‹ La compagnie de Jésus, esquisse de son histoireChapitre 45 sur 62 · prêtres · texte numérisé non relu

prêtres

(en 1650) 508

Bohème

(en 1656)1.718

Bas-Rhin

(en 1652) 915

Haut-Rhin

HteAllemagne

(en 1654) 315

Angleterre

186. — La restauration royaliste (1660) valut aux catholiques quelques années de paix. Mais en 1678 la dénonciation par l’infâme Titus Oates du prétendu « Complot papiste » provoqua une furieuse explosion de haines populaires protestantes. Suivit une répétition, plus odieuse que jamais, des parodies de justice qui avaient livré à la mort tant de martyrs anglais. De 1678 à 1683, elle fit monter huit Jésuites sur l’échafaud, et treize autres périrent en prison. L’avènement d’un roi catholique, en 1685, procura à la mission une courte période de prospérité jusque-là inconnue.

MISSIONS A L’INTÉRIEUR

Jacques II lui donna un collège et une chapelle publique; il prit un Jésuite, le Père Warner, pour son confesseur, mais s’obstina très mal à propos à vouloir confier au Père Edouard Petre des honneurs que son Institut lui interdisait, et auxquels d’ailleurs le Père s’efforça de se soustraire tant qu’il put. Après l’avoir nommé son aumônier et membre du Conseil privé, Jacques pressa le pape Innocent XI avec de grandes instances, toujours vaines, de faire le Père Petre évêque ou cardinal. C’est gratuitement que Petre est supposé avoir inspiré toute la politique religieuse de Jacques II, souvent trop peu sage; on sait positivement que telle mesure des plus malheureuses a été déconseillée par lui ; quant aux autres, il n’y a aucun témoignage sérieux pour l’accuser.

La révolution de 1688 ramena les Jésuites anglais au régime de la persécution. Quarante-six d’entre eux furent expulsés d’Angleterre peu après l’invasion de Guillaume d’Orange ; 19 étaient en prison en 1689; deux y moururent (1690-1693). Néanmoins la mission se soutint et continua de consoler et de fortifier les catholiques opprimés. Le nombre des Pères, en Angleterre, alla de 100 à 130 dans la seconde moitié du xviie siècle, et s’élevait à 150, aux premières années du xvme. La plupart se maintenaient à l’aide d’un titre de chapelain de quelque famille noble : on a les noms d’une centaine de postes de ce genre occupés durant le xvme siècle.

Hollande

187. — Les Jésuites de Hollande, qui ne pouvaient, eux aussi, exercer le saint ministère

qu’avec de grandes précautions, virent leur situation empirer après 1680. Les ordonnances de Louis XIY contre les protestants français et les duretés qui en marquaient l’exécution, causèrent chez leurs coreligionnaires hollandais une vive irritation, qu’augmenta l’arrivée de nombreux réfugiés, surtout après la révocation de l’édit de Nantes (1685). On se vengea sur les catholiques du pays par une aggravation de l’oppression, dont naturellement leurs prêtres, et surtout les Jésuites, furent les premiers à se ressentir.

Cependant le jansénisme lit beaucoup plus de mal. L’hérésie avait gagné une partie du clergé séculier, qui avait étudié à Louvain. Son développement fut favorisé, peut-être plus ou moins inconsciemment, mais en tout cas très efficacement pour le malheur de son troupeau, par Jean de Neercassel, évêque de Castoria i. p. i., vicaire apostolique de Hollande (1662-1686). Ce prélat, ancien Oratorien et grand admirateur d’Antoine Arnauld, offrit un asile au patriarche janséniste, après sa sortie de France (1679), et Arnauld passa en effet deux ans près de lui en Hollande (1680-1682). Avant et après cette date, l’évêque et le docteur furent en correspondance fréquente: le premier aidait à la propagation des écrits du second, dont il sollicitait en même temps les conseils pour les siens. Quand le partijugea utile d’envoyer à Rome un agent, en la personne de Louis du Vaucel (1681), Neercassel lui donna un mandat qui devait couvrir sa véritable mission. Inutile de dire qu’avec de pareilles dispositions, le Vicaire apostolique ne songeait guère à arrêter les progrès du jansénisme dans son clergé. En revanche, les Jésuites ne pouvaient trouver chez lui beaucoup de bienveillance; aussi

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suscita-t-il plus d’une entrave à leur ministère.

Ce fut bien pis sous le successeur, Pierre Codde, nommé par Innocent XI, le 20 septembre 1688. Celui-ci, fervent janséniste, s’empressa de livrer les postes principaux du vicariat aux prêtres qui étaient dans les mêmes sentiments; il s’efforça également de chasser les Jésuites des stations où ils avaient leurs plus importants groupes de fidèles : ainsi notamment de la grande cité commerçante d’Amsterdam. Codde réussit pendant plusieurs années à tromper le pape et les Congrégations romaines sur son compte, grâce surtout à l’habile diplomatie de son agent Walloni du Vaucel. Enfin néanmoins, il fut obligé, en 1700, d’aller à Rome s’expliquer sur les accusations qui y étaient portées par les catholiques contre son administration et même contre sa foi. Invité à signer le formulaire antijanséniste d’Alexandre VII, il s’y refusa obstinément, et fut en 1702 suspendu de ses fonctions. Mais Théodore de Cock, nommé pour les exercer à sa place comme pro-vicaire, trouva 240 prêtres rebelles aux décisions du Saint-Siège; et les États de Hollande et de Frise, excités par les jansénistes, lui interdirent tout acte de sa charge, puis ordonnèrent même son emprisonnement. C’est avec l’appui de cette autorité séculière et protestante que Codde, revenu à Utrecht en 1703, et déposé définitivement le 3 avril 1704, prétendit se maintenir à la tête de l’Église de Hollande, malgré le Souverain Pontife. Ainsi commença le schisme d’Utrecht, qui subsiste encore avec un soi-disant archevêque et ses deux suffragants, comptant ensemble moins de 9.000 ouailles.

