‹ La Compagnie de JésusChapitre 39 sur 58 · C.Ofi Î.A rOMPAr:NlE dp. JESUS · texte numérisé non relu

C.Ofi Î.A rOMPAr:NlE dp. JESUS

d'aversion pour les Jésuites, dans les manifestations (lu haut et du bas clergé contre la « /norale relâchée », au xvii" siècle. Avec le zèle sincère chez quelcfues-uns, il faut y voir chez plusieurs autres le rigorisme, dont nous avons déjà signalé le développement à cette époque. Le grand Bossuet, par exemple, ne fut jamais janséniste de doctrine; mais outre son thomisme un peu dur, on j)eut constater la rigidité de ses principes de morale dans les efforts qu'il fit non sans succès, pour faire censurer par l'Assemblée du clergé de 1700 nombre de propositions, dont quelquesunes au moins, comme celles contenant le probabilisme modéré, étaient inofTensives et restent très soutenables.

Ces diflicultés des évêques avec les Jésuites tendent à prouver ((ue les confesseurs du roi n'abusaient pas (le leur influence pour remplir l'épiscopat d'amis de la Goliipagnie. Au reste, leur influence en cette matière était loin dV'tre aussi grande qu'on Ta souvent dit. La charge de la « feuille des bénéfices », que le Père Annat re(.ut le premier (1654-1^)70), ne conférait nullement à son titulaire la disposition arbitraire des évéchés et des abbayes. Certes, Louis XIV et ses ministres tenaient autant que les gouvernants à concordats de notre temps, à ne voir sur les sièges épiscopaux que dos liommes « agréables » et incapables de gôner leur politique. Il est donc vraisemblable, et la conjecture est conlirmée par les rares documents (ju'on possède sur la procédure dont il s'agit, (|ue, dans la pbipart des cas, le confesseur n'avait que voix consultative sur les choix du roi, et ne pouvait que les approuver, à moins qu'il n'eût des objections très graves à formuler à rencontre. Du temps du Père de la (]hai/e,

Mme de Maintenon « fit » beaucoup d'évêques, comme elle le dit elle-même, et pour ces nominations prit plus le conseil de son propre confesseur que de celui du roi ; elle écouta surtout Mgr de Noailles, élevé grâce à elle sur le siège de Paris (1676) et qui finit par la rendre malheureuse.

Ce n'estpoint d'après l'acuité des conflitslocaux, ni même sur l'étendue que quelques-uns ont prise passagèrement, qu il faut juger d'une manière générale les relations de la Compagnie avec le clergé séculier du temps de Louis XIV. La plupart des évêques, aussi bien que des pasteurs inférieurs, ont été pour elle bienveillants et ne se sont plaints ni de l'attitude de ses membres à leur égard, ni des services qulls leur ont rendus. Ces bons rapports se montrent particulièrement dans la coopération que l'épiscopat français demanda aux Jésuites pour la formation du jeune clergé.

177. Séminaires diocésains acceptés parla Compagnie. — On sait que les séminaires de la forme actuelle, en France, n'ont commencé à s'établir que vers le milieu du xvii® siècle, par l'initiative presque simultanée de M. de Bérulle, de M. Olier, de S. Vincent de Paul. Entre les essais qui ont précédé et préparé cette organisation nouvelle, une part honorable revient aux Jésuites. Dans les cités épiscopales où la Compagnie avait des collèges, ceux-ci comprenaient des cours publics de théologie, que suivaient d'ordinaire comme externes d'assez nombreux clercs ou aspirants à la cléricature, naturellement avec l'assentiment de leurs évêques. A Paris, Lyon, Bordeaux, Reims, Poitiers, Clermont, Avignon, l'enseignement de la théologie était complet, donné par quatre professeurs.

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dont deux de scolastique, un de positive et d'I']criture Sainte, un de morale : il en était de mc'nie à Dijon, qui n't'tait encore que la ville la plus importante du diocèse de Langres, à la Flèche, à Dole et à Tournon. Dans sept villes épiscopales, enseignaient trois théologiens jésuites, deux la scolastique, un la morale; dans huit autres, deux professaient la scolastique. Mais, en outre, plusieurs de ces collèges eurent des pensions annexes, semblables à celles que nous avons déjà signalées en Allemagne, et où des jeunes gens pauvres choisis étaient entretenus, grâce à des fondations charitables, et suivaient les cours du collège, avec promesse d'entrer dans l'état ecclésiastique. Le collège de Paris avait reçu de son fondateur, l'évéque de Clermont, une rente pour l'entretien à perpétuité de douze boursiers, destinés dans sa pensée à former « comme un séminaire de ministres de l'Église ». Le nombre s'accrut par d'autres donations; il était de 2() en 1583; mais, par suite de pertes sur les rentes fondées, le chiffre dut être réduit à 10, et finalement jusqu'à cinq, au xviii» siècle. Parmi les fondations analogues qu'on rencontre près d'autres collèges, la plus considérable est celle (jue le cardinal François I*"^ de Joyeuse, archevêque de Rouen, a faite pour trente clercs au collège des Jésuites de cette ville (1615). Le « Séminaire Joyeuse » subsista ainsi jusqu'à la destruction de la Compagnie. Dans ces einbryons de séminaires, les boursiers étaient reçus depuis làge de douze ans; pour plusieurs, vraisemblablement, l'internat ne se prolongeait pas au delà de la philosophie. L'exteruat, avec la vie de famille ou en pension, d'usage ordinaire pour les théologiens avant la création du nouveau type de

séminaires, ne fut pas entièrement aboli pour eux au XVII* ni même au xviii^ siècle.

Les Oratoriens, les Sulpiciens, les Lazaristes s'étaient partagé les premiers établissements du type moderne. Priés par plusieurs prélats d'en prendre également à leur charge, les Jésuites de France ne purent immédiatement accepter; les conditions rigoureuses que la 2^ Congréo-ation Générale les obligeait de demander, étaient d'une réalisation trop difficile. Ils attendirent une nouvelle Congrégation Générale pour en solliciter radoucissement. La 12®, en 1682, accueillit leur postulatum, appuyé par le Père de la Chaize: sur l'exposé qu'ils firent des grands avantages qu'on s'en promettait pour la religion, elle leur permit de déférer au vœu des évéques, sous telles conditions qu'approuverait le Père Général.

