Marie Stuart. — La Compagnie de Jésus eut en Écosse et en Irlande des missions distinctes de celle d’Angleterre, mais qui travaillèrent et fructifièrent dans les mêmes conditions d’existence.
Après les PP. Broët et Salmeron qui, se rendant en Irlande, ne firent que passer par l’Écosse, le premier Jésuite qui vint dans ce pays fut le P. Nicolas Floris, de Gouda en Hollande, envoyé par Pie IY à Marie Stuart (1562). Dans le peu de temps qu’il séjourna à Edinbourg, toujours caché pour éviter les fureurs des calvinistes fanatiques, il ne put qu’encourager l’infortunée reine, déjà prisonnière de ses propres sujets. A son départ, Marie lui fit emmener plusieurs jeunes Écossais catholiques, qui devaient être instruits à ses frais en France, pour revenir ensuite soutenir la religion dans leur patrie. Telle fut l’origine du premier séminaire Écossais, commencé à Paris, puis transféré à Pont-à-Mousson, et finalement à Douai. En 1566, elle reçut la visite du P. Ed- ; mond Hay, aussi Écossais; alors Recteur du collège de Clermont à Paris, ce Jésuite avait été donné pour compagnon à Mgr Laurea, nonce jj de S. Pie Y. Elle échangeait encore des lettres avec lui de sa prison de Sheffield, en 1574. r Dans cette prison même, Marie, en 1581 ou 1582, eut, pour chapelain, sous un déguisement, le Jésuite Belge Henri Samier. Avec les consolations de la religion, celui-ci offrit encore à la victime d’Elisabeth le secours de son dévoûment, pour réveiller l’intérêt des princes
catholiques en sa faveur. Le P. Samier fit plu„ sieurs voyages dans ce but à Rome, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, et il revit encore par deux fois la royale prisonnière.
En 1580, Marie Stuart, déjà aux mains de son ennemie, avait fait savoir au P. Persons son vif désir que des Jésuites allassent en Écosse, pour tâcher d’instruire son fils Jacques dans la religion catholique. Persons envoya un de ses collaborateurs, le P. Guillaume Holt, tenter l’entreprise. Bien accueilli en Écosse, ce Père était déjà en relations avec des personnes influentes à la cour de Jacques VI, quand les calvinistes, appuyés par les agents anglais, le firent arrêter, puis exiler. En 1584, deux Jésuites Écossais, jusque-là employés dans des fonctions importantes en France, essaient à leur tour de rentrer dans leur patrie. L’un, Guillaume Creytton, saisi en mer par les Hollandais, est livré à Elisabeth, qui le retient deux ans en prison. L’autre, Jacques Gordon- Huntly, doit à son nom de pouvoir se rendre à sa destination. 11 évangélise avec grand fruit le nord de l’Écosse pendant toute l’année 1585; puis, avec les PP. Edmond Hay et Jean Dury, qui sont venus le rejoindre, il étend l’action apostolique dans le pays. Ainsi est fondée la mission d’Écosse, qui subsistera désormais, sans que les plus violentes persécutions puissent détruire la vie catholique qu’elle a ranimée.
Un des plus remarquables missionnaires du temps de Jacques VI fut encore le P. Robert Abercromby : il continua son ministère dix-neuf ans, en dépit, des calvinistes, sans toutefois échapper à la prison ; il convertit du luthéranisme au catholicisme Anne de Danemark, femme de Jacques VI ; le roi lui-même reçut dans son
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palais le P. Abercromby et se plut à l’entendre. Néanmoins, Jacques, devenu roi d’Angleterre, permit aux puritains Écossais de redoubler leurs cruautés envers leurs concitoyens catholiques. Ceux-ci furent alors soutenus principalement par le P. Jacques Anderson. En 1615, le 10 mars, le P. Jean Ogilvie, après avoir supporté presque gaîment des tortures sauvages, terminait son glorieux martyre au gibet de Glasgow.
Irlande (1575-1645)
74. — La mission d'Irlande n’avait pas à combattre l’hérésie dans la population indigène ; mais elle trouvaittoujours devant elle les persécuteursanglicans. Ceux-ci lui prirent une première victime dès 1575 : c’était le P. Edmond O’Donnell qui, étant venu rejoindre le premier missionnaire irlandais, David Wolf, fut saisi presque aussitôt après son entrée dans l’île et martyrisé à Cork, le 16 mars 1575. D’autres Pères, échappés aux poursuites, consolaient les catholiques opprimés, trouvaient même moyen détenir en divers endroits de petites écoles pour les enfants. Éa preuve de l’utilité de leur ministère était donnée par la rage même des persécuteurs, qui, ne pouvant les atteindre, se vengeaient en faisant pendre les fidèles qui les avaient hébergés. Cependant la violence de l’orage avait arrêté depuis quelques années l’œuvre apostolique de la Compagnie sur ce terrain difficile, quand une éclaircie temporaire due aux succès du célèbre Hugues O’Neill de Tyrone, permit de la reprendre avec plus de vigueur, en 1597. Le P. Aquaviva satisfit à la prière des nobles Irlandais, qui lui demandaient instamment de nouveaux Pères, en leur envoyant trois hommes choisis, le P. Jacques
Archer, alors supérieur du séminaire irlandais de Salamanque, le P. Fitz-Simon, professeur de philosophie à Douai, et le P. Christophe Holywood (a Sacro Bosco), qui avait enseigné la philosophie et la théologie à FUniversité de Pont-à-Mousson, Le dernier, qui devait être chef de la mission, fut saisi au moment où il débarquait à Douvres ettransporté à la Tour de Londres. Ily resta enferméjusqu’à lu mort d’Elisabeth ; envoyé alors en exil, il réussira, en 1604, à pénétrer en Irlande, où il commencera un long ministère, qui sera singulièrement béni du Ciel. En attendant, Archer et Fitz-Simon, heureusement rendus dans l’île, se livrent avec ardeur à des travaux très fructueux. Ils furent rejoints en 1599 par le P. Richard Field, comme remplaçant du P. Holywood. Tous trois fondent alors véritablement la mission sur des bases solides, qui résisteront à tous les assauts. En même temps les séminaires irlandais, établis à Salamanque dès 1592, à Lisbonne en 1594, à Rome en 1600 (confié à la Compagnie en 1615), préparaient d’excellentes recrues, tant pour le clergé séculier que pour la mission jésuite d’Irlande.
Allemagne (Pays de l’Empire) (1581-1645)
75. Les collèges sous Aquaviva. — L’empereur Ferdinand 1er disait que « pour réformer l’Allemagne (au sens catholique), il n’y avait qu’à multiplier les collèges des Jésuites ». L'expérience lui a donné raison dans une bonne mesure. L’augmentation croissante du nombre de ces établissements prouve elle-même combien leur utilité était reconnue : en effet, le désir d’en posséder et la volonté de s’imposer à cette fin de grands sacrifices, se manifestent de plus en plus chez les
prélats, les princes catholiques et en général chez tous ceux qui ont à cœur la restauration de l’ancienne religion. Dans les trente ans environ qui s’écoulèrent depuis que la Compagnie eut pris pied en Allemagne jusqu’au généralat du P. Aquaviva, elle y a ouvert une vingtaine de collèges, la plupart dans les États de^la maison d’Autriche et en Bavière. Aquaviva a plus que doublé ce chiffre et il y aurait ajouté encore, si le nombre des sujets disponibles l’avait permis. Les Jésuites de toute la Germanie n’étaient pas encore 700 en 1580; mais, en 1615, ils seront près de 1.700. Les nouveaux collèges de cette période s’échelonnent depuis le voisinage de la mer Adriatique et les vallées les plus reculées de la Suisse jusqu’au littoral de la Baltique, et depuis les monts Carpathes jusqu’aux Vosges.
