III. — PRÉDICATION. — MISSIONS A V INTÉRIEUR
182. — Vers le milieu du xvn® siècle, les prédicateurs Jésuites, sans abandonner la prédication populaire, s’élèvent à une forme d’éloquence plus littéraire et à ce qu’on appelle la grande prédication. Ils n’ont pas fait, en cela, que suivre le progrès général du goût parmi les ministres du verbe et dans leur public lui-même : ils ont été, pour une bonne part, initiateurs et artisans de ce progrès.
C’est en France que l’éloquence sacrée se relève d’abord de l’abaissement où elle était tombée avec la scolastique décadente. On reconnaît généralement la première impulsion sérieuse vers ce relèvement dans l’œuvre oratoire du Jésuite Claude de Lingendes (1607-1660). Le premier il a su conquérir un succès très grand sans excentricités ni trivialités de langage, comme sans vaine parade d’érudition douteuse, par un exposé des vérités chrétiennes, qui devait tout son intérêt et toute sa puissance à la force des raisonnements, à l’emploi judicieux de la sainte Écriture et des Pères, à la vérité des peintures morales, à la vigueur des pensées et de l’expression, enfin aux mouvements où se révèle un véritable orateur apôtre.
Cette méthode que l’exemple du P. de Lingendes a fait triompher dans la chaire du xvn8 siècle, nous observons qu’elle dérive de la tradition delà Compagnie de Jésus. C’est l’application par un talent éminent des principes dont devaient s’inspirer tous les prédicateurs Jésuites et qui, formulés dans les Règles de leur emploi, sont plus développés dans
MISSIONS A L'iNTÉRIEUK
les instructions du P. Aquaviva. Un prédicateur suivant fidèlement cette direction était sûr d’éviter tous les défauts de l’époque. On ne saurait mieux les stigmatiser que n’a fait le P. Général.
En particulier, dans sa lettre du 26 mai 1613, il ne ménage ses condamnations sévères ni à l’« ostentation » de la science ou de la mémoire dans un entassement confus de citations sacrées et profanes, ni à la recherche des idées singulières (allusion aux concetti des Italiens et au cultisme espagnol), ni à l’alfectation d’un style fleuri à l’excès. Aquaviva n’admet pas le prétexte qu’il faut s’adapter au goût du public, comme s’il convenait de se faire « disciple du vulgaire » : ce n’est pas ainsi qu’en ont agi les Grégoire de Nazianze et ij. les Jean Ghrysostome.
1 Ajoutons qu’il « ne loue pas » ceux qui débitent des w sermons écrits en entier et appris par cœur mot pour ® mot : trop difficilement, à son avis, ils entrent en ut communication efficace avec leur auditoire et ils don- ;t(; neront à penser que leur prédication ne part pas du ;3i5 cœur. Il ne veut pas pour cela qu’on improvise ; au contraire, il demande une préparation soigneuse et de la matière et de la façon de la présenter. N’est-ce pas pour se conformer à ces idées (soutenues plus tard par tJ Fénelon), que Lingendes s’est abstenu d’écrire en 1 entier ses sermons et n’en a jamais fait qu’une réf daction latine abrégée ? En chaire il la développait 3Uif librement en français, avec des mouvements, que son ; zèle lui suggérait souvent à l’heure même et que nous en? ont partiellement conservés les tachygraphes du li, temPs*
Après Lingendes, et sous l’influence de ses exemples, d’autres prédicateurs Jésuites ont suivi a peu près la même voie, non sans succès : André 1 Castillon (1614-1671); Claude Texier (1628-1687);
LA COMPAGNIE DK JESUS
Jacques Giroust (1641-1689), Claude de La Colom- j bière (1659-1682), Timoléon Cheminais (1667- 1689).