Le premier séminaire diocésain, accepté par la Compagnie après cette décision, fut celui de Strasbourg. La ville étant devenue française en 1681, la pleine liberté du catholicisme y avait été en même temps restaurée. Fondé en 1683 par l'évéque Guillaume Egon de Fùrstemberg et confié par lui aux Jésuites français de la Province de Champagne, le séminaire fut doté d'abord de 6.000 livres par an pour 20 personnes. La Compagnie avait à fournir douze des siens, savoir: le Supérieur; le procureur; deux professeurs de théologie; deux de philosophie; deux prédicateurs dont un Français, l'autre Allemand; deux missionnaires connaissant, si possible, les deux langues; deux coadjuteurs temporels. Huit séminaristes, désignés par l'évéque et son chapitre, étaient à entretenir sur la fondation; les séminaristes « non fondés », qui seraient admis sur la demande ou avec la permission de l'évéque

Bruckee. — La Compagnie de Jésus. 39

fili» LA C()MI'A<;ME de JÉSUS

devaieiil être logés, couchés, nourris pour douze sols [)ar jour. Eu sanctionnant le contrat épiscopal par lettres patentes, enregistrées le 26 novembre 1683, Louis XIV ajoute vingt bourses, dont dix complètes de 300 livres, et dix de 200, que payerait le trésor royal.

Vinrent ensuite, de 1684 à 1712, les séminaires diocésains d'Albi, de Toulouse, d'Auch, de Rodez, de la Rochelle, de Perpignan, de Nevers, de Reims, de (]aipentras, d'Apt, de Carcassonne, d'Embrun, de Die, de Luçon. Les cinq derniers furent établis dans des villes qui n'eurent jamais de collège de la Compagnie. Ceux de Reims, de Toulouse, de Perpignan et de Rodez, placés auprès de collèges qui avaient déjà des cours publics de théologie, partagèrent leur enseignement. Semblable fut la position du séminaire de Strasbourg, après la fondation du collège royal (l<)8rt); les autres reçurent leurs profobseurs spéciaux.

Il faut mentionner encore deux séminaires! créés à Rrest et à Toulon, pour la formation des aumôniers de la marine. Décompte fait du séminaire de Luçon, que l'évéque retira aux Jésuites après 1750, mais ajoutant celui des diocèses de Lorraine, annexé à l'université de Pont-à-Mousson, dés son origine, on trouve que les Jésuit»-. en 1761, enseignaient encore les jeunes clercs dans 4() écoles théologiques, dans autant de diocèses dillérents.

178. La concurrence. — Les Collèges, vers le milieu du dix-septième siècle, n'ont rien perdu de leur importance parmi les œuvres de l'Ordre, ni de la faveur des Catholiques. Cependant ils ont à se maintenir déjà en face d'une assez vive concurrence (si l'on me permet ce terme peu religieux).

En France, la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire, fondée par ^1. de Bérulle (1611), ouvrit son premier collège à Dieppe en 1616; elle en avait plus de 23 en 1645. Aucun de ces collèges oratoriens n'est fondé à côté ou en remplacement d'un collège de la Compagnie ; mais plusieurs sont établis dans des villes importantes, où les Jésuites souhaitaient d'avoir un collège, et où parfois la réalisation de ce vœu était commencée parla fondation d'une résidence.

Les Oratoriens se sont plaints assez souvent d'obstacles suscités à leurs établissements par les Pères de la Compagnie. Ce serait méconnaître la nature humaine, que de ne pas admettre que cela s'est produit quelquefois, et pas exclusivement pour des motifs très nobles. Cependant, il faut bien le dire, les Jésuites de France ont eu presque constamment des rapports difiiciles avec TOratoire, surtout parce qu'ils trouvaient que le jansénisme rencontrait trop de sympathies dans cette Congrégation. Et ce n'était pas là un jugement fondé sur la malveillance ; car il est confirmé par l'histoire et parle sentiment général des meilleurs évêques du xvii^ et du xviii® siècle. Aussi le Père Batterel, l'historiographe des Oratoriens, janséniste avoué lui-même, n'a sans doute pas tout

à fait tort d'écrire que les Jésuites ont accepté tant de séminaires diocésains, pour empêcher l'Oratoire de s'en emparer et d'introduire par là le jansénisme dans le clergé.

Dans les contrées romanes du sud, puis en Autriche et en Pologne^ les princijiales écoles fondées en rivalité avec celles des Jésuites, l'ont été par les Pères des Ecoles Pies, vulgairement appelés Scolopies en Italie et en Espagne, Piaristes dans les pays du nord. Instituée par saint Joseph Calasanz, en 1597, pour l'instruction religieuse et élémentaire, surtout des enfants pauvres, cette Congrégation a ensuite agrandi son action, non sans l'approbation des Souverains Pontifes, et l'a étendue à l'enseignement secondaire. Elle l'a fait particulièrement en Pologne, où elle a été introduite par le roi Ladislas IV (1642) ; et c'est là surtout que la coexistence des collèges de la Compagnie avec ceux des Piaristes, dans plusieurs villes importantes (Varsovie, Pietrikow, Leopol), a occasionné des débats souvent amers et de longs procès devant les cours royale et pontificale. Mais c'est bien injustement qu'un Jésuite, le Père Pietrasanta, chargé par le pape Urbain \'lll de visiter l'ordre Scolopie (lG4iî-l646), a été accusé de s'être fait le persécuteur de saint Joseph Calasanz et d'avoir provoqué la destruction temporaire de son œuvre. Ces imputations ont été pleinement réfutées par les actes des S. Congrégations Homaines, où sont conservés les rapports authentiques du Visiteur, tous faisant l'éloge du saint fondateur et concluant à la conservation de son institut, dans sa substance.

