IV. — MISSIONS A V ÉTRANGER
190. — Un rapport, présenté à la S. Congrégation de la Propagande vers 1680, compte plus de 1.200 Jésuites missionnaires chez les hérétiques,
missions a l’étranger
schismatiques ou infidèles païens. Les missions d’Europe (non compris l’empire turc) en occupaient 447. Des 806 autres, 36 travaillaient dans le Levant (Turquie, Grèce, Syrie, Perse); 102 dans l’Inde; 45 en Chine et Indo-Chine; 9 parmi les noirs d’Afrique; 42 au Brésil; 71 au Canada et aux Antilles; 195 dans les colonies espagnoles d’Amérique et les Philippines. Ces chiffres ne comprennent que les religieux vaquant au soin spirituel des indigènes ; car si on comptait tous ceux qui étaient employés hors d’Europe, les seules Assistances d’Espagne et de Portugal donneraient un total de près de 2.000.
Les missions établies dans les colonies et sous le protectorat de l’Espagne et du Portugal étaient constituées en provinces et recrutaient le pluspossible de sujets dans la population coloniale; elles continuèrent néanmoins à recevoir beaucoup de leurs ouvriers de l’Europe, et pas seulement de l’Espagne et du Portugal. Les renforts excellents, qui leur venaient aussi d’Italie et de toutes les provinces de l’Assistance de Germanie, devinrent déplus en plus considérables, surtout depuis le milieu du xvn6 siècle, quand les gouvernements supprimèrent une partie des difficultés opposées par une politique défiante à l’admission des étrangers dans leurs domaines coloniaux.
Dès 1649, sur une supplique du P. Assistant de Portugal, Nunho da Cunha, le roi Jean IV déclara que dorénavant les pays de conquête portugaise seraient ouverts aux missionnaires religieux de toute nationalité (Castillans exceptés) et de tout Ordre, sous condition, néanmoins, de ne s’y rendre que parla voie de Lisbonne, et, avant leur départ, de se faire incorporer aux provinces portugaises de leur Ordre. Vers 1664, l’Espagne
Bruckkk. — La Compagnie de Jésus. 41
adoucit les anciennes prohibitions pour les sujets de l’Empire.
Les provinces de France pourvoyaient à frais communs de personnel et de ressources les missions du Levant, du Canada et des Antilles françaises. Elles y ajoutèrent, un peu plus tard (1687) les missions françaises de Chine, d’Indo-Chine et de l’Inde.
ASIE. — Missions du Levant
191. — Les relations des Jésuites avec le Levant et leurs premiers essais d’apostolat auprès des schismatiques orientaux datent des légations confiées par les Souverains Pontifes à différents Pères. Dès 1561, le Père Christophe Rodriguez, par ordre de Pie IY, visita le patriarche des Coptes à Alexandrie d’Egypte. 11 avait pour compagnon le Père Jean-Baptiste Elian, juif d’Égypte converti : celui-ci fut envoyé en 1578 et 1581 par Grégoire XIII au Liban, où alla aussi comme nonce apostolique le Père Jérôme Dandini, en 1596. Par leurs soins fut resserrée l’union des Maronites avec l’Église romaine et la papauté. En 1614, deux autres Jésuites, l’un Romain, l’autre Maronite d’origine, cherchèrent jusqu’à Mossoul, en Mésopotamie, le patriarche des Chaldéens, pour lui remettre des lettres et des présents de Paul V.
La première mission stable du Levant fut commencée en 1583, à Constantinople, par le Père Jules Mancinelliet quatre compagnons, dont deux Frères coadjuteurs. Interrompue après peu d’années, cette mission fut fondée de manière définitive, en 1609, par des Jésuites français sous la conduite du Père François de Canillac. La
MISSIONS A L’ÉTRANGE
fondation est due à la noble initiative du roi Henri IV, conseillé par le Père Coton. Quelques critiques que mérite la politique d’alliance avec les Turcs, inaugurée par François Ier et continuée par ses successeurs, en vue d’affaibjir la maison d’Autriche, elle a été de fait favorable à la religion dans le Levant. Poussés plus ou moins par le désir d’atténuer le scandale qu’elle causait même parmi leurs sujets, les rois de France ont déployé beaucoup de zèle à défendre auprès delà Porte les intérêts du christianisme. Sous le protectoratde leurs ambassadeurs et de leurs consuls, des missionnaires de divers ordres religieux étaient établis, avant le milieu du xviT siècle, partoutdansl’empire turc où il y avait des groupes : chrétiens importants. En particulier, les Jésuites français avaient des résidences, formant centres !■ de plusieurs missions, à Constantinople; dans les îles grecques de Naxos, de Négrepont, de Sani torin; en Asie Mineure, à Smyrne; en Syrie, à Alep, i à Damas, à Tripoli, à Saïda, à Antoura (Liban).
Peu après le début du xvuT siècle, ils étaient ü également à Thessalonique, en Macédoine. Le protectorat français profitait même aux missions naires d’autre nationalité : dans l’île de Chio, les !» Jésuites italiens avaient eu, depuis 1590, une fe église et un collège, qui, en 1694, furent ruinés ml' par les intrigues des Grecs schismatiques; cette mission fut relevée par l’arrivée d’un vice-consul iii français, accompagné d’un Jésuite son compatriote ei comme chapelain.
# Vers 1650, le zèle des Jésuites français, appuyé îiiî par le renom de leur pays, les conduisit aussi en edi Perse, où travailla entre autres le Père Alexandre is i de Rhodes, qui y termina sa carrière si bien il remplie (1660). C’était surtout aux Arméniens, soit
catholiques, soit schismatiques, qu'on faisait du bien dans cette mission. En 1684, les Jésuites français purent s’établir dans l’Arménie proprement dite, d’abord à Erivan, dépendant alors du Chah de Perse, puis à Erzeroum, sous la domination turque.
Vers la fin du même siècle, Louis XI V leur procura l’entrée du Caire, en Egypte. Entre les missionnaires, qui depuis lors travaillèrent auprès des Coptes, le Père Claude Sicard (1692-1727) est célèbre pour ses savantes recherches sur la géographie et les monuments anciens de la vallée du Nil. Il employait les loisirs de l’apostolat à la composition d’un grand ouvrage sur ce sujet, qui aurait offert le plus vif intérêt, mais il sacrifia l’honneur qu’il en aurait reçu, avec sa vie même, à la charité envers les pestiférés.
C’estdu Caire que partit, en 1698, le Père Charles François-Xavier de Brévedent, pour essayer de pénétrer en Ethiopie, afin d’y relever la mission.
Il était à une demi-journée de la résidence du Négus, quand il fut terrassé par un mal impitoyable, qui l’emporta le 19 juillet 1699.
Pendant la première moitié du xviii6 siècle, la Crimée, alors Occupée par les Tartares vassaux du Grand Seigneur, eut également des Pères français, résidant à Bakhchiseraï, pour assister les nombreux chrétiens détenus en esclavage.
Toutes ces missions, comprises sous la rubri- ( , que du Levant, étaient desservies, en 1710, par t 64 religieux de l’assistance de France, dont 32 j étaient en Turquie et en Grèce, 20 en Syrie et (
Egypte, 12 en Perse et Arménie. En 1720, le t
Supérieur général de la mission de Syrie et j d’Egypte était un Maronite, le Père Antoine Marie Nacchi. d
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Dans le Levant, comme ailleurs où se rencontraient des catholiques, c’est à ceux-ci naturellement qu’allaient les premiers soins des missionnaires. Ils avaient d’abord à satisfaire une nombreuse clientèle de Latins que, soit le négoce, soit des causes indépendantes de leur volonté, avaient amenés en Turquie. Le ministère préféré de leur dévouement était la visite des milliers d’esclaves gémissant dans les affreux bagnes turcs, spécialement à Constantinople : ministère certes pénible, mais peut-être le plus consolant, par les fruits sensibles de conversion, de résignation, de courage à souffrir, souvent jusqu’au martyre.
