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II. — HISTOIRE DES PROVINCES DE L’ORDRE

164. Les Jésuites confesseurs de Louis XIII. - Alors que la Compagnie de Jésus en France était en butte à tant d’attaques, Louis XIII ne pouvait mieux lui marquer son estime et sa confiance cju’en lui conservant, comme il l’a fait toute sa vie, la direction de sa conscience royale. Il n’a pas appelé moins de dix Jésuites successivement

à être ses confesseurs en titre, depuis le Père Coton, que son père avait déjà chargé de son éducation religieuse, jusqu’au Père Jacques Dinet qui l’assista à la mort. Le grand nombre et le fréquent changement de ces directeurs ne prouve pas l’inconstance dans les sentiments, mais la dépendance que le prince subissait même dans les choses intimes.

C’est son favori Luynes qui décida Louis XIII, non sans résistance, à se priver des services du Père Coton (1617) et du Père Jean Arnoux (1621). La seule cause de leur disgrâce fut qu'ils crurent devoir éveiller chez le roi des scrupules sur la conduite que celui qui le dominait lui faisait tenir, notamment à l’égard de sa mère, Marie deMédicis. Les confesseurs qui suivirent eurent à satisfaire, en même temps que le royal pénitent, son toutpuissant ministre, Richelieu. Le Père de Séguiran, qui avait succédé au Père Arnoux (1622), ne put remplir longtemps la seconde, la plus difficile des deux conditions. Il fut remplacé en 1625 par le Père Jean Sufïren, déjà confesseur de la reinemère, qui paraît avoir été plus heureux, grâce à une humilité profonde, à une réserve poussée aux dernières limites dans toutes les affaires que le cardinal désirait régler lui-même. D’ailleurs jusqu’en 1631, où le Père Sufïren fut laissé libre par le roi pour accompagner la malheureuse Marie de Médicis dans ses exils, le gouvernement de Richelieu ne prêtait pas aux dures critiques qu’en fera plus tard le Père Caussin. Il s’était occupé surtout de réduire les protestants de France et n’avait pas encore ouvertement partie nouée avec ceux d’Allemagne. Même ce n’était pas contre son gré, apparemment, ni en dehors de son inspiration, que le Père Suffren, en 1629, écrivait au

Père Lamormaini, confesseur de l’empereur Ferdinand II, pour savoir par lui sur quelles bases son souverain conclurait une entente durable avec la France. Et le choc hostile entre les deux puissances, qui peu après se produisit en Italie, et qui eut ensuite des conséquences si graves en Allemagne, ce n’était pas la France qui l’avait cherché: le Père SulFren lui-même, dans une autre lettre au Père Lamormaini (5 février 1630), justifia franchement l’action de Richelieu en cette affaire du Mantouan.

Durant les longs et tristes démêlés entre Louis XIII et sa mère, le Père Suffren garda toujours la confiance de l’un et de l’autre, et ne songea qu’à les rapprocher en évitant scrupuleusement de s’allier à aucun des partis politiques qui compliquaient la querelle. Après lui, deux autres confesseurs, les Pères Maillan et Gordon, se succédèrent en moins de six ans ; puis, en 1637, le Père Nicolas Caussin fut choisi par le cardinal, contre l’avis de ses supérieurs, qui lui reconnaissaient bien assez de vertus et de science, mais non assez d’expérience et de prudence pour des fonctions si difficiles. Quoiqu’il ait justifié ces craintes, on doit admirer le courage avec lequel le Père Caussin, contrairement à tout ce que Richelieu attendait de lui, a osé s’attaquer au ministre, si implacable à ses adversaires. Il n’ignorait pas en effet ce qu’il risquait, en cherchant à inquiéter la conscience de Louis XIII sur la politique du cardinal. Le roi entendit, non sans une vive émotion, la censure impitoyable qu’il lui en fit, notamment en ce qui concernait le cruel traitement infligé à la reine-mère, l’abandon où Louis laissait sa jeune femme, Anne d’Autriche, les souffrances du peuple pressuré pour subvenir aux

frais cl’une guerre prolongée sans nécessité, les alliances immorales avec les protestants d’Allemagne, de Suède, de Hollande, et celle qui se préparait avec les Turcs, etc. Mais l’ascendantdu grand ministre et l’éloquence avec laquelle il savait justifier tous ses actes, eurent bientôt triomphé des scrupules éveillés par le confesseur, qui, en punition de sa franchise, était exilé à Quimper-Corentin. Les critiques du Père Gaussin n’étaient pas sans fondement et sa charge l’autorisait certainement à les présenter: elles auraient peut-être eu plus d’efficacité, s’il avait pu n’y mêler aucune exagération, et les soutenir d’un zèle plus mesuré, ne ressemblant pas à de la passion contre l’homme qui avait déjà tant fait pour la grandeur de la France.