Comme les collèges existants déjà dans les domaines des Habsbourg, c’est à la demande et avec l’aide généreuse de cette famille qu’ont été fondés les collèges de Laibach, en Carniole (1604) ; de Linz (1608) et de Passau (1611), en Autriche; de Ivlagenfurt en Carinthie (1611). Elle n’a pas moins fait pour les nouvelles écoles créées en Bohême et en Moravie, à Brünn (1581), à Krumau (1584); à Neuhaus (1593), en Croatie, à Agram (1606); à Glatz en Silésie (1597); à Constance (1604); enfin en Alsace, à Molsheim' (1580), à Haguenau (1607) et à Ensisheim (1615).
Un intérêt spécial s’attache aux collèges que la Compagnie ne craint pas d’ouvrir en plein pays ennemi. Tels sont ceux d’Augsbourg (1582), de Hildesheim (1601), de Worms (1609), d’Erfurt (1611); on peut même y ajouter ceux de Paderborn (1580) et de Miinster en Westphalie (1588). Toutes ces villes, dans la seconde moitié du
xvie siècle, étaient presque entièrement protestantes, et les conseils élus qui les administraient, mirent en œuvre tous les moyens, employèrent même souvent les violences, pour empêcher ou ruiner l’établissement des Jésuites. Ceux-ci d’ordinaire furent introduits comme prédicateurs par les évêques zélés, tels que l’Allemagne catholique commençait alors à en posséder. Ils se faisaient d’abord tolérer, grâce à leur méthode de prêcher, qui tendait avant tout à former de bons chrétiens, et ne touchait les questions de controverse qu’avec de grands ménagements pour les hétérodoxes. Ensuite, bien des antipathies cédaient à la vue du dévoûment, qu’ils déployaient dans les catéchismes, à instruire de leur foi et de leurs devoirs ( les enfants et le peuple ; de la charité avec laquelle ils s’occupaient des malades et de tous les malheureux. Enfin, quand ils avaient réussi à ouvrir des classes, les effets heureux de leur enseignement et de leur discipline ne tardaient guère à exciter l’envie des parents protestants eux-mêmes.
Des résultats ne pouvaient être obtenus dans ces milieux difficiles qu’à force de patience et d’abnégation. Le plus précieux, en outre du bien fait aux catholiques, était que l’Église romaine, mieux connue, regagnait au moins de l’estime et du respect parmi ses adversaires. Les conversions de protestants, sans être en général très nombreuses, présentent pourtant des chiffres qui ne sont pas méprisables. Par exemple, à Augsbourg, on en signale de 29 à 59 chaque année, dans la période décennale 1590-1601; à Ratisbonne, 52 en 1600 et 53 en 1601. Dans toute la province de Germanie supérieure, à laquelle les collèges de ces deux villes appartenaient, on compta 500 conversions en l’année 1601. Dans la province du Rhin,
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‘ les chiffres furent plus de 1.100 en 1607; 995 en « 1610; 1.470 en 1611. Dans la province d'Autriche, ff 1.200 en 1589 ; 1.100 à 1.200 dans les années 1609- ® 1611. En particulier, à Vienne, il y eut de 70 à i 200 conversions chaque année, de 1570 à 1610 ; Bi mais jusqu’à près de 300 en 1611, et plus de 500 oli en 1615.
si Les soins spirituels qu’ils devaient avant tout aux t: catholiques et la charge absorbante de leurs nomffe breux collèges, ne permirent jamais aux Jésuites i allemands de consacrer leur effort principal à la g guerre offensive contre le protestantisme. Ils ont vil' travaillé surtout, — et personne ne conteste qu’ils t«i ne l’aient fait avec un très remarquable succès, — Ift à empêcher les progrès de l’hérésie, à conserver à
i l’Église les milliers des siens déjà ébranlés et é hésitants, enfin à reconstituer les forces dirigeanrii: tes du catholicisme par la réforme du clergé, des
ii ordres religieux, de la noblesse.
là Pour se faire une idée de ce qui a pu être réalisé s, dans cette restauration, surtout par les collèges, s; voici quelques chiffres de l’époque où nous Dti sommes arrivés.
ut A Cologne, où la Compagnie a eu son premier mi établissement dès 1544, mais où, à cause de Lopin position du conseil de ville et de l’Université, un é collège d’enseignement n’a pu s’ouvrir avant 1556, h celui-ci avait 850 élèves en 1579, 1.000enl582; sur (]ï ce nombre, 80 étaient pensionnaires, élevés pour , la plupart gratuitement.
ut A Vienne (1552), malgré les difficultés suscitées x par l’Université, où les protestants étaient les ;i maîtres vers 1570-1580, les Jésuites avaient |{i 1.000 élèves en 1590. Au collège était également r annexé un florissant pensionnat, qui posséda en | 1564 saint Stanislas Kostka ; on y voyait les enfants
de la noblesse et de la bourgeoisie, avec plusieurs jeunes chanoines.
Ingolstadt (1556), où l’on comptait, en 1604 et 1605, 500 élèves dans les classes composant la Faculté des arts, avait aussi son pensionnat, renfermant, en 1593, 140 jeunes gens, parmi lesquels beaucoup de nobles et de religieux de divers ordres. En 1586 et 1589, on y vit trois margraves de Bade; et de 1601 à 1606, un fils du duc Albert de Bavière. Le nombre des pensionnaires moines était habituellement de 40 à 50; il y en aura 80 en 1617. De 1585 à 1591, le prince héritier de Bavière, Maximilien, suivit les cours de rhétorique et de dialectique à Ingolstadt; en 1586 et 1589, y étudiaient encore trois autres fils du duc Guillaume V de Bavière; et enfin, de 1590 à 1594, l’archiduc Ferdinand de Styrie, plus tard empereur,
Le collège-université de Diilingen, commencé en 1563 avec 300 élèves, en eut 600 en 1582, et 700 à 750 depuis 1604. Le pensionnat qui y était joint, et où saint Stanislas Kostka passa aussi quel que temps dans d’humbles exercices, contenait, en 1576, 150 jeunes nobles et religieux; ce chiffre s’était élevé à 170 en 1583, à 200 en 1602 et jusqu’à 250 en 1607. A cette dernière date, on y comptait plus de 100 religieux venus de 40 couvents, non seulement de Bavière, mais encore d’Autriche, de Suisse, d’Alsace, etc. En 1612, il y eut même 157 pensionnaires appartenant à 41 couvents. Ces convicteurs religieux sont encore 130 en 1622, et en 1625, 70 de 21 couvents. Observons que ces pensionnaires religieux habitaient un quartier à part dans le collège, et naturellement recevaient l’attention spéciale que demandait leur vocation ; ils avaient un Père spirituel à eux, leur Congrégation de la Sainte Vierge, etc.
