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Envoi de Jésuites françaisen Chine par Louis XIV

1625). — Le Père Verbiest fut dédommagé de son

échec relativement à la liturgie chinoise par le

succès de ra])j)el (ju'ij avait adressé, le 15 août

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1678, à tous les membres de la Compagnie en Europe, pour les convier à venir en grand nombre prendre part à la moisson qui s'annonçait si belle en Chine. Sa lettre, communiquant à tous les cœurs généreux l'émotion qui l'avait dictée, suscita spécialement en France un mouvement non moindre que celui qui s'était produit trente ans auparavant à la voix du Père de Rhodes. D'ailleurs ses invitations se rencontraient bien à propos avec les vues de Louis XIV. Le « grand Roi » voulut ajouter à toutes ses gloires celle de fondateur d'une mission française à la fois religieuse et scientifique en Extrême-Orient; il comprit aussi, très justement, que la France, connue et estimée grâce à ses missionnaires, pourrait y gagner des relations fort utiles à ses intérêts. Quand le roi absolu avait formé un dessein, il n'entendait pas que l'exécution connût des obstacles, et le Père de la Chaize servait ses intentions avec une ardeur qui dut être modérée par le Père Général.

Le P. de Noyelle en effet n'était pas alors en position de faire tout le bien qu'il voulait à la mission: de Chine. Le serment prêté sincèrement par les. missionnaires jésuites d'Indo-Chine n'avait pas. supprimé tous les heurts entre eux et le clergé des vicaires apostoliques. De là des plaintes amères arrivaient encore à la Propagande, qui continuait à les accueillir, non sans une forte prévention contre les Jésuites. Pour en finir, la S. Congrégation, en 1684, ordonna le retour immédiat en Europe des quatre plus anciens missionnaires jésuites du Tonkin et de la Cochinchine, deux Italiens, deux Portugais; de plus, elle fit interdire par le pape toute réception de novices dans les provinces d'Italie, jusqu'à ce que pleine satisfaction fut donnée parles Jésuites»

(iOB I.A COMPAr.MB I)B JESUB

des Indes Orientales. Si cette dure pénalité n'a pas été infligée à l'ensemble de la Compagnie, c'est qu'Innocent XI refusa de ratifier toutes les sévérités des cardinaux. Kn même temps le Père (Général eut défense absolue, jusqu'à nouvel ordre, de laisser pnrtir aucun des siens pour les missions d'Exlréme-Orient.

Dans ces circonstances, le Père de Noyelle ne l'ut pas précisément réjoui d'apprendre, au commeni enient de l'année 188r>, que Louis XIV envoyait plusieurs Jésuites français, avec le titre de « mathématiciens du Hoi », à vSiam. d'où ils devaient passer en Chine, afin d'y taire des observations astronomiques et d'autres recherches scientifiques, tout en coopérant à la propagation de l'Kvangile. Il s'empressa de réitérer au Père de la Chaize la recommandation de ne faire partir personne pour les missions sans entente préalable avec Home; mais il était déjà trop tar<l. Les Pères de Fontaney, (ierbillon, Bouvet, Tachard, Le Comte et de Visdelou s'embarquèrent à Brest, le A mars l()S5, sur les vaisseaux royaux qui emmenaient, avec les deux ambassadeurs siamois rentrant dans leur pays, l'ambassadeur que le roi de l'rance envoyait à celui de Siam. Le Père confesseur ne put que porter au nonce du Saint-Siège les explications qui dégagaient la responsabilité du Père (iénéral. Mais si, comme il le dit, la presse du |)eu de temps laissé par le roi ne permit pas de demander et d'attendre les ordres de Home, cela ne s'est point passé peut-être sans un peu de calcul pour mettre Home devant le fait accompli. Comprenant que son supérieur était impuissant contre les obstacles suscités de deux côtés, par la Propagande et par le Portugal, et donc ne pouvait rien autoriser, quelque désir qu'il en eût.

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le Père de la Chaize jugea qu'il fallait agir sans lui, sous le couvert des volontés de Louis XIV. Les cardinaux de la Congrégationdes Indes Orientales, plus mécontents que jamais, furent encore une fois obligés par Innocent XI de se contenir et, en 1687, se résignèrent même à laisser pailir pour Siam douze autres Jésuites français mathématiciens.

