AMÉRIQUE
Mission de la Nouvelle Fra>'ce
203. — Les PP. Pierre Biard, Ennemond Massé et Jacques Quentin, sur le désir de Henri IV et de Louis XllI, ont assisté de leur ministère les commencements de la colonisation française, dans l'Acadie, à l'entrée du golfe de S. Laurent; mais ils en ont été bientôt enlevés, avec les colons, par la violence des Anglais de la Virginie (1611- 1613). Le Canada proprement dit eut pour premiers missionnaires des PP. Récollets, amenés en 1614 par Samuel Champlain, le vrai fondateur de la « Nouvelle France ». Les Récollets ayant appelé à leur secours les Jésuites, ceux-ci vinrent à Québec, le 15 juin 1625, au nombre de
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ciiKf, dont trois priHros; mais ils furent de nouveau expulsés, en juillet 1629, après la prise de Québec [)ar des traîtres calvinistes français au service de l'Angleterre. Enfin la France ayant recouvré les postes enlevés en Acadie et au Canada, la Compagnie, avec l'agrément de Kichelieu, rentra sur les rives de S. Laurent, pour ne plus les quitter, tant qu'elle subsista.
En juillet 1032, arrivait à Québec le P. Paul Le Jeune, avec le P. Anne de Noue et un Frère coadjuteur. D'autres Pères les rejoignirent les années suivantes, de sorte qu'en 163(S la mission comptait déjà 'A\ prêtres et 6 coadjuteurs. Les colons français eurent les prémices de son zèle, (jiii bientôt établit parmi eux une admirable régularité de mœurs et de pratique religieuse. Dés 1635, alors que les Français n'étaient pas encore trois cents à Québec, on jeta les fondements d'un petit collège, qui, pour répondre au vo'U des l)arents, étendit peu à peu son programnie jus(ju'à donner à ses élèves tous les exercices et tous les avantages des collèges d'Europe. Après 1659, à la prière de Mgr de Laval, vicaire apostolique, puis premier évê(|ue de Québec, qui désirait former dans le pays même un clergé pour les paroisses, les Pères joignirent à leurs classes de lettres et de pbilosophie un cours de théologie scolastique et morale. La Gom|)agnie de Jésus peut se féliciter à bon droit de ce qu'elle a fait, Sjiécialement par (*e collège, pour tremper chrétiennement le tempérament si sain et si fort, au physique et au nioral, qui caractérise la race française canadienne.
Cependant, c'est aux sauvages que les Jésuites ont prodigué le plus de leurs sueurs et souvent leur sang, (^n ne saurait pousser plus loin (pie
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n'ont fait ces apôtres du Canada le sacrifice désintéressé et le dévouement total de soi-même. Pour faire connaître Tévangile aux tribus nomades de la nombreuse famille Algonquine, disséminées depuis les pays au sud du Saint-Laurent jusqu'à la mer d'Hudson, et de l'océan Atlantique jusqu'au ]Mississipi,le missionnaire ne se contentait pas d'aller les trouver dans les centres, où ils se rencontraient au printemps avec les Européens pour vendre les pelleteries, produit de leurs chