AMÉRIQUE
Mission de la Nouvelle France
]! 203. — Les PP. Pierre Biard, Ennemond Massé et Jacques Quentin, sur le désir de Henri IV et ^ de Louis XIII, ont assisté de leur ministère les commencements de la colonisation française, dans l’Acadie, à l’entrée du golfe de S. Laurent; mais c ils en ont été bientôt enlevés, avec les colons, j par la violence des Anglais delà Virginie (1611jj Le Canada proprement dit eut pour pre- ( j miers missionnaires des PP. Récollets, amenés ^ en 1614 par Samuel Champlain, le vrai fondateur Jde la « Nouvelle France». Les Récollets ayant y appelé à leur secours les Jésuites, ceux-ci vin- Uentà Québec, le 15 juin 1625, au nombre de
cinq, dont trois prêtres; mais ils furent de nouveau expulsés, en juillet 1629, après la prise de * Québec par des traîtres calvinistes français au service de l’Angleterre. Enfin la France ayant recouvré les postes enlevés en Acadie et au Ca- i! nada, la Compagnie, avec l’agrément de Richelieu, rentra sur les rives de S. Laurent, pour ne plus les quitter, tant qu’elle subsista.
En juillet 1632, arrivait à Québec le P. Paul 1 Le Jeune, avec le P. Anne de Noué et un Frère coadjuteur. D’autres Pères les rejoignirent les ’ années suivantes, de sorte qu’en 1638 la mission comptait déjà 34 prêtres et 6 coadjuteurs. Les J colons français eurent les prémices de son zèle, qui bientôt établit parmi eux une admirable régu- < larité de mœurs et de pratique religieuse. Dès 1635, alors que les Français n’étaient pas encore ; trois cents à Québec, on jeta les fondements d’un " " petit collège, qui, pour répondre au vœu des parents, étendit peu à peu son programme jusqu’à 1 donner à ses élèves tous les exercices et tous les avantages des collèges d’Europe. Après 1659, ; 1 à la prière de Mgr de Laval, vicaire apostolique, 111 puis premier évêque de Québec, qui désirait " former dans le pays même un clergé pour lesffS paroisses, les Pères joignirent à leurs classes def11 lettres et de philosophie un cours de théologie 111 scolastique et morale. La Compagnie de Jésus |lir peut se féliciter à bon droit de ce qu’elle a fait, ,j{S spécialement par ce collège, pour tremper chré- 3 tiennement le tempérament si sain et si fort, au * physique et au moral, qui caractérise la race fran- P1 çaise canadienne.
Cependant, c’est aux sauvages que les Jésuites ont prodigué le plus de leurs sueurs et souvent N leur sang. On ne saurait pousser plus loin que ®
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n’ont fait ces apôtres du Canada le sacrifice désintéressé et le dévouement total de soi-même. Pour ' faire connaître l’évangile aux tribus nomades delà nombreuse famille Algonquine, disséminées , depuis les pays au sud du Saint-Laurent jusqu’à j la mer d’Hudson, et de l’océan Atlantique jusqu’au ' Mississipi, le missionnaire ne se contentait pas d’aller les trouver dans les centres, où ils se rencontraient au printemps avec les Européens pour ... vendre les pelleteries, produit de leurs chasses : j il les suivait dans leurs courses lointaines, durant
Îla saison la plus rigoureuse; marchant avec eux, sonbagage au dos, à travers la neige et les glaces, par monts et par vaux ; partageant en tout leur vie; passant bien des journées sans manger; ne i] reposant guère la nuit dans les campements impro- 1 visés; et, en échange de ses bonnes paroles, recelj vant souvent des injures et des insultes. C’est J dans de pareilles conditions que le P. Le Jeune vécut dix mois de l’hiver 1633-1634 avec les Montagnais. Il en rapporta une sérieuse connaissance d’une des principales langues sauvages, qu’il communiqua bientôt à ses confrères. Après leur supérieur, au prix des mêmes souffrances, cherchées avec le même courage, les PP. du Quen, du Péron, Buteux, de Lyonne, Druillettes, Vimont, Jérôme Lallemant, Massé, de Noue, évangélisent d’autres tribus errantes.
Ces expéditions aventureuses sont loin d’être sans fruit : néammoins, on comprend bientôt, comme on avait fait dans l’Amérique du Sud, que ces populations ne pourront devenir chrétiennes à fond que si on parvient à leur faire quitter leur vie nomade. C’est pourquoi on s’efforça de fixer des sauvages près des établissements français et, en même temps qu’on les instruisait dans la,
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religion, de les habituer à cultiver la terre. Plusieurs villages indiens furent ainsi commencés avec quelques catéchumènes de bonne volonté, et se développèrent heureusement. Près de Québec, il y eut celui qu’on appela S. Joseph de Sillery, en souvenir du noble Français qui paya les frais de la fondation. On y bâtit, outre les maisons pour les néophytes, une chapelle, une résidence pour les Pères, un hôpital, que desservaient les religieuses Hospitalières, et un fort. Gréé en 1637, ce village comptait trente familles algonquines en 1641, 167 sauvages chrétiens en 1645. Leur ferveur rappelait l’image d’une chrétienté des premiers temps de l’Église. En 1685, pourtant, Sillery était déserté pour diverses causes par les Algonquins; mais alors un autre village se fondait sous le patronage de S. François de Sales pour les Abénakis, sur la rive droite du S. Laurent. Ici les chrétiens, non moins édifiants qu’à Sillery, et déjà au nombre de 600 en 1689, se distinguèrent par leur attachement à la France; ils le prouvèrent souvent, en se battant bravement, avec les soldats français, pour défendre la colonie contre les convoitises de ses voisins anglais. Dans d’autres centres on réussissait à arrêter les Indiens au moins pendant un temps suffisant pour l’instruction indispensable avant le baptême. Chose bien remarquable, les néophytes formés dans ces villages devenaient eux-mêmes de véritables apôtres, qui s’en allaient dans leurs tribus faire connaître le bienfait de la foi reçue, et exciter leurs parents et amis à venir la chercher eux aussi chez les Pères.
Dans le premier quart de siècle d'existence de la mission, l’Évangile avait été prêché à toutes les peuplades errantes aux deux côtés du S. Laurent, bien loin au nord et au sud de Québec et de
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j. Montréal; puis les intrépides chasseurs d’âmes le portèrent à d’autres nomades , fréquentant les bords des grands lacs et tout le bassin supérieur du Mississipi. Mais auparavant vient la tragique histoire de la mission des Hurons, commencée en 1626, ruinée en 1650.
h I 204. Mission chez les Hurons. — Les Hurons forj. maient une population d’environ 25.000 âmes, ; habitant des villages sur un territoire assez ;; restreint entre le grand lac qui porte leur nom et ir Ile lac Simcoe. Sédentaires et agriculteurs, ils e- devaient attirer de préférence l’attention des mis- I- sionnaires. Les PP. Récollets les visitèrent les < premiers, en 1615, et, en 1626, leur amenèrent lit les Jésuites qu’ils laissèrent seuls en 1628. Forif | cément interrompue, tandis que les Anglais ci étaient maîtres de Québec, la mission fut reprise,
: en 1634, par son fondateur, le P. Jean de Brébeuf, il avec deux autres Pères. Grâce aux renforts suci! cessiis venus d’année en année, le nombre des Is missionnaires, en 1639, était de treize, qui du i reste ne s’occupèrent pas des seuls Hurons pros prennent dits, mais encore des peuplades voisines, s Outre les Jésuites prêtres, il convient de meni tionner les Français laïques, qui avaient bien ■ voulu les suivre comme domestiques, et surtout les donnés, c’est-à-dire ceux qui s’engageaient à servir la mission toute leur vie, simplement pour l’amour de Dieu. Ces laïques étaient 23 en 1648; ils suppléaient les Frères coadjuteurs, qu’on n’avait pas en nombre suffisant et qui d’ailleurs ne pouvaient rendre des services parfois très nécessaires dans le pays, comme par exemple d’écarter certaines agressions par les armes.
: L’évangélisation des Hurons, pendant les
premières années, fut très dure et sans grandes consolations pour les apôtres. Ces sauvages, plus civilisés que les autres, n’en étaient pas pour cela plus traitables. Leur intelligence saisissait bien les vérités de la foi, mais la bonne volonté manquait pour produire la conviction et surtout pour faire accepter les conséquences pratiques. La dépravation des moeurs chez eux était extrême; ils se faisaient un honneur de l'immoralité ; aussi le grand obstacle à leur conversion, c’était le sixième commandement du Décalogue.