199. Changements dans l'organisation des missions. — Aussi bien, divers faits avaient déjà commencé à adoucir les aigreurs de la Propagande à l'égard de la Compagnie. Par des rapports autorisés, ne provenant pas des Jésuites, on finit par se convaincre à Rome que les torts des missionnaires jésuites avaient été souvent bien exagérés par leurs accusateurs, et que ceux-ci, de leur côté, n'étaient pas sans reproche. On comprit que les grands pouvoirs conférés à des nouveaux venus dans les missions, n'étaient pas toujours employés avec la sagesse nécessaire. On sut que des pratiques et des doctrines peu siires étaient apportées par certains coopérateurs des Mcaires apostoliques, et que le jansénisme avait même pu se glisser jusque dans leur séminaire de Siam. Chose remarquable! Les missionnaires jésuites, ces prétendus rebelles, avaient été presque les seuls à se soumettre au serment imposé en 1680 àl'égarddes prélats déléguésdu Saint-Siège. En Chine même, où ce serment offrait des dangers que le Père A'erbiest s'était permis de signaler aux évêques et à la Propagande, tous les Jésuites l'avaient néanmoins prêté, en 1684. Les autres missionnaires religieux, en Chine comme en Indo-Chine, Espagnols comme Portugais, le refusèrent généralement, s'excusant sur les peines

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très graves dont les menaçaient leurs gouvernements, s'ils le prêtaient. Tout cela détermina Innocent XI à décréter la suppression de ce serment, d'aljord le 2.'> novembre UISS pour les missionnaires autres que les Jésuites, et enfin le 14 décembre de la même année également pour ces derniers.

Cette sorte de pacification et de revirement en faveur des Jésuites fut beaucoup avancée par la venue des ambassadeurs de Siam et des catéchistes du Tonkin, amenés à Rome par le Père Tachard. Innocent XI les reçut tous en audience solennelle, le 23 décembre 1G88. Il accorda ensuite plusieurs audiences particulières au Père Tachard, qui lui décrivit la ferveur des néophytes duTonkin, leur attachement à leurs missionnaires, sans omettre de dire combien ils retrrettaient ceux qui, sur

qui

les ordres de la Propagande, avaient dû lesquitter. Le Jésuite français apportait des documents appuyant ses informations, tels (ju'une requête de 200.000 chrétiens au Souverain Pontife et des lettres du premiei* ministre catholique de Siam, Constance Phaulkon, au pape et à la Propagande. Innocent XI Técouta, très intéressé et par moments ému jus(|u'aux larmes. 11 chargea aussitôt le P. Tachard de recruter en France de nouveaux missionnaires de son Ordre pour l'Indo-Chine. Ajoutons tout lie suite que les PP. Candone et 1erroira, qui avaient été rappelés en 1(384, le premier de la Cochinchine, le second du Tonkin, furent autorisés en 10*J2, par décret exprès de la S. Congrégation, à rentrer dans leurs missions, pleinement réhabilités.

La suj)pression du serment aux vicaires apostoliijues fut suivie d'autres modifications, qui bientôt transformèrent entièrement l'organisation

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ecclésiastique dans rExtrême-Orient. Les j3ouvoirs de haut contrôle surtoutes les missions existantes^ qui avaient été confiés aux vicaires apostoliques français, avec les titres d'administrateurs généraux pour une immense étendue de territoire, ne survécurent point à leurs premiers titulaires. Après que Mgr Fallu, évéque d'Héliopolis, fut mort, presque en touchant le sol de la Chine (23 octobre 1684), le Saint-Siège ne lui donna pas de successeur dans l'administration générale de toutes les missions de Chine ; il n'en donna pasnon plus à Mgr Laneau, évèque de Métellopolis i. p. i., administrateurgénéral des missions de Siam, du Tonkin, de Cochinchine et du Japon (y 1696). Puis, pour faciliter à Tavenir l'union entre les missionnaires, on sépara les terrains d'action des différentes sociétésd'apostolat; on divisa les pays à évangéliser en circonscriptions, desservies chacune par des membres de la même société et autant que possible; de la même nationalité, sous la direction d'unévêque vicaire apostolique, choisi dans leurs rangs par le Saint-Siège, après avis pris des chefs de la société intéressée.