S'il y a eu des man(|ues de charité, et d'autres pins (ni moins graves, commis par des Jésuites contre leurs rivaux dans l'enseiguemeul, ils n'ont

toujours été que le fait des particuliers, désapprouvés par leurs Supérieurs. La directiondonnée en cette matière par les Généraux a toujours été exempte d'étroitesse et dégagée de tout bas intérêt de corporation. Le Père Vitelleschi a vu le premier surgir ces nombreux émules, sur le champ où la Compagnie, depuis longtemps, se fatiguait presque seule: Augustins, Piaristes, Oratoriens, etc., à tous il veut que les siens fassent bon visage ; qu'ils leur prêtent volontiers une aide fraternelle. A des Pères d'Italie, exprimant la crainte que le nombre de leurs élèves ne diminue par suite de la concurrence des Écoles Pies, il se contente de répondre : « x\ppliquons-nous avec zèle et édification à notre ministère, et les élèves ne nous manqueront point. » A un provincial d'Allemagne, il écrit : « Ayons soin de donner à nos écoles des maîtres capables, qui s'acquittent de leur tâche avec zèle selon la Règle: alors il n'y a pas de danger que les nouvelles écoles fassent tort aux nôtres. >) Et il apporte en confirmation l'expérience des Jésuites de Belgique, constatant, dit-il, « que les collèges fondés en plusieurs endroits par les Pères Augustins n'ont nullement nui à ceux de la Compagnie ».

Dans Tensemble de la Compagnie, ce n'est assurément pas un recul, mais un progrès que représente l'augmentation de 168 collèges pour la période de 1626 à 1710. Il est vrai que sur le nombre, au moins cent sont antérieurs à 1645; mais 54 ont été créés de 1679 à 1710.

France

179. Les collèges français de 1616 à 1710. — Des collèges de la Compagnie existaient, en 1616, dans

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40 villes de France : en 1079, il y en avait dans SA (S'i, si on veut compter Québec, au Canad.t). Kn 1710, ce chill're n'était accru que de trois, et au bénéfice de la seule province de (Champagne, qui obtint en même temps une notable extension de territoire. Mais des Séminaires avaient ô.ié ajoutés aux collèges, dans les cinq provinces.

Le collège de Paris, tant combattu par 11 niversité, voyait enfin son droit à l'existence confirmé de la manière la plus solennelle par Louis XIV, qui se déclarait non seulement son protecteur, mais son fondateur, dans des lettres patentes enregistrées au Parlement, le 12 décembre ll)H2. D'ailleurs le roi tint à faire savoir qu'il entendait par cette faveur souveraine récompenser tous les Jésuites enseignant en France. « Nous avons cru, disent les Lettres, ne pouvoir mieux favoriser les soins que les Pérès Jésuites prennent si utilement dans notre royaume pour élever la jeunesse et lui apprendre ses véritables obligations envers Dieu et envers ceux qui sont préposés pour gouverner les peuples, qu'en reconnaissant ledit collège pour fondation royale ». La fondation s'était déjà traduite par une aide financière considérable, et le prince lui-même voulut qu'elle fût attestée à tout jamais par le nom du collège qui, par son ordre, s'appela désormais Collt'^e Louis-le-Grand. Ces hautes distinctions ne tombaient pas sur des indignes : elles sanctionnaient le jugement de nombreuses familles françaises. I)e[)uis \iV2C}, le collège de (^lermont comptait habituellement environ 2.()IK) élèves, (juebjuefois davantage; les pensionnaires, portant les plus beaux noms de France, étaient .^(K) et plus dans l.>s années 1020-1070: le chiffre

ŒUVRES DES PaOVINCES. — COLLÈCES 615

montait, en 1671, à 400; en 1672, à 430; en 1677, à 500; en 1687, à 550.

D'ailleurs, dans les collèges de province^ l'affluence des élèves, que nous avons constatée vers 1626, se soutient encore après le milieu du XVII® siècle. L'enquête sur l'état de l'instruction publique ordonnée par Louis XIY (1666-1668), nous fournit les chiffres suivants :

Collège de Bordeaux (1666), environ 1.000 élèves,

dont 181 en théologie.

Collège de Toulouse (16G8), environ 1.200 élèves

— Montpellier '1668). — 340 —

Collège de Tournon (1668), plus de 300 —

dont 30 théologiens séculiers.

Collège de xMetz (1690), près de 500 —

D'autres sources nous donnent encore à

Rennes (vers 1654), 2.800 élèves;

Rouen (1663), plus de 2.U00;

La Flèche (vers 1710), environ 1.000 externes;

Avignon (xvii* siècle), d« 800 à 900 élèves ;

Pesançon — 500 élèves.

Si de plus on veut bien tenir compte des chiffres déjà donnés, notamment pour 1626, on nous permettra peut-être de conclure que la majeure partie des hommes instruits du xvii*" siècle a passé par les écoles de la Compagnie. L'on ne pourra s'empêcher d'en déduire en sa faveur une influence, que nous ne voudrions pourtant pas exagérer; car, sans parler des dons de nature, dont elle n'a fait qu'aider le développement, beaucoup ont profité de leur liberté, laissée intacte sous son empreinte, pour suivre des voies que son enseignement ne leur montrait point. Mais assurément une liste complète des hommes marquants sortis de ses collèges fournirait une mesure

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assez juste de la part tjui lui appartient dans ! i formation du grand siècle.

Voici du moins quelques noms qui ne sont }>as sans éloquence. Dans le clergé nous trouvons de pieux et zélés prélats comme le cardinal de la Rochefoucauld, Mgr Jean-Baptiste (}ault, évéque de Marseille, et Mgr de Laval, premier évêque du Canada; des prêtres apostoliques, comme Henri Boudon, Michel Le Nohlelz, fondateur des missions Bretonnes, saint FMerre Fourier, réformateur des Chanoines Réguliers et père des religieuses enseignantes de Notre-Dame ; Dom Didier de la Cour, auteur de la réforme des Bénédictins de Saint- Vanne, Vincent de Meurs, premier Supérieur du Séminaire des Missions étrangères, le B. Jean Eudes, instituteur des Kudistes, Mgr d'Authier de Sisgaud, évêque de Bethléem, fondateur d'une congrégation de missionnaires du Sainl- Sacrement; puis dans le monde laïque d'admirables hommes d'ciMivres, comme le baron de Henty; dans les armes, le grand Condé et le maréchal de Villars; dans les lettres, après le plus grand orateur français, Bossuet, les poètes Pierre Corneille et Jean-Baptiste Molière ; le prosateur Balzac; dans l'érudition, Peiresc, les frères de Valois et(]harles Du Cange; dans l'économie politique, Boisguillebert; etc.