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1 Le collège de Munich, fondé par le duc Al- IH bert de Bavière, comptait déjà 300 élèves dans ûr six classes, l’année de son ouverture en 1560, et plus de 600 en 1576; il fut entièrement re- / nouvelé en bâtiments magnifiques, dus à la munificence du duc Guillaume Y, de 1583 à 1591. Le nombre des élèves était monté à 800 en 1590, l' et atteignit 900, de 1597 à 1600 : une moitié ve- ' 1 nait de la ville, l’autre du dehors. Un pension-
I nat, qui existait auprès de ce collège en 1580 et W comptait alors 60 convicteurs payants, fut supri!' primé en 1597 ; mais on conserva la « maison des ,r 40 étudiants pauvres», pensionnat gratuit, comi mencé par les Pères avec des aumônes, en 1561, 'JC; puis généreusement doté encore par le pieux duc 3,!i Guillaume Y. Des établissements semblables se lulE rencontrent près de plusieurs autres collèges des “ Jésuites. La reconstitution du clergé de second
ordre, en Allemagne, s’est opérée d’abord par ces U1I: « maisons d’étudiants pauvres » et par les sémiu®naires pontificaux; c’est seulement après 1615 CODl: qu’un certain nombre de séminaires diocésains, cet]dont la Compagnie dut aussi prendre la direction, y contribuèrent pour une part, late, »
76. La guerre de Trente Ans (1618-1648). — C’est iis® dans ses provinces de Germanie que la Compa-
I I gnie de Jésus voit son existence et son ministère rteiï le pius troublés, depuis les premières années rnteu jusqu’à la fin du généralat de Viteileschi. Tous tsJ ses établissements de l’empire ont eu à subir, >itaiî* dans une mesure plus ou moins large, les horirell® reurs de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les [niait1 Pères de Bohême furent les premiers frappés : HW les auteurs de la « défénestration » de Prague,
après l’insurrection contre leur souverain légitime,
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 18
n’eurent rien de plus pressé que d’expulser les Jésuites de toutes leurs maisons et du pays. La victoire de l’armée catholique les ramena (1619), et, dès 1622, le travail, notamment dans les collèges, avait repris son train normal au point que le Père Général put réaliser un vœu de toute la province d’Autriche, en divisant cette circonscription trop vaste. Il détacha la Bohême, la Moravie, la Lusace et la Silésie pour former une nouvelle province, qui prit le nom de la Bohême. Les deux parties séparées prospérèrent : tandis que, réunies, elles ne comptaient encore qu’un peu plus de 530 membres, la nouvelle province de Bohême seule en avait 624 j( en 1636, et le chiffre de ses collèges était monté de 5 à 16 ; d’autre part, la province d’Autriche, qui avait gardé les États autrichiens proprement dits, avec la Hongrie et la Slavonie, atteignait, en 1632, le chiffre de 725, et en 1642 celui de 859, avec près de vingt collèges.
Les deux provinces de Haute-Germanie et du Rhin avaient eu un développement semblable, durant les dix premières années de Vitelleschi. Aussi, en 1626, fallut-il diviser la seconde, qui comptait alors 800 membres. On en fit les deux provinces, celle du Bas-Rhin, à laquelle on attribua 406 sujets et 10 collèges, et celle du Haut-Rhin, qui eut 354 sujets et 12 collèges.
Quant à la Haute-Germanie, qui s’étendait sur la Bavière, le Tyrol, la Suisse, etc., elle vit, de 1611 à 1630, le nombre de ses membres croître de 465 à 820 (377 prêtres), et celui de ses collèges de 12 à 20. Par suite de la guerre, le chiffre des sujets était tombé à 558, en 1639; puis il se releva peu à peu; en 1642, il était de 600.
Les Jésuites d’Allemagne furent obligés de
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multiplier leurs établissements, pour seconder le zèle des princes temporels et ecclésiastiques, qui désiraient conserver ou rétablir la religion catholique dans leurs domaines, et qui ne savaient î pour cela rien de plus efficace que l’action de la 1 Compagnie, surtout par ses collèges. Personne ne posséda ce zèle à un plus haut degré et, en ' conséquence, ne favorisa davantage cette action que l’empereur Ferdinand II. Ce prince, que nous avons vu élève des Jésuites à Ingolstadt, consulta irosï toujours beaucoup ses confesseurs Jésuites, les imF' Pères Barthélemy Viller, Martin Becanus et Guillaume Lamormaini, mais n’a jamais eu à regretter
I ni donné lieu à ses sujets de regretter l’influence ailL qu’a pu avoir sur lui la Compagnie et la faveur
qu’il lui a témoignée. Peu de souverains ont °Pl mieux connu et rempli tous leurs devoirs.
V Ferdinand a été fort maltraité par les historiens non catholiques, surtout pour l’édit de restitution , par lequel il essaya de rendre à l’Église m\ toutes les possessions que les protestants lui « avaientenlevéesdepuis 1552. Inattaquable endroit,
I I cet édit fut au point de vue politique une grande ^ faute, comme le reconnurent déjà des esprits clair-
voyants à l’époque même. Il ne s’agissait de rien moins que de reprendre une dizaine d’évêchés m et plus de cinq cents abbayes, couvents et églises, avec des propriétés territoriales considéra- 1 blés. Les détenteurs protestants allaient tous I e s’unir pour défendre ce qu’ils appelaient leur bien, ïsfi à tort sans doute, mais avec une apparence 1 de raison spécieuse, alors que pour beaucoup li l’occupation datait de plus d’un demi-siècle. En h outre, l’édit impérial affirmait le droit pour les ! seigneurs de rétablir le catholicisme dans les domaines restitués , au besoin même en expulsant
les dissidents. Cette mesure était en parfaite harmonie avec la règle sanctionnée dans la paix : d’Augsbourg, en 1555 : cujus regio, illius religio ; ï mais les protestants, qui longtemps l’employé- a rent sans aucun ménagement, n’entendaient pas que les catholiques en usassent contre eux; ils & voyaient dans la déclaration impériale une menace 01 intolérable contre leur liberté religieuse. Ledit es apportait ainsi aux princes protestants un prétexte il à souhait, pour donner une couleur religieuse à .in leur guerre, qui n’était au début qu’une entreprise de rapine. L’empereur catholique ne pourra 1 tenir tête à la coalition, qui va se former contre lui avec l’aide de l’étranger.
Tout impolitique qu’il fût dans les circonstances, l’édit de restitution fut salué avec joie parla x plupart des catholiques allemands. Ils avaient ■ tant souffert des usurpations et des pillages, que :i la faiblesse des empereurs avait permis depuis un siècle 1 Et les victoires de Ferdinand II et delà it Ligue catholique avaient surexcité leur confiance: ils se figuraient maintenant le pouvoir suprême i: assez fort, non seulement pour barrer la voie àde lir nouveaux envahissements, mais encore pour faire i œuvre de justice à l’égard du passé. L’intervention de Gustave- Adolphe, et plus tard de la France, leur montra leur erreur.
Les Jésuites, eux aussi, avaient approuvé i l’édit de 1629 et prêtèrent leur concours loyal à : l’exécution. Mais il ne serait pas équitable de leur en faire un grief spécial, la mesure étant si popu- i laire parmi les catholiques et si justifiable en :i théorie.
Soit à l’occasion de cet édit, soit déjà aupa- .e ravant, les princes catholiques d’Allemagne, e pour ramener leurs sujets au catholicisme, onteu
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' parfois recours à des moyens de contrainte, dont * on leur a fait grand crime. Et ces « violences »,
! véritables ou prétendues, les protestants et leurs I amis en font responsables a priori les Jésuites, % comme conseillers de ces princes. Il est vrai que ui les Jésuites allemands ont cru permis, et ont pu i» conseiller parfois l’emploi de la contrainte, allant ! jusqu’à l’expulsion des prédicateurs de l’hérésie et l’émigration forcée des dissidents intraitables, ji» Autorisées par la paix d’Augsbourg, comme les ? historiens protestants l’avouent, ces pratiques 'f. avaient été appliquées en grand, d’abord aux fidèn les de l’ancienne Église. Et les catholiques en firent usage à leur tour, non à titre de représail- « les, mais surtout par nécessité de défense. Le laniff gage desdocteurs delà Réforme et les procédés de » ses adeptes ne laissaient aucun doute sur l’exterd mination qui attendait le catholicisme, partout où epu la nouvelle religion pouvait s’introduire ou subeli sister en force. Et ils ne permettaient pas aux nfe souverains eux-mêmes de se croire en sûreté sur supf leurs trônes. Mais si des protestants ont dû soufra! frir non seulement l’expulsion, mais la mort pour io ni leur confession, on n’a jamais prouvé qu’un seul lEtîf ait été exécuté à l’instigation d’un Jésuite, ifi Quoi qu’il en soit des « violences » qui ont pu accompagner parfois la recatliolicisation en Alleipp magne, la vérité est que le rôle propre des Pères 8 jf de la Compagnie, qui ont coopéré à cette œuvre, eti; a été un rôle de persuasion : il a consisté à inssjj truire, à éclairer les populations, que les ministres II}! hérétiquesavaientséduiteset aliénées de l’ancienne foi, surtouten dénaturant les doctrines de l’Église, jjii bes prédications des missionnaires ont été suivies etlli de conversions nombreuses, parfaitement libres. eil Et si elles n’ont guère produit de conversions
en masse sans l’aide de quelque contrainte exercée par les princes, le succès même obtenu de cette manière a été, en général, dû beaucoup moins à cette contrainte qu’aux moyens spirituels mis en action. Ce qui le prouve, c’est la fermeté de la plupart de ces retours collectifs : ils ne se sont pas démentis, alors que les vicissitudes de la guerre ont ramené les convertis sous des maîtres protestants. Et pourtant, parmi ces popula- i tions ainsi devenues fidèles et constantes, on en signale qui avaient jadis changé de confession cinq fois et plus en un demi-siècle, leurs gouvernants successifs les faisant passer et repasserd’une religion à l’autre.