Commencée sous Innocent XI, cette transformation se poursuivit et s'acheva sous ses successeurs. Alexandre YIII crut devoir, d'abord, donner une satisfaction aux prétentions portugaises, en créant en Chine trois évêchés, et accordant à perpétuité au roi de Portugal le droit d'en nommer les titulaires, à charge de pourvoir à leur honorable entretien. Le pape prit cette mesure contrairement au sentiment de la Propagande, pour le bien de la paix, et oubliant combien Rome avait eu à se plaindre, depuis plus de trente ans, des autorités portugaises ecclésiastiques et civiles, en Extrême-Orient, pour ne se souvenir que des

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seuls services rendus ancieiinenient. Ainsi, en 1G90, les villes de Macao, de Pékin et de Nankiu furent élevées à la difrriilé de sièges épiscopaux, sullragants de Goa (!Oinnie métropole. Toutefois {)lusieurs années passèrent avant (|ue ces sièges fussent réellement occupés. Le pape Innocent XII, en IGÎ)5, conlirma la création des trois évèchés, mais restreignit leurs circonscriptions à trois provinces chinoises pour Pékin, à deux pour Nankin et Macao. En même temps, il divisa le reste de la Chine en neuf vicariats apostolicjues, auxquels il préposa des prêtres du Séminaire des Missions Etrangères de Paris et des religieux des divers ordres ayant des missionnaires en Chine. Le roi de Portugal avait déjà nommé pour le nouveau siège de Nankin un Jésuite, le P. Alexandre Ciceri, Italien de nation (1655-1704), mais appartenant depuis 1074 aux missions portugaises des Indes Orientales. 11 fut consacré au commencement de 169(), à Macao, et alla peu après prendre possession.

Les Souverains Pontifes voulurent que la Compagnie eût également une part dans la distribution des vicariats apostoliques. Ceux de Chan-si et tle Koei-tcheou furent attribués, le IT) octobre iOyt), à deux autres Pères italiens de la mission portugaise, Antoine Posateri et (Charles Turcotti. Tous les deux tirent les fonctions de vicaires apostoliques, sans toutefois recevoir le caractère épiscopal, (juoique le second ait eu le titre d'évéque d'Andreville i. p. i.

200. Ledit de 1692 en faveur du christianisme. — L'établissement de la hiérarchie en Chine put se faire paisiblement, grâce à l'acte impérial de UllJli, proclamant l'entière liberté du christianisme.

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Jusque-là, en effet, malgré les faveurs que les missionnaires de Pékin recevaient personnellement de Kang-hi, malgré la tolérance de fait dontjouissait habituellement la prédication, même dans les provinces, ainsi que la profession de la foi chrétienne par les Chinois, des prohibitions rigoureuses, portées en diverses occasions par les plus hauts tribunaux de l'empire, subsistaient toujours et permettaient de temps en temps à des vice-rois ou des gouverneurs malveillants de persécuter missionnaires et néophytes des provinces. L'empereur, sollicité plus d'une fois, n'avait pu se résoudre à user de son autorité absolue pour annuler ces restes de l'ancienne intolérance. Enfin, après tous les services que lui avait rendus le P. Verbiest, et considérant ceux qu'il demandait encore journellement aux autres Pères, il comprit qu'il ne pouvait plus longtemps leur refuser la seule récompense qu'ils désirassent, comme il le savait bien. L'heureux succès des négociations avec les Russes en 1688, dû surtout, de l'aveu des ministres chinois eux-mêmes, au tact et à la prudence des deux interprètes Jésuites, Thomas Pereyra et François Gerbillon, acheva de décider le Souverain. Donc, le22 mars 1692, un édit qu'il a obligé le tribunal suprême des Rites d'accepter, est promulgué et va porter dans toutPempire, avec l'éloge des missionnaires européens et de leur religion, la confirmation de leur droit à la possession de leurs églises et la permission générale de professer le christianisme, toutes les interdictions antérieures étant levées.

La période de paix féconde qui, après un si grand acte, s'ouvrit pour la mission, dura quinze ans; le développement des conversions y atteignit son

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apogée. Le P. de Noyelle n'avait pas eu la conisolation de voir la situation meilleure pour ses missionnaires en Extrême-Orient; mais son successeur, le P. (jonzalez, put donner cours a la joie des bonnes nouvelles de Chine, en deux lettres adressées à toute la Compagnie (1693 et 1605). Les nouveaux volontaires qu'il demandait en même temps, ne manquèrent pas de s'oflVir avec empressement. La vice-province portugaise de Chine, qui, en 1692, comptait 2\ prêtres européens et .'i chinois, en reçut d'Europe, avant ITO'i, 26 autres, plus 2 Frères ; ce nombre comprenait 15 Pères portugais, 6 italiens (les deux Frères étaient de la même nationalité), 3 allemands, un français et un belge. Dans le même temps, aux 5 missionnaires français arrivés en 1687, vinrent se joindre 32 compatriotes, dont 3 Frères. A la suite des pertes causées par la mort, les deux groupes de la mission, en 1703, contenaient un total de soixante-dix membres, plus nombreux, observons-le en passant, que l'ensemble des autres missionnaires non Jésuites en Chine.