Tous furent bien dépassés par Louis Bourdaloue (1632-1648-1704). La faveur prodigieuse avec laquelle les auditoires les plus distingués accueillirent ses premières prédications à Paris en 1669, l ne fit que grandir et ne se démentit jamais durant les 34 ans qu’il dut faire entendre sa voix dans la capitale. Le titre de roi des sermonnaires français, que lui a décerné le suffrage du xvii0 siècle, ! ne lui a pas été disputé depuis lors. Il l’a pourtant conquis par des qualités austères : par la parfaite ordonnance de ses plans; l’irrésistible logique de ses preuves; l’impitoyable sincérité j . de ses tableaux de mœurs; la franchise avec j : laquelle, sans nul ménagement politique, il attaque j J tous les vices et spécialement ceux du grand inonde, j On y regrette l’absence des hautes envolées de l’imagination et des vives émotions de la sensibilité. Ce qu’on a appelé le pathétique du cœur est rare chez Bourdaloue ; mais il a au plus haut degré le pathétique de raison , c’est-à-dire une puissance de conviction qui, subjuguant l’intelligence, entraîne comme de vive force la volonté. Ce genre de prédication trouvera beaucoup d’imitateurs J moins bien doués et donnera des sermons un peu froids, mais qui auront du moins le mérite essentiel d’instruire solidement les fidèles. j ïi
Après Bourdaloue ont acquis un certain renom lT! dans les grandes chaires les PP. Honoré Gail- p, lard (1656-1727), surtout très demandé pour les ]e éloges funèbres; Charles de la Rue (1659-1/26), , !0 puis François Bretonneau (1675-1714), éditeur e | Bourdaloue; Martin Pallu (1677-1742), etc. n
Presque tous les prédicateurs Jésuites français
MISSIONS A L'INTÉRIEUR
que nous avons nommés, aussi bien que le plus éminent d’entre eux, ont été traduits en diverses langues et ont ainsi exercé une réelle influence sur l’évolution des manières de prêcher hors de France, spécialement en Italie et en Allemagne.
L’estime dont jouissait l’éloquence des Jésuites, en Italie, peut s’apprécier par le fait que, de 1569 à 1660, la charge de prédicateur apostolique fut confiée par les Souverains Pontifes à 49 Jésuites. Le premier qui fut choisi, le célèbre Tolet, la conserva durant 24 ans. Sa predica est invariablement divisée en deux parties, dont la première est l’ex- ' position théologique d’un texte biblique, et la ; seconde l’application pratique. Cette marche a été i gardée, etperfectionnée, surtout quant à la seconde ! partie, dans les œuvres oratoires du P. Paul s Segneri.
L’apostolat de la Compagnie ne reste pas borné f aux collèges et aux grandes chaires ; il reçoit même des formes nouvelles, dans la seconde : moitié du xvne siècle. D’abord les missions populaires sont toujours données avec succès dans : toutes les provinces.
Missions en France
183. Le P. Maunoir. — En France , au moment où s’éteint François Régis épuisé par dix ans de ; courses à travers les montagnes du sud-est, le P. Julien Maunoir commence dans les plaines de l’extrême nord-ouest une carrière beaucoup plus longue, où la même charité apostolique sera récompensée par des prodiges semblables de comversions (1640-1683). Quatre cents missions, de
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 40
plusieurs semaines chacune, en 42 ans, ont alors renouvelé et affermi pour toujours la religion et la vie chrétienne en Bretagne. Mais ce grand résultat a été obtenu par le P. Maunoir avec l'aide de nombreux coopérateurs formés par ses leçons et ses exemples. Parmi eux, outre les Jésuites, on n’en compte pas moins de 300, qu’il sut tirer du clergé séculier, ou son œuvre avait, pendant bien des années, rencontré les plus fortes opposi¬
tions.
Vers la fin de sa vie, surtout à partir de 1677, le vénérable apôtre transforma le plan de ses missions par un complément qui en augmenta singulièrement l’efficacité : aux prédications générales s’adressant à tous les auditeurs, il ajouta des retraites suivant les exercices de S. Ignace, pour les différentes catégories de personnes. Ces retraites étaient organisées de façon à faire participer le plus grand nombre possible, et dans la mesure la plus large qu’il se pouvait, au bien produit par les retraites collectives, dans les maisons qui y étaient spécialement affectées.