Les conquêtes de l’apostolat des Jésuites, plus que l’influence politique qu’on leur attribuait, ont excité contre eux les protestants, qui les leur firent : payer chèrement durant la guerre. Ils eurent à souffrir surtout des Suédois, quoique leur roi, Gustave-Adolphe, par déférence pour les recommandations de la France, se soit montré presque bienveillant dans quelques occasions. Vingtquatre Jésuites ont reçu la mort de la main des soldats luthériens ou calvinistes, pendant la guerre de Trente Ans. On ne compte pas ceux qui ontdù endurer la prison, les tortures et d’autres mauvais traitements de toute espèce. La province la plus éprouvée fut celle du Haut-Rhin. Ses douze collèges durent être abandonnés plus ou moins de temps ; des 457 sujets qu’elle comptait, il n y en avait plus, en 1633, que 157 à se maintenir comme ils pouvaient dans les limites de la province; les autres avaient dû demander un refuge à quatorze provinces différentes, en Belgique (38 Pères et Frères), en France (143), jusqu’en Angleterre, en Italie et en Espagne.
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üii En dépit de la guerre et des arrêts plus ou J1 moinslongs qu’elle infligea en beaucoup d’endroits à leur zèle, l’activité des Jésuites allemands, )lIltt 'durant la première moitié du xvne siècle, ne laissa 'Ç!: pas d’être féconde. Plusieurs de leurs établisse- 'li,: ments périront dans la tourmente, mais leurs collèges survivront, presque en nombre double de ceux qui existaient au commencement de la P°p|période, et seront plus fréquentés que jamais.
77. Les procès de sorcellerie et le Père Spee. — Le nom d’un Jésuite allemand de cette époque est sei encore aujourd’hui prononcé avec respect même parlesennemisde la Compagnie : celuiduPèreFréit«s; déric Spee (1610-1635), dont la Cautio criminalis buîili (1631) combattit si vigoureusement et efficacement Jurk l’abus inhumain des procès de sorcellerie. Une enni épidémie de déraison semblait avoir saisi toute lents l’Allemagne catholique et protestante, les plus « savants docteurs comme le peuple ignorant, pour ipnj leur faire voir partout sortilèges, sorciers et sori, ; cières. « En dépit, disait Spee, des physiciens et mai des médecins, qui nous apprennent à rapporter à ;lag? des causes naturelles les phénomènes delà nature juioi et les maladies, même sortant de l’ordinaire, en ress Allemagne surtout dans les campagnes on jette la ovine faute de tout cela sur les sorcières; aussi la foule lest' des sorcières grossit, d’autant plus que les prédijuf; cateurs ne remuent pas un doigt contre l’erreur et ail,! déclament plutôt dans le même sens, et qu’aucune naiijj autorité allemande ne s’élève contre ce genre e|jj d’accusations. » Les conséquences furent terribles : uiii dans la première moitié du xvn® siècle spéciale- Bety ^ent, des milliers de personnes furent brûlées jus; comme sorcières, la plupart innocentes selon toute vraisemblance. Ce qu’il y eut de plus triste dans
la déraison générale, c’est qu’elle aveuglait même les plus intelligents et les plus vertueux sur la flagrante iniquité des procédures qui menaient à ! tant de condamnations. Les Jésuites n’ont pas d’abord échappé à l’erreur commune en Allema- a gne : aussi quelques-uns ont cru, en conscience, ;i devoir exciter à la poursuite des sorciers, non toutefois sans réclamer des précautions de justice qui n’ont pas été gardées; mais aucun d’eux n’a jamais pris ni accepté le rôle d’inquisiteur ou de n juge, tandis qu'on les a vus très souvent adoucir J: par leur ministère les derniers moments des con- b damnés. Le Jésuite quia le plus contribué à con F firiner la crédulité en matière de sorcellerie et à u encourager les procès, fut le Belge Martin Delrio, par ses trois volumes de « Recherches sur la magie » ( Disquisitionum magiccirum libri sa\ Louvain, 1599), pleins d’une érudition touffue, ) mais sans critique. Cependant son influence si malheureuse est déjà combattue, en 1627, parle o Père Nicolas Cusan, dans un manuel de catéchisme ir ( Christliche Zuchtschul ), souvent réimprimé, et , surtout parle Père Adam Tanner, le plus remar- .■ quable des théologiens Jésuites d’Allemagne, :i Dans le premier volume de sa grande Théologie scolastique, paru en 1626, et plus amplement dans le troisième, qui est de 1627, Tanner établit déjà l ■ tous les principes, que Spee, quatre ans plus tard, ç fera valoir si éloquemment contre la manière dont étaient conduits les procès de sorcellerie. SaDS contester toute raison d’être à ces procès, et sans attaquer directement les juges de son temps, ce qui lui aurait assurément coûté cher, Tanner, au témoignage de Spee lui-même, montrait si bien ce que ces juges devaient faire, que, s’ils avaient ] suivi ses avis, toutes les injustices auraient été
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coupées à la racine. Mais l’ouvrage de Spee va droit au but et, sans aucune réticence, met à nu toute l’horreur des procédures généralement employées. Les protestants eux-mêmes, après avoir réclamé pour l’un ou l’autre des leurs le mérite d’avoir écrit contre ces procès avant Tanner et Spee, avouent que le terrible réquisitoire qu’est la Cautio criminalis , adressée particulièrement aux princes et à leurs confesseurs, a le premier saisi l’attention et inquiété la conscience des autorités responsables en la matière. C’est donc bien au noble et intrépide Jésuite qu’appartient l’honneur d’avoir porté le premier coup décisif à un abus qui déshonorait l’humanité civilisée.
Suisse (1574-1650)
78. — Dans la Suisse, rattachée à la Haute- Germanie, les Jésuites de cette province, en 1650, dirigeaient quatre collèges : ceux de Lucerne (ouvert en 1577), de Fribourg (1582), de Porrentruy (1591), de Soleure (1646). Dès 1568, les sept cantons catholiques auraient désiré obtenir des maîtres de la Compagnie pour une école à fonder en commun. Lucerne, qui reçut en 1574 les premiers Jésuites, demandés avec insistance, affecta son plus beau bâtiment à leurs classes et ne cessa de s’imposer d’autres généreux sacrifices pour les maintenir.
A Fribourg, la fondation fut préparée par le célèbre Canisius, que les habitants se montrèrent fiers de posséder durant les dernières années de sa sainte vie (1580-1597).