L’apostolat des Jésuites auprès des Grecs, des Syriens, des Arméniens et des Coptes, à cette époque (1650-1710 environ), offre des particularités qui étonnent, si on ne tient pas compte des circonstances, bien changées plus tard. On voit en effet les missionnaires latins, parfaitement connus comme tels, prêcher, enseigner le catéchisme catholique, confesser dans les églises même des schismatiques. Ils le faisaient avec le plein agrément des évêques et des curés indigènes. Il faut savoir que plusieurs prélats orientaux étaient alors très rapprochés de l’Église d’Occident. Le Souverain Pontife Clément XI eut la joie de recevoir l’adhésion des trois patriarches d’Alexandrie, d’Alep et de Damas aux doctrines romaines et spécialement à la primauté du pape; même le siège de Constantinople fut plus d’une fois occupé par des prélats catholiques de cœur. Ces pasteurs favorisaient de tout leur pouvoir les travaux des Jésuites en faveur de l’union des Eglises. D’autres, dont les bonnes dispositions étaient moins avancées, autorisaient l’apostolat des missionnaires romains, parce qu’ils le savaient
visant d’abord à la réforme des mœurs, et qu’ils en constataient sur leurs ouailles les salutaires effets, qu’ils auraient vainement attendus de leurs prêtres.
Dans tous les cas, les missionnaires pour être reçus dans les églises des chrétiens orientaux, ne faisaient aucune concession au schisme; mais, conformément à l’esprit de la Compagnie, ils suivaient une méthode de condescendance, la plus capable de gagner ces chrétiens. Ainsi, avant tout, l’on se gardait bien de leur laisser entendre qu’on les considérait comme schismatiques ou hérétiques (et de fait on pouvait penser que la masse du peuple, vu son ignorance, l’était tout au plus matériellement). On se contentait donc, dans les discours, d’enseigner solidement les vérités catholiques; dans les catéchismes, on insistait sur les points controversés, non par manière de polémique, mais par exposé clair et bien appuyé de preuves prises dans la tradition. Après les instructions, on demandait aux assistants une profession publique de la vraie foi sur ces articles en particulier. Quant aux pénitents, qui s’adressaient aux Pères pour la confession, aucun n’était absous sans qu’on se fût préalablement assuré de sa créance orthodoxe. On n’obligeait personne à quitter le rite oriental pour passer au latin. Si des fidèles, bons catholiques, s’apercevaient que leurs curés et d’autres prêtres de leur rite erraient dans quelques articles de la foi, ils avaient sur cela, nous disent les missionnaires, «. des règles
du Saint-Siège, selon lesquelles ils pouvaient communiquer avec ces pasteurs en ce qu’ils avaient de bon et d’utile, et devaient rejeter le reste. G est sur ces règles que les Jésuites se conduisaient et qu’ils conduisaientles autres. A ceux qui refusaient
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de s’y conformer, ils n’accordaient aucune absolution ».
Par cette méthode condescendante, les Jésuites obtinrent de grands succès, mais qui réveillèrent le sectarisme schismatique. Les prélats ennemis de Rome s’irritèrent de voir aller à elle leurs troupeaux et ne rougirent pas d’invoquer l’intervention violente des Turcs pour arrêter ce mouvement. En 1723, sur la requête de quatre patriarches, le Sultan défendit à tous ses sujets chrétiens d’embrasser la religion romaine, et aux religieux latins d’avoir aucune communication avec les Grecs, Arméniens et Syriens sous prétexte de les instruire. Les ambassadeurs de France s’efforcèrent longtemps en vain de faire révoquer cette funeste mesure; ce n’est qu’en 1740, au renouvellement des capitulations, qu’ils réussirent à y faire insérer un article garantissant implicitement la liberté de l’apostolat catholique. En attendant, le zèle des missionnaires trouvait bien encore le moyen de s’exercer, mais atteignait de plus en plus difficilement les schismatiques.
Extrême-Asie
192. Les premiers Vicaires apostoliques. — Le P. Alexandre de Rhodes, le grand missionnaire, fondateur de la mission du Tonkin, était venu en Europe en 1649, comme procureur de la province du Japon, chargée des missions de l’Indo-Ghine, afin de demander, avec des secours en hommes et en argent, des évêques spécialement pour ces missions. Il y avait bien un évêché à Macao, dont la juridiction, suivant les prétentions portugaises, embrassait toute la Chine et l’Indo-Chine. Mais, outre que le siège était presque toujours
vacant, un seul prélat ne pouvait suffire, surtout résidant si loin, aux néophytes de plus en plus nombreux dans ces vastes régions; il leur fallait des évêques apostoliques, partageant les fatigues des missionnaires, veillant de près aux besoins des nouvelles chrétientés et, en particulier, préoccupés de former un bon clergé indigène. En effet, il est sur, contrairement à une légende trop acceptée, que ces vues furent bien celles, non seulement du P. de Rhodes, mais de ses supérieurs et des missionnaires jésuites, au nom de qui il agissait. La parole enflammée du procureur de la province du Japon suscita facilement dans la Compagnie de Jésus les aspirants aux postes de simples missionnaires: en France seulement, il put choisir vingt compagnons entre beaucoup d’autres qui sollicitaient une pareille faveur. Mais la Compagnie ne lui offrait pas d’évêques : elle ne pouvait le faire, non seulement à cause de ses Règles, mais surtout parce que ces évêques devant être indépendants du Portugal, on prévoyait de graves difficultés de ce côté contre leur création. En Italie, notamment dans les nombreux clergés de Naples et de Rome, le P. de Rhodes chercha vainement des ecclésiastiques disposés à se faire sacrer évêques, comme il le dit, « sans autre dessein que de s’abandonner à toutes les fatigues d’un grand voyage et à une vie pleine de travaux, ; à laquelle le Sauveur réserve toutes ses cou- I ronnes ».
Il les trouvera enfin à Paris, dans une petite société formée d’une élite de congréganistes des Jésuites et dirigée par le P. Bagot. C’est parmi ces jeunes ecclésiastiques que le Souverain Pontife, sur la proposition du P. de Rhodes, choisira les trois premiers vicaires apostoliques d’Indo*
missions a l’étranger
Chine et de Chine et le premier évêque du Canada. Et tandis que d’autres membres de la même réunion accompagneront les élus, allant chercher leurs lointains troupeaux, d’autres, restés en France, fondent le Séminaire des Missions Etrangères, dont la création est sanctionnée par lettres patentes du roi en 1663.
Les nominations définitives et les départs des évêques furent retardés près de 10 ans par l’opposition du Portugal. La révolution, qui avait rendu, en 1640, son autonomie à ce pays, n’était pas ratifiée par le Saint-Siège, qui ne reconnut le roi dom Pedro qu’en 1668, après qu’il eut fait sa paix avec l’Espagne. Mais il y avait toujours le padroàdo ou patronat portugais. On appelle ainsi le privilège accordé aux rois du Portugal par plusieurs papes, depuis le xv6 siècle, de nommer aux sièges épiscopaux et aux bénéfices ecclésiastiques, dans les terres d’Afrique et des Indes Orientales conquises sur les infidèles. Le même privilège apportait le droit de disposer d’une partie des revenus ecclésiastiques du royaume en Europe. Les Souverains Pontifes y avaient mis cette condition que les rois enverraient et entretiendraient des missionnaires pour convertir les infidèles, et pourvoiraient d’une dotation convenable les évêchés, les paroisses et les autres établissements religieux à créer dans ces territoires. D’après l’interprétation des Portugais, le padroado embrassait toute l’étendue des Indes Orientales, que leur attribuait la fameuse démarcation d’Alexandre YI, quoiqu’ils n’en possédassent de fait qu’une faible partie. C’est ainsi qu’ils contestèrent au Saint-Siège le droit de donner sans leur agrément préalable des évêques à la Chine, où ils n’avaient à peu près à eux que la presqu’île de
Macao, et à l’Indo-Chine, où ils n’occupaient que des comptoirs commerciaux de façon plus ou moins précaire. Bien plus, ils prétendaient ne laisser pénétrer dans ces pays aucun missionnaire, si ses pouvoirs n’avaient l’estampille de Lisbonne.