Les Pères avaient beaucoup de catéchumènes; mais ne voulant admettre au baptême que ceux qui, avec les convictions chrétiennes, montraient une conduite chrétienne, ils ne pouvaient en baptiser que fort peu. Le premier adulte baptisé par le P. de Brébeuf avait été éprouvé trois ans. L’action du missionnaire rencontrait de puissants ennemis chez les « hommes de médecine », comme les sauvages les appelaient, ou les sorciers, comme parlent les Relations: ces gens dont l’industrie ne subsistait que par la superstition, mettaient tout en œuvre pour discréditer le prêtre et la religion qui les ruinaient. Quand le Père parcourait les cases pour instruire les enfants et les adultes, s’ils consentaient à l'écouter, il y trouvait le sorcier, qui tournait ses paroles en ridicule, le couvrait d’insultes et. d’outrages, faisant tout le possible pour empêcher les assistants de l’entendre. Puis, si quelque malheur venait à frapper la tribu, si par exemple une épidémie la visitait, la cause en était la prédication des Robes noires. Des imputations de ce genre, trop facilement acceptées par les crédules Hurons, en éloignèrent beaucoup du christianisme et firent même des apostats.
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205 Les Iroquois et les martyrs. — Au milieu de tant de difficultés, la vie des missionnaires, appliqués jour et nuit à une tâche souvent répu- # gnante, constituait déjà un sacrifice continuel d’eux-mêmes. Cependant la Providence, semblet-il, pour récompenser sensiblement leurs efforts, attendait d’eux le témoignage d’un dévoument t encore plus complet, celui du martyre sanglant, î Les Iroquois vont leur fournir l’occasion de le donner. Etablis au sud du lac Ontario, les Iro- ! quois étaient étroitement apparentés aux Hurons | parle sang, la langue et les coutumes; mais ils leur avaient voué une inimitié implacable, surtout depuis qu’ils les avaient rencontrés combattant contre eux avec Champlain et les Français I (1609 et 1615). Pendant plusieurs années pourtant, ils se bornèrent à harceler leurs flottilles dans les voyages qu’elles faisaient chaque année pour la traite à Trois-Rivières et à Québec : ils allaient les attendre aux endroits où la navigation du Saint-Laurent et de l’Ottawa était plus difficile, pour les surprendre au passage et y faire le plus de victimes possible en tués ou prisonniers.
C’est ainsi que le P. Isaac Jogues, revenant de conduire à Québec un Père malade, fut pris le 2 août 1642 avec vingt-cinq de ses compagnons, parmi lesquels deux donnés , Guillaume Couture et Jean Goupil, et un autre Français. De ces prisonniers, trois sont massacrés sur place, les autres sont emmenés en pays iroquois pour être torturés à loisir. En effet la grande récréation de ces barbares est de faire souffrir aux malheureux tombés entre leurs mains tout ce que leur esprit, affreusement inventif en ce genre, peut imaginer de plus cruel. Le P. Jogues éprouva plus que personne les raffinements de cet art infernal ;
car les Iroquois haïssaient en lui le prêtre encore plus que le Français. Son martyre dura douze mois, atroce et continuel, mais gradué par les tortures, de manière que la mort ne terminât pas trop tôt ses souffrances. Cependant l’héroïque missionnaire ne voulut jamais profiter des occasions de s’échapper, tant qu’il lui fut possible de faire quelque bien à ses compagnons de captivité ; il n’écouta les offres du commandant hollandais de Fort- Orange, que lorsqu’il vit les Iroquois décidés à en finir avec lui. Auparavant il avait eu la consolation d’être témoin de la fermeté avec laquelle non seulement les deux donnés, mais encore les néophytes hurons avaient enduré les tourments pour Dieu. De plus, il avait baptisé soixante-dix enfants, jeunes gens ou vieillards appartenant à cinq nations sauvages. Délivré avec l’aide des Hollandais, le P. Jogues prend à peine le temps dépasser en France; rentré au Canada, il n’hésite pas à accepter presque aussitôt le dangereux mandat d’ambassadeur de la colonie française auprès des barbares qu’il connaît par une si rude expérience. Ayant obtenu des chefs iroquois une confirmation de la paix, il s’apprête à commencer une mission stable dans leur pays, quand brusquement les dispositions changent, et le 18 octobre 1646, le Père est tué d’un coup de hache; le donné Jean Lalande, son compagnon dans ce dernier voyage, subit le même sort le lendemain.
