LES .JÉ8U1TES CONFESSEURS DES ROIS
elles-mêmes par leur exagération évidente. Il est pourtant vrai que ces adversaires de la Compagnie, qui furent en même temps des adversaires de l’Église et de la papauté, ont eu raison de penser que les confesseurs jésuites ne furent pas entièrement étrangers aux mesures prises à leur encontre. Ces confesseurs auraient manqué à leur propre devoir, s’ils n’avaient pas fait connaître à leur pénitent princier à quoi l’obligeait, pour la répression de l’hérésie, son titre de fils de l’Église. Ce n’était pas là matière politique, où il ne leur appartînt pas de faire entendre leur voix.
Mais il ne faudrait pas attribuer à des conseillers jésuites toutes les mesures prises dans cet ordre par des souverains catholiques. Leur intérêt même commandait à ces derniers de s’opposer aux envahissements du protestantisme : c’était une question de stricte défense : laisser la propagande de l’hérésie libre dans leurs domaines, c’était préparer à bref délai la ruine de leur souveraineté politique. Le jansénisme également ne pouvait être, aux yeux de Louis XIV, qu’un parti d’opposition, menaçant à la fois l’Église et l’État ; il n’était guère besoin des Jésuites pour pousser contre lui un souverain aussi jaloux de son pouvoir absolu. Si, dans leurs répressions, les princes sont allés plus loin que ne le demandait la défense des intérêts de l’Église et de l’État, il n’a été prouvé dans aucun cas sérieux que les confesseurs jésuites doivent en être tenus responsables. On les voit, au contraire, souvent incliner plutôt vers la douceur et la conciliation. En Allemagne, le Père Martin Becanus donnait à l’empereur Ferdinand II, dont il était confesseur, une direction si modérée pour la tolérance à l’égard des protestants, qu’à la cour pontificale on le jugeait trop
accommodant. Si, en Angleterre, Jacques II souleva contre lui tant de colères et finalement l'insurrection de ses sujets protestants par sa politique religieuse maladroite, ce ne fut pas la faute du Père Petre : l’infortuné prince s’obstinait à vouloir combler d’honneurs ce Père malgré lui, mais négligeait de suivre ses plus sages conseils dans le gouvernement. En France, la révocation de l’édit de Nantes a été décidée par Louis XIV, très vraisemblablement, contre l’avis du Père de la Chaize. Et non seulement ce dernier, mais encore les autres confesseurs jésuites, ont au moins autant contribué à adoucir qu’à exciter les rigueurs officielles contre les jansénistes.
Pour ce qui concerne la conduite privée des Jésuites, placés dans des situations si exposées, la régularité de leur vie et leur désintéressement personnel ont à peine été sérieusement attaqués, si l’on ne veut pas tenir compte des libelles du plus bas étage. Il est vrai qu’ils ne se sontpas désintéressés des œuvres de leurs confrères, et on leur a souvent fait un crime d’en avoir favorisé le développement par leur haute influence. Tout spécieux qu’ils paraissent, de semblables reproches, en général, n’ont pas de raison d’être. Les Jésuites confesseurs des rois seraient coupables, s’ils faisaient servir les faveurs du prince à enrichir les maisons de leur Ordre, à y porter le luxe et les commodités d’une vie facile; mais ce n’est pas ce qu’ils ont fait, et l’on ne saurait les blâmer de soutenir et de multiplier, fût-ce aux mains des Jésuites, les établissements utiles à l’Église et à l’État, tels que les collèges, les séminaires, les missions à l’intérieur et en pays infidèle. En cela même, d’ailleurs, ils ont observé une sage discrétion, quileur était commandée parune