180 Champagne et Alsace. — Des trois collèges gagnés par la province de Champagne, dans la seconde moitié du xvii* siècle, celui de Sedan fut également fondé par Louis XIV (l(i('».'i) : il devait achever la conversion de cette ville calviniste, commencée par les prédications du Père Jean Adam (l(;22-K3S'i), avec rap[)ui du Gouverneur, le célèbre maréchal Fabert.

Les deux autres étaient dans l'Alsace, récemment acquise par la France. L'un, celui d'Ensisheim, dans la Haute-Alsace, n'était, à la vérité, que transféré de la province allemande de Haute- Germanie à celle de Champagne. Ce transfert, qui introduisait pour la première fois les Pères français en Alsace, avait été consenti par le Père Nickel: à la demande du gouvernement français en 1657.

Le second collège alsacien français est encore une fondation royale. Au séminaire établi à Strasbourg en 1683, comme nous avons vu, Louis XIV en 1685, dans une vue à la fois religieuse et politique, voulut ajouter un collège, auquel il assigna un revenu sur les fonds de l'État. Entre autres charges, ce collège royal avait à « entretenir un professeur de droit canon, un de mathématiques, un de la langue française et un de l'allemande, aussi bien que plusieurs jeunes Jésuites français, étudiants en philosophie et théologie, qui apprendront en même temps la langue allemande ». Il devait avoir le droit de conférer les grades universitaires à ses élèves en philosophie et en théologie. Mais, dans la petite ville de Molsheim, où les évêques de Strasbourg, après le triomphe du luthéranisme, avaient été obligés de transférer leur siège et leur chapitre, il existait une université, érigée en 1618 par autorité papale et impériale, et placée sous la direction des Jésuites de la province allemande du Haut-Rhin. En 1701, Louis XIV, mù par des considérations très naturelles, mais procédant avec le sans-gêne du conquérant, ordonna le transfert de cette université et de tous ses droits et privilèges au collège royal de Strasbourg. Sur les réclamations de l'évêque et des professeurs de Molsheim, le roi, en 1702, sanctionna

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un compromis, en vertii duquel Molsheim garda son Acadédémie ou I^cole Supérieure d<» tln-ologie, préparant à tous les grades, y compris le doctorat, sous la réserve que les examens se passeraient à Strasbourg devant un jury mixte, composé de professeurs de Strasbourg et de Molsheim. En 169G le collège de Strasbourg eut aussi son internat, qui comptait, l'année suivante, quarante pensionnaires, venus non seulement de l'Alsace, mais de l'Allemagne, de la Suisse et de la France.

En la même année 1G98, Golmar, la ville principale de la Haute-Alsace et siège du Conseil souverain de la province, vit aussi les Jésuites de Champagne entrer dans ses murs et faire revivre le petit collège, commencé en 1628 par les Pères de la Germanie Supérieure et détruit par la guerre en 1G32. Tandis que les Jésuites français étaient ainsi installés à Strasbourg, Golmar et Ensisheim, les Pères allemands conservaient les collèges de Molsheim, de Schlestadt et de Haguenau, avec les résidences de Houfach, d'CElenberg, de Saint- Morand (Altkirch) et de Bockenheim (Saar-l'nion).

Il faut en effet le remarquer, à l'honneur du gouvernement de Louis XIV, il no chercha pas à supprimer violemment la langue allemande, seule parlée alors dans la plus grande partie de l'Alsace ; bien moins voulut-il priver les Alsaciens catholiques (lu ministère des religieux, que depuis longtemps ils aimaient et vénéraient comme les soutiens de leur foi. D'ailleurs, Louis XlVn'ignorait p:is combien toute agitation politique, même sous couleur de patriotisme, était sévèrement interdite à la Compagnie. Puis les Jésuites allemands, tout en gardant au canir le désir du retour de l'Alsace à l'Allemagne, ne pouvaient être

hostiles à l'occupation française, alors qu'elle avait pour premier effet de soustraire le pays à une mainmise protestante et de rétablir partout la liberté du culte catholique. Aussi ces Pères uniquement occupés de leurs fonctions spirituelles, surent se rendre agréables même aux autorités françaises et aux officiers et soldats des garnisons. On ne signale qu'un seul incident pénible, qui se produisit au collège de Schlestadt en 1749, à l'occasion d'une représentation assez maladroitement imaginée par le professeur de rhétorique, pour célébrer la paix dWix-la-Chapelle entre la France et l'Autriche.

Des deux provinces allemandes de la Compagnie qui se partageaient l'Alsace, la Haute-Germanie, après la remise du collège d'Ensisheim aux Pères français de Champagne, ne possédait plus que les deux petites résidences de Saint-Morand et d'Œlenberg, dans le Sundgau, dépendantes du collège de Fribourg-en-Brisgau, et desservies chacune par deux Pères missionnaires.

A la province du Haut-Rhin, dont le principal collège et le noviciat étaient à Mayence, appartenaient donc presque tous les Jésuites allemands d'Alsace, ainsi que les Alsaciens entrés dans la Compagnie avant la réunion de leur patrie à la France. Après cette réunion, un certain nombre de jeunes Alsaciens, élèves des collèges allemands du pays, se firent encore recevoir dans la province du Haut-Rhin, et généralement revinrent travailler en Alsace. D'autres se donnèrent à la province de Champagne, en entrant au noviciat de Nancy, et d'ordinaire revinrent également pour leur ministère en Alsace, avec la connaissance des deuxlangues.Enl721,uneordonnancedeLouisXV interdisait pour l'avenir l'entrée en Alsace aux