La première de ces maisons avait été fondée à Vannes, en Bretagne, par le P. Vincent Hubj (1625-1693) et M. de Kerlivio, vicaire général du diocèse, en 1663; mais c’est par les soins du P. Maunoir que la seconde fut établie à Quimper, en 1670. Avant ces créations, les Exercices de j;sü. S. Ignace ne se donnaient guère qu’en partira- ||lèti lier, soit à des ecclésiastiques, soit à des laïques, isolés ou en très petit nombre. C’est d’ordinaire dans les collèges ou les résidences de la Compagnie que se faisaient ces retraites: en 1599, le P. iVquaviva recommandait aux supérieurs de réserver dans toutes les maisons quelques chambres, pour recevoir les retraitants étrangers,
ïlüi:
Ida
MISSIONS A L’INTÉRIEUR
autant que possible dans un quartier séparé de la communauté. Les maisons de Vannes et de Quimper, comme celles qui se fondèrent bientôt sur leur modèle dans beaucoup d’autres villes, étaient des bâtiments considérables, où l’on pouvait loger cent, deux cents retraitants etdavantage. Déjà dans l’année 1665, deuxième après la fondation de Vannes, sept cents hommes étaient venus faire huitjours d’Exercices; en 1666, il y en eut 849, et le chiffre alla croissant d’année en année. En 1677, année de jubilé, il en vint 2.520, dont
ii 500 prêtres; en 1695, on compta 2.436. La même W- année, 2. 519 femmes suivirent les retraites données
iii dans la maison fondée pour leur sexe, également à Vannes, en 1674, par Mlle de Francheville, aidée
Iplu P. Huby et de M. deKerlivio.
es A Vannes, tous les retraitants, ecclésiastiques ir ou séculiers, nobles, bourgeois, paysans, recelaient les mêmes points de méditation et prea'i naient part ensemble aux mêmes cérémonies les pieuses; selon leur propre témoignage, ils sentaient leur ferveur excitée par le grand nombre fo#t la variété des personnes réunies dans ces nt exercices. Les directeurs ne laissaient pas néan- ;,it moins de faire des exhortations à part aux prêtres soæ«t aux laïques sur les devoirs de leur état. A Qiiifiuimper, le P. Maunoir préférait séparer les ,nlfangs et les conditions, pour adapter plus complètement la retraite aux besoins divers. Dans la ■si; maî90n qui lui devait son origine, on donnait, st À ta bu du xviii® siècle, de dix à quinze retraites ics chaque année. Celle des gentilshommes se composait ordinairement de 60 à 80 retraitants; de erie^ême celles des prêtres. On en comptait 150 ’à la .retraite des artisans, comme à celle des gens de el> campagne. Ainsi, tous les ans, plus de mille
personnes venaient dans le silence de cette pieuse solitude s’occuper uniquement de leur âme.
Les deux méthodes ont leurs avantages, qui ont fait adopter ici l’une, ailleurs l’autre, parfois les deux tour à tour dans la même maison, suivant les circonstances. Après la Basse-Bretagne, la Haute a voulu avoir ses maisons de retraites, à Rennes, à Nantes ; puis elles se sont propagées bien au delà ; il y en a eu à Paris, à Rouen, à Toulouse, à Dijon, à Nancy et ailleurs en France dans plusieurs villes d’Italie et d’Espagne Munich en Allemagne, à Yilna en Pologne, enfin jusqu’au Mexique. Partout elles ont produit les plus abondants fruits de salut.
Un des plus étonnants missionnaires du midi, le P. Pierre Lassudrye (1667-1693-1738) était allé étudier longuement la pratique des retraites de Bretagne, avant de commencer dans le Périgord et le Quercy des missions qui étaient une suite de retraites, chacune de huit à neuf jours, et groupant de 600 à 1.200 hommes ou femmes. D’autres dignes successeurs de S. François Régis furent, dans l’Auvergne et les régions montagneuses avoisinantes, les PP. Jacques Montai (f 1680), Jean Paul Médaille (f 1869), fondateur de la Congrégation si répandue et si justement populaire des Sœurs de Saint-Joseph-du-Puy ; Anne de Vogüé (fl710), Eustorge Soulier (-J-1712). Une mention particulière est due au P. Honoré Chaurand (1615-1636-1697): infatigable missionnaire, durant cinquante ans, en plus de quatre- vingt-dixdiocèses de France, il poursuivit en même temps des campagnes heureuses contre la mendicité et le vagabondage. Avec les largesses des populations remuées par ses prédications, et appuyé par les autorités civiles et religieuses, il ne fonda pas moins
mtéi
MISSIONS A l’iNTKRIEUR
de 126 « maisons de charité », où les mendiants valides étaient renfermés, instruits et habitués au travail, et d’où les autres pauvres recevaient des secours à domicile. Le pape Innocent XII l’appela à Rome pour l’entendre exposer ses méthodes et lui faire établir un hospice de ce genre dans le palais de Latran. Le P. Chaurand forma aussi des disciples, parmi lesquels le P. André Guévarre (1663-1724) fut le principal auxiliaire et continuateur de son œuvre.