La Compagnie sous Louis XIV (1643-1715)

Nul souverain peut-être n’a témoigné plus de faveur à la Compagnie que Louis XIV. En retour, elle a contribué à la grandeur de son règne pour une part honorable, nous le constaterons dans ses œuvres et dans les hommes qu’elle a produits ou formés durant ce siècle. Toutefois cette haute faveur a eu sa contre-partie; elle a mis parfois les Jésuites dans des situations très délicates, et puis leurs ennemis s’appliquèrent à la leur faire chèrement payer.

165. Suite de l’affaire du Jansénisme (1661-1669). — Les mesures prises parl’épiscopat français, d’accord avec le Souverain Pontife, et appuyées par l’autorité royale, semblaient présager une prompte fin de l’hérésie en France. Tous les ecclésiastiques, avant de pouvoir recevoir les ordres ou entrer en possession d un bénéfice, étaient obligés

de signer un formulaire condamnant les cinq propositions de Jansénius ; établie par l’assemblée du Clergé en 1661, cette injonction est sanctionnée par déclaration du roi (13 avril). Le parti chercha d’abord à détourner le coup par un semblant d’<zccommodement. Des conférences furent organisées (1662-1663), par la médiation de l’évêque de Comminges, entre le Père Ferrier, alors professeur de théologie à Toulouse et qui sera plus tard confesseur de Louis XIV, et quelques-uns des principaux docteurs jansénistes : elles n’aboutirent qu’à une déclaration équivoque de ces derniers, sur laquelle le pape refusa de se prononcer. A ia demande du roi, Alexandre VII, par la constitution Apostolici regiminis (15 février 1665), approuve pour le fond le formulaire de l’assemblée de 1661 et en ordonne la signature. Malheureusement alors commence une scission entre les évêques : quatre prélats, dans leurs mandements pour la signature, introduisent la distinction janséniste entre le fait et le droit, déclarant que l’Église exige la soumission intérieure du jugement à sa décision sur le droit, mais se contente du silence respectueux sur le fait de Jansénius. Le pape et le roi désirent leur faire le procès; seulement l’accord sur la procédure est retardé par les exigences des libertés gallicanes. Dans l’intervalle, Alexandre Vil meurt (22 mai 1667), et le nouveau pape Clément IX reçoit, le 1er décembre 1667r une lettre de dix-neuf autres évêques, exprimant leur sympathie pour les quatre récalcitrants. En même temps un nouvel accommodement est négocié par trois de ces prélats amis, poussés par Le Tellier et Lionne, deux des principaux ministres du roi, l’un favorable aux jansénistes, l’autre indilférent à la question doctrinal®

et ne songeant qu’à débarrasser le gouvernement d'une affaire ennuyeuse. Les quatre évêques se laissent finalement amener à donner une signature du formulaire, sans restriction exprimée, et à écrire au pape une lettre, conçue dans les termes du respect et de la soumission. A la lecture de ces pièces, qu’il a reçues le 25 septembre 1668, et sur les assurances de son nonce et des prélats médiateurs, Clément IX se persuade que les quatre évêques ont souscrit « purement et simplement », et en exprime sa satisfaction à Louis XIV. Aussitôt un arrêt du Conseil du Roi est publié, qui met fin au procès et interdit à l’avenir toutes les contestations sur le jansénisme. C’est ce qu’on a appelé la Paix de Clément IX.

Cependant le pape ne tarde pas à apprendre que les quatre évêques, en signant et faisant signer le formulaire dans leurs synodes diocésains, ont, [ depuis leur prétendue soumission pure et simple, j donné à leurs prêtres etfait insérerdans les procèsverbaux de cet acte une déclaration, où ils mainj- tiennent expressément la distinction du fait et du ji; droit, et n’exigent pour le fait relatif au sens de Jansénius et de son livre que la soumission du i silence respectueux. Le Souverain Pontife ne I pouvait guère douter qu’il n’eût été indignement Sf trompé; il dut en être convaincu tout à fait, en entendant les jansénistes triompher de la « paix » obtenue, comme d’une victoire qui ne leur avait coûté aucun sacrifice. Néanmoins, la chose examinée dans une congrégation de cardinaux, il parut qu’il valait mieux ne pas approfondir, ni r recommencer un débat et que le pape pouvait f sauver les responsabilités du Saint-Siège. Dans f sa réponse aux quatre évêques, Clément IX affirmerait qu’attaché fortement aux constitutions

LA COMPAGNIE DE Jl£sUS

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de ses prédécesseurs, il n’aurait jamais admis « aucune exception ou restriction quelconque » dans la signature du formulaire, et que c’étaient les assurances reçues, de leur parfaite et sincère soumission, qui le déterminaient à leur rendre sa bienveillance. C’est ce que le Souverain Pontife leur écrivit en effet, le 19 janvier 1669.