Une pareille interprétation n’était pas admise par les papes, qui maintenaient que leurs concessions n’étaient faites que pour les territoires réellement acquis à la domination portugaise. D’ailleurs, il n’y avait nul lieu de compter que le Portugal pourrait ou voudrait jamais remplir les conditions stipulées pour la dotation et l’entretien décent de tous les évêchés de missions, qu’il allait être nécessaire de fonder. Cependant, désirant éviter de pénibles discussions et ménagerie plus possible les Portugais, même dans les prétentions qu’on repoussait, le Saint-Siège s’abstint d’établir des sièges épiscopaux proprement dits et fixes ; il se contenta de donner aux missions de Chine et d’Indo-Chine des vicaires apostoliques, qui n’étaient que des missionnaires pourvus de pouvoirs d’ordre épiscopal, mais avec la juridiction limitée et toujours révocable au gré du Souverain Pontife. Le gouvernement du Portugal n’en protesta pas moins contre cette création par ses agents à Rome et déclara qu’il empêcherait par tous les moyens les élus d’exercer leurs fonctions dans le domaine de son padroado. Il tint parole scandaleusement. Mgr de la Motte Lambert, évêque de Béryte et premier vicaire apostolique de la Cochinchine, arrivé à Siam en 1662, n’échappa à l’arrestation par les Portugais qu’en se réfugiant au milieu des marchands hollandais. Un de ses missionnaires fut enlevé et emprisonné à Macao ; un autre fut déporté jusqu’à Goa: l’un
MISSIONS A L’ÉTRANCER
et l’autre dut expier par une longue captivité dans les prisons de l’inquisition le crime d’être entré dans une mission sans l’autorisation du Portugal.
193. Conflit. — Quelle fut l’attitude des missionnaires jésuites ? Ils firent d’abord très bon accueil aux collaborateurs français, ceux-ci l’ont attesté. Mais bientôt leur arrivèrent des ordres du gouvernement portugais, interdisant rigoureusement de favoriser en quelque manière les nouveaux venus. L’archevêque de Goa, primat des Indes Orientales, et se disant ordinaire dans toute la Chine et l’Indo-Chine, défendit de leur demander ou d’accepter d’eux aucun pouvoir : à Siam, un prêtre, qu’il avait constitué son vicaire général, eut l’audace de fulminer l’excommunication contre Mgr de la Motte Lambert comme intrus dans une juridiction étrangère. A ce moment, les Jésuites hésitèrent.
La juridiction des vicaires apostoliques français, en opposition avec le droit du patronat, était-elle valable? Devant cette question, les anciens missionnaires, non pas seulement les Portugais de nation, mais les Italiens, les Flamands, des Français même, furent quelque temps perplexes. D’ailleurs le gouvernement portugais menaçait ceux qui n’obéiraient pas à ses injonctions de leur supprimer leurs ressources, qu’ils tiraient presque toutes de Macao; en outre, il ne manquerait pas de faire sentir son mécontentement à la Compagnie dans ses autres missions et même en Europe. Plus haut que cette question d’intérêt, il y avait une question d’honneur national pour les missionnaires portugais : pouvaient-ils coopérer à la destruction de ce patronat, que leurs ancêtres
et leurs rois avaient payé de tant d’argent, de fatigues et de sang dans les guerres contre les infidèles ? Ne devaient-ils pas au contraire le soutenir d’autant plus que ce patronat demeurait presque le seul vestige de l’ancien empire portugais des Indes ? Un devoir semblable paraissait imposé par la gratitude aux missionnaires d’autres nationalités, mais employés dans les missions des Indes Orientales, fondées jadis par les rois du Portugal et vivant toujours en grande partie de leurs libéralités.
Voilà pourquoi les missionnaires Jésuites de la Cochinchine et du Tonkinont cru pouvoir un certain temps s’abstenir de reconnaître la juridiction des vicaires apostoliques français. Mais ils ont changé de conduite aussitôt qu’ils ont connu clairement la ferme volonté du Souverain Pontife, que toute la juridiction des prélats de l’Inde portugaise dans les missions de l’Indo-Chine prît fin et que missionnaires et néophytes de ces pays obéissent exclusivement aux vicaires apostoliques envoyés par le Saint-Siège. Jamais, du reste, ils n’ont eu aucune responsabilité dans les violences dont usèrent les autorités portugaises à l’égard des missionnaires étrangers.
Après cela, il est vrai, il y eut encore, pendant plusieurs années, d’âpres conflits entre les anciens missionnaires de l’Indo-Ghine d’une part, et les évêques français et leurs compagnons de l’autre. Ils furent occasionnés en premier lieu par des questions de partage du travail. Les jeunes missionnaires pleins d’ardeur, venus de France à la suite des vicaires apostoliques, demandaient des places dans les missions, et ce n’était pas les plus mauvaises; les anciens se plaignaient, non sans quelque raison, semble-t-il, qu’on cherchât à les
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évincer des chrétientés les plus florissantes, fondées avec leurs sueurs etleur sang. Bien des froissements vinrent de ce que, dans les commencements, l’étendue des pouvoirs et des droits réciproques des vicaires apostoliques et des mis- , sionnaires religieux privilégiés n’était pas assez nettement définie. Il faut bien dire aussi que certains de ces prélats, et surtout leurs provicaires, ,, mirent parfois à affirmer et à faire sentir leur auf torité une raideur peu apostolique. En outre, ils montrèrent une disposition trop marquée à voir j. partoutdesabus, à critiquer les méthodes en usage, à vouloir tout réorganiser à nouveau suivant les idées apportées d’Europe. Gela n’était pas pour faciliter l’obéissance aux vieux missionnaires.
Bien des séances de la commission des Indes Orientales, à la S. Congrégation cardinalice de la Propagande, surtout de 1673 à 1680, sont remj. plies par les plaintes des vicaires apostoliques de I l’Indo-Ghine sur l’insubordination des anciens missionnaires, en particulier des Jésuites. Evi- , demment toutes ces plaintes n’étaient pas sans fondement : il faut le conclure du caractère resj pectable de ceux qui les apportaient. La Propagande en fut très émue et, en conséquence, le Père f Général de la Compagnie fut invité à rappeler ses sujets à l’ordre, avec sévère réprimande. Et quand le Père Oliva présenta à la S. Congrégation les apologies par lesquelles ses missionnaires pensaient se justifier, elles ne furent pas, de longtemps, très bien reçues. Les choses en vinrent au point que le Père Oliva finit par déclarer qu’il ne voyait plus pour ses missionnaires qu’un moyen de satisfaire leurs rivaux : c’était de leur abandonner la place, et il priait donc la S. Congrégation d’agréer qu’il retirât tous les siens de l’Indo-Chine.
La Propagande repoussa cette offre, mais multiplia les coups d’autorité pour appuyer les vicaires apostoliques. En vue de leur subordonner plus complètement les missionnaires religieux, elle aurait volontiers dépouillé ceux-ci de tous leurs privilèges; une bulle à cet effet était prête et les cardinaux pressèrent plus d’une fois Innocent XI de la promulguer. Le pape se refusa toujours à cette mesure extrême qui, il le sentait bien, en relâchant le lien des missionnaires avec leurs Instituts, risquait de diminuer leur valeur morale et ainsi de tourner en fin de compte au détriment des missions. Il accorda seulement de décider que tous les missionnaires de Chine et d’Indo-Chine prêteraient un serment d’obéissance aux vicaires apostoliques.
Affaire du serment des missionnaires. — Une l constitution, fixant la formule de ce serment et l’imposant sous peine d’excommunication majeure, s a été libellée avec la date du 10 octobre 1678. ! En réalité, telle quelle, cette pièce n’a pas été expédiée. Elle commençait par un ordre appelant immédiatement à Rome sept Jésuites, dont trois supérieurs, des missions de Cochinchine et du il Tonldn. Avant l’expédition, le Père Oliva put fournir au Souverain Pontife la preuve que le motif r< apporté pour cette mesure, à savoir l’insoumission m de ses sept sujets, n’avait pas ou du moins n’a- j r vait plus de base. Innocent XI accepta ses obser- 1 vations et, en mars 1679, ordonna de suspendre > la constitution. Il n’en retint que le serment, avec ; « cette modification qu’il le voulut imposé aux mis- « sionnaires religieux par un simple précepte in vir ■ p: tute S. Obedientiæ de leurs supérieurs généraux.
