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MISSIONS CHEZ LES INFIDELES

d'épreuve, il reprit sa liberté; en 1646, il reçut d'Innocent X le chapeau de cardinal, qu'il rendra en 1648, pour recueillir la couronne de Pologne.

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Le généralat du Père Aquaviva, qui fut l'époque du plus rapide accroissement de la Compagnie en Europe, donna aussi une grande impulsion aux missions dans toutes les parties du monde. Et le mouvement se continua sans faiblir sous le Père Vitelleschi.

Asie. — ■ Indes

85. Le P. Valignani, Visiteur. — Les missions fondées par saint François Xavier avaient reçu du Père Everard Mercurian un Visiteur^ que le Père x\quaviva maintint et à qui elles sont redevables plus qu'à aucun autre, TApôtre des Indes mis à part, Alexandre Valignani, né d'une noble famille de Ghieti, dans le royaume de Naples, en 1539, et reçu dans la Compagnie à Piome en 1565, n'avait que trente-cinq ans, lorsque le Père Général, au lieu d'un poste obscur de missionnaire qu'il avait plus d'une fois sollicité, lui confia, avec de larges pouvoirs, la charge d'inspecter tous les établissements de l'Ordre dans l'extrême Asie. Il s'embarqua le 23 mars 1574, à Lisbonne, emmenant 41 compagnons, dont 32 désignés par le Père ]Mercurian, les autres recrutés par le

Visiteur lui-même, en Espagne et en Portugal; il débarqua avec eux à Goa le 6 septembre 1574. Après trois années consacrées à parcourir les missions de l'Inde propre, le Père Valignani fit sa première visite du Japon de 1578 à 1582. Ensuite, par ordre du Père Aquaviva, il gouverna directement comme provincial les mêmes missions pendant plusieurs années; nommé derechef Visiteur, pour le Japon et la Chine seulement, il retourna deux ibis au Japon et organisa la nouvelle mission de Chine. Enfin jusqu'à ga mort, en 1606, il a déployé, au service des missions d'Extrême-Orient, un zèle ardent et inlassable, mais que dirigeait une merveilleuse prudence : il mérita d'être appelé leur second fondateur, après saint François-Xavier.

Inde péninsulaire. — L'œuvre d'évangélisation commencée dans VInde, par son « nouvel Apôtre » n'avait point dépéri entre les mains de ses successeurs ; cependant elle reçut en quelque sorte une vie nouvelle, par l'accroissement d'esprit apostolique que le Père Valignani sut communiquer aux missionnaires anciens, autant que par le renfort de collaborateurs nombreux et choisis. La liberté, et par suite le progrès de l'apostolat, dépendait beaucoup de la bienveillance des potentats grands et petits, qui alors se partageaient l'Inde : le Père Visiteur, qui en alla voir plusieurs, les gagnait par sa personnalité à la fois sympathique et imposante; chez lui en elTet un tact parfait s'unissait à une physionomie comme princière, que parait un reflet de la sainteté intérieure.

La mission parmi les « chrétiens de Saint- Thomas », fut une de celles qui profitèrent le plus de la visite du Père Valignani. Les chrétiens

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ainsi appelés, parce qu'ils se disaient descendus des néophytes faits par l'apôtre saint Thomas, étaient alors environ 150.000, et vivaient en groupes plus ou moins compacts au milieu des païens, surtout aux environs de Cochin, sur la côte de Malabar, dans le sud-ouest de l'Inde. On les trouvait aussi, quoique moins nombreux, à l'est, sur la côte de Coromandel, près de Meliapour, où était vénéré le tombeau de l'apôtre. On sait que le voyageur Cosmas Indicopleustès atteste, au moins pour la première moitié du vi* siècle, l'existence de chrétiens dans l'înde, notamment dans la région de « Malé, où croît le poivre », et qui est sans doute le Malabar. Des prêtres venus de la Syrie ou de la Perse, apportèrent en ce pays la liturgie syriaque de l'Eglise syro-perse; mais ils apportèrent aussi le nestorianisme. Le patriarche nestorien de Babylone (Bagdad) envoyait à ces chrétiens de l'Inde des évêques nestoriens comme lui. Vers 1577, il y en avait un nommé Abraham, qui résidait à Angamale, près de Cochin, avec le titre d'archevêque; une centaine de prêtres composaient son clergé. Pour s'assurer la protection des Portugais, le prélat s'était plus ou moins sincèrement soumis à l'autorité du Pontife romain. Le Père Valignani obtint de lui par écrit la permission pour les Jésuites de s'établir au milieu de ses ouailles, et aussitôt il fit ouvrir à Vaypicota un petit collège, destiné à être comme un séminaire d'enfants du pays, où on enseigna non seulement le latin, mais encore le syriaque, langue liturgique de la chrétienté. Le premier but de cette nouvelle mission était de ramener à la pureté de la foi catholique une population si digne d'intérêt pour sa longue fidélité au Christ. Déplus, les qualités naturelles de caractère