En avril 1644, un autre missionnaire, le P. François Joseph Bressani, avait également été pris par les Iroquois et torturé horriblement durant quatre mois, enfin racheté par les Hollandais.
Mais le sang des martyrs est toujours fécond. Aussi après la mort du P. Jogues, ses confrères constatent un mouvement marqué de conversion
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chez les Hurons. « Depuis notre dernière Relation (1647), écrivait-on vers le milieu de 1648, nous avons baptisé près de trois cents personnes; mais ce qui nous console le plus, c'est de voir la ferveur de ces bons néophytes. » Après quinze années de pénible culture, c’était enfin la moisson: elle fut belle, mais bien courte, et de quel prix ne fallut-il pas encore la payer? Dès 1642, les Iroquois avaient osé porter la guerre dans le pays même des Hurons et détruit un de leurs principaux villages. Celui-ci n’avait jamais voulu recevoir aucun missionnaire. En 1648, un second fut surpris et emporté de vive force ; ici se trouvait le P. Antoine Daniel, que les Iroquois tuèrent, tandis que, négligeantde se sauver lui-même, il essayait de protéger la fuite de ses néophytes. Puis les assauts contre les autres villages se succédèrent rapidement, toujours irrésistibles, par la supériorité que donnaient aux envahisseurs leurs armes à feu et leur habileté tactique jointe avec l’audace, et grâce au défaut d’organisation et de prévoyance chez les Hurons. Le 16 mars 1649, dans le village nommé par les missionnaires Saint-Louis, les PP. Jean de Brébeuf et Gabriel Lallemant, avertis de l’arrivée des ennemis, n’ont pas voulu fuir et laisser sans les derniers secours religieux quelques braves qui préparent une résistance désespérée ; pris par les Iroquois, ils sont, le jour même, soumis à d’indescriptibles tortures, telles qu’une rage diabolique seule a pu les imaginer. Le P. de Brébeuf, malgré la vigueur de sa constitution, y succombe après quelques heures ; le P. Lallemant, quoique de tempérament frêle et très sensible, vécut jusqu’au lendemain. Les bourreaux montrèrent qu’ils en voulaient à la religion de leurs victimes, par la dérision dont ils
accompagnaient les tourments, comme lorsqu’ils versaient trois fois de l’eau bouillante sur 3e corps du P. de Brébeuf, pour le baptiser, disaient-ils, et quand ils invitaient les deux Pères à leur être reconnaissants pour les joies du ciel que, suivant leur enseignement, on leur procurait en les faisant tant souffrir.
Le 7 décembre de la même année 1649, un quatrième missionnaire, le P. Charles Garnier, tomba frappé d’une balle iroquoise au milieu de ses chrétiens. Son compagnon le P. Noël Cliabanel, qui venait d’être rappelé par le Supérieur de la mission, fut assassiné en chemin par un Iluron apostat, qui se vanta ensuite de l’avoir fait en haine delà foi chrétienne.
Au mois de juin 1650, il ne restait plus un seul de ses anciens habitants dans la Huronie dévastée. Dix mille avaient péri par le fer des Iroquois, ou étaient devenus leurs esclaves ; quelques centaines avaient cherché un refuge parmi d’autres peuplades, bien loin de leurs ennemis. Les missionnaires eux-mêmes, après avoir essayé de se maintenir avec les chrétiens survivants dans un dernier poste, une île à l’extrémité de la Huronie, se virent obligés de l’abandonner et de retourner à Québec; ils emmenaient environ trois cents Hurons. Ce faible reste, que quelques autres vinrent rejoindre plus tard, s’établit sous la protection du canon français. Devenus tous chrétiens fervents, ils ont encore leurs descendants dans la localité dite « Jeune Lorette », à trois lieues de Québec : le recensement officiel de 1901 donne 448 âmes pour la population de ce village huron.
Quel crève-cœur que cette ruine pour des missionnaires aimant ces sauvages, avec tous leurs
MISSIONS A L’ÉTRANGE II
' défauts, comme des pères aiment leurs enfants ! Et après tant de fatigues, de privations, de martyres endurés ! Ce serait à désespérer le zèle, si lemissionnaire travaillait pour autre que Dieu, et s'il oubliait que Dieu ne lui demande que le travail. Cependant tant de labeur n’a pas été sans dédommagement même sensible. Outre les nombreux baptêmes administrés in extremis aux enfants et aux moribonds, pendant les seize années « [ de la mission, le nombre des adultes venus à la i- foi dans les derniers temps fut assez considéra- « ble. La dispersion de beaucoup de Ilurons chréti ens b devait aider l’action des missionnaires parmi les if tribus qui ne connaissaientpas encore l’Évangile.