Les Jésuites durent payer ies disgrâces du prélat révolté. Le 27 mars 1705, le Supérieur de

la mission et trois Pères desservant les principales stations furent cités à la Haye devant les commissaires des États, qui leur signifièrent d’avoir à obtenir de la Cour de Rome le rétablissement de Codde dans le vicariat, avant le 15 juin, faute de quoi, à cette date, commencerait l’expulsion des Jésuites. Cette menace reçut son exécution dans les provinces de Hollande et de West-Friesland, le 23 juillet 1708 : les missionnaires de la Compagnie virent leurs églises fermées et durent s’exiler au loin. Il est vrai que les autorités locales, plus tolérantes que les « hauts et puissants seigneurs » des États, permirent assez tôt la réouverture de plusieurs églises, ou fermèrent les yeux èjuand des Pères revinrent faire leurs fonctions. Mais plus que jamais, la prudence dut régler et modérer le zèle des missionnaires.

Pologne (1648-1705)

188. — La Pologne n’est pas intervenue dans la guerre de Trente Ans; mais elle eut ensuite ses guerres contre les Cosaques, sujets rebelles, que soutinrent les Moscovites; puis encore une guerre avec la Suède. Dans les années troublées et malheureuses de 1648 à 1661, les Jésuites polonais n’eurent guère moins à souffrir que leurs confrères allemands dans les trente années antérieures. La plupart de leurs collèges furent pillés et dévastés par les ennemis schismatiques ou hérétiques. C’est dans ce triste temps, le 16 mai 1657, que le P. André Bobola souffrit de la main des Cosaques un martyre qui n’a peut-être pas son pareil dans les annales de la foi, pour l’atrocité des tourments comme pour l’héroïsme de la

MISSIONS A L’INTÉRIEUR

victime. Les infortunes de la Pologne commencèrent alors, tandis que régnait l’ex-novice Jésuite, Jean Casimir (1648-1669) ; mais elles étaient dues beaucoup moins à l’incapacité du souverain qu'à la constitution politique du royaume, que les Polonais eux-mêmes, oublieux des avertissements du P. Skarga, s’acharnèrent à rendre de plus en plus mauvaise. Le pays eut un retour temporaire de gloire sous le règne de Jean III Sobieski (1674-1696). Le héros chrétien, libérateur de Vienne et de la chrétienté menacée par l'Islam, fut un grand ami des Jésuites, dont les encouragements ne lui furent pas inutiles dans ses campagnes victorieuses. A travers toutes les vicissitudes que la Compagnie éprouva dans son existence par suite des guerres, de l’anarchie presque endémique en Pologne, et, il faut ajouter, d’attaques venues parfois du clergé séculier et régulier, elle ne cessa de développer son action et n’accepta pas moins de cinq nouveaux collèges et plusieurs résidences ou missions, de 1635 à 17 10.

En 1710, la province de Pologne propre comptait 644 sujets, dont 333 prêtres, avec 18 collèges, 9 résidences, Il missions; la province de Lithuanie, 746 sujets (327 prêtres), 14 collèges, 11 résidences, 23 missions.

Russie

189. — Le roi de Pologne Jean Sobieski avait pris en 1684 et garda jusqu’à sa mort (1696) comme son confesseur et son conseiller le plus écouté, le P. Maurice Vota (né à Turin, 1629, entré au noviciat ‘d’Avignon 1645, *J- à Rome 1715). Ce Jésuite était venu à Moscou en 1684, chargé par le pape Innocent XI de travailler, d’accord avec l’ambassadeur de la cour de Vienne, à faire entrer la

Russie dans la ligue de l’Empire et de la Pologne contre les Turcs. En même temps qu’il s’acquittait avec succès de cette mission diplomatique. Vota obtenait des tsars Alexis et Pierre l’autorisation pour deux Jésuites de séjournera Moscou, afin de donner aux catholiques étrangers les secours de leur ministère. Cette mission a subsisté jusqu’en 1689, où les deux Pères furent expulsés, à la demande du patriarche russe, qui redoutait leur influence sur ses ouailles. En 1696 deux Jésuites, non connus comme tels, purent rentrer en qualité de chapelains de l’ambassadeur impérial.

Plus tard Pierre le Grand approuva leur présence. L’autocrate, pour se ménager l’amitié des puissances catholiques d’Occident, affecta souvent de paraître favorable au catholicisme, jusqu’à laisser croire qu’il était disposé à l’union avec Rome. Cependant il ordonna, en le commençant de sa propre main, l’assassinat des Basiliens Uniates de Polotsk; et en 1717, Clément XI lui rappelait sans fruit les promesses faites, et non exécutées depuis des années, d’accorder la pleine 1 liberté à la religion catholique dails ses États. Enfin il bannit les Jésuites par un ukase violent (1718); ils ne revinrent en Russie qu’en 1773 à l’appel de Catherine II.

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