religieux étrangers; cette interdiction fut révoquée dès 1727, par la médiation de la pieuse reine Marie Leczinska ; mais un autre article prohibitif fut maintenu : il j)()rtait que tous les supérieurs des maisons relip^ieuses devaient être nés sujets du roi. Lors de la suppression de la Comp.tf^nie par les Parlements, qui n'eut d'effet en Alsaee qu'en 1765, il restait dans ce pays une cinquantaine de Jésuites prêtres, d'origine allemande, avec vingt-cinq Alsaciens, également prêtres, appartenant à la province du Haut-Hhin. La province de Champagne comptait alors en Alsace 116 sujets, dont 73 prêtres, en grande majorité indigènes. En outre plusieurs Alsaciens ont été employés comme professeurs ou comme ouvriers apostoliques hors de TAlsace, soit en Allemagne, soit en France. C'est un Alsacien de la province du llaut-Hhin, le 1\ André l'rey, de Schlestadt, qui, étant recteur du collège de sa ville natale, fut choisi par Louis XIV pour confesseur de la lirande Dauphine, Anne-Christine- Victoire de Bavière. Il était recommandé pour cette charge par Hossuet, qui avait fait sa connaissance en passant à Schlestadt avec la princesse, lorsqu'elle venait en France (1680). Ce fut encore un Alsacien, mais de la province de Champagne, le P. Jean Michel Croust, d'Aspach, qui devint en 17 'i7 confesseur d'une autre Dauphine d'origine allemande, Marie-Josèphe de Saxe, la mère de Louis XVI. L'Alsace est non seulement un des pays qui ont récompensé des plus beaux fruits l'activité de la Compagnie, mais encore un de ceux qui lui ont toujours fourni le plus de bonnes recrues.

Allemagne (1648-1705)

181. — La guerre de Trente Ans avait replongé TAllemagne dans une véritable barbarie. L'éducation spécialement appelait tout le zèle des Jésuites. Ils se mirent courageusement à réparer leurs ruines : à l'exception de quelques établissements imparfaits, que les changements politiques ne permirent pas de continuer, tous les anciens collèges reprirent leurs cours avec de nombreux auditeurs. Par exemple, cà Munich, en 1649, on comptait, dans les six classes d'humanités et de grammaire, 338 élèves, dont 91 en rhétorique. En 1657, l'ensemble de ce collège était à son chiffre coutumier de 1.200. En 1649, à Vienne, en Autriche, 771 élèves remplissent les classes d'humanités et de grammaire, dont 95 rhétoriciens. Au collège université de Graz, de la même province, les chiffres sont encore plus forts. A Innsbruck, il y a 600 élèves en 1657. En outre, plusieurs nouveaux collèges surgissent : notamment dans la Haute- Germanie (comprenant surtout la Bavière et la Suisse), quatre de 1649 à 1658. Mais c'est dans les possessions de la maison de Habsbourg que le mouvement est le plus sensible : la province d'Autriche ouvre de 1661 à 1694 six nouveaux collèges, la plupart dans la Hongrie, libérée des Turcs ; la province de Bohème, trois, avant 1679. Et observons qu'à la plupart des collèges allemands étaient annexés des séminaires de clercs, soit pontificaux, soit diocésains.

///. rnÈDICATIOS. — MISSIOAS A LlSTÉliU'UH

182. — \ers le milieu du xvii' siècle, les prédicateurs Jésuites, sans abandonner la prédication populaire, s'élèvent à une forme d'éloquence plus littéraire et à ce qu'on appelle la grande prédication. Ils n'ont pas fait, en cela, que suivre le progrès général du goût parmi les ministres du verbe et dans leur public lui-mémo : ils ont été, pour une buiino part, initiateurs et artisans de ce progrès.

C'est en France que rdoquence sacrée se relève d'abord de l'abaissement oii elle el^it tombée avec la scolastique décadente. On reconnaît généralement la première impulsion sérieuse vers ce relèvement dans l'œuvre oratoire du Jésuite Claude de Lingendes (1007-1060). Le premier il a su con(|uérir un succès très grand sans excentricités ni trivialités de langage, comme sans vaine parade d'érudition douteuse, par un exposé des vérités chrétiennes, qui devait tout son intérêt et toute sa |)uissance à la force des raisonnements, à l'emploi judicieux de la sainte Kcriture et des Pères, à la vérité des peintures morales, à la vigueur des pensées et de l'expression, enlin aux mouvements où se révèle un véritable orateur apôtre. ( :elle méthode que l'exemple du P. de Lingendes a fait triompiier dans la chaire du xvii* siècle, nous observons qu'elle dérive de la tradition de la Compagnie de Jésus. C'est l'application par un talent éminentdesprincipesdontdevaients'inspirertous

les préilicateurs Jésuites et qui, formules ilans le» Règles de leur emploi, sont plus développes dans

MISSIONS A l'intérieur 623

les instructions du P. Aquaviva. Un prédicateur suivant fidèlement cette direction était sûr d'éviter tous les défauts de Tépoque.On ne saurait mieux les stigmatiser que n'a fait le P. Général.

En particulier, dans sa lettre du 26 mai 1613, il ne ménage ses condamnations sévères ni à Va ostentation » de la science ou de la mémoire dans un entassement confus de citations sacrées et profanes, ni à la recherche des idées singulières (allusion aux concetti des Italiens et au cultisme espagnol), ni à l'affectation d'un style fleuri à l'excès. Aquaviva n'admet pas le prétexte qu'il faut s'adapter au goût du public, comme s'il convenait de se faire « disciple du vulgaire » : ce n'est pas ainsi qu'en ont agi les Grégoire de Nazianze et les Jean Chrysostome.

Ajoutons qu'il « ne loue pas » ceux qui débitent des sermons écrits en entier et appris par cœur mot pour mot : trop dilTicilement, à son avis, ils entrent en communication efficace avec leur auditoire et ils donneront à penser que leur prédication ne part pas du cœur. Il ne veut pas pourcela qu'on improvise : au contraire, il demande une préparation soigneuse et de la matière et de la façon de la présenter. X'est-ce pas pour se conformer à ces idées (soutenues plus tard par Fénelon), que Lingendes s'est abstenu d'écrire en entier ses sermons et n'en a jamais fait qu'une rédaction latine abrégée ? En chaire il la développait librement en français, avec des mouvements, que son zèle lui suggérait souvent à l'heure même et que nous ont partiellement conservés les tachygraphes du temps.