En conformité, le Père Oliva avait déjà envoyé
MISSIONS A l’ÉTKÀNGEK
i, son précepte en Extrême-Orient, le 26 juin 1680, & quand on apprit à Rome que le roi de France
- défendait à tous les missionnaires ses sujets de jij; prêter le serment en question.
En effet, la formule, que lui ont fait connaître ]{ ses agents à Rome, lui paraît contenir une prolu fession de foi à l’autorité papale, en contradiction nt: formelle avec les libertés gallicanes. Mgr Pallu, g vicaire apostolique du Tonkin et administrateur $; générai des missions de Chine, à qui appartenait vîj; l’idée de ce moyen de contrainte, doit mainten! nant supplier la Propagande d’y apporter des iei: adoucissements. Les cardinaux s’y refusent avec liiü une véritable indignation. Mais alors le P. Oliva l1^ vient généreusement au secours du prélat et de sa
Société des Missions étrangères, fort compromise
parle mécontentement du roi ; il fait agir le P. de
- la Chaize,et Louis XIV, sur les instances de son t a confesseur, veut bien consentir à ce que les misnaji sionnaires français prêtent le serment, toutefois ltc avec cette condition qu’ils déclareront le prêter p par permission du roi. Mgr Pallu transmet cette ap solution à la Propagande, le 14 octobre 1680, avec jjttj une joie que ne partagèrent point les cardinaux : e f; il fallut qu’innocent XI contînt leurs vifs désirs de nji: protestation contre l’addition française. Prêté sans |{f résistance par les missionnaires Jésuites, le ser- 0 ment dut être supprimé quelques années plus tard 0 pour des oppositions auxquelles ils étaient demeu-
rés étrangers. En même temps l’organisation des ls; vicariats apostoliques reçut des modifications ieI1j; essentielles. Mais avant de préciser ce que fut , g- ('ette conclusion, nous devons dire ce qui s’était ( passé à la Chine durant la querelle.
Chine (1643-1705)
194. Le P. Schall. — La bienveillance du premier empereur tartare, Chun-tchi (1643-1662), pour le P. Schall permit à la propagation de l’Évangile de prendre un libre essor. En 1650, le missionnaire astronome put ouvrir la première église publique de la capitale ; son impérial ami l’avait aidé à la construire par une généreuse subvention.
Le souverain fit bien plus en 1657 : il donna un édit où il louait, non seulement la science euro- ] péenne, mais encore la «loi du Seigneur du ciel», c'est-à-dire la religion chrétienne, et en autorisait d’une manière générale la prédication et la profession. Aussi le nombre des chrétiens, de 13.000 que l’on comptait en 1617, s’était-il , déjà élevé, en 1650, à 150.000 et, de 1650 à la fin j , de 1667, les Jésuites enregistrèrent encore j , 104.980 baptêmes. Cette prospérité fut compro- j , mise par la mort prématurée de Chun-tchi, qui 1 ; ne laissa pour lui succéder qu’un enfant. Celui-ci I sera un jour le célèbre Kang-hi, qui favorisera j encore plus que son père les missionnaires et les „ chrétiens ; mais durant sa minorité, le gouverne u ment fut entre les mains de quatre régents enne- t( mis du christianisme. Un soi-disant astronome vj chinois, que l’envie, avec la haine du christianisme, C( armait spécialement contre l'Européen, directeur de l’Observatoire impérial, porta une accusation, . aj en conséquence de laquelle le P. Schall et ses I Sl collègues à Pékin furent chargés de chaînes et j: jetés en prison. u
Traîné devant les juges, le vénérable missionnaire, qui venait d’être frappé de paralysie, ne j )a put se défendre lui-même; le P. Ferdinand Ver- I ^ biest, l’associé de ses travaux, parla pour lui.
missions a l’étranger
Le premier crime allégué fut que le P. Schall s’était fait donner la présidence du tribunal des mathématiques, afin de faire servir l’autorité de cette haute charge à la propagation de la foi chrétienne. Le P. Yerbiest répondit : « Jean Adam (Schall) n’a accepté la présidence dont il s’agit que parce que l’empereur l’en a pressé à plusieurs reprises. Sur une tablette de pierre, érigée devant l’église, l’empereur atteste qu'il a élevé Jean Adam malgré lui à cette dignité. » Une autre imputation de l’accusateur, à savoir que le P. Schall avait mal déterminé le jour faste pour une certaine cérémonie publique, fut écartée par les régents eux-mêmes, qui, après enquête, trouvèrent que le P. Schall ne s’était jamais occupé de détermination des jours fastes et néfastes. Un grand grief contre le missionnaire fut qu'il avait montré et expliqué à l’empereur défunt des images de la Passion de Jésus-Christ. Finalement, le 15 avril 1665, l’arrêt était prononcé: le P. Schall étaitcondamné à être coupé en pièces et décapité. Mais l’exécution fut empêchée par des événements extraordinaires, tremblement de terre, incendie du tribunal, apparition de météores, qui terrifièrent les païens, tandis que les chrétiens y virent une intervention du ciel en faveur de l’innocence. Par suite, le 2 mai, la sentence fut révoquée et le P. Schall put retourner à son église, ainsi que ses confrères. Le confesseur de la Foi survécut un an à cette épreuve ; il mourut le 15 août 1666, âgé de 75 ans, dont 45 employés au service de l’Église de Chine.
Toutefois la paix n’était pas encore rendue à la mission, car les missionnaires des provinces avaient été également poursuivis, et vingt et un Jésuites, trois Dominicains, un Franciscain avaient
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 42
été saisis, d’abord conduits à Pékin, puis transférés à Canton, où ils restèrent internés jusqu’en 1670. Il était réservé au P. Verbiest de leur procurer la liberté et des conditions pour l’apostolat plus favorables qu’on ne les avait jamais eues.
195. Le P. Verbiest et l’astronomie. — L’accusateur Yang-Kouang-sien, après avoir fait condamner le P. Schall, avait pris sa place dans la direction de l’Observatoire impérial et la confection du | calendrier, mais n’avait pas tardé à laisser voir son ignorance. Aussi Kang-hi, dès qu’il eut pris les rênes de l’empire (1667), songeat-il à rendre cette charge importante aux missionnaires; mais pour ne le faire qu’à bon escient, il institua d’abord une épreuve à subir simultanément par ses astronomes officiels et les Jésuites. Cinq faits astronomiques devaient être annoncés et décrits avec toutes les circonstances, un mois à l’avance. Or, tandis que Yang-Kouang-sien et ses aides furent contraints de s’avouer incapables de répondre, ou n’apportèrent que des solutions grossièrement erronées, le P. Verbiest remporta un éclatant succès par l’exactitude rigoureuse de ses prédictions. C’était en février 1669: le Jésuite belge dut immédiatement prendre la direction du tribunal des mathématiques. Kang-hi, encore sous l’influence de certains de ses ministres, ne voulut rien faire pour les autres missionnaires dans les deux ans qui suivirent ; mais enfin, en mars 1671, il ordonna à ses grands mandarins de reconduire dans leurs chrétientés les vingt-deux internés qui restaient à Canton. Ce fut une rentrée triomphale.
En même temps, le P. Verbiest, à qui l’empereur demandait les travaux les plus variés,
MISSIONS A L ETRANGER
exigeant une véritable maîtrise dans presque toutes les sciences théoriques et appliquées, les exécutait avec une perfection qui lui gagnait de plus en plus l'estime et la faveur du potentat. La religion en recueillit tout le bénéfice.
196. Objections contre la présidence du tribunal astronomique. — Comprend-on que cet emploi des sciences profanes, qui avait permis au P. Ricci de fonder la mission, et par lequel Schall et Yerbiest venaient de la sauver deux fois de la ruine, trouvât encore des détracteurs par inintelligence ou des adversaires par scrupule ? Même des missionnaires se rencontrèrent, et jusque dans la Compagnie, pour murmurer que de pareils moyens humains n’étaient pas apostoliques. D’autres, il faut le reconnaître, élevèrent des objections un peu mieux fondées contre la présence des Jésuites dans le tribunal des mathématiques. D’abord le haut mandarinat, annexé à la présidence et aux places principales de cet institut officiel chinois, n'étaitil pas une de ces dignités séculières que la loi canonique interdit aux ecclésiastiques, plus particulièrement aux religieux, et surtout incompatible avec la profession dans la Compagnie? Une difficulté plus grave encore paraissait surgir de la composition du calendrier, objet principal des travaux de ce tribunal. Outre les indications astronomiques d’un caractère purement scientifique, n’en contenait-il pas aussi d’autres de nature superstitieuse, comme la détermination des jours heureux ou malheureux, c’est-à-dire de ceux qu’il fallait choisir ou éviter pour telles ou telles opérations ?
Le Père Schall s’est expliqué sur le sujet de son mandarinat dans une circulaire à ses confrères
de la mission (16 décembre 1648) : il l’a refusé trois fois, il a supplié à genoux le tribunal des rites de l’en décharger et il ne l’a finalement accepté que sur l’ordre de son supérieur régulier et renonçant en même temps à presque tous les avantages attachés à cette dignité, soit honneurs, soit revenus pécuniaires. Quant aux insertions superstitieuses dans le calendrier, Schall faisait observer qu’elles étaient l’œuvre exclusive d’une section du tribunal des mathématiques, laquelle , travaillait dans une entière indépendance du président jésuite. Et tout ce qui appartenait au Père ( dans ce calendrier, était clairement distingué du reste par l’adjonction des mots « selon la nouvelle règle » ; de sorte que personne ne pouvait lui „ attribuer des parties superstitieuses, où naturel- rl lement ces mots ne figuraient point. Enfin la publication définitive et officielle du calendrier È: ne relevait pas du Père Schall : elle était réservée au Li-pou (tribunal des Rites).
Ces explications ne réussirent pas complètement i; à épargner au digne missionnaire astronome des reproches pénibles pour sa vertu religieuse. A M Rome même, où la question fut portée, cinq graves théologiens du Collège Romain se pronon- [a cèrent d’abord contre lui (3 août 1655). Cependant t) sur des informations plus complètes et mieux : comprises, une nouvelle commission romaine conclut qu’il n’y avait nulle raison valide, obli- { géant le Père Schall de résigner la présidence du ^ tribunal des mathématiques (31 janvier 1664). Ce résultat était dû pour une bonne part au suffrage ^ de quelques-uns des missionnaires qui ont le mieux j connu les choses de Chine, notamment des Pères (( François Brancati, Sicilien, l’apôtre de Chang-hai, ^ Jacques le Faure, Parisien, et surtout Yerbiest.
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Ce dernier néanmoins eut encore à souffrir, lui aussi, de semblables difficultés. Au moment même où Kang-hi s’apprêtait à le rappeler à la direction de l’Observatoire impérial, il se vit jeté dans une cruelle perplexité par son premier supérieur en Chine, un Père Visiteur portugais, qui lui ordonnait de refuser les avances impériales. Heureusement, sur ces entrefaites, le Père Général envoyait une direction toute contraire. D’ailleurs, pour dissiper tous les scrupules, le Père Oliva avait recouru au Souverain Pontife, et après avoir entendu l’exposé de la question, Alexandre VII, vivaevocis oraculo, le 3 avril 1664, déclarait autoriser les Jésuites missionnaires en Chine, « même profès, à remplir l’office et la dignité de mandarin et de mathématicien impérial ». En 1672, le même Père Général, sur le désir du Père Verbi'est, s’adressait encore au Pape Clément X et obtenait de lui la permission expresse pour le Père président du tribunal des mathématiques d’accepter de mandarinat de ce tribunal avec toute la juridiction attachée à cette dignité ».
Innocent XI devait donner à l’éminent Jésuite helge, et en sa personne aux missionnaires de la Compagnie en Chine, une approbation encore plus précieuse. En 1678, Verbiest avait fait offrir au Souverain Pontife deux volumes chinois, qui contenaient l’un le missel romain traduit en chinois, l’autre des gravures représentant les instruments construits par le Père et ses observations astronomiques. Innocent XI lui répondit le 3 décembre 1681 par un bref qui dépasse de beaucoup la portée d’un simple remercîment : « Il nous a été surtout très agréable, dit le pape, de voir par votre lettre avec combien de sagesse et d’à-propos vous avez fait servir les sciences profanes au salut des
peuples chinois et au progrès et à l’avantage de la foi chrétienne ; comment grâce à elles encore, vous avez su repousser les fausses accusations et les calomnies dont quelques-uns poursuivaient le nom des chrétiens, et vous avez pu si bien gagner la faveur du roi de la Chine et de ses conseillers, que, sorti heureusement vous-même des graves :i épreuves que vous avez supportées avec grand courage, vous avez de plus ramené vos confrères •:> de l’exil et fait rendre à la religion sa liberté et -I sa considération première, avec tout sujet d’espé- i rer un avenir encore meilleur. Il n’y a rien en effet que, la grâce de Dieu aidant, on ne puisse j attendre de vous et d’hommes semblables à vous, ; servant les intérêts de la religion auprès de cette t nation... » Cet éloge si explicite de la méthode r d’apostolat pratiquée par Yerbiest, à l’exemple de r Ricci et de ses plus fidèles successeurs, emprunte une force particulière aux circonstances du temps. C’était une réponse, sinon tout à fait intention- $ nelle, en tout cas directe et péremptoire à des critiques que le P. Dominique Navarrete, naguère missionnaire dominicain en Chine, avait récemment débitées à la Cour pontificale, avant de 1 imprimer dans ses fameux Tratados de la monarchia de China (1673-1679). Et sans doute Verbiest, |es à la date du bref d’innocent XI, avait déjà fait parvenir à Rome ses observations sur le premier |
volume de cet ouvrage si malveillant pour missionnaires Jésuites.
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197. La question du clergé indigène en Chine. — De 1677 à 1680, le président du tribunal des mathématiques, sans quitter ce poste, eut de plus à gouverner comme vice-provincial tous les sujets et les établissements de la Compagnie en Chine| ^
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Le devoir de cette charge s’ajoutait à son amour des âmes et des Chinois en particulier, pour obliger Yerbiest à se préoccuper beaucoup de l’avenir de la mission. Un grand sujet d’inquiétude était le petit nombre de missionnaires : il n’en restait qu’une douzaine de la Compagnie ; ajoutez deux ou trois Franciscains et trois ou quatre Dominicains. Qu’était-ce pour avoir soin des 250.000 chrétiens dispersés sur un espace presque aussi grand que l’Europe, et surtout pour convertir les païens, dont ces néophytes ne faisaient peut-être pas la millième partie ? La persécution de 1665, en privant les chrétientés de leurs missionnaires européens pendant près de cinq ans, avait aussi rendu plus évident le besoin de prêtres chinois.