201. Mission française de Chine. — H faut bien dire ici un mot des dillicultés, que rencontra la constitution du groupe des Français en mission à part, indépendante de la vice-province portugaise. Le gouvernement portugais avait vu de très mauvais d'il la fondation de Louis XIV, qui lui apparaissait comme une menace pour la prédominance de son j)restige en Chine. 11 ne cessera de faire prii«sion par tous les moyens sur les supérieurs de la mission, pour qu'ils écartent les Pères français des postes où ils prendraient de l'influence, et donc avant tout de la capitale et du voisinage de l'empereur. Il réussit en partie. C'est contre la

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volonté expresse des supérieurs portugais que les cinq Français, entrés en Chine par Ningpo, le 23 juillet 1687, furent reçus à Pékin par l'intervention du P. Verbiest. Et si tous ne furent pas obligés de repartir aussitôt, c'est uniquement par la crainte de mécontenter Kang-hi. Puis le P. Thomas Pereyra, qui succéda au P. Verbiest (f 29 janvier 1688) comme recteur de Pékin, et qui de plus suppléait le P. Visiteur, fit subir aux PP. Gerbillon et Bouvet, restés dans la capitale, tant de vexations, qu'ils durent chercher le moyen de se soustraire à sa férule, en allant habiter à part.

Jusque-là, conformément aux instructions de leurs supérieurs de France, ils avaient cru satisfaire aux règles de la Compagnie, en vivant dans les maisons portugaises comme faisaient en Europe les Pères appelés pour quelques affaires dans une province différente de la leur, c'est-àdire soumis au supérieur local étranger en ce qui touchait la discipline religieuse, mais suivant la direction de leur propre supérieur pour la tâche qui motivait leur séjour hors de leur province. Le propre supérieur immédiat des Pères français en Chine était le P. de Fontaney, subordonné luimême au P. Tachard, supérieur général des trois e [colonies de missionnaires, que les Jésuites de France venaient d'envoyer en Chine, enIndo-Chine etdansi'Inde.LeP. Pereyra soutenait que les Pères français ne pouvaient avoir d'autres supérieurs que ceux delà vice-province portugaise, et il affirmait sa prétention en interceptant et confisquant leur correspondance avec leurs supérieurs d'Europe, aussi bien que les communications qu'ils adressaient à leurs protecteurs et aux savants de Paris. Le P. de Fontaney lui-même, avec ses deux

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coDipat^iioris, en province, n'était pas pins heureux. I^es autorités portni^aises à Macao arr<*taient, non seulement les lettres, mais les envois d'argent, qui lui étaient adressés d'Europe par cette ville. Puis le premier supérieur de la mission, le P. Nogueira, ne trouvait rien à dire contre les abus de pouvoir du P. Pereyra, ou plutôt en commettait de semblables de son côté. Le P. de Kontaney fut donc obligé, pour assurer sa correspondance avec la France, de former un établissement à Canton, à part des Pères portugais.

La bienveillance de reni{)ereur tira les Jésuites français d'une situation intolérable. 11 avait pris en affection spéciale les PP. Gerbillon et Bouvet; il s'était fait leur élève en géométrie, en philosophie et autres sciences, et suivait leurs leçons avec une application extraordinaire. Pour avoir plus près de lui, à sa disposition constante, ces maîtres auprès desquels il oubliait toute l'étiquette chinoise, Kang-hi voulut leur donner une maison dans l'enceinte même tle son palais, et i . fallut bien (pie le P. Pereyra se résignât à cetl€ ^ volonté. Le 12 juillet 1003, les PP. Gerbilb.n e1 Bouvet, avec les PP. de Fonlaney et de \'isdclou que l'empereur venait d'appeler également i l^ékin, prirent |)ossession du local, où sera dorénavant le centre de la mission des Jésuites français, et que leurs successeurs, les Lazaristes occupent encore.