et d'intelligence qu'on remarquait chez elle, avec la solidité de son christianisme, faisaient concevoir l'espérance d'y former de bons prêtres indigènes pour l'Inde entière.

Les chrétiens de Saint-Thomas firent bon accueil aux deux Pères que leur envoya Valignani, et dont l'un était originaire de leur pays. Ils étudièrent surtout avec ardeur le catéchisme, que les missionnaires leur offrirent imprimé en caractères malabares. C'était le premier livre imprimé dans l'Inde (1577) : les types en avaient été dessinés et fondus par un Frère coadjuteur de la Compagnie, Jean Gonçalve, Espagnol. Ces chrétiens avaient grand besoin d'instruction religieuse; leurs prêtres eux-mêmes étaient fort ignorants. Cependant la peine que prenaient les Jésuites pour extirper de leurs esprits les erreurs de Nestorius, n'agréait pas à tous, et l'archevêque lui-même démentait par des instructions secrètes ses protestations publiques d'obéissance au Saint-Siège de Rome. Il fit néanmoins une fin catholique, en recommandant aux siens de continuer à écouter les Pères, parce qu'ils prêchaient la vraie foi des Apôtres; mais il laissait l'autorité intérimaire à un archidiacre, entêté nestorien, qui ne tarda pas à interdire les églises aux Jésuites et aux prêtres latins. Mais alors intervint l'archevêque de Goa, Alexis de Menezes. Chargé par le pape Clément VIII, dès 1590, d'empêcher à tout prix que le siège vacant ne fût occupé par un envoyé du patriarcat de Babylone, il se rendit personnellement, et non sans risque, au milieu des chrétiens de Saint- Thomas. Après avoir désarmé les défiances par sa douceur et sa prudence, il persuada aux prêtres de se réunir en synode, sous sa présidence, à Dianiper, en 1599. Dans cette assemblée, tous

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firent sous serment profession solennelle de foi catholique et romaine; puis ils acceptèrent, après discussion, les corrections que réclamaient, pour être parfaitement orthodoxes, les livres dont ils se servaient dans la liturgie et l'administration des sacrements. Gomme complément de ses heureuses opérations, où il avait été bien secondé par les Jésuites dont il se faisait accompagner, Menezes demanda au pape de nommer évêque le Père François Roz, missionnaire jésuite. Les chrétiens eux-mêmes le désiraient : sa manière de traiter avec eux pour les instruire, le leur avait rendu sympathique; et non seulement il parlait Tidiome vulgaire du Malabar, mais encore il connaissait le chaldaïque et le syriaque. La résistance du Père Roz, opposant l'Institut de la Compagnie, dut céder au Souverain Pontife, qui lui ordonna d'accepter l'épiscopat : c'était du reste un épiscopat de mission, où il y avait à récolter moins d'honneurs que de travaux et de fatigues. Consacré à Goa en 1601, le Père Roz fut autorisé par Paul V, en 1608, à transférer sa résidence d'Angamale à Granganore et à porter dorénavant le titre d'archevêque de Granganore. Il remplit pendant vingt-trois ans, jusqu'à sa mort (1624), tous les devoirs d'un bon pasteur avec l'aide des Jésuites, demeurés ses confrères. Nous verrons comment il appuya l'heureuse initiative du Père de Nobili.