Après Lingendes, et sous l'influence de ses exemples, d'autres prédicateurs Jésuites ont suivi à peu près la même voie, non sans succès : André Gastillon (1614-1671); Claude Texier (1628-1687);

Jacf|ue8 (iiroust (1G41-1G89), Claude de La Colombière (1059-1682], Timoléon Cheminais (1667-

IfiSDj.

Tous furent bien dépassés par Louis Hourdaloue (l(>.i2- l() i8- 1704). La faveur prodigieuse avec la(juelle les auditoires les plus distingués accueillirent ses prenii«'res })rédications à Paris en 1<)G9, ne fit que grandir et ne se démentit jamais durant les 34 ans quii dut faire entendre sa voix dans la capitale. Le titre de roi des sermonnaires français, que lui a décerné le suffrage du xvii" siècle, ne lui a pas été disputé depuis lors. 11 l'a pourtant conquis par des qualités austères : par la parfaite ordonnance de ses plans; l'irrésistible logique de ses preuves; l'impitoyable sincérité de ses tableaux de mœurs; la franchise avec la({iielle, sans nul ménagement politique, il atlacjue tous les vices et spécialement ceux du grand inonde. On y regrette l'absence des hautes envolées de l'imaunnation et des vives émotions de la sensibilité, (^e qu'on a appelé le pathéti(|ue du ccpurest rare chez Hourdaloue; mais il a au plus haut degré le |>athéli(jue de raison, c'«»st- à-dire une puissance de conviction qui, subjuguant rintelligence, entraîne comme de vive force la volonté. Ce genre de prédication trouvera beaucoup d'imitateurs moins bien doués et donnera des sermons un peu froids, mais qui auront du moins le mérite essentiel d'instruire solidement les fidèles.

.\|)r(»s Kojirdaloue ont actjuis un certain renom dans les grandes chaires les PP. Honoré (iaillard ( nir>('>-1727\ surtout très demandé pour les éloges funèbres; Charles de la Hue (1('».VJ-172J;); puis l'Vançois Bretonneau (1675-1714), éditeur do Hourdah.ue; Martin Pallu (!(;77-17V2), etc.

Presque tous les prédit atenrs Jésuites fr inçais

MISSIONS A l'intérieur 625

que nous avons nommés, aussi bien que le plus éminent d'entre eux, ont été traduits en diverses langues et ont ainsi exercé une réelle influence sur l'évolution des manières de prêcher hors de France, spécialement en Italie et en Allemao^ne.

L'estime dont jouissait l'éloquence des Jésuites, en Italie^ peut s'apprécier parle fait que, de 1569 à 1660, la charge de prédicateur apostolique fut confiée par les Souverains Pontifes à 49 Jésuites. Le premier qui fut choisi, le célèbre Tolet, la conserva durant 24 ans. Sdi predica est invariablement divisée en deux parties, dont la première est l'exposition théologique d'un texte biblique, et la seconde l'application pratique. Cette marche a été gardée, etperfectionnée, surtout quant à la seconde partie, dans les œuvres oratoires du P. Paul Segneri.

L'apostolat de la Compagnie ne reste pas borné aux collèges et aux grandes chaires ; il reçoit même des formes nouvelles, dans la seconde moitié du xvii^ siècle. D'abord les missions populaires sont toujours données avec succès dans toutes les provinces.

Missions en France

183. Le P. Maunoir. — En France, au moment où s'éteint François Régis épuisé par dix ans de courses à travers les montagnes du sud-est, le P. Julien Maunoir commence dans les plaines de l'extrême nord-ouest une carrière beaucoup plus longue, où la même charité apostolique sera récompensée par des prodiges semblables de comversions (1640-1683). Quatre cents missions, de

Bruckkr. — La Compagnie de Jésus. 40

plusieurs semaines chacune, en 42 ans, ont alors renouvelé et aflermi pour toujours la religion et la vie chrétienne en Bretagne. Mais ce grand r<''suU tat a été obtenu par le P. Maunoir avec l'aide de nombreux coopérateurs formés par ses levons et ses exemples. Parmi eux, outre les Jésuites, on n'en compte pas moins de 300, qu'il sut tirer du clergé séculier, où son œuvre avait, pendant bien des années, rencontré les plus fortes oppositions.

Vers la fin de sa vie, surtout à partir de 1677, le vénérable apôtre transforma le plan de ses missions par un complément qui en augmenta singulièrement rellicacilé : aux prédications générales s'adressant à t(ms les auditeurs, il ajouta des retraites suivant les exercices de S. Ignace, I pour les différentes catégories de personnes. Ces 1 retraites étaient organisées de façon à faire j)ar- | ticiper le plus grand nombre possible, et dans I la mesure la plus large qu'il se pouvait, au bien v produit par les retraites collectives, dans les mai- f sons qui y étaient spécialement affectées.

La première de ces maisons avait été fondée à Vannes, en Bretagne, par le P. Vincent lliiby (1625-1093) et M. de Kerlivio, vicaire général du diocèse, en 1063; mais c'est par les soins du P. Maunoir que la seconde fut établie à Quimper, en 1670. Avant ces créations, les Exercices de S. Ignace ne se donnaient guère qu'en particulier, soit à des ecclésiastiques, soit à des laïques, isolés ou en très j)etit nombre. C'est d'ordinaire dans les collèges ou les résidences de la Compagnie (jue se faisaitMit ces retraites: en ir)Oi), le P. A(|uaviva recommandait aux supérieurs de réserver dans toutes les maisons quelques chambres, pour recevoir les retraitants étrangers,

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autant que possible dans un quartier séparé de • la communauté. Les maisons de Vannes et de Quimper, comme celles qui se fondèrent bientôt sur leur modèle dans beaucoup d'autres villes, étaient des bâtiments considérables, où l'on pouvait loger cent, deux cents retraitants et davantage. Déjà dans l'année 1665, deuxième après la fondation de Vannes, sept cents hommes étaient venus faire huit jours d'Exercices; en 1666, il y en eut 849, et le chiffre alla croissant d'année en année. En 1677, année de jubilé, il en vint 2.520, dont 500 prêtres; en 1695, on compta 2.436. La même année, 2. 519 femmes suivirent les retraites données dans la maison fondée pour leur sexe, également à Vannes, en 1674, par Mlle de Francheville, aidée du P. Huby et de M. deKerlivio.