C’est l’évêque de Bâle qui installa les Jésuites à Porrentruy, où lui-même résidait depuis que les protestants l’avaient forcé de quitter sa ville épiscopale.
A Soleure, les principaux citoyens, ayant été élèves des Pères dans d’autres villes, tinrent à faire jouir leurs fils du même avantage sans sortir de chez eux.
De plus, en 1647, la Compagnie eut une résidence à Bellinzona. Enfin, dans le Valais, elle réussit à surmonter une longue et violente opposition protestante, en ouvrant définitivement son collège de Brieg.
Dans toutes ces créations le Saint-Siège est intervenu pour presser soit l’initiative des cantons suisses, soit l’acceptation du P. Général. C’était dans la conviction, qui n’était pas vaine, qu’une barrière sûre serait formée contre l’envahissement du protestantisme par l’enseignement de ces collèges, avec les ministères de catéchisme, de prédication et les autres, que les Pères y ajoutaient toujours dans les villes et au dehors.
Le chiffre des élèves fut d’ordinaire assez notable à Fribourg (200 en commençant, 290 en 1601, 550 eu 1626, 450 en 1649), et à Porrentruy (400 en 1605 , 390 en 1627), mais il en venait une bonne partie des autres cantons et même de l’étranger. A Lucerne, le chiffre s’éleva de 200 (1595) à 260 (1628) par suite d’un afflux d’Allemands, lors de la guerre de Trente Ans; il s’accrut aussi après l’addition de cours d’études supérieures: en 1647, il montait à 330 élèves, dont 50 étudiaient la philosophie, 10 la théologie dogmatique et 36 la morale.
Pologne et Pays Scandinaves (1565-1645)
79. Débuts de la Compagnie en Pologne. — La Compagnie de Jésus fut appelée en Pologne, comme elle l’avait été en Allemagne, pour sauver une situation religieuse presque désespérée. Le royaume des Jagellons était devenu le rendez-
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vous des hérétiques de tous les pays d’Europe, et l’on y entendait partout prêcher librement des erreurs variées, l’unitarisme et l’arianisme de Socin, aussi bien que le luthéranisme et le calvinisme. La noblesse, qui avait accaparé tous les pouvoirs dans l’État, ne laissant guère plus au roi que l’autorité d’un doge de Venise, aspirait avidement les nouveautés doctrinales. Le peuple restait attaché à sa foi, mais manquait de bons prêtres pour éclairer son ignorance et corriger ses mœurs. L’épiscopat lui-même assistait inerte ou impuissant aux progrès du mal, faute à la fois de science et de zèle. A peine si, outre le célèbre évêque de Warmie, Stanislas Hosius, non moins docte qu’intrépide défenseur du catholicisme, on trouvait encore deux ou trois prélats sensibles à la misère de leur troupeau; et ceux-ci se voyaient hors d’état d’y remédier, avec leurs clergés diocésains, décimés et d’ailleurs incapables, et les maisons religieuses étant presque toutes vides. Les collèges de la Compagnie, dont l’écho d’Allemagne leur apportait l’éloge, leur apparurent comme le secours du ciel : cinq collèges qu’il fallut accorder coup sur coup à leurs vives instances, dans le court intervalle de 1565 à 1575, ne leur ont pas apporté de déception.
Le premier, inauguré en 1565 à Braunsberg, dans la Warmie ou Ermland, pays tout allemand, mais alors soumis à la Pologne, attira surtout, la jeunesse polonaise. Parmi les onze Jésuites qui firent la fondation, il n’y avait pas encore de Polonais, seulement un Silésien parlant le polonais. Mais un noviciat ouvert à Braunsberg, en 1570, sous la direction du Père Robert Abercromby, plus tard missionnaire en Écosse sa patrie, comptait déjà treize postulants en 1572, et pouvait dès cette
année envoyer sept ouvriers dans les autres collèges de Pologne ; en 1579, il n’en envoyait pas moins de vingt. En 1586, trente recrues faisaient à Braunsberg leur apprentissage religieux, quand l’encombrement de la maison obligea de les transférer à Gracovie. La province de Pologne, détachée de l’Autriche en 1576, continuera de s’accroître rapidement.
La Pologne proprement dite reçut les premiers professeurs Jésuites, en 1566, à Pultusk, en Mazovie. Ils étaient appelés par l’évêque de Plock, de qui Pultusk dépendait au spirituel et au temporel, et leur établissement reçut la sanction de l’autorité royale. Ce collège, auquel saint François de Borgia envoya de Rome comme premier Recteur le Père Stanislas Rozdrazewski, n’avait que les cinq classes de lettres et, pour un plus large auditoire, une leçon d’Écriture Sainte.
Bien plus important était le collège qui fut commencé en 1570 à Yilna, capitale de la Lithuanie, et érigé en Université par actes officiels du pape et du roi en 1579. Il y eut là pendant deux siècles un grand centre d’apostolat, aussi bien que d’enseignement.
Le premier recteur de Yilna fut Stanislas Varsevicki. D’une famille illustre, il avait déjà rempli de hautes fonctions publiques, quand, à l’âge de quarante ans, il demanda à être reçu dans la Compagnie; il fit son noviciat à Rome, avec son jeune et saint compatriote, Stanislas Kostka. Prédicateur éloquent, groupant autour de sa chaire, à Saint- Jean de Yilna, trois ou quatre mille auditeurs, et controversiste redouté des ministres, le Père Yarsevicki ramena à l’Église beaucoup de calvinistes et de schismatiques. En 1572, invité par le légat du Saint-Siège, le cardinal Gommendone, à se
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rendre avec lai à Lublin pour l’aider à suivre les délibérations de la diète qui allait élire le successeur du roi Sigismond Auguste, il s’excusa modestement; il aurait craint, en acceptant, de blesser les règles de son Institut, qui lui interdisait les affaires politiques, et en même temps de donner prise à la malignité des médisants contre les Jésuites. Mais, par l’ordre du pape Grégoire XIII, à qui le roi de Suède Jean III faisait espérer son retour au catholicisme, Varsevicki se rendit deux fois à Stockholm. Au premier voyage (1574), il ne put que constater les conditions inadmissibles que le prince mettait à sa réconciliation avec l’Eglise. Cependant, en 1578, sur des avances qui paraissaient plus sérieuses, le pape envoie comme nonce en Suède le Père Antoine Possevin. Celuici obtint l’abjuration de Jean III; et tandis qu’il retourne à Rome, d’où il reviendra bientôt avec des lettres du Souverain Pontife encourageant le royal converti, le Père Varsevicki rentre en Suède avec trois autres Jésuites. Malheureusement la constance du prince ne tarda pas à fléchir, et le Père Possevin, voyant ses efforts pour la relever inutiles, quitta la Suède. Le Père Varsevicki, avec deux de ses confrères, put y rester, tant que vécut l’épouse polonaise de Jean III, Catherine Jagel* Ion. Son séjour lui permit de parachever l’éducation catholique du prince héritier Sigismond, bien commencée par sa pieuse mère. Le fils, malgré les persécutions, ne suivra pas son père dans l’apostasie, et quand l’élection, en 1587, l’aura porté au trône de Pologne, le catholicisme et aussi la Compagnie de Jésus trouveront en lui un sincère protecteur.
Auparavant déjà, l’un et l’autre durent beaucoup au roi Etienne Bathory, élu après le rapide
passage de Henri de Valois (1575). Dès 1571, n’ayant
encore à gouverner que la Transylvanie, Bathory avait cherché à faire venir les Jésuites dans sa principauté pour y restaurer le catholicisme press que disparu. En Pologne, la création de l’Académie ou Université de Vilna fut son œuvre, en même temps que celle de l’évêque Valérien (1578-1579). Puis vint le collège de Polotsk, en Russie Blanche, que Bathory fonda en exécution d’un vœu fait du rant le siège de cette ville, qu’il enleva aux Moscovites (1579). Plusieurs autres établissements furent commencés sur ses pressantes instances et avec son appui, notamment dans les villes de Livonie, Riga, Dorpat, où son bras énergique sut les défendre contre l’intolérance des majorités protestantes.