Missions pour les protestants. — La conversion des protestants était toujours un des objets pour lesquels se fatiguaient le plus les missionnaires de la Compagnie, en particulier dans les provinces du midi de la France. Le P. de la Chaize écrit au P. Général, le 28 mars 1684 : « On (c’està-dire Louis XIV) est très content de la conduite et du zèle de nos Pères dans tout le royaume et surtout de la ferveur de quatorze missionnaires de la province de Toulouse, qui ont travaillé tout cet hiver dans le Yivarez et dans les Gévennes, où ils ont converti dix à douze mille hérétiques, aidés par l’authorité et par les libéralitez du Roy. » C’était une année avant la révocation de l’édit de Nantes. Si les missionnaires jésuites ont désiré cette mesure, ce qui n’est nullement prouvé, ils ont assurément vu avec peine les violences qui en ont accompagné l’exécution. Ils n’en avaient pas besoin pour le succès de leurs travaux, qui devait plutôt en être empêché ; c’est ce qu’ils constatent en effet, par exemple dans la mission de Die, en Dauphiné, au sujet de laquelle on lit dans les Lettres annuelles de 1690-1693, adressées P. Général : « La mission de Die sert bien les intérêts de la gloire divine, mais elle les servait
beaucoup mieux avant que les calvinistes fussent contraints d’embrasser la religion catholique. Alors sur les exhortations de nos Pères, un grand nombre abandonnaient l’hérésie de plein gré, au lieu que maintenant très peu professent véritablement la foi, à laquelle ils se sont donnés de bouche, mais non de cœur. » Cependant les Jésuites travaillèrent avec zèle, et non sans succès, ' à rendre sincères, par l’instruction et la conviction, la multitude des conversions nominales qui suivirent la révocation. Le P. de la Chaize, écrivant au P. de Noyelle le 14 janvier 1686, évaluait à 400 ou 500 le nombre des Pères appliqués à cette difficile mission. Parmi eux se trouvait le P. Louis Bourdaloue, qui interrompit le cours de ses triomphes oratoires à Paris et à la Cour, pour aller prêcher tout un carême aux « nouveaux convertis » de Montpellier (1686),
Dans Y Alsace redevenue française, les Pères obtinrent également des conversions nombreuses. A Strasbourg spécialement, après l’ouverture du Séminaire et l’inauguration des sermons et des conférences de controverses dans la Cathédrale rendue aux catholiques, en sept ou huit mois, plus de 200 protestants revinrent à la vraie foi. En 1684, il y avait 377 retours. Le mouvement commencé ne s’arrêta plus, et il entraîna même des Juifs : ainsi, en 1695, on signale 90 conversions de Luthériens et 4 de Juifs; en 1696, 100 de Luthériens et 9 de Juifs. En même temps les missions populaires, qui se donnaient dans toute la province, étaient suivies par des foules telles que les églises, souvent, ne pouvaient les contenir et que les missionnaires étaient obligés de parler en plein air.
MISSIONS A L’INTÉRIEUR
Missions dans les pays catholiques du Midi
484. — En Italie aussi, le zèle des Jésuites pour les missions populaires, loin de se ralentir, reçoit une nouvelle et vive impulsion dans la seconde moitié du xvii0 siècle. Nous y voyons le Père Paul Segneri (1624-1637-1694), pendant près de trente ans (1665-1692), parcourir presque toute l’Italie, prêchant les grandes vérités à des auditoires qui ne sont jamais inférieurs à 2.000 ou 3.000 personnes et vont parfois jusqu’à 20.000 et même 30.000; et il amène les âmes à la pénitence, autant par l’exemple qu’il donne des plus belles vertus apostoliques, que par l’éloquence qui fait de lui le prince de la chaire italienne. Son neveu, le Père Segneri dit le jeune (1689-1713), marche sur ses traces et remporte les mêmes succès, et, à son tour, il forme des élèves, même en dehors de la Compagnie : tel saint Léonard de Port- Maurice, Franciscain. On ne saurait séparer du Père Segneri l’ancien le Père Pinamonti (1646- 1703), son fidèle et digne compagnon pendant bien des années. Enfin il faut nommer surtout deux hommes, dont l’admirable charité envers les pécheurs fut soutenue du ciel par de nombreux miracles et leur a valu les honneurs du culte public : saint François de Hieronymo (1642-1670- 1716), apôtre de Naples, et le bienheureux Antoine Baldinucci (1665-1681-1717), qui parcourut en missionnaire trente diocèses d’Italie.