Kn B)04, l'empereur ajouta le don plus précieux d'un terrain adjacent à la maison, avec permission d'y construire une église. Il voulut mèni<^ contri bucr de 10.()()0 taels au.\ frais de celte construc tion ; elle fut terminée en 1703. En 1711, 50* année de scm règne, Kang hi remit aux Pères, pour ^ij être placée au portail du temple, une inscriptior r»

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composée par lui et écrite de sa main : c'était un hommage solennel au vrai Dieu sous le titre de « Vrai Principe de toutes choses, lui-même sans commencement ni fin ». Les chrétiens appelèrent cette église le Pé-tang, « église du nord », pour la distinguer des deux églises de la mission portugaise, à savoir, du Nan-taiig^ « église du sud » et du Tong-tang, « église de l'est », la première appartenant au Collège, la seconde à la Résidence de Saint- Joseph.

Pour adoucir les froissements entre Portugais et Français, le P. Thyrse Gonzalez avait résolu de ne plus choisir les Visiteurs de Chine et du Japon que parmi les Pères de la vice-province qui ne seraient pas Portugais d'origine. Cette mesure ne fut pas suffisante; donc, en 1705, alors que les Pères français en Chine étaient devenus aussi nombreux que tous les autres, Portugais et étrangers compris, le P. Général déclara les premiers indépendants de la vice-province, et nomma le P. Gerbillon pour leur supérieur avec pouvoir de vice-provincial, subordonné seulement au P. Visiteur, comme le vice-provincial portugais luimême. Les Pères portugais, après quelques difficultés, prirent leur parti de cette mise sur pied d'égalité des deux fractions de la mission, et les relations par la suite furent généralement fraternelles et cordiales. Du reste, l'apostolat ne souffrit jamais de ces compétitions nationales : au contraire, peut-on dire, la venue des Français activa le recrutement et stimula l'ardeur des Portugais; les uns et les autres, d'ailleurs, travaillant d'après les mêmes méthodes, s'animant du même esprit religieux, ne rivalisèrent plus que de zèle et de dévoùment aux âmes. Les Jésuites français ne disputèrent point à la vice-province les sièges

du lril)unal des mathématiques; mais ils rendirent au <^ouvernenient chinois d'autres services, assez appréciés pour leur permettre de devenir plus d'une fois les sauveurs de toutes les missions de Chine. Puis, sans oublier jamais qu'ils étaient vehus avant tout pour être apôtres, ils surent travailler très utilement pour la science. Déjà de leur premier voyage d'Europe en Extrême-Orient, elle retira un résultat de valeur exceptionnelle, par les observations astronomiques, dont ils jalonnèrent toute la route, et qui permirent de corriger les longitudes, prodigieusement erronées, qu'acceptaient encore tous les géograplies pour l'Asie orientale. Nous aurons à signaler d'autres travaux scientifiques de haute importance. Comme missionnaires et comme savants, les Jésuites français de Chine ont donc répondu dignement aux grandes intentions du royal Ibndateur, et la France leur devra, outre l'honneur qu'ils ont fait à son nom, la base première de son glorieux patronage des missions de Chine.

Inde : La Mission Française

202. — Vers la fin du xvii® siècle, la difficile et belle mission fondée par le P. de Nobili n'avait, pour assister plus de cent mille fidèles, que sept missionnaires avec une trentaine de catéchistes. Un renfort très opportun lui vint alors de France.

Parmi les Jésuites français qui partirent pour l'Extrême-Orient sous Louis XIV, quelques-uns s'arrêtèrent dans l'Inde, en vue d'y fonder également une mission française. Ce dessein ne rencontra pas, pour se réaliser, les mêmes dilïicultés (|u'en Chine. Les missionnaires yjortugais du Maduré accueillirent avec une joie cordiale les

Pères français, qui vinrent leur demander de pouvoir se former à leur école, en partageant leurs travaux, avant de chercher un champ particulier pour leur zèle. En 1703, la nouvelle mission française fut définitivement établie, d'accord avec les Pères portugais, dans Test de l'Inde méridionale, au nord du parallèle de Pondichéry. Elle comprenait surtout le Karnatic, où, depuis 1700, les PP. Mauduit et Fontaine avaient déjà converti beaucoup de brahmes. Son premier supérieur fut le P.. Yenance Bouchet, qui avait travaillé douze ans dans le Maduré, baptisant plus de 20.000 païens. Les Pères du Karnatic suivirent fidèlement la méthode d'apostolat du P. de Nobili et, comme leurs confrères de la mission portugaise, malgré les persécutions presque incessantes des brahmes, ils obtinrent de nombreuses et solides conversions, même dans les hautes castes.

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