La bienveillance de ce prince pour la Compagnie était entretenue par son amitié pour le Père Possevin. Diplomate par ordre du pape, et d’ailleurs bien doué par la nature pour cet emploi, Possevin servit de médiateur entre le roi victorieux de Pologne et le tsar Ivan le Terrible dans une négociation de paix extrêmement difficile, et résolut le problème presque impossible de satisfaire lesdeux parties (1581-1582). Il fut moins heureux dans les démarches que lui demandèrent encore Grégoire XIII et Sixte-Quint, pour organiser la croisade contre les Turcs, démarches que termina brusquement la mort de Bathory (12 décembre 1586). Au milieu de toutes ces tractations diplomatiques, qui ne réjouissaient pas précisément le Général de la Compagnie, mais que les Souverains Pontifes commandaient, le Père Possevin trouva le temps de fortifier les œuvres de ses confrères en Pologne et de les aider à en fonder de nouvelles. Nous avons déjà dit que par ses soins furent
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établis les séminaires pontificaux de Braunsberg, de Yilna et de Kolozsvar : cet habile diplomate resta toujours avant tout un missionnaire.
Possevin refusa aussi à un légat de l’accompagner à la diète où s’élirait un nouveau roi de Pologne, et le pape, acceptant ses raisons et celles du Père Aquaviva, lui permit de quitter le pays au moment de la grande mêlée des compétiteurs à la succession de Bathory. Celui qui l’emporta, Sigismond III, jadis l’élève du Père Varsevicki en Suède, ne dissimulait point son affection pour la Compagnie. Outre son confesseur, le Père Golinski, il voulut avoir habituellement près de sa personne le Père Pierre Skarga, comme son prédicateur et son conseiller spirituel. Il en est résulté que tous les mécontents sous son règne, et depuis lors bien des historiens, ont rendu les Jésuites responsables de tout ce qui peut mériter la critique dans les actes de ce roi. Mais si sa politique ne fut pas toujours heureuse, notamment s’il a fait trop de guerres, d’ailleurs glorieuses, sans profit réel pour son pays, et surtout s’il a eu trop de condescendance pour les empiétements de la haute noblesse et des diètes, qui devaient mener la Pologne à l’anarchie et à la ruine, ce n’est pas l’inspiration des Jésuites qui en est cause. Dociles aux prescriptions de la cinquième Congrégation Générale et du Père Aquaviva, les Pères de la cctur n’ont jamais pu être convaincus d’ingérence dans les affaires proprement politiques. Déjà en 1615, le Père Jean Argenti, Italien, Visiteur de Pologne et de Lithuanie, dans une apologie adressée à Sigismond III, le démontrait en invoquant le témoignage du roi lui-même.
Ce qui est vrai, c’estque les Jésuites secondèrent,
de toute l’action de leur ministère spirituel les efforts de Sigismond pour rétablir l’unité religieuse et, par elle, la concorde et la paix dans la nation polonaise. Le développement de la Compagnie en Pologne et surtout la multiplication de ses collèges, que le roi encouragea constamment, servirent bien ses généreuses intentions. La province qui renfermait, peu avant le commencement de son règne, en 1584, 300 sujets, arrivera, en 1600, à 466, répartis dans dix-sept maisons. En 1608, le Père Aquaviva la divisa et en forma les deux provinces de Pologne et de Lithuanie. Celle-ci embrassait, outre la Lithuanie proprement dite, avec Yilna comme chef-lieu, la Mazovie, avec Varsovie, la Warmie, etc. ; celle-là s’étendait sur la Galicie et la Pologne prussienne actuelles et une partie de la Prusse occidentale. La Pologne avait alors 326 membres ; la Lithuanie, 275. En 1616, le chiffre des membres était monté dans la Pologne à 459, dans la Lithuanie à 336; et dans la première on trouvait neuf collèges, plus une maison professe à Cracovie ; dans la seconde, dix collèges, et deux maisons professes, à Vilna et à Varsovie.
80. Quelques Jésuites polonais de cette époque, ig Les hommes remarquables que la Compagnie s possédait en Pologne, dès ces premiers temps, ont particulièrement contribué à la faire connaître et estimer en ce pays. Parmi ceux qui ont travaillé surtout dans la région du nord-est, il faut nommer, après le Père Varsevicki, déjà mentionné, le Père Stanislas Grodzicki (e. à Rome 1571 + 1614). Il mérita d’être appelé l’apôtre de la Lithuanie : nombreuses furent les conversions d’hérétiques qu’il obtint par ses
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^ prédications et par ses controverses avec les I ministres, jointes à ses leçons de théologie à l’université de Vilna.
atioii
Dans la Pologne propre, le Père Jacques Vujek ’ (e. à Rome 1565 -f 1597), inaugurait l’établisse¬
ment de la Compagnie à Posen, en 1571, par des sermons où ses auditeurs trouvaient une solide instruction avec le charme d’une belle langue. H Son Jugement de la confession de Sandomir, c’està-dire de la profession de foi des calvinistes de ï1 Pologne, paru en 1570, est le premier livre polonais pubüé par un Jésuite. Les ouvrages du Père • Vujek tendaient à opposer une propagande popu- ! laire catholique à celle de l’hérésie; tel fut aussi lt le but de sa traduction de la Bible, qui a spéciale- !1Sï ment contribué à lui assurer un rang distingué e ! parmi les écrivains de sa nation.
. Le même Père fut chargé en 1579 d’aller il}m établir et gouverner le collège de Kolozsvar en neiil Transylvanie. Ouvert en 1580, avec 35 élèves l0! dans deux classes, ce collège eut en 1581 ses cinq lDS 1 classes jusqu’à la rhétorique, et plus de cent élèir0^ ves, la plupart enfants de la noblesse non catholique. En 1583, on y comptait près de 200 élèves, dont beaucoup, nés dans l’hérésie, avaient pris la époi® religion de leurs maîtres, sans nulle opposition de oiff leurs parents. Mais dans la suite, cet utile étarsis blissement fut étrangement maltraité, et même airet plus d’une fois supprimé par les menées des préeeu!' dicants ariens ou sociniens.