Durant toutes ces louches négociations, le Père François Annat, confesseur du roi depuis 1654, n’avait jamais été consulté, ni par Louis XIV, ni par le nonce du pape lui-même ; les ministres avaient fait entendre à l’un et à l’autre qu’il était essentiel de tenir les Jésuites complètement à l’écart, parce qu’ils ne chercheraient qu’à entraver la pacification si désirable. La paix, telle qu’elle était conclue, donnait aux Jansénistes ample occasion de célébrer la défaite de leurs grands adversaires. Le plus grave pour les Jésuites fut que désormais ils ne purent plus combat tre l’hérésie ni les hérétiques, sans faire penser et dire qu’ils étaient les ennemis de la paix accordée par Rome, et éternisaient la guerre par gre entêtement orgueilleux pour leurs doctrinespardculières. Bien clés personnes, en dehors dujansénisme sectaire, se laissèrent prendre à cette accusation, habilement propagée par le parti. Ses grands chefs et docteurs, Arnauld, Quesnel, exploitant les obscurités de l’affaire de la « paix de Clément IX », pourront répéter sans relâche et faire admettre à beaucoup de gens simples que le jansénisme ne fut jamais qu’un fantôme inventé par les Jésuites.

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166. Conflits entre le pape et le roi. — Les conflits de Louis XIV avec le Saint-Siège sont la grande tache de son règne. Par suite de leur

auprès du roi, les Jésuites se sont vu attribuer dans ces regrettables incidents une responsabilité exagérée. On a déjà pu le comprendre par l’histoire de la Paix de Clément IX, Louis XIV était loin de suivre toujours, bien plus il ne demandait pas toujours les avis de son confesseur, même dans les affaires religieuses. Dès qu’était en cause le gallicanisme, c’était chez le prince comme un parti pris de défiance systématique à l’égard de ses directeurs Jésuites. Comment s’était formée en lui cette disposition d’esprit? Sans doute par l’éducation des maîtres gallicans que lui avait donnés Mazarin ; par l’influence des ‘ leçons et des exemples de ce ministre lui-même, qui, tout Italien qu’il était, n’avait rien gardé des principes ultramontains; enfin surtout, par la logique de l’absolutisme que Louis XIV a pris pour règle de son gouvernement. D’ailleurs, l’attachement du roi aux idées gallicanes s’autorisait du sentiment concordant, non seulement de ses ministres et des magistrats les plus intèt grès de ses parlements et des autres cours de justice, mais encore de la totalité des évêques de France et des docteurs des Facultés de théologie, à l’exception d’un petit nombre d’élèves des Jésuites. Quelle pouvait être l’influence des confesseurs, quand ils devaient aller à l’encOntre de ces obstacles, pour soutenir les demandes des Souverains Pontifes? Comme le dira le Père de la Chaize au nonce Ranuzzi, qui le priait d’insister auprès du roi pour le retrait des quatre articles de 1682, « Sa Majesté était si fortement impressionnée et prévenue, et lui-même tellement discrédité en cette matière, que toutes ses représentations à ce sujet demeuraient sans effet ». Ils n’ont pas pourtant négligé de parler comme leur

Brucker. — La Compagnie de Jésus. 37

devoir les y obligeait : s'ils n’ont pas réussi à prévenir ou à apaiser promptement toutes les fâcheuses querelles, il convient de leur tenir compte des difficultés de la situation; et alors on pourra ! reconnaître que tous ont su au moins empêcher 1 beaucoup de mal, en arrêtant plus d’une fois 1 Louis XIY sur des pentes funestes, où d’autres : conseillers et son orgueil tendaient à le préci- ( piter. ■ k

167. Interventions du P. Annat. — La première affaire qui troubla sérieusement les relations entre le pape et le roi fut celle des insultes faites par les gardes corses à l’ambassadeur de France à Rome (1662). La religion n’y était pour rien; Louis XIY eut le tort d’exiger du Saint-Père, avec trop de hauteur et par la force, une réparation due; mais Alexandre VII avait trop tardé à la lui offrir. Le Père Annat, alors confesseur de roi, fut assez heureux pour aider à la réconciliation d’une manière qui satisfit les deux contendants. Le Souverain Pontife lui adresse de vifs remerciements par un bref du 16 octobre 1661 Cependant le Père Annat, écrivant au Père Général Oliva, mais sachant que ses paroles iraient jusqu’au pape, n’avait pas craint de faire valoir fortement, quoique respectueusement, les justes réclamations du roi de France.