Sur ce point, ni Yerbiest ni la plupart de ses confrères n’avaient besoin d’être convaincus; et même, depuis les débuts de la mission, le clergé indigène était dans le vœu de tous. Si néanmoins durant plus d’un siècle pas un Chinois n’a été élevé au sacerdoce, quoique plusieurs aient été reçus dans la Compagnie et aient rendu d’excellents services comme catéchistes, cela tient surtout, semble-t-il, à la prudence un peu trop timide des supérieurs portugais, impressionnés parles expériences malheureuses qu’on avait pu faire avec des prêtres naturels de l’Inde. Beaucoup d’objections auraient disparu, si l’on avait pu faire ordonner des lettrés, dont la vie chrétienne déjà longue eût permis une entière sécurité pour leur vertu et leur persévérance ; c’était ce que désiraient les Pères et ce qu’ils ont demandé plus d’une fois au Saint-Siège. Mais, à cet effet, il leur paraissait nécessaire que ces lettrés déjà âgés fussent dispensés de la langue latine et autorisés à employer le chinois littéraire dans
les prières de la messe et l’administration des sacrements. Le pape Paul V a, dès 1615, accordé en principe cette grave concession, sur la supplique présentée par le Père Nicolas Trigault au nom de toute la mission. Il restait seulement à traduire la liturgie romaine en langue des lettrés. Entravé pendant bien des années par les persécutions, ce travail était fait en 1670 pour le Missel, et peu après pour le Rituel et le Bréviaire. L’auteur, le Père Louis Buglio (1628-1682), traduisit également un cours de théologie morale et de cas de conscience, une grande partie de la Somme de saint Thomas d’Aquin et d’autres ouvrages utiles aux futurs prêtres chinois. L’hommage du Missel à Innocent XI devait appuyer une demande de ratification de la concession papale de 1615. Le Père Yerbiest adressait cette demande, le 12 juin 1678, au Père Général avec un mémoire pressant sur la nécessité de faire des prêtres chinois; elle fut réitérée au nom de toute la mission par le Père Philippe Couplet, envoyé comme procureur à Rome en 1680; renouvelée encore en 1695-1698. En définitive néanmoins, le Saint-Siège ne jugea plus à propos d’accorder une liturgie chinoise. : On ne laissa pas de préparer le mieux qu’on put !f des indigènes au sacerdoce, ce qui était bien désiré à Rome. De 1670 à la fin du siècle, les Jésuites missionnaires eurent dans leurs rangs au t moins dix prêtres chinois ; un plus grand nombre fut formé au xviii® siècle, notamment dans la mis- ' sion française.
198. Envoi de Jésuites français en Chine par Louis XIV (1625). — Le Père Yerbiest fut dédommagé de son échec relativement à la liturgie chinoise par le succès de l’appel qu’il avait adressé, le 15 août
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jej| 1678, à tous les membres de la Compagnie en dé Europe, pour les convier à venir en grand nomjU, tre prendre part à la moisson qui s’annoncait si ou belle en Chine. Sa lettre, communiquant à tous ir{ les cœurs généreux l’émotion qui l’avait dictée, ïïj suscita spécialement en France un mouvement ce non moindre que celui qui s’était produit trente leu ans auparavant à la voix du Père de Rhodes. D’ailj, leurs ses invitations se rencontraient bien à proie. Iposavec les vues de Louis XIV. Le « grand Roi » d{ voulut ajouter à toutes ses gloires celle de fondade teur d’une mission française à la fois religieuse et les [scientifique en Extrême-Orient; il comprit aussi, sel Itrès justement, que la France, connue et estimée d{ [grâce à ses missionnaires, pourrait y gagner des Ls [relations fort utiles à ses intérêts. Quand le roi tji [absolu avait formé un dessein, il n’entendait pas ml [que l’exécution connût des obstacles, et le Père de ! lia Chaize servait ses intentions avec une ardeur 1( qui dut être modérée par le Père Général. f LeP. deNoyelle en effet n’était pas alors en posi- )| tionde faire tout le bien qu’il voulait à la mission « de Chine. Le serment prêté sincèrement par les p missionnaires jésuites d’Indo-Chine n’avait pas ut supprimé tous les heurts entre eux et le clergé >t des vicaires apostoliques. De là des plaintes amères arrivaient encore à la Propagande, qui continuait à les accueillir, non sans une forte prévention contre les Jésuites. Pour en finir, la S. Congrégation, en 1684, ordonna le retour immédiat en Europe des quatre plus anciens mis-’ sionnaires jésuites du Tonkin et de la Cochinchine, deux Italiens, deux Portugais; de plus, elle fit interdire par le pape toute réception de novices dans les provinces d’Italie, jusqu’à ce que pleine satisfaction fût donnée parles Jésuites
des Indes Orientales. Si cette dure pénalité n’a f'r pas été infligée à l’ensemble de la Compagnie, 50 c’est qu’innocent XI refusa de ratifier toutes les iCa sévérités des cardinaux. En même temps le Père ci> Général eut défense absolue, jusqu’à nouvel ordre, ' de laisser partir aucun des siens pour les missions d’Extrême-Orient.
Dans ces circonstances, le Père de Noyelle 38 ne fut pas précisément réjoui d’apprendre, au commencement de l’année 1685, que Louis XIV t envoyait plusieurs Jésuites français, avec le titre A' de « mathématiciens du Roi », à Siarn, d’où ils s£ devaient passer en Chine, afin d’y faire des ob- f servations astronomiques et d’autres recherches scientifiques, tout en coopérant à la propagation ! de l’Évangile. Il s’empressa de réitérer au Père ” de la Chaize la recommandation de ne faire partir personne pour les missions sans entente préalable avec Rome; mais il était déjà trop tard. Les Pères de Fontaney, Gerbillon, Bouvet, Tachard, Le 3 Comte et de Visdelou s’embarquèrent à Brest, le ! 3 mars 1685, sur les vaisseaux royaux qui emmenaient, avec les deux ambassadeurs siamois rentrant dans leur pays, l’ambassadeur que le roi de France envoyait à celui de Siam. Le Père confesseur ne put que porter au nonce du Saint-Siège les explications qui dégagaient la responsabilité du Père Général. Mais si, comme il le dit, la presse du peu de temps laissé par le roi ne permit pas de demander et d’attendre les ordres de Rome, cela ne s’est point passé peut-être sans un peu de calcul pour mettre Rome devant le fait accompli. Comprenant que son supérieur était impuissant contre les obstacles suscités de deux côtés, par la Propagande et par le Portugal, et donc ne pouvait rien autoriser, quelque désir qu’il en eût,
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’a Ile Père de la Chaize jugea qu’il fallait agir sans e |lui. sous le couvert des volontés de Louis XIV. jj ILes cardinaux de la Congrégation des Indes Orien- >e |tales, plus mécontents que jamais, furent encore 5, lune fois obligés par Innocent XI de se contenir et, (en 1687, se résignèrent même à laisser partir pour Siam douze autres Jésuites français mathématie Iciens.
y I 199. Changements dans l’organisation des missions, e —Aussi bien, divers faits avaient déjà coms mencé à adoucir les aigreurs de la Propagande • à l’égard de la Compagnie. Par des rapports a autorisés, ne provenant pas des Jésuites, on a finit par se convaincre à Rome que les torts des > missionnaires jésuites avaient été souvent bien ; exagérés par leurs accusateurs, et que ceux-ci, de i leur côté, n’étaient pas sans reproche. On comprit queles grands pouvoirs conférés à des nouveaux venus dans les missions, n’étaient pas toujours employés avec la sagesse nécessaire. On sut que des pratiques et des doctrines peu sûres étaient apportées par certains coopérateurs des Vicaires apostoliques, et que le jansénisme avait même pu se glisser jusque dans leur séminaire de Siam. Chose remarquable! Les missionnaires jésuites, ces prétendus rebelles, avaient été presque les seuls à se soumettre au serment imposé en 1680 àl’égard des prélats délégués du Saint-Siège. En Chine même, où ce serment offrait des dangers que le Père Verbiest s’était permis de signaler aux évêques et à la Propagande, tous les Jésuites l’avaient néanmoins prêté, en 1684. Les autres missionnaires religieux, en Chine comme en Indo-Chine, Espagnols comme Portugais, le refusèrent généralement, s’excusant sur les peines
très graves dont les menaçaient leurs gouvernements, s’ils le prêtaient. Tout cela détermina Innocent XI à décréter la suppression de ce serment, d’abord lé 23 novembre 1688 pour les missionnaires autres que les Jésuites, et enfin le 14 décembre de la même année également pour ces derniers.
Cette sorte de pacification et de revirement en -j faveur des Jésuites fut beaucoup avancée par la venue des ambassadeurs de Siam et des catéchistes du Tonkin, amenés à Rome par le Père Tachard. Innocent XI les reçut tous en audience solennelle, le 23 décembre 1688. Il accorda ensuite plusieurs audiences particulières au Père Tachard, qui lui décrivit la ferveur des néophytes du Tonkin, leur attachement à leurs missionnaires, sans omettre de dire combien ils regrettaient ceux qui, sur les ordres de la Propagande, avaient dû les quitter. Le Jésuite français apportait des documents appuyant ses informations, tels qu’une requête de 200.000 chrétiens au Souverain Pontife et des lettres du premier ministre catholique de Siam, Constance Phaulkon, au pape et à la Propagande. Innocent XI l’écouta, très intéressé et par moments ému jusqu’aux larmes. Il chargea aussitôt le P. Tachard de recruter en France de nouveaux missionnaires de son Ordre pour l’Indo-Chine. Ajoutons tout de suite que les PP. Candone et Ferreira, qui avaient été rappelés en 1684, le premier de la Cochinchine, le second du Tonkin, furent autorisés en 1692, par décret exprès de la S. Congrégation, à rentrer dans leurs missions, pleinement réhabilités.