A Vannes, tous les retraitants, ecclésiastiques ou séculiers, nobles, bourgeois, paysans, recevaient les mêmes points de méditation et prenaient part ensemble aux mêmes cérémonies pieuses; selon leur propre témoignage, ils sentaient leur ferveur excitée par le grand nombre et la variété des personnes réunies dans ces exercices. Les directeurs ne laissaient pas néanmoins de faire des exhortations à part aux prêtres et aux laïques sur les devoirs de leur état. A Quimper, le P. Maunoir préférait séparer les rangs et les conditions, pour adapter plus complètement la retraite aux besoins divers. Dans la maison qui lui devait son origine, on donnait, à la fin du xviii® siècle, de dix à quinze retraites chaque année. Celle des gentilshommes se composait ordinairement de 60 à 80 retraitants ; de même celles des prêtres. On en comptait 150 à la retraite des artisans, comme à celle des gens de la campagne. Ainsi, tous les ans, plus de mille

r.2.S LA COMPAr.NIR DB JB8f8

personnes venaient dans le silence de cette pieuse solitude s'occuper uniquement de leur ârnc*.

Los deux méthodesont leurs avantages, qui ont fait adopter ici l'une, ailleurs l'autre, parfois les deux tour à tour dans la môme maison, suivant les circonstances. Après la Hasse-Hreta^ne, la Haute a voulu avoir ses maisons de retraites, à Rennes, à Nantes; puis elles se sont propagées bien au delà ; il y en a eu à Paris, à Houen, à Toulouse, à Dijon, à Nancy et ailleurs en France ; dans plusieurs villes d'Italie et d'Espagne; à Munich en Allemagne, à Vilna en Pologne, enfin jusqu'au Mexique. Partout elles ont produit les plus abondants fruits de salut.

Un des plus étonnants missionnaires du midi, le P. Pierre Lassudrye (ir)(i7-i69:M738) était allé étudier longuement la pratique des retraites de Bretagne, avant de commencer dans le Périgord et le (Juercy des missions qui étaient une suite de retraites, chacune de huit à neuf jours, et groupant de 600 à 1.200 hommes ou femmes. D'autres dignes successeurs de S. François Régis furent, dans l'Auvergne et les régions montagneuses avoisinantes, les PP. Jac(jues Montai i7lGS0),Jean Paul Médaille (jlSiiO), fondateur de la Congrégation si ré[)andue et si justement populaire des Sœurs de Saint-Jose|)h-du-Puy ; Anne de Vogué (flTlO), lùistorge Soulier (ftTl'i). Une mention particulière est due au P. Honoré Chaurand (|()ir>-ir).'{r>-l(»l)7i : infatigable missionnaire, durant ciiKjiiaute ans,enplusde quatre-vingt-dixdiocèses de l'rauce, il poursuivit en nn'me temps des campagnes heureuses contre la mendicité et le vagabondage. Avec les largesses des populations remuées par sos prédications, et appuyé par les autorités civib»s cl rcli\rienscs. il ne fonda pas moins

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de 126 « maisons de charité », où les mendiants valides étaient renfermés, instruits et habitués au travail, et d'où les autres pauvres recevaient des secours à domicile. Le pape Innocent XII l'appela à Rome pour l'entendre exposer ses méthodes et lui faire établir un hospice de ce genre dans le palais de Latran. Le P. Chaurand forma aussi des disciples, parmi lesquels le P. André Guévarre (1663-1724) fut le principal auxiliaire et continuateur de son œuvre.

Missions pour les protestants. — La conversion des protestants était toujours un des objets pour lesquels se fatiguaient le plus les missionnaires de la Compagnie, en particulier dans les provinces du midi de la France. Le P. de la Chaize écrit au P. Général, le 28 mars 1684 : « On (c'està-dire Louis XIV) est très content de la conduite 'et du zèle de nos Pères dans tout le royaume et surtout de la ferveur de quatorze missionnaires de la province de Toulouse, qui ont travaillé tout cet hiver dans le Yivarez et dans les Cévennes, où ils ont converti dix à douze mille hérétiques, aidés par l'authorité et par les libéralitez du Roy. » C'était une année avant la révocation de i'édit de Nantes. Si les missionnaires jésuites ont désiré cette mesure, ce qui n'est nullement prouvé, ils ont assurément vu avec peine les violences qui en ont accompagné l'exécution. Ils n'en avaient pas besoin pour le succès de leurs travaux, qui devait plutôt en être empêché ; c'est ce qu'ils constatent en effet, par exemple dans la mission de Die, en Dauphiné, au sujet de laquelle on lit dans les Lettres annuelles de 1690-1693, adressées au P. Général : « La mission de Die sert bien les intérêts de la gloire divine, mais elle les servait

beaucoup mieux avant que les calvinistes fussent contraints d'embrasser la religion catholique. Alors sur les exhortations de nos Pères, un grand nombre abandonnaient Thérésie de plein gré, au lieu que maintenant très peu professent V('"ritablement la loi, à laquelle ils se sont donnés de bouche, mais non de cœur. » Cependant les Jésuites travaillèrent avec zèle, et non sans succès, à rendre sincères, par l'instruction et la conviction, la multitude des conversions nominales qui l suivirent la révocation. Le P. de la Chaize, écrivant au P. de Noyelle le 14 janvier IGSlJ, évaluait à 400 ou 500 le nombre des Pères appliqués à ; celte difficile mission. Parmi eux se trouvait le i P. Louis Bourdaloue, qui interrompit le cours t de ses triomphes oratoires à Paria et à la Cour, fl pour aller prêcher tout un carême aux « nouveaux \: convertis » de Montpellier (168G). !