Vraisemblablement il y eut répercussion de ce différend dans le bruit qui se fit en Sorbonne, puis au Parlement, en 1663, pour des thèses sur l’infaillibilité du pape. Dès 1661, une thèse sur ce sujet, soutenue au collège de Clermont à Paris et dirigée spécialement contre les Jansénistes, avait provoqué de la part de ceux-ci une pluie de libelles. Le Père Annat, dont la plume, même

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iij depuis qu’il était confesseur du roi, ne s’épar- |k gnait pas, notamment dans de petits écrits visant o à démasquer les subterfuges des obstinés disci- ; pies de l’évêque d’Ypres, intervint surtout pour aj établir en quelques pages le vrai sens de la u thèse, qui, à dire vrai, n’était pas très bien ford’u mulée. Un incident plus grave s’éleva pour les er thèses qui devaient être soutenues en Sorbonne, le 19 janvier 1663, par un ancien élève des Jésuites, le bachelier Drouet de Villeneuve, jçr sous la présidence d’un docteur également élève ns, et congréganiste du collège de Clermont, M. Vindlf cent de Meurs, futur premier supérieur du Sémi- ;rs; naire des Missions Étrangères. Dénoncées au r; Parlement avant la soutenance, ces thèses furent ull supprimées par un arrêt du 22 janvier, comme 1{; élevant indûment l’autorité des papes au-dessus ,, de celle des conciles. Pour achever son incurœ sion sur le terrain doctrinal, la Cour força la ,r Faculté de théologie d’enregistrer cet arrêt. Puis f la Faculté, ne voulant pas laisser suspecter son attachement aux doctrines gallicanes, crut devoir r( donner une déclaration de ses sentiments sur le f pouvoir du Souverain Pontife. Cette déclaration en six propositions, qui sont comme une pre- E mière ébauche des quatre articles de 1682, fut , sanctionnée par un nouvel arrêt du Parlement (29 avril) et par une déclaration du Roi (4 août),

, et par là érigée en loi de l’enseignement public.

Tandis que Louis XIV se dispensait ainsi de . suivre les directions de son confesseur, dans sa politique en faveur du gallicanisme, il s’en écartait encore davantage dans sa vie privée, dont les désordres commençaient avec sa passion pour Mlle de la Vallière. Aussi le Père Annat était heureux d’obtenir en 1670 la permission, souvent

demandée, de quitter la Cour. Il mourut d’ailleurs peu après (14 juin 1670).

Il eut pour successeur le Père Jean Ferrier i (1614-1632-1674), que nous avons déjà rencontré j travaillant avec l’é.vêque de Gomminges à un «aci k commodément » avec les Jansénistes. La mort fe.< l’enleva à ses fonctions après quatre ans, le 29 oc- no tobre 1674. Jn u

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168. Innocent XI et le P. de la Chaize. — Au $n moment où le ministère auprès du grand Roi le devenait de plus en plus ardu, il vint aux mains r d’un homme dont le caractère est discutable, sur- h tout à cause du contraste avec le caractère du ou pape qui, presque à la même date, entrait dans v une longue lutte contre Louis XIV. Le Père île François de la Chaize (1624-1649-1709), pour maintenir ou ramener dans le devoir le monarque, si ?it plein du sentiment de sa grandeur et de sa puis- es sance presque sans bornes, comptait principale- r ment sur la douceur insinuante, aidée des « tem- n péraments » les plus larges que permettrait la loi .S; divine. Innocent XI (1676-1689) est du type des k pontifes les plus intransigeants du moyen âge: que le roi de France lui paraisse avoir pris une mesure contraire aux droits de l’Église, il la relé- p vera sans ménagements, et ni sollicitations ni menaces ne pourront l’ameneràla ratifier ni lui ar- II! radier la moindre concession. Il faut certes admi- *1; rer le courage avec lequel ce pape a tenu tête à n un pareil potentat durant tant d’années : il n’en t] est pas moins vrai que plusieurs de ses contemporains, des plus dévoués au Saint-Siège et à Innocent XI personnellement, ont fini par jugersa raideur excessive. Tel, au reste, a dû être le sen* ! timent de ses successeurs, qui ont accordé la plus

grande partie de ce qu’il avait refusé. Quoi qu’il <*en soit, avec des dispositions si différentes de partetd’autre, il était difficile au Père delaChaize ode faire tout ce qu’innocent XI attendait du confesseur de Louis XIV. Le pape s’est plaint souvent,