11 I 206. Missions chez les Iroquois. — • Une sorte de^ ie (dédommagement vint d’abord d’où on l’attendait ps Ile moins. Les Iroquois, après avoir anéanti la \i (nation huronne, principale alliée des colons ni (français, tournèrent contre ceux-ci tout l’effort s de leurs guerriers, pour leur faire subir un fé (sort semblable. Par suite de leurs incursions ts (répétées il n’y a plus de sécurité à Trois-Rivières, la [Montréal, Québec même, laissés presque sans déet Ifense par le gouvernement de la métropole, trop di [occupé de ses guerres en Europe. Au mois de mai es loude juin 1652, le P. Buteux, dans une excurla Ision apostolique, est tué par un parti d’Iroquois. é* I En 1653, le P. Poncet est pris et emmené en capds Itivité ; les barbares ménagent sa vie, mais ne lui iis [épargnent pas les supplices dont ils sont coutuüi ( miers à l’égard de leurs prisonniers. Et voilà qu’au I moment le plus critique, les Iroquois eux-mêmes proposent de faire la paix et demandent les s- I missionnaires.
rs Sans se dissimuler les raisons qu’ils ont de se
défier et de craindre, les Pères se rendent immédiatement à l’appel. Pendant trois ans, tout parut aller à souhait, et le P. Général Goswin Nickel, au commencement de 1657, pouvait dire sa joie d’apprendre « avec quelle avidité la semence céleste était reçue par cette terre iroquoise, arrosée du sang encore chaud des Pères de la Compagnie». Puis l’inconstance sauvage reprit le dessus, et en 1658 la mission iroquoise dut être interrompue. En 1666 seulement, elle fut reprise sur des bases plus stables, après de rudes leçons infligées par les Français à ces féroces bandits, qu’elles forcèrent enfin de solliciter sincèrement la paix et de la garder pour quelques années.
Dans cette évangélisation des Iroquois, les missionnaires Jésuites ont dépensé des trésors de patience et de dévouement héroïque ; plusieurs y ont sacrifié des talents plus qu’ordinaires et qui ailleurs leur auraient valu des succès brillants. Si l’on considère les résultats obtenus suivant les idées humaines, on pensera sans doute qu’ils ont été payés trop cher; car la plupart des baptêmes en pays iroquois furent des baptêmes d’enfants ou de moribonds, devenus chrétiens au dernier moment. Mais toutes les âmes sont précieuses, et Dieu est glorifié avant tout par les peines de l’apôtre, non par le succès visible. Chez les Iroquois, les obstacles invincibles étaient, comme chez les Hui ons, la superstition, l’immoralité : il faut y ajouter les exemples de leurs voisins, Anglais et Hollandais, qui n’étaient pas de nature à leur faire estimer le christianisme; et surtout l’ivrognerie, qu’entretenaient chez eux les traitants de ces nations par l’eau-de-vie, qu’ils leur vendaient en échange des produits de leurs chasses.
Dans un milieu si corrompu, il était difficile, non
MA
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QnJ seulement de former des néophytes, mais encore )îj de conserver ceux qu’on avait gagnés : aussi les le missionnaires cherchèrent-ils de bonne heure à •réer pour les Iroquois une colonie de catéchumènes, semblable à celle qu’on avait fondée à Sillery maries Algonquins. La réalisation de cette idée fut commencée en 1669, dans le voisinage de Montréal: de là naquit le village iroquois chrétien de Saint-François Xavier. 11 eut un développement prompt, inespéré, et mérita bientôt d’être comparé par laux plus belles réductions du Paraguay. C’est là que s’épanouit entre autres cette fleur d’innocence et de piété, Catherine Tegakouita, surnommée la Geneviève de la Nouvelle France. La béatification de cette vierge iroquoise, morte à 23 ans, et dont l’intercession a produit des miracles, a été demandée par les évêques américains du 38 concile de Baltimore.