Dans V Alsace redevenue française, les Pères- | obtinrent également des conversions nombreuses. ï A Strasbourg spécialement, après l'ouverture du i Séminaire et l'inauguration des sermons et des ^ conférences de controverses dans la Cathédrale rendue aux catholi(|ues, en sept ou huit mois, plus de 200 protestants revinrent à la vraie foi. En 1684, il y avait Ml retours. Le mouvement commencé ne s'arrêta plus, et il entraîna même des Juifs : ainsi, en 1695, on signale 90 conversions de Luthériens et 4 de Juifs; en 1696, 100 de Luthériens et 9 de Juifs. En même tem[)s les missions populaires, qui se donnaient dans toute la province, étaient suivies par des foules telles que les églises, souvent, ne pouvaient les contenir et que les missionnaires étaient obligés de parler en plein air.

MISSIONS A l'intérieur 631

Missions dans les pays catholiques du Midi

184. — En Italie aussi, le zèle des Jésuites pour les missions populaires, loin de se ralentir, reçoit une nouvelle et vive impulsion dans la seconde moitié du xvii° siècle. Nous y voyons le Père Paul Segneri (1624-1637-1694), pendant près de trente ans (1665-1692), parcourir presque toute l'Italie, prêchant les grandes vérités à des auditoires qui ne sont jamais inférieurs à 2.000 ou 3.000 personnes et vont parfois jusqu'à 20.000 et même 30.000; et il amène les âmes à la pénitence, autant par l'exemple qu'il donne des plus belles vertus apostoliques, que par l'éloquence qui fait de lui le prince de la chaire italienne. Son neveu, le Père Segneri dit le jeune (1689-1713), marche sur ses traces et remporte les mêmes succès, et, à son tour, il forme des élèves, même en dehors de la Compagnie : tel saint Léonard de Port- Maurice, Franciscain. On ne saurait séparer du Père Segneri l'ancien le Père Pinamonti (1646- 1703), son fidèle et digne compagnon pendant bien des années. Enfin il faut nommer surtout deux hommes, dont l'admirable charité envers les pécheurs fut soutenue du ciel par de nombreux miracles et leur a valu les honneurs du culte public : saint François .de Hieronymo (1642-1670- 1716), apôtre de Naples, et le bienheureux Antoine Baldinucci (1665-1681-1717), qui parcourut en missionnaire trente diocèses d'Italie.

En Espagne^ nous avons déjà mentionné les fructueuses missions du Père Thyrse Gonzalez, qui devint ensuite Général de la Compagnie. Il eut plusieurs imitateurs heureux de ses méthodes et de son zèle.

032 LA COMHAGNIB DE JB8U8

Portu^dL — Durant presque toute la seconde moitié du xvir siècle, le P. Antoine Vieira (1026- 1()U7) charmait et remuait profondément, tour à tour, les auditoires les plus distingués comme les i)lus iiuinhles, à Lisbonne et à Home aussi bien (ju'au Brésil. Dans le même temps, la Compagnie de Jésus a continué de donner au peuple portugais de zélés et puissants apôtres, tels que les Pères (iaspard Moreira (f 1G52), Antoine Handeira (16G4), Pierre de Amaral (1711).

Allemagnk et Suisse

185. — Dans toutes les provinces allemandes, avant et même pendant la guerre de Trente Ans, les Jésuites s'étaient livrés avec zèle aux missions populaires, surtout pour les catholiques les j)lus exposés au milieu des prolestants. Leur charité apostolique ne manqua pas aux misères spirituelles accrues par trente années d'horreurs. Leur activité se manifesta, non seulement par le grand nombre des excursions apostoliques laites par les Pères (l(is collèges, mais encore par la multiplication des stations qui constituaient comme îles missions permanentes. C'est ce nom même de missions (|u'on donnait à ceux de ces établissements, où travaillaient habituellement un, deux ou trois Pères : ils y recevaient aussi les catholi(|ues des localités environnantes et ils allaient eux-mêmes porter leur ministère souvent bien loin de leur centre d'opérations. Dans les stations plus imj)orlantes qu'on appelait d'ordinaire résidences, le personnel un peu plus considérable préparait ou même commençait un collège. Mais partout les missionnaires se voyaient obligés tle Combattre avant tout l'ignorance, une des plus

MISSIONS A l'intérieur 633

tristes suites de la grande guerre ; ils s'efForraient de rétablir les écoles et, parfois, se faisaient euxmêmes instituteurs pour apprendre aux enfants à lire et à écrire.

Parmi les missionnaires les plus méritants de la période, il convient de nommer d'abord le Schlesvio^ois Henri Schacht. Luthérien converti, reçu Jésuite à Rome (1610), il fut envoyé en Suède, pour essayer, sous un déguisement, d'assister les catholiques opprimés (1623-1624), mais, dénoncé au roi Gustave-Adolphe, il se vit torturé, puis expulsé, tandis que les deux principaux fidèles étaient mis à mort. 11 se dévoua ensuite pendant 24 ans dans la mission de Hambourg (f 1654). Le vénérable P. Philippe Jeningen (1663-1704) fut un véritable apôtre de l'Allemagne du Sud. Eu Bohême, nous avons à nommer Albert Ghanowski (1601-1643); André Metsch (1605-1651) et Adam Krawarski (1607-1660) ; en Hongrie, Jean Stankowitz (1673). Enfin, en Suisse, Pierre Mayenberg (1669-1692) trouva largement à dépenser dans les rudes montagnes du Valais le zèle et Pabnégation qu'il avait désiré consacrer aux Indiens idolâtres.

Après les missionnaires, il est juste de mentionner un grand bienfaiteur des missions ; en 1682, l'évêque de Paderborn et de Munster, Ferdinand, baron de Fùrstenberg alloua pour la fondation de 15 missions un capital de 93.920 thalers, dont les intérêts devaient à perpétuité former la pension annuelle de 36 missionnaires. La quinzième des missions ainsi dotées était la Ghine, à laquelle revenait la pension de 8 missionnaires; les 14 autres étaient en Norvège, et dans l'Allemagne du Nord.

Toutes ces missions populaires avaient pour objet principal d'affermir la foi et de promouvoir

LA C0MPA(;ME de JESUS

la vie chrétienne chez

les es

itholiques; <

cependant

beaucoup de prot(?stants étaient attirés aux i)ré(li-

cations des Pères, et un assez bon

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plus bas

quelques chiffres.

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