! -non sans dureté, que le Père mît trop peu dezèle i éclairer le roi sur l’irrégularité de ses actes de gouvernement, enparticulier de ses empiétements -jur le terrain ecclésiastique. De son côté, le Père «îèle la Chaize affirmait que sa conscience ne lui reuirochait aucune négligence dans l’accomplissement ble ecequilui apparaissait comme son devoir de ctèiionfesseur. Il est certain qu’il n’avait pas de ce ■ait :evoir la même conception que le Souverain Pon- Leife : il ne se sent pas obligé d’inquiéter le roi nirnians tous les cas où, d’après Innocent XI, Louis aifgit mal. Souvent, en effet, ou il juge que l’affaire b sap est pas de sa compétence, ou il croit savoir que rincip» roi a de sérieuses raisons pour justifier son action; car « dans les affaires ecclésiastiques, disaittraitli. Sa Majesté demandait aussi conseil à d’autres typesrsonnes sages et compétentes, et quand celles-ci oyem/aient donné leur avis et le roi pris ses déter- . pris 'nations en conséquence, lui Père de la Chaize jlli£ pouvait plus et ne voulait plus y entrer ». italios

3rüil. 469. Affaire de la Régale. — Sans doute le Père îrte5î:i la Chaize a eu parfois trop bonne opinion de temit,n royal pénitent. On peut l’admettre surtout en 5S . i|.f qui concerne la régale.

egC01tCe n’est pas que le Père de la Chaize ait aidé rien à la naissance du différend, par lequel •;:*mmença la guerre entre Innocent XI et le roi, *tre|(. (îul se prolongea, sans rien perdre de son acuité, onielimc^ant toiit 1«3 pontificat. La mesure qui en a été occasion est en effet antérieure de deux ans à

l’entrée en charge du Père de la Chaize. C’est en 1673 (10 février) qu’une déclaration royale étendit à tous les diocèses de France la régale, à laquelle la plupart étaient depuis longtemps assujettis, Elle consistait dans le droit pour le roi de percevoir les fruits du temporel des évêchés et di et nommer aux bénéfices épiscopaux durant li vacance des sièges. Le 2e concile de Lyon avait défendu, sous peine d’excommunication, d’y soumettre les églises qui en étaient exemptes à la date de 1274. Le gouvernement de Louis XI] regardait la régale non comme une concessioi de l’Église, mais comme un droit de la couronner!' et l’on doit reconnaître qu’en même temps qu’il la i1'11! 1 généralisait, il y introduisait, même pour les dio cèses où elle existait déjà régulièrement, d’utile; etP( corrections, tendant à la dépouiller de ce quiavai e 1 l’air d’une ingérence du pouvoir royal dans le « spi 0,1 rituel », pour ne lui laisser que le « temporel»

Ces corrections, consenties à la requête de assemblées du Clergé de France, étaient san doute ce qui frappait surtout le Père de la Chaize alors que, dans une lettre adressée au PèreGén'' ral Oliva, mais destinée à passer sous les yen ; "M du pape, il croyait pouvoir affirmer que fexten l! n sion avait été faite après la délibération la pin llu,ltr sage et avec le respect scrupuleux de tous le droits (9 mai 1678). Innocent XI au contraire, dan ses brefs à l’évêque de Pamiers (4 janvier et 2 aoù 1679), dira qu’elle a été décrétée « contre toutesle règles du droit humain et divin ». Cependant, pari les évêques de France, deux seulement avaiei fait opposition : deux des quatre qui avaient refu leur signature pure et simple au formulaire conti Jansénius, à savoir l’évêque d’Alet, Nicolas Par'

Ion, et celui de Pamiers, François Caulet.

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f premier étant mort en 1677 et le second en 1680, y, la résistance ne subsista plus que clans le diocèse ' de Pamiers, où Doin Jean Gerle, vicaire capitu- ; laire, la continua énergiquement, en dépit de sa condamnation à mortpar le Parlement de Toulouse . et de son exécution en effigie. Les prélats de l’asr semblée du Clergé, le 3 février 1682, déclaraient r consentir à l’extension générale de la régale et I priaient le Souverain Pontife de l’accepter pour (e les mêmes motifs qui avaient inspiré leur conduite. Bossuet écrivait à ce sujet, le 6 février : nf. « Nous n avons pas cru pouvoir aller jusqu a trouver bon le droit du Roi. surtout comme on l’ap- )UNB, , , .. . A 1

s plicjue a présent : il nous suint que le notre,

I quelque clair que nous le croyions, est contesté et perdu; et ainsi que ce serait être trop ennemi de la paix que de le regarder tellement comme ' incontestable, qu’on ne veuille pas même entrer dans de justes tempéraments, surtout dans ceux 1 où l’Eglise a un si visible avantage. » C’est sur ces ! «tempéraments » ou amendements à la régale,