La suppression du serment aux vicaires apostoliques fut suivie d’autres modifications, qui bientôt transformèrent entièrement l’organisation
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ecclésiastique dans l’Extrême-Orient. Les pouvoirs de haut contrôle sur toutes les missions existantes, qui avaient été confiés aux vicaires apostoliques français, avec les titres d’administrateurs généraux pour une immense étendue de territoire, ne survécurent point à leurs premiers titulaires. Après que Mgr Pallu, évêque d’Héliopolis, fut mort, presque en touchant le sol de la Chine (23 octobre 1684), le Saint-Siège ne lui donna pas de successeur dans l’administration générale de toutes les missions de Chine ; il n’en donna pas non plus à Mgr Laneau, évêque de Métellopolis i. p. i., administrateur général des missions de Siain, du Tonkin, de Cochinchine et du Japon (-]- 1696). Puis, pour faciliter à l’avenir l’union entre les missionnaires, on sépara les terrains d’action des différentes sociétésd’apostolat; on divisa les pays à évangéliser en circonscriptions, desservies chacune par des membres de la même société et autant que possible de la même nationalité, sous la direction d’un évêque vicaire apostolique, choisi dans leurs rangs parle Saint-Siège, après avis pris des chefs de la société intéressée.
Commencée sous Innocent XI, cette transformation se poursuivit et s’acheva sous ses successeurs. Alexandre VIII crut devoir, d’abord, donner une satisfaction aux prétentions portugaises, en créant en Chine trois évêchés, et accordant à perpétuité au roi de Portugal le droit d’en nommer les titulaires, à charge de pourvoir à leur honorable entretien. Le pape prit cette mesure contrairement au sentiment de la Propagande, pour le bien de la paix, et oubliant combien Rome avait eu à se plaindre, depuis plus de trente ans, des autorités portugaises ecclésiastiques et civiles, en Extrême-Orient, pour ne se souvenir que des1
seuls services rendus anciennement. Ainsi, en 1690, les villes de Macao, de Pékin et de Nankin J furent élevées à la dignité de sièges épiscopaux, suffragants de Goa comme métropole. Toutefois ' plusieurs années passèrent avant que ces sièges 1 fussent réellement occupés. Le pape Innocent XII, en 1695, confirma la création des trois évêchés, ! mais restreignit leurs circonscriptions à trois pro- liS vinces chinoises pour Pékin, à deux pour Nankin t: et Macao. En même temps, il divisa le reste de la Chine en neuf vicariats apostoliques, auxquels Ier il préposa des prêtres du Séminaire des Missions if Étrangères de Paris et des religieux des divers I't ordres ayant des missionnaires en Chine. Le roi e de Portugal avait déjà nommé pour le nouveau n siège de Nankin un Jésuite, le P. Alexandre :K Ciceri, Italien de nation (1655-1704), mais appar- ■ ' tenant depuis 1674 aux missions portugaises des Indes Orientales. Il fut consacré au commence* '« ment de 1696, à Macao, et alla peu après prendre possession.
Les Souverains Pontifes voulurent que la Com- If pagnie eût également une part dans la distribution des vicariats apostoliques. Ceux de Chan-si et de Koei-tcheou furent attribués, le 16 octobre 1696, Pi à deux autres Pères italiens de la mission portu- à gaise, Antoine Posateri et Charles Turcotti. Tous lil les deux firent les fonctions de vicaires apostoli- ito ques, sans toutefois recevoir le caractère épiscopal, quoique le second ait eu le titre d’évêque d’André- r ville i. p. i. ipi
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200. L’édit de 1692 en faveur du christianisme.— ; L’établissement de la hiérarchie en Chine put se ijé faire paisiblement, grâce à l’acte impérial de 1692, proclamant l’entière liberté du christianisme, p
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Jusque-là, en effet, malgré les faveurs que les missionnaires de Pékin recevaient personnellement de Kang-hi, malgré la tolérance de fait dontjouissait habituellement la prédication, même dans les provinces, ainsi que la profession de la foi chrétienne par les Chinois, des prohibitions rigoureuses, portées en diverses occasions par les plus hauts tribunaux de l’empire, subsistaient toujours et permettaient de temps en temps à des vice-rois ou des gouverneurs malveillants de persécuter missionnaires et néophytes des provinces. L’empereur, sollicité plus d’une fois, n’avait pu se résoudre à user de son autorité absolue pour annuler ces restes de l’ancienne intolérance. Enfin, après tous les services que lui avait rendus le P. Yerbiest, et considérant ceux qu’il demandait encore journellement aux autres Pères, il comprit qu’il ne pouvait plus longtemps leur refuser la seule récompense qu’ils désirassent, comme il le savait bien. L’heureux succès des négociations avec les Russes en 1688, dû surtout, de l’aveu des ministres chinois eux-mêmes, au tact et à la prudence des deux interprètes Jésuites, Thomas Pereyra et François Gerbillon, acheva de décider le Souverain. Donc, le 22 mars 1692, un édit qu’il a obligé le tribunal suprême des Rites d’accepter, est promulgué et va porter dans toutPempire, avec l’éloge des missionnaires européens et de leur religion, la confirmation de leur droit à la possession de leurs églises et la permission générale de professer le christianisme, toutes les interdictions antérieures étant levées.
La période de paix féconde qui, après un si grand acte, s’ouvrit pour la mission, dura quinze ans; le développement des conversions y atteignit son
apogée. Le P. de Noyelle n’avait pas eu la consolation de voir la situation meilleure pour ses missionnaires en Extrême-Orient; mais son successeur, le P. Gonzalez, put donner cours à la joie des bonnes nouvelles de Chine, en deux lettres adressées à toute la Compagnie (1693 et 1695). Les nouveaux volontaires qu’il demandait en même temps, ne manquèrent pas de s’offrir avec empressement. La vice-province portugaise de 1 Chine, qui, en 1692, comptait 24 prêtres européens et 3 chinois, en reçut d’Europe, avant 1704, 1 26 autres, plus 2 Frères; ce nombre comprenait 15 Pères portugais, 6 italiens (les deux Frères étaient de la même nationalité), 3 allemands, un français et un belge. Dans le même temps, aux 5 missionnaires français arrivés en 1687, vinrent se joindre 32 compatriotes, dont 3 Frères. A la suite des pertes causées par la mort, les deux i! groupes de la mission, en 1703, contenaient un ' total de soixante-dix membres, plus nombreux, observons-le en passant, que l’ensemble des autres missionnaires non Jésuites en Chine. '
201. Mission française de Chine. — Il faut bien dire > ici un mot des difficultés, que rencontra la consti- ® tution du groupe des Français en mission à part, ne indépendante de la vice-province portugaise. Le ni gouvernement portugais avait vu de très mauvais œil la fondation de Louis XIV, qui lui apparais* i sait comme une menace pour la prédominance de son prestige en Chine. Il ne cessera de faire pression par tous les moyens sur les supérieurs de la mission, pour qu’ils écartent les Pères français des postes où ils prendraient de l’influence, et donc avant tout de la capitale et du voisinage de l’empereur. Il réussit en partie. C’est contre la -
missions a l’étkanger
, volonté expresse des supérieurs portugais que i; ies cinq Français, entrés en Chine par Ningpo, le 23 juillet 1687, furent reçus à Pékin par l’inter- ]. vention du P. Yerbiest. Et si tous ne furent pas jj obligés de repartir aussitôt, c’est uniquement par , ia crainte de mécontenter Kang-hi. Puis le p. Thomas Pereyra, qui succéda au P. Yerbiest 8 (j* 29 janvier 1688) comme recteur de Pékin, et d8 qui de plus suppléait le P. Yisiteur, fit subir aux lt, PP. Gerbillon et Bouvet, restés dans la capitale,
I' tant de vexations, qu’ils durent chercher le moyen g de se soustraire à sa férule, en allant habiter à res Part*
M Jusque-là, conformément aux instructions de m leurs supérieurs de France, ils avaient cru eii satisfaire aux règles de la Compagnie, en vivant j dans les maisons portugaises comme faisaient en «U Europe les Pères appelés pour quelques affaires Ü1 dans une province différente de la leur, c’est-àu dire soumis au supérieur local étranger en ce qui ^ ^ touchait la discipline religieuse, mais suivant la direction de leur propre supérieur pour la tâche qui motivait leur séjour.hors de leur province. Le lin propre supérieur immédiat des Pères français en sti Chine était le P. de Fontaney, subordonné lu iait pême au P. Tachard, supérieur général des trois Ii [colonies de missionnaires, que les Jésuites de ni France venaient d’envoyer en Chine, enlndo-Chine a» , etdansl’Inde. Le P. Pereyra soutenait que les Pères li français ne pouvaient avoir d’autres supérieurs ci | que ceux de la vice-province portugaise, et il affirei raah sa prétention en interceptant et confisquant ai ileur correspondance avec leurs supérieurs d’Euî rope, aussi bien que les communications qu’ils | Adressaient à leurs protecteurs et aux savants de i Paris. Le P. de Fontaney lui-même, avec ses deux
A, ®r°ckek. — La Compagnie de Jésus. 43
LA COMPAGNIE PE JÉSUS
compagnons, en province, n’était pas plus heureux. Les autorités portugaises à Macao arrêtaient non seulement les lettres, mais les envois d’argent, qui lui étaient adressés d’Europe par cette ville. Puis le premier supérieur de la mission, le ' P. Nogueira, ne trouvait rien à dire contre les abus de pouvoir du P. Pereyra, ou plutôt en com- ■ mettait de semblables de son côté. Le P. de Fou- i taney fut donc obligé, pour assurer sa correspon- rt dance avec la France, de former un établissement ;l à Canton, à part des Pères portugais.