86. Mission du Mogol. — Les Portugais ont appelé Mogol ou Mogor^ non seulement un empereur, mais l'empire même fondé dans le nord de l'Inde au commencement du xvi* siècle, par le conquérant mogol Baber, et qui, sous la domination de son petit-fils, Akbar le Grand (1556-1605),

embrassait toute la moitié septentrionale de la péninsule. Une mission du Mogol ou du Mogor fut entrepriseen 1580, pourrépondre au désir exprimé par cet empereur, de recevoir à sa cour des Jésuites, afin d'être instruit par eux dans la religion chrétienne. Les trois premiers Pères qu'on lui envoya de Goa, et dont le chef était le futur martyr Rodolphe Aquaviva, jugèrent après trois années qu'ils perdaient leur temps, et se firent rappeler. Deux autres, qui, sur la demande réitérée d'Akbar, allèrent le trouver à Lahore en 1591, restèrent encore moins de temps. Cependant l'empereur continuant ses instances en 1594, on lui donna le Père Jérôme Xavier, neveu de saint Franrois Xavier, avec le Père Emmanuel Pinheiro et le Frère Benoît Goes. Akbar traita toujours ces missionnaires avec la plus grande faveur, ne voulant pas se séparer d'eux, même dans ses voyages et ses expéditions militaires, les interrogeant fréquemment sur les dogmes et les pratiques de la religion chrétienne. 11 fut assez instruit et convaincu par leurs réponses, pour prendre en mépris le mahométisnie, dans lequel il avait été élevé, aussi bien que les cultes idolâtriques de l'Inde. Il se plaisait à témoigner son respect pour les images du Sauveur, de sa Mère et des Saints chrétiens. Arrivé presque à la porte de la véritable Eglise, il ne sut jamais néanmoins se décider à y entrer. Il objectait la difTiculté d'admettre la Trinité et l'Incarnation; il aurait voulu n'être pas obligé de croire, mais comprendre ces mystères. En réalité, il semble avoir reculé devant l'humilité que Jésus-Christ demande aux siens. Le puissant empereur ne se résignait pas à n'être qu'un des disciples du Crucifié. Il voulut se faire luimême fondateur et chef d'une nouvelle religion.

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qu'il s'efforça de construire avec des éléments choisis dans les diverses religions qu'il connaissait. Peut-être songeait-il à réclamer pour luimême un culte divin : une secte hindoue l'avait déjà fait son dieu. Sa mort presque subite, en 1605, détruisit l'espoir qu'on avait pu nourrir quelque temps de voir un Constantin dans l'Inde. Le salut que l'empereur Akbar a négligé de s'assurer, beaucoup de ses sujets l'auront dû à sa bienveillance pour les missionnaires. Ceux-ci eurent toute liberté de prêcher l'Évangile; en 1600, il la leur garantit par un édit, où, à leur requête et malgré l'opposition de ses ministres euxmêmes, il fit insérer une permission générale d'einbrasserle christianisme.il protégea, et les missionnaires etleurs convertis, contre la rage de leurs ennemis acharnés, les mahométans. En 1602, fut élevée la première église chrétienne à Agra, une des capitales de l'empire, et ce fut là désormais le centre de la mission du Mogol, qui compta plusieurs autres postes et que la Compagnie maintiendra jusqu'à sa suppression.

87. Nouvelles missions. — L'exemple du grand Akbar ne fut pas sans influence sur d'autres princes en dehors de sa domination, qui autorisèrent ou même invitèrent les Jésuites à s'établir dans leurs i^tats. Avant la fin du xvi^ siècle, des collèges ou des résidences existaient dans toutes les villes importantes du littoral de l'Inde, tant à l'est qu'à l'ouest, et l'intérieur même du pays était fortement entamé : après la mission du Mogol, en plein milieu de l'Indoustan, nous verrons tout à l'heure se fonder dans le sud la grande mission du Maduré. Déjà d'ailleurs l'action des missionnaires débordait l'Inde proprement dite : en Tannée 1598

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furent commencées en même temps la mission du Bengale et celle de Pégu dans la péninsule birmanique, chacune avec deux missionnaires qui recevront bientôt du renfort. On se préparait aussi à passer plus loin, dans l'Indo-Ghine, au Siam, au Cambodge, au Laos. Observons que ces missions prenaient pied d'abord dans des localités où étaient établis des Portugais, soit comme maîtres du territoire, soit seulement en qualité de commerçants. Les missionnaires commençaient par donner les secours nécessaires aux Européens; mais bientôt ils rayonnaient au delà; dès les débuts ils enregistrent des conversions d'infidèles.

A la fin de Tannée 1599, le Pèi'e Nicolas Pimenta, qui gouvernait alors toutes les missions de rinde, y comptait 169 églises et évaluait le nombre des chrétiens, dont les Pères de la Compagnie avaient le soin, à plus de 270.000. Quoique bien faible enregardde l'immense population de l'Inde, ce chid're n'en représente pas moins une récom- |)ense consolante pour un demi-siècle de travaux.