! avec l’amour de la paix, que l’assemblée comptait

I le plus pour déterminer le pape à se rendre lui , aussi au fait accompli. Le terrible bref par lequel

Innocent XI lui répondit, le 11 avril 1682, lui " montra son illusion; il était fait également pour j éclairer le Père de la Chaize. Le Vicaire de Jésuse Christ fut plus sensible que ne l’avaient été le Père

II confesseur et les évêques à la prétention abusive, cr que l’autorité royale manifestait, de trancher, 11 comme en vertu d’un droit lui appartenant, des ril questions du domaine ecclésiastique. Les « inten- ' tions sijustes » du roi, que l’on croyait voir jusque ;llr dans ces empiétements, et les bienfaits dont

1 Eglise lui était par ailleurs redevable, pouvaient couvrir l’incorrection de ses procédés aux yeux

du Père de la Chaize et des prélats : le pape, lui ne voulait point payer les services rendus à lare» ligion par le sacrifice des droits de son autorité.

Le Père confesseur doit donc, semble-t-il, partager avec l’épiscopat français le reproche de n’avoir pas fait sentir assez à Louis XIV la gravité, par ce côté surtout, de l’affaire de la régale; en cela, il aurait apparemment pu, et dû, seconder mieux les efforts du Souverain Pontife. Mais d’autre part, si l’on considère l’objet matériel du débat, à savoir l’extension de privilège demandée par le roi, on ne peut guère s’empêcher de voir un excès de rudesse dans le refus constant opposé par le pape. Ainsi pensait, entre autres personnes non suspectes, l’austère évêque de Grenoble, Le Camus, si estimé d’innocent XI, qui le fit cardinal contre le gré de Louis XIV. Comme il l’écrivait déjà à Mgr Caulet, en 1679, et comme il le répète souvent dans des lettres adressées aux principaux conseillers du Souverain Pontife, la question n’intéressait nullement la foi et pouvait être réglée sans dommage pour l’Église par des tempéraments, auxquels les ministres royaux n’étaient pas contraires : dès lors elle ne lui paraissait pas mériter une opposition intraitable des évêques et du Saint-Siège. Le nonce à Paris lui-même, dans ses dépêches chiffrées, se croit obligé plus d’unefois d’avertir le secrétaire d’État du pape que tous les zelanti, ou catholiques attachés au Saint-Siège, en France, souhaitaient de la part du Souverain Pontife moins de rigueur, et que, pour ce qui concernait en particulier la régale, ils étaient persuadés que si le pape voulait l’abandonner, d’autres différends avec le gouvernement français, plus graves de leur nature, seraient facilement aplanis.

170. Les Jésuites dans les incidents de Pamiers. — Nous ne dirons qu’un mot des incidents que la régale a occasionnés dans le diocèse de Pamiers. Le Père de la Ghaize et d’autres Jésuites ont été accusés comme auteurs ou instigateurs de toutes les. violences exercées contre les prêtres, qui ont osé résister à l’intrusion schismatique des régalistes dans l’administration de leur église. Si on cherche les preuves, on trouve toujours, avant tout et pour tout, la supposition tacite ou exprimée que le Père de la Ghaize et les Jésuites gouvernent, sous Louis XIV, l’Église et même l’État. Il faut savoir que, si beaucoup d’antirégalistes furent loin d’être jansénistes, ce sont pourtant les jansénistes qui ont le plus soutenu l’antirégalisme de leur plume : bien moins par souci de la liberté de l’Église, que parce que la secte trouvait son intérêt à la désunion du pape et du roi. Et la tactique ordinaire du jansénisme exigeait que tout ce que les ministres royaux pouvaient commettre d’excès de pouvoir et d’abus de force, à propos de la régale, comme dans toute autre affaire, fût mis à la charge des Jésuites et spécialement du Père confesseur.

Pour donner un exemple de ces imputations gratuites, une des mesures que les libellistes ont le plus exploitées pour l’attaque contre le Père de la Chaize est la suppression par le gouvernement royal de l’Institut des Filles de l'Enfance , congrégation fondée à Toulouse par Mme de Mondonville pour l’éducation des jeunes filles. On l’accusait d’avoir imprimé clandestinement des livres contre la régale : « ce qui n’est pas vrai, mais ne serait pas une chose mauvaise », écrit le secrétaire d’État d’innocent XI (17 septembre 1686). Quoi qu’il en soit du grief allégué, la suppression s’était faite

trop irrégulièrement pour ne pas exciter la plainte légitime d’innocent XI. Mais s’il est vrai que le Père de la Chaize composait avec l’archevêque de Paris et un ministre, M. de Châteauneuf, la commission chargée par le roi de l’examen de cette affaire, il ne l’est pas moins que le confesseur s’est prononcé contre la suppression. Le nonce Gualterio, à qui le Père de la Chaize lui-même l’a assuré, déclare, écrivant «tu pape Clément XI, avoir vérifié par une enquête expresse la véracité de l’assertion.