La bienveillance de l’empereur tira les Jésuites % français d’une situation intolérable. Il avait pris « en affection spéciale les PP. Gerbillon et Bouvet; ipa il s’était fait leur élève en géométrie, en philo- i Sophie et autres sciences, et suivait leurs leçons pi avec une application extraordinaire. Pour avoir plus près de lui, à sa disposition constante, ces ir maîtres auprès desquels il oubliait toute l’éti- h quette chinoise, Kang-hi voulut leur donner une pe maison dans l’enceinte même de son palais, et il !:r fallut bien que le P. Pereyra se résignât à cette -u volonté. Le 12 juillet 1693, les PP. Gerbillon et :i Bouvet, avec les PP. de Fontaney et de Visdelou i que l’empereur venait d’appeler également à lui Pékin, prirent possession du local, où sera doré- -U navant le centre de la mission des Jésuites fran- rel çais, et que leurs successeurs, les Lazaristes, u occupent encore. in
En 1694, l’empereur ajouta le don plus précieux siiaj d’un terrain adjacent à la maison, avec permission 5 d’y construire une église. Il voulut même contri- U; buer de 10.000 taëls aux frais de cette construction; elle fut terminée en 1703. En 1711, 50e année L de son règne, Kang-hi remit aux Pères, pour j être placée au portail du temple, une inscription ^
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J composée par lui et écrite de sa main : c’était ni un hommage solennel au vrai Dieu sous le titre ar- de « Vrai Principe de toutes choses, lui-même [If Sans commencement ni fin ». Les chrétiens appeii lèrent cette église le Pé-tang, « église du nord », lej pour la distinguer des deux églises de la mission un. portugaise, à savoir, du Nan-tang, «église du sud» un- et du Tong-tdng, « église de l’est », la première on. (appartenant au Collège , la seconde à la Résidence on: Me Saint- Joseph.
Pour adoucir les froissements entre Portugais te; et Français, le P. Thyrse Gonzalez avait résolu de iris ne plus choisir les Visiteurs de Chine et du Japon ■et; que parmi les Pères de la vice-province qui ne ilo- -seraient pas Portugais d’origine. Cette mesure ne oo! lut pas suffisante; donc, en 1705, alors que les oi; Pères français en Chine étaient devenus aussi ces nombreux que tous les autres, Portugais et étraneti. gers compris, le P. Général déclara les premiers mi ^indépendants de la vice-province, et nomma le t ii P. Gerbillon pour leur supérieur avec pouvoir de itti ; vice-provincial, subordonné seulement au P. Visiteur, comme le vice-provincial portugais luiloipnème. Les Pères portugais, après quelques difficultés, prirent leur parti de cette mise sur ré- j pied d’égalité des deux fractions de la mission, et 10- |les relations par la suite furent généralement es, Ifraternelles et cordiales. Du reste, l’apostolat ne •souffrit jamais de ces compétitions nationales : au uï contraire, peut-on dire, la venue des Français oi lactiva le recrutement et stimula l’ardeur des Porri- tugais; les uns et les autres, d’ailleurs, travaillant ir- ; d’après les mêmes méthodes, s’animant du même ée esprit religieux, ne rivalisèrent plus que de zèle or et de dévoûment aux âmes. Les Jésuites français )i jne disputèrent point à la vice-province les sièges
du tribunal des mathématiques; mais ils rendirent au gouvernement chinois d’autres services, assez appréciés pour leur permettre de devenir plus d’une fois les sauveurs de toutes les missions de Chine. Puis, sans oublier jamais qu’ils étaient ! venus avant tout pour être apôtres, ils surent travailler très utilement pour la science. Déjà de ' leur premier voyage d’Europe en Extrême-Orient, elle retira un résultat de valeur exceptionnelle, c par les observations astronomiques, dont ils jalonnèrent toute la route, et qui permirent de corriger les longitudes, prodigieusement erro- !t nées, qu’acceptaient encore tous les géographes ' pour l’Asie orientale. Nous aurons à signaler d’autres travaux scientifiques de haute importance. ! Comme missionnaires et comme savants, les Jésuites français de Chine ont donc répondu dignement aux grandes intentions du royal fondateur, 1 et la France leur devra, outre l’honneur qu’ils 1 ont fait à son nom, la base première de son glorieux patronage des missions de Chine.
Inde : La Mission Française
202. — Vers la fin du xvn6 siècle, la difficile et belle mission fondée par le P. de Nobili n’avait, pour assister plus de cent mille fidèles, que sept missionnaires avec une trentaine de catéchistes. Un renfort très opportun lui vint alors de France Parmi les Jésuites français qui partirent pour l’Extrême-Orient sous Louis XIV, quelques-uns s’arrêtèrent dans l’Inde, en vue d’y fonder également une mission française. Ce dessein ne rencontra pas, pour se réaliser, les mêmes difficultés qu’en Chine. Les missionnaires portugais du Maduré accueillirent avec une joie cordiale les
MISSIONS A L ETRANGER
Pères français, qui vinrent leur demander de jj pouvoir se former à leur école, en partageant i3 leurs travaux, avant de chercher un champ particulier pour leur zèle. En 1703, la nouvelle mission française fut définitivement établie, d’accord avec des Pères portugais, dans Test de l’Inde méridiolt nale, au nord du parallèle de Pondichéry. Elle ^ll comprenait surtout le Karnatic, où, depuis 1700,
, les PP. Mauduit et Fontaine avaient déjà converti n. Beaucoup de brahmes. Son premier supérieur fut leP. Venance Bouchet, qui avait travaillé douze ans il dans le Maduré, baptisant plus de 20.000 païens. ’JLes Pères du Karnatic suivirent fidèlement la , méthode d’apostolat du P. de Nobili et, comme l leurs confrères de la mission portugaise, malgré les persécutions presque incessantes des brahmes, ils obtinrent de nombreuses et solides conversions, môme dans les hautes castes.