En Espagne , nous avons déjà mentionné les fructueuses missions du Père Thyrse Gonzalez, qui devint ensuite Général de la Compagnie. Il eut plusieurs imitateurs heureux de ses méthodes et de son zèle.
Portugal. — Durant presque toute la seconde moitié du xvne siècle, le P. Antoine Vieira (1626- 1697) charmait et remuait profondément, tour à tour, les auditoires les plus distingués comme les plus humbles, à Lisbonne et à Rome aussi bien qu’au Brésil. Dans le même temps, la Compagnie de Jésus a continué de donner au peuple portugais de zélés et puissants apôtres, tels que les Pères Gaspard Moreira (f 1652), Antoine Bandeira (1664), Pierre de Amaral (1711).
Allemagne et Suisse
185. — Dans toutes les provinces allemandes, avant et même pendant la guerre de Trente Ans, les Jésuites s’étaient livrés avec zèle aux missions populaires, surtout pour les catholiques les plus exposés au milieu des protestants. Leur charité apostolique ne manqua pas aux misères spirituelles accrues par trente années d’horreurs. Leur activité se manifesta, non seulement par le grand nombre des excursions apostoliques faites parles Pères des collèges, mais encore parla multiplication des stations qui constituaient comme des missions permanentes. C’est ce nom même de missions qu’on donnait à ceux de ces établissements, où travaillaient habituellement un, deux ou trois Pères : ils y recevaient aussi les catholiques des localités environnantes et ils allaient eux-mêmes porter leur ministère souvent bien loin de leur centre d’opérations. Dans les stations plus importantes qu’on appelait d’ordinaire résidences , le personnel un peu plus considérable préparait ou même commençait un collège. Mais partout les missionnaires se voyaient obligés de combattre avant tout l’ignorance, une des plus
MISSIONS A L’iNTÉRIEUK
tristes suites delà grande guerre; ils s’efforcaient de rétablir les écoles et, parfois, se faisaient euxmêmes instituteurs pour apprendre aux enfants à lire et à écrire.
Parmi les missionnaires les plus méritants de la période, il convient de nommer d’abord le Schlesvigois Henri Schacht. Luthérien converti, reçu Jésuite à Rome (1610), il fut envoyé en Suède, pour essayer, sous un déguisement, d’assister les catholiques opprimés (1623-1624), mais, dénoncé au roi Gustave-Adolphe, il se vit torturé, puis expulsé, tandis que les deux principaux fidèles étaient mis à mort. Il se dévoua ensuite pendant 24 ans dans la mission de Hambourg (-j* 1654). Le vénérable P. Philippe Jeningen (1663-1704) fut un véritable apôtre de l’Allemagne du Sud. En Bohême, nous avons à nommer Albert Chanowski (1601-1643); André Metsch (1605-1651) et Adam Krawarski (1607-1660) ; en Hongrie, Jean Stankowitz (1673). Enfin, en Suisse, Pierre Mayenberg (1669-1692) trouva largement à dépenser dans les rudes montagnes du Valais le zèle et l’abnégation qu’il avait désiré consacrer aux Indiens idolâtres.
Après les missionnaires, il est juste de mentionner un grand bienfaiteur des missions ; en 1682, l’évêque de Paderborn et de Munster, Ferdinand, baron de Fürstenberg alloua pour la fondation de 15 missions un capital de 93.920 thalers, dont les intérêts devaient à perpétuité former la pension annuelle de 36 missionnaires. La quinzième des missions ainsi dotées était la Chine, à laquelle revenait la pension de 8 missionnaires; les 14 autres étaient en Norvège, et dans l’Allemagne du Nord.
Toutes ces missions populaires avaient pour objet principal d’affermir la foi et de promouvoir
la vie chrétienne chez les catholiques ; cependant beaucoup de protestants étaient attirés aux prédications des Pères, et un assez bon nombre d’entre eux se convertissaient. Nous donnons plus bas quelques chiffres.
Province
Sujets
Collèges
et
Séminaires
Résidences
Missions
Conversions
de
protestants
Autriche