Voilà comment s’écroulent les accusations qu’on peut contrôler. Pour pouvoir indiquer quelques faits plus ou moins précis à la charge des Jésuites, dans ses virulentes lettres et ordonnances, Dom Cerle a été réduit à ramasser des intempérances de langage commises par de « jeunes régents », ou à répéter des contes de femmes.

L’incident le plus grave, si l’on s’en rapporte aux adversaires des Jésuites, serait celui du bref d’innocent XI contre le vicaire capitulaire intrus de Pamiers (l0rjanvier 1681). L’authenticité de ce bref ayant été cçntestée, le pape en fit envoyer une copie par le Père Général Oliva aux Supérieurs provinciaux des Jésuites de Toulouse et de Paris, avec injonction de le publier et d’en certifier l’authenticité. Les provinciaux l’auraient livré au procureur général: ce qui, suivant Dom Cerle, était « déférer au Parlement le Souverain Pontife, pour le faire condamner comme un ennemi de l’État, qui veut renverser les lois fondamentales du royaume ». La vérité est que le paquet du Père Général avec le bref fut saisi par la police royale chez le provincial de Toulouse, avant qu’il eût pu l’ouvrir et savoir ce qu’il contenait. C’est ce que le provincial écrit à son Supérieur à Rome, le 20 mai

1681. Les Jésuites étaient ainsi, sans la moindre faute de leur part, mis dans l’impossibilité d’exécuter les ordres de leur Général et du Pape. Ce fut encore malgré eux qu’ils durent comparaître devant les Parlements de Toulouse et de Paris, pour s’entendre intimer la défense de publier, ni le bref dont la copie leur avait été adressée, ni aucun autre, sans lettres patentes du roi. Pour toute réponse, ils protestèrent qu’ils ne manqueraient jamais « au respect » qu’ils devaient au Souverain Pontife, non plus qu’à « la fidélité et au zèle pour le service du Roi ». La formule est vague, mais ne mérite aucune censure. Les parlements auraient bien voulu imposer quelque chose de plus gênant, mais Louis XIV ne le permit pas.

171. Influences jansénistes à Rome sous Innocent XI. — La Providence avait épargné aux Jésuites français une option singulièrement délicate dans la périlleuse alternative : désobéissance au Souverain Pontife, ou rébellion, non seulement contre la loi française relative à la publication des actes pontificaux en général, mais encore contre l’autorité du roi, blâmé dans l’acte dont il s’agissait. A cette occasion, le Père Oliva ne put s’empêcher de confier au Père de la Chaize une réflexion, qu’il faut reproduire pour faire comprendre certaines difficultés, dont non seulement le Père Général et le Père confesseur, mais toute la Compagnie, ont eu à souffrir dans toutes les affaires qu’ils ont eues à Rome du temps d’innocent XL « Il est permis de soupçonner présentement, écrit le Père Oliva, le 8 juillet 1681, un dessein formé, non chez le Souverain Pontife luimême — car il est bienveillant à notre égard, et

tout récemment il a fait à plusieurs reprises un grand éloge de la Compagnie en général, — mais chez d’autres, moins favorablement disposés envers nous et notre Institut : c’est de nous pousser en quelque sorte entre l’enclume etle marteau, pour nous faire recevoir les coups d’un côté ou de l’autre, c’est-à-dire pour nous faire encourir le mécontentement, soit du Roi , soit du Souverain Pontife. »

Ce soupçon, tombant sur des personnages influents auprès d’innocent XI, était fondé; il n’est même pas difficile de mettre les noms que le Père Oliva ne donne point. Il ne s’agit pas du Secrétaire d’Etat, qui dirigeait la politique officielle et pour ainsi dire ostensible du Souverain Pontife. C’était alors le cardinal Alderano Cibo, et le Père Oliva écrit au Père de la Gbaize, le 20 août de la même année 1681 : « Dans ces temps difficiles, nous n’avons guère à Rome d’appui meilleur que la large sympathie et l’amitié de l’Éminentissime Cardinal Cibo. » Mais Innocent XI avait un secrétaire des brefs, qu’il écoutait plus que son premier ministre : c’était en 1681 le prélat Augustin Favoriti; et après sa mort (13 novembre 1682), son parent, Laurent Casoni, lui succédera dans sa charge et dans la confiance du pape. De l’un et de l’autre, Innocent XI a constamment reçu, et trop souvent accepté, des conseils de rigueur inflexible, alors que Cibo, comme le dit aussi le Père Oliva, inclinait toujours vers la conciliation et la paix. Favoriti et Casoni furent de véritables ennemis pour la Compagnie de Jésus. Cette inimitié fut-elle la suite ou plutôt la raison de leurs relations amicales avec les Jansénistes ? Quoi qu’il en soit, l’un et l’autre protégèrent constamment les agents que la secte entretint à Rome