now- Le Jésuite polonais qui a fait le plus d’honneur klif1 à son Ordre, est le Père Pierre Skarga (e. à Rome ckil1 1569 -j- 1612). Ses sermons passent pour un admippé; rable monument de l’art oratoire. Ce qui est le ire»'1 plus glorieux pour lui, c’est l’usage qu’il a fait de par son éloquence. Conseiller de deux puissants rois,
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prédicateur de la cour pendant trente-denx ans. appelé plusieurs fois à parler devant les diètes générales du royaume, sa conscience, au terme de sa carrière, lui attestait qu’il avait fidèlement et constamment prêché leur devoir au souverain comme aux grands, et à tous ceux qui possédaient quelque part d’autorité. Il ne leur parlait point politique, si ce n’est parler politique que de rappeler la loi de Dieu aux détenteurs du pouvoir; mais il est certain que les destinées même politiques de la Pologne auraient pris un cours différent, si les avis de Skarga avaient été mieux suivis. Les menaces divines qu’il signifia plus d’une fois, comme un prophète d’Israël, à ces fiers nobles polonais, trop ennemis de toute contrainte, sont des annonces saisissantes de ce qui est en effet arrivé. Il les exhortait, dit-il lui-même dans la préface de ses sermons dédiés à Sigismond III, àaimer ardemment leurs « deux mères, l’Eglise et la patrie», à subordonner leur intérêt propre au bien public, à rendre à leurs princes respect et obéissance, à éviter les discordes et « l’abus de leur liberté », de peur que la désunion ne les menât à la ruine et à la servitude « Je criais, continue-t-il, et je les adjurais tous par mes cris, de faire des lois frappant également tous les crimes; de rendre la justice moins lente, pour purifier le pays souillé par l’effusion du sang, par les injustices envers les églises et les pauvres, par l’oppression des sujets; puis, de ne pas dissiper leurs richesses dans la vanité, le luxe, les excès du vin et les plaisirs, de les employer plutôt à accroître les forces de l’État, et au profit des pauvres et des églises. Je les menaçais du courroux de la justice divine, qui ks ferait périr par l’épée ennemie et livrerait leur
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royaume dévasté aux mains des étrangers. Je leur montrais suspendus sur leurs têtes les glaives des barbares, qui ont déjà moissonné la puissance et la richesse de tant de peuples voisins... Hélas! conclut-il, j’ai perdu ma peine ! »
Si le zèle apostolique du Père Skarga n’a pas obtenu tout ce qu’il désirait pour l’Église et pour sa patrie, il n’en a pas moins produit des fruits consolants dans tous les rangs de la société polonaise. Il a eu la par tprincipale à plusieurs conversions, qui ont fait sensation et influé sur beaucoup d’autres retours au catholicisme : notamment à celle des seigneurs de la famille Radzivil, fils ou parents de ce palatin de Yilna, Nicolas Radzivil, dit le Noir, qui avait appelé en Lithuanie et protégeaitles plus dangereux prédicateurs de l’hérésie.
Le Père Skarga mania aussi avec succès la plume du contro versiste et de l’apologiste contre les ennemis de la foi catholique et des Jésuites. L’orateur de la cour ne dédaigna pas non plus d’écrire pour l'édification et l’instruction spirituelle, même du simple peuple, ses Vies des Saints , l’ouvrage, a-t-on dit, qui a peut-être eu le plus de lecteurs en Pologne. Un autre travail méritoire et visant un but analogue, fut son Abrégé des Annales ecclésiastiques de Baronius en dix volumes.
81. Les Ruthènes. — Enfin Skarga s’est éga- J lement employé de tout son pouvoir en faveur de la réunion des Ruthènes du rite grec avec l’Église romaine. Lors du synode de Brest (1596), où le ! métropolitain ruthène et cinq sur sept de ses suffragants souscrivirent l’acte de soumission au pape, le Père Skarga était là, venu à la demande ; des prélats, qui désiraient s’aider de sa science pour répondre aux objections des opposants. Il
n’eut à Brest qu’à adresser du haut de la chaire ses félicitations à tous ceux qui avaient concouru au grand événement; mais ensuite il défendit l’œuvre du synode contre les fausses interprétations et les calomnies des schismatiques.
Depuis longtemps les Jésuites polonais avaient beaucoup fait pour préparer le retour des Ruthènes, surtout par des missions que suivaient ordinairement de nombreuses conversions parmi les schismatiques aussi bien que parmi les hérétiques. Cependant on les a accusés d’avoir nui à l’Union en éloignant leurs convertis du rite grec, ou du moins en ne les détournant pas, comme ils auraient pu, de l’abandonner. Surtout si la noblesse ruthène, en passant au catholicisme, a presque toujours renoncé au rite de ses aïeux pour prendre le latin, on a dit, et même des amis l’ont répété, que c’est sous l’influence des Jésuites : ils auraient pu, croit-on, et dû empêcher ce fait, assurément funeste au progrès de l’Union. En réalité il leur était impossible, quelques exhortations qu’ils pussent y dépenser, d’enrayer l’abandon général du rite grec par les nobles. Les prohibitions mêmes du Saint-Siège n’ont pas eu ce pouvoir.
Les raisons bonnes et mauvaises ne manquèrent pas pour motiver la conduite des nobles, sans l’influence des Jésuites. Il y avait d’abord l’attrait légitime des avantages spirituels et intellectuels qu’offrait l’üiglise latine, et qu’on ne trouvait pas encore dans l’Église grecque-unie, même après les heureuses réformes opérées par des évêques, tels que le métropolite Rudzki de Kiew et S. Josaphat de Polotsk : le mariage des prêtres suffisait à produire une grande différence.
Un autre motif moins pur, c’était la situation humiliée de l’Église grecque-unie dans le royaume
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de Pologne. Contre tout droit et contre les promesses qui lui avaient été faites, quand l’Union fut proclamée, elle n’était pas traitée en sœur de l’Église nationale latine, mais plutôt en étrangère et comme si elle avait été d’une condition inférieure. Ainsi ses évêques n’étaient pas admis dans les assemblées de l’Etat, où siégeaient tous les évêques latins. Il faut le dire, le manque de justice et de charité chrétienne à l’égard de leurs frères grecs-unis ou ruthènes est une tache sur l’honneur de l’ancienne Pologne catholique et l’épiscopat latin en porte pour une part la responsabilité. Sans prétendre que les Jésuites soient tout ' à fait sans reproche, nous constatons qu’ils ont rendu à l’Union ruthène les plus grands services. On vient de voir ce qu’a fait le Père Skarga. Ensuite ce sont les Jésuites qui ont été les maîtres et les guides spirituels du grand apôtre et martyr de l’Union, saint Josaphat Kuncevitch. Il les estimait à ce point, qu’à son sentiment, « ne pouvait J être du nombre des prédestinés quiconque n’était lsîpas ami de la Compagnie de Jésus ». Son meilleur collaborateur, Joseph Velamin Rudzki, métropolitain de Kievv et de tous les Ruthènes, que le pape SÎIUrbain VIII appelait l’Athanase de la Russie, lui lllî mit été donné, ainsi qu’à l’Union, par les Jésuiieiites : ils ont empêché Rudzki d’écouter la vive Répugnance qu’il sentait à rester dans le rite grec 5 yù il était né. Et quand le zélé métropolitain entreprit de régénérer le clergé de son Église par 4e moyen de l’Ordre grec de saint Basile, préalablement réformé, c’est à la Compagnie qu’il emanda des maîtres de novices et les organisateurs des études de ses jeunes moines ruthènes. •roi*
82. LefauxDémétrius. — En 1604, les Jésuites polonais furent mêlés à l’étrange histoire du « faux Démétrius ». Les gens qui voient la main de la Compagnie partout, les ont même accusés d’avoir suscité ce fameux imposteur. La vérité est que le jeune homme russe qui vint en Pologne en 1603 se donnant pour Dmitri,le second fils du tsar Ivan le Terrible (1584), avait gagné à sa cause de puissants seigneurs polonais et beaucoup de ses propres compatriotes, avant de s’être rencontré avec aucun Jésuite. Le Père Gaspar Savicki, le premier, l's vu, le 31 mars 1604, et cela sur le désirduNonce Rangoni, comme celui-ci l’a affirmé. Devant le même Père, il a abjuré le schisme grec, le 17 avril. . Deux autres Pères accompagnèrent ensuitelepré* tendant comme aumôniers des soldats polonais, avec lesquels il pénétra en Russie. Après son entrée triomphale à Moscou et son couronnement comme grand-duc (juillet 1605), il chargea un des deux Jésuites, le Père André Lavicki, d’une importante missionà Rome, auprès du Souverain Pontife, Lavicki repartit de Rome, le 10 avril 1606, avec des lettres de Paul Y et du Père Général Aquaviva, à qui Démétrius avait aussi écrit; mais il ne put les rendre au malheureux grand-duc, déjà assas¬
siné, le 27 mai 1607. Deux jours avant sa fin tragique, Dmitri avait fait appeler le Père Savicki, récemment arrivé à Moscou avec la grande-duchesse Marine, et l’avait entretenu de ses projets : par exemple pour le développement de l’instruction , ^ chez ses sujets, il désirait fonder tout de suite jjeui un collège de la Compagnie. t j^t 161
Evidemment, ces relations et ces démarches des Jésuites polonais ne méritent aucun proche, s’ils ont pu croire de bonne foi à la légitimité de Démétrius : or il faut bien que l’imposteur
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ait su rendre ses prétentions vraisemblables,. tesl puisque les Russes eux-mêmes les ont acceptées *)! si facilement. Aujourd’hui encore, si personne ne 111 doute plus qu’il n'ait été un Démétrius faux, la ^ pleine lumière est loin d’être faite sur sa vraie stîs origine et sur les personnages russes qu’il a dû 11 ‘ avoir pour auxiliaires conscients de sa mystifica- 'ar|r‘ tion.