207. Missions et découvertes dans le lointain Ouest, mi -C’est surtout après la destruction des missions huronnes et durant l’interruption de la mission iroquoise, que les Jésuites français se lancèrent dans le lointain Ouest, autour et au delà des grands lacs d’où sort le Saint-Laurent. A la suite des peuplades errantes qu’ils s’efforcaient d'instruire, ils pénétrèrent dans des régions complètement inconnues jusque-là du monde civilisé; s’ils /avaient été précédés par quelques Européens «coureurs des bois », ils furent du moins les premiers à en commencer une exploration scientifique. C’est ainsi qu’ils révélèrent à l’Europe le majestueux fleuve de l’Ouest, autour duquel se produisirent d’abord tant de rêves fantastiques, qui ne furent trompés qu’à moitié : le Mississipi, par où l’on pensait aller du Canada à la mer de
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 44
Chine, conduisait au golfe du Mexique, et sapos- f session n’en avait pas pour cela moins d’importance, si l’on savait en tirer parti.
Un des plus intrépides d’entre ces missionnaires grands voyageurs, le P. Claude Allouez (f 1689), 1 apôtre des Outaouais, savait dès 1667, par les i Sioux et les Illinois, le nom et la situation approximative de la « grande rivière ». Mais au jeune P. Jacques Marquette, de Laon (1654-1675), il était réservé de faire tomber décidément le mystère i qui la couvrait.
Du 17 mai 1673 jusque vers la fin de septembre, » il a fait en canot d’écorce plus de 4.000 kilomètres, ;? dont la moitié sur le grand fleuve lui-même. Cette longue navigation accomplie, manifestement sous une protection spéciale du Ciel, il avait simple- ment repris son obscure vie de missionnaire près i du lac Michigan, tandis que son compagnon Louis Jolliet portait à Québec le journal et la carte de i l’expédition. Des perspectives nouvelles, imrneni ses, étaient ouvertes à l’action française et chré- te tienne. Désireux de les réaliser pour sa part le ■ plus tôt possible, Marquette retourne vers les peu- (, plades où il a jeté au cours de son voyage la première semence de l’Évangile; mais terrassé par la maladie, pendant qu’il évangélise les Illinois, il n meurt n’ayant pas encore 38 ans accomplis, le 3 18 mai 1675. L
Antilles. — Guyane
208. — C’est depuis 1640 environ que les Jésuites français étendirent leur ministère aux possessions de la France parmi les Antilles, en particulier, à la Martinique, à la Guadeloupe, à la cote N. 0. de Saint-Domingue, à Saint-Christophe, etc. Ils y firent un travail considérable et varié. D’abord
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pour assister au spirituel les Français : vers 1655,
, on en comptait 15.000 ou 16.000 établis dans les îles; en outre, le nombre bien plus grand de ceux rfi m,i v passaient, commerçants ou marins, leur donl najt" beaucoup d’occupation. Les protestants, qui 1 J se rencontraient assez souvent dans l’une et l’autre j catéo-orie, n’échappaient point à leur zèle : en peu oi| Années, ils avaient réussi à en convertir plus de
1,200 ou 1.300. Mais la charité des missionnaires ’exerçaitsurtout à l’égard des esclaves, qui étaient 12.000 à 13.000, en 1655, la plupart nègres importés ^[d’Afrique. Ils ne ménageaient pas leur peine pour leur donner l’instruction nécessaire au bap- Æ tême : « Si les pères et les mères, par une stupisok dité extraordinaire, n’en profitent pas toujours, leurs enfants du moins sont élevée dans la vraie foi et deviennent pour la plupart de bons et fervents chrétiens. » Le P. Pelleprat, de qui est ce témoignage, ajoute qu’on baptisait solennellement, chaque année, six cents esclaves noirs, adultes ou enfants (vers 1655).
On n’oubliait pas les infidèles libres. Dès 1652, pe« Ile P. André Déjan visitait les indigènes Caraïbes p» dans l’île de Saint-Vincent, qu’ils habitaient seuls, au nombre de 9.000 à 10.000. En 1654, le P. Guillaume Aubergeon en avait déjà disposé beaucoup au baptême, quand il fut massacré avec son compagnon le P. François Gueymu, par des sauvages excités contre tous les Français.
En 1651,1e P. Denis Méland passa de la Martiuü® nique sur la terre ferme d’Amérique équinoxiale, sioü chez les indigènes Galibis de la Guyane. Bien accueilli, il y commença une mission qui, vers 1667, dut joindre le soin spirituel des Français de Cayenne avec l’évangélisation des sauvages. En 1674, les PP. Jean Grillet et François Béchamel
entreprirent un long et pénible voyage dans l’intérieur inexploré du continent : ils firent connaître près de 80 lieues de pays au sud de la colonie française. Les missionnaires Jésuites continuèrent leur dévouaient aux Européens et aux indigènes, appréciés des uns et des autres, jusquà la suppression.
Amérique espagnole L’Assistance d’Espagne, en 1616, avait
1.026 de ses sujets dans les missions à sa charge; ( ils étaient 1.393 en 1710, tous dans les colonies j espagnoles d’Amérique, sauf les 165 des Philip- ^ pines. L’augmentation de personnel était due pour une bonne part aux volontaires venus des autres n Assistances d’Italie et d’Allemagne. Ces derniers se trouvaient principalement dans les missions j proprement dites, près des infidèles, qu’ils avaient aussi bien demandées avant tout. Dans les col- ^ lèges que possédaient presque toutes les villes de , quelque importance dans l’Amérique coloniale espagnole, les occupations des Jésuites étaient à peu près les mêmes qu’en Europe. Nous devons ''
Péri
ia:
signaler quelques incidents qui rompirent de manière plutôt fâcheuse la monotonie de cette vie appliquée au bien public.
Au Mexique, l’évêque de Puebla de los Angeles (ou Tlaxcala), Jean de Palafox (nommé en 1640) engage, vers 1645, contre les Jésuites des deux collèges de sa ville épiscopale une guerre, dont le retentissement dépassera beaucoup le premier théâtre et se prolongera dans la plupart des pamphlets parus depuis lors contre la Compagnie. Le motif n’est nullement la manière dont ils s’acquittaient de leur ministère (le prélat n’a encore eu pour eux de ce chef que des éloges), , 11
Jon
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' mais les privilèges, « authentiques ou non, qui les j311 rendent, comme il dit, indépendants des évêques 11 et presque supérieurs à eux ». Deux suppliques où il expose ses doléances au pape Innocent X (en 1646 et 1647) furent soumises à une Congrégation spéciale et obtinrent une sentence favorable, en ce sens qu’elle limitait considérablement les privilèges dont les Jésuites s’étaient prévalus. Toutefois les Pères, ayant agi de bonne foi, ne 1 recevaient aucun blâme, et l’évêque était sérieusement exhorté par la S. Congrégation à « les traiter avec bonté et charité, et à profiter de leurs travaux si utiles à l’Église ». Mais Palafox avait à peine entre les mains le bref d’innocent X, terminant l’affaire comme il pouvait le désirer (14 mai 1648), qu’il prit prétexte d’une persécution, qu’il s’imagina organisée contre lui par les Jésuites, pour adresser au Souverain Pontife une troisième épître : il y déroulait une longue suite de diatribes contre toute la Compagnie, ne ménageant même pas son Institut tant de fois loué par les papes. Il finissait par presser Innocent X de réformer radicalement ou mieux de séculariser l’Ordre. Le S. Père répondit par de nouvelles exhortations à la charité paternelle envers les Jésuites (1652). Entre temps, le roi d’Espagne Philippe IV constatait que l’évêque de la Puebla était devenu impossible au Mexique, où il se querellait avec tout le inonde, et non plus avec les seuls Jésuites. Il le fit donc passer au siège d’Osma, en Castille, où il termina sa vie en 1659.
L’introduction de sa cause de béatification, tentée vers 1697, fut arrêtée alors par les objections que soulevait sa IIIe lettre à Innocent X et que fit bien valoir le P. Tliyrse Gonzalez, Général de la Compagnie. C’était surtout cette
lettre, publiée et exploitée ardemment par les jansénistes, qui échauffait le zèle des patrons de cette cause. Sous ClémentXIV,on fut près d’aboutir, grâce à la faveur du pape et à la pression du roi d’Espagne, Charles III, grand dévot de Pala- ] fox. Mais la cause sombra définitivement dans un nouvel examen sous Pie VI.