durant le pontificat d’innocent XI, et ses chefs au dehors reçurent plus d’un témoignage de leur bienveillance. C’est surtout à Favoriti et à Casoni que ce pape dut d’être accusé de favoriser le jansénisme. Ce ne fut pas sans apparence de fondement. Il n’y a rien à dire contre les encouragements envoyés à Antoine Arnauld pour ses travaux contre les protestants. Mais il serait bien malaisé de justifier, par exemple, les deux lettres du 13 août et du 13 septembre 1679 à Henri Arnauld, l’évêque d’Angers, dans lesquelles Innocent XI fait un éloge extraordinaire des religieuses de Port-Ro}’ al et de leur mandataire à Rome, M. de Pontchâteau.

Ne parlons pas, si l’on veut, des « consolations » que le nonce est chargé de transmettre au Père du Breul et à d'autres ecclésiastiques jansénistes, dont le gouvernement français arrêtait, un peu rudement il est vrai, les menées en faveur du parti. Mais les ministres de Louis XIV, et le Père de la Chaize lui-même, n’ont pas eu tort de se plaindre que, parmi les prêtres français réfugiés à Rome, après avoir pris part en France à l’agitation contre la régale, et à qui le Saint-Père prêtait si volontiers une oreille favorable, plusieurs, sinon tous, étaient jansénistes dans le fond de l’âme et cherchaient l’intérêt de la secte autant que celui de l’Église. Tous, très actifs, travaillaient de leur mieux contre les Jésuites, s'efforçant de faire croire au Pape et à ses conseillers que les Pères de la Compagnie étaient la cause de tous les troubles religieux, et les fauteurs de toutes les oppositions que le Saint-Siège rencontrait en France. Ils furent assez habiles pour persuader à bien des cardinaux et à d’autres prélats influents à Rome, non sans doute que le

jansénisme eût été mal condamné, mais que, depuis la paix de Clément IX, il n’y avait plus de vrais jansénistes, mais seulement des catholiques à qui les Jésuites donnaient ce nom, parce qu’ils ne sympathisaient pas avec leurs principes. Cette propagande était aidée par des publications antijésuitiques, notamment par les Provinciales en trois langues (français, latin, italien), qui se vendaient alors librement à Rome.

L’intrigue ne s’arrêtait pas d’ailleurs à la ville des papes. Le clan des antirégalistes et des jansénistes unis devint un centre très actif de polémique anti-jésuitique, où ont été fabriqués et préparés les plus violents pamphlets, publiés contre la Compagnie dans la seconde moitié du xvn‘ siècle. En particulier, la Morale pratique des Jésuites, commencée par Pontchâteau en 1669 et continuée par Antoine Arnauld pour les quatre derniers volumes (1689-1695), est composée surtout avec les pièces ramassées par Louis du Vaucel, correspondant romain assidu d’Arnauld et de Quesnel, de 1682 à 1710. x\ncien secrétaire du fameux évêque d’Alet Mgr Pavillon, du Vaucel, à Rome, se faisait appeler Wallon! et passait pour agent du vicaire apostolique de Hollande, alors que sa mission, comme antérieurement celle de Pontchâteau, était surtout d’exploiter les circonstances favorables, qui avaient paru s’offrir pour une réhabilitation entière du jansénisme, au commencement du pontificat d’innocent XI. Les espérances de la secte furent trompées, mais son ambassadeur très retors sut bien ne pas perdre son temps : en outre des abondantes informations qu’il envoyait aux chefs, on le rencontre dans presque toutes les affaires qui se sont traitées durant son séjour de près de trente ans à Rome, mais surtout là où il y avait

quelque chose à faire contre les Jésuites. Dans ses recherches de documents pour la Morale pratique , il a eu la collaboration, non seulement des autres réfugiés antirégalistes, mais encore de plusieurs membres de sociétés religieuses, rivales de la Compagnie de Jésus, et même de prélats chargés de fonctions importantes à la cour pontificale. Notamment le puissant secrétaire des brefs, Casoni, mérita d’être désigné habituellement dans sa correspondance d’Arnauld et de Quesnel comme « le grand. Ami ».

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