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5 fl 83. Les Monita sécréta. — La faveur que rencon- «ec trait la Compagnie dans toutes les classes de la «société polonaise, n’a pas empêché des attaques rilu malveillantes de se produire, notamment par les Deilpamphlets. C’est surtout à l’occasion de la quelelilrelle avec l’université de Cracovie qu’il y eut un luiteivrai débordement d’écrits anonymes contre les spoiJésuites. Mais avant ceux-là, il en parut un qui «a fait fortune plus que nul autre en ce genre de roiditté rature. Les Monita privata ou sécréta Sociegeai tatis Jesu ont vu le jour pour la première fois ’uneii au mois d’août 1614, et leur auteur, d’abord anoliifcnyme, mais bientôt dévisagé, est un Polonais Innommé Jérôme Zaborowski, renvoyé de la Compa- Rfgnie. C’est ce qu’établissent les témoignages conisilftemporains, à l’encontre des fables débitées par déjà! ceux qui auraient bien voulu faire passer pour sa§! authentiques ces instructions prétendues. La vagavis leur intrinsèque de la pièce a été fixée, dès son |e#aPparition, par les condamnations de l’archevêque irojei:de Cracovie et du Nonce apostolique en Polo- ['iasigne, qui l’ont frappée comme calomnieuse et in- )Ut é? jurieuse envers la Compagnie de Jésus (11 juillet 1615; 14 novembre 1615 et 20 août 1616), puis Jàjipar des réfutations décisives (la première, due a^au savant Père Gretser, parut à Ingolstadt, en jjliiaoût 1617). La crédulité sans bornes dont profitent
les inventions les plus invraisemblables contre les Jésuites, explique seule les rééditions, presque innombrables, de ce libelle et l’usage que tant d’écrivains en ont fait dans leur polémique. Les adversaires plus avisés de la Compagnie ont reconnu que ces «Instructionssecrètes»ne pouvaient être qu’une fiction satirique. Rien ne saurait être imaginé de plus contraire, non seulement aux Constitutions de saint Ignace, mais à toutesles ordonnances authentiques des Généraux t ses successeurs. Pour prouver qu’ils n’ont jamais émis de prescriptions ni de conseils secrets dans 1 le sens des Monita, on peut rappeler que, lors de a la suppression des Jésuites (1773), leurs papiers les plus intimes ont été saisis et fouillés avec passion par des ennemis désireux d’y trouver de quoi justifier leurs accusations, surtout contre le u gouvernement de l’Ordre. Leurs efforts ont été 1 vains et ceux qui, depuis, ont repris la même besogne dans les archives et les bibliothèques publi- L ques, où ses papiers gisent aujourd’hui, n’ont pas mieux réussi. Au reste, il suffit à la Compagnie, pour se défendre contre des imputations pareilles, de montrer tant de ses enfants dont l’Eglise a loué ou même canonisé les vertus : tous ont vu ' dans leur état le grand bonheur de leur vie, mais ils n’auraient point passé un jour dans une société dirigée suivant les Monita sécréta.
84. Difficultés avec l’Université de Cracovie. — En 1615, la Compagnie instruisait, dans ses dix-huit collèges de Pologne, de huità dix mille élèves. Mais | là comme ailleurs, la faveur que lui témoignaient les parents catholiques ne faisait pas le compte de 1 certains rivaux. L’Université de Cracovie, fondée en 1493, était depuis longtemps fort déchue de
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son ancien éclat scientifique et littéraire. Cependant les succès des Jésuites, qui auraient dû l’inciter à se renouveler elle-même, provoquaient seulement sa jalousie et sa malveillance. Elle avait déjà vu d’un mauvais œil la création de l’université jésuite de Vilna, en Lithuanie. Ce fut bien pis, quand il fut question d’ériger également en université le collège de Posen, dans la grande Pologne (1611). L’opposition des docteurs de Cracovie fut telle qu’elle l’emporta sur les vœux les mieux justifiés des bons citoyens et sur l’influence dont jouissaient les Jésuites auprès du roi Sigismond III (1616). A Cracovie même, une longue et violente querelle commença en 1616, quand les Pères, établis dans cette ville depuis 1583, manifestèrent l’intention d’y ouvrir un collège, qu’ils auraient désiré voir incorporé à l’Université. Mais celle-ci ne voulut entendre parler ni d’incorporation ni d’enseignement public des Jésuites. Les docteurs polonais prétendaient s’autoriser de l’exemple de ceux de Paris ; en tout cas, ils les imitèrent dans leurs procédés de combat, et exploitèrent même à leur profit les libelles avec lesquels on avait poursuivi les Jésuites aux rives de la Seine. Néanmoins, l’enseignement fut inauguré en 1623, dans la maison de Saint-Pierre à Cracovie, d’abord pour les jeunes religieux de la Compagnie seuls ; puis, en avril 1625, le vén. P. Lancicius, Recteur du nouveau collège, en ouvrit les classes aux étudiants du dehors. Ce fut alors de la part des universitaires un débordement de pamphlets outrageants et de violences contre les concurrents et leurs élèves. En vain le pieux et savant évêque de Cracovie, Martin Szyszkovvski, soutient les Jésuites; en vainle tribunal romain de la Rote, auquel l’Université en a appelé, lui donne tort ;
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repoussées plusieurs fois même dans les diètes du royaume, les prétentions du monopole finissent par y triompher, et les Jésuites sont forcés de fermer leur école, en 1634.
Dans l’intervalle, le roi Sigismond III était mort (1632). Son fils Ladislas IY (1632-1648) prit aussi dans la Compagnie son confesseur théologien, le Père Schoenhoff. Ce ne sont pas pourtant les conseils des Jésuites qu’il suivit dans de graves affaires, comme quand il sanctionna et publia les Points de pacification en faveur des schismatiques du rite grec, qui blessaient gravement les droits de l’Église ruthène-unie (1633). Le prince obéissaitégalementàses dispositions personnelles trop conciliantes, en convoquant à Thorn, en 1645, le « Colloque amical » ( Colloquium charitativum ), par lequel il se flattait de rapprocher des catholiques les protestants de différentes sectes. Onze Jésuites intervinrent dans cette conférence, après que le pape, qui d’abord l’improuva, l’eut autorisée; le Père Schoenhoff en rédigea le plan et fut le principal orateur du côté des catholiques. Les calvinistes et les luthériens y avaient les uns vingt quatre, les autres vingt-huit représentants, dont plusieurs venus des universités d’Allemagne. Le résultat fut celui qu’ont eu presque toutes les tentatives du même genre, c’est-à-dire nul.
En 1643, l’entrée de son frère Jean Casimir au noviciat de la Compagnie, à Rome, causa un vif mécontentement à Ladislas, qui le fit sentir aux Jésuites de Pologne, en renvoyant de sa cour ceux qu’il employait à son service. Après un an toutefois, il leur avait rendu son entière bienveillance. Jean Casimir les avait défendus et s’était défendu lui-même auprès de son frère ; mais sa vocation n’était pas ferme ; à la fin des deux années