Un événement heureux pour le Mexique fut la fondation, en 1677, après des essais antérieurs infructueux, de la mission de Californie, par le P. Jean Marie de Salvatierra (1668-1717). Avec son compagnon, le P. François Marie Picolof (1673-1729), comme lui Italien, il avait au bout de cinq ans, baptisé plus de mille enfants très bien ' disposés et achevait d’instruire plus de trois mille adultes en instance pour le baptême. Sur ces entrefaites, un de leurs confrères, le Tyrolien Eusèbe Kino (1665-1711), dans ses excursions au j]5 nord de la Sonora, oji il missionnait avec fruit depuis quinze ans, découvre, en 1700, la communication par terre, entre ce pays et le Nouveau Mexique d’une part, et la Californie, de l’autre.
Il établit ainsi que cette dernière n est pas une île, comme on l’a cru jusque-là, mais une presqu’île : cette constatation est intéressante pour la géographie et surtout facilitera l’accès de la nou- ] velle mission, qui est aussi une nouvelle colonie.
Au Paraguay , Palafox eut un émule dans un autre prélat non moins fantasque. Don Bernard de Cardenas, évêque de l’Assomption (1645), prétendait que les Jésuites des Réductions tiraient des richesses fabuleuses de mines d’or et d argent exploitées en grand secret. L’allégation s écroula .j devant les enquêtes officielles, faites sur place, j et les rétractations des faux témoins qui 1 avaient appuyée.
Cinquième Période
Quatorzième Général : Michel-Ange Tamburini
(3i janvier 1706 — 28 février 1780)
Quinzième Congrégation Générale (17 janvier J706 — 3 avril 170G)
j 210. Aperçu du Généralat. — En 1703, le P. Goni". zalez s’était déchargé en grande partie du fardeau m du gouvernement sur le P. Michel-Ange Tambu- < rini, en le faisant son Vicaire général. C’est le itl Vicaire qui convoqua la quinzième Congrégation ut Générale pour la fin des neuf ans écoulés depuis la i dernière. Le P. Gonzales ayant cessé de vivre le r| 27 octobre 1705, les Pères, réunis à la date fixée oïl (17 janvier 1706), durent commencer par lui donoi| ner un successeur. C’est le P. Vicaire général J qu’ils élurent, le 31 janvier, au second tour de an scrutin, par 61 suffrages sur 81 votants. Des autres d voix, le plus grand nombre était allé à un Français, le P. Daubenton, qui avait été, de 1701 à 1705, et es ï qui sera, plus tard, de nouveau confesseur de ni Philippe V, roi d’Espagne. L’élu était né à Modène « [en 1648; entré dans la Compagnie en 1665, il y avait a [ professé avec distinction, puis rempli successive- I ment les plus hautes charges.
Suivant les usages, des délégués de la Gongré- f gation étaient allés demander pour ses travaux lai pat' bénédiction du Souverain Pontife et les ordres 3® qu’il jugeait à propos de lui donner. Clément XII pur les reçut avec une grande bonté et voulut bien leur ird dire, avant tout, « qu’il avait à se louer beaucoup f de la Compagnie; qu’à la vérité, les jansénistes d n’oubliaient rien pour faire regarder les Jésuites ; comme des gens d’une morale relâchée; mais, pour ■ détruire cette calomnie, il ne voyait rien de plus convaincant que ce fait d’expérience, à savoir quellns les libertins et les personnes de doctrine suspecte j L ne voulaient point avoir de Jésuites pour confes-pi seurs. Il ne laissait pas néanmoins de recoinmander une grande attention sur tous les ouvrages qui sortiraient de la Compagnie, afin d’ôter à ses adversaires tout prétexte d’accusation, et de s’épargner la nécessité des apologies, qui ont si difficilement raison des critiques même les plus injustes ». Le témoignage rendu par le pape à la morale de la Compagnie empruntait peut-être une signification spéciale au fait que le défunt Général, suivant jusqu’au bout son idée fixe, avait, encore en 1702, supplié le Souverain Pontife de prohiber le probabilisme dans la Compagnie. Les attaques des Jansénistes, auxquelles Clément XI fit également allusion, deviendront plus violentes que jamais sous le généralat du P. Tamburini, surtout à l’occasion de la condamnation de leur chef Quesnel par la bulle Unigenitus (17:13); car, sui- |l vant leur tactique constante, ils ne manqueront pas d’attribuer ce nouveau coup, dont le Saint- Siège frappera leurs erreurs, à l’influence de la Compagnie.
Le P. Tamburini, peu après son élection, le 15 juin 1706, envoya dans les provinces la liste des