En 1610, la province deV Inde orientale, vraiment trop vaste pour un Supérieur, fut divisée : les deux provinces (jui en sortirent furent appelées provinces de Goa et de Malabar, et se partagèrent à peu près l'Inde par moitié : Goa prenait le nord, et en outre les missions d'I^thiopie et de l'Afrique sud australe; Malabar, le sud avec les missions du Bengale et de Pégu.

Les missionnaires achetaient volontiers de leur sang le succès de leur apostolat. Ainsi firent les cincj, tués ensemble |)ar les inlidéles de l'île de Salsette, le 15 juillet 1583. Le premier immolé était le Supérieur, le Père Rodolphe Aquaviva, qui avait conduit la première mission au Mogol; neveu du Père Général, il n'avait que trente-trois

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ans, dont il avait passé la moitié dans la Compagnie de Jésus. Les autres étaient les Pères Alphonse Pacheco, espagnol, Antoine Francisco, portugais, Pierre Berna, italien, et le Frère François Aranha, portugais, simple coadjuteur temporel, quoique neveu d'un archevêque de Goa. Ces cinq martyrs ont été béatifiés par Léon XIII, le 2 avril 1893. La terre arrosée de leur sang, et qui jusque-là s'était montrée rebelle à la culture chrétienne, devint aussitôt fertile : dès l'année 1584, on y voyait le baptême conféré à 1.500 païens; en 1589, il y eut 3.800 baptisés dans l'île de Salsette.

88. Maduré (1606-1656). — Des hommes héroïques, pour porter l'Évangile dans des milieux longtemps impénétrables, se sont soumis à un genre de vie qui ne paraît guère moins méritoire que le martyre. Tel le Père Robert de Nobili, au Maduré. Ce célèbre missionnaire était né à Rome, en 1577, d'une noble famille de Montepulciano, apparentée au cardinal Bellarmin. Entré dans la Compagnie de Jésus à dix-neuf ans, il n'avait pas tardé à solliciter son envoi aux Indes; il partit de Lisbonne en 1604, et en 1606 nous le trouvons faisant son apprentissage de l'apostolat dans l'extrême sud de l'Inde. Le christianisme, planté dans cette région par saint François Xavier, y était toujours florissant, mais il n'avait guère dépassé le littoral; le vaste intérieur de la péninsule lui restait à peu près fermé. Cependant un Jésuite portugais, Gonçalve Fernandès, résidait depuis quatorze ans dans la ville de Maduré, capitale du royaume de même nom, où il avait été admis à séjourner pour le soin spirituel de quelques chrétiens, venus de la côte de la Pêcherie. Mais dans

tout ce long espace de temps, ce missionnaire, quoique vraiment zélé, n'avait pas pu faire une seule conversion parmi les gens du pays. A quoi cela tenait-il?

Le Père de Nobili, en constatant de ses yeux rinsuccès du Père Fernandès, qu'il visita en compagnie de son supérieur, le Père Laerzio, en 1606, se posait aussi la question; mais ayant déjà beaucoup réfléchi sur le sujet, il voyait la réponse et du même coup le remède. Il lui était apparu depuis longtemps avec évidence qu'une profonde aversion pour les missionnaires portugais empêchait les Hindous de l'intérieur, non seulement d'accepter TEvangile, mais même d'écouter le prédicateur. Quelle était la cause de cette aversion? C'est que, pour tous les Hindous imbus des idées brahmaniques, les Portugais ou les Pranguis, comme ils les appelaient, représentaient une race infâme : d'abord parce qu'ils étaient mangeurs de bœuf et buveurs de vin, deux choses abominables suivant les Brahmes; ensuite, parce qu'ils fréquentaient ouvertement et sans distinction les individus des castes les plus basses, même les parias^ que leurs compatriotes de condition plus relevée ne regardent pas autrement que comme de vils animaux. Les missionnaires vivant habituellement au milieu de gens de caste infime, tels que les Paravers de la côte, n'échappaient point, quelle que fut leur vertu, au mépris et à l'aversion que cette manière d'agir provoquait chez tout bon Hindou. Quiconque eût >^ osé entrer en relation avec eux, se fut déshonoré r aux yeux de ses concitoyens et se serait vu re- tt poussé par les autres membres de sa caste, voire par sa propre famille. Par le fait, le christianisme partageait l'opprobre pesant sur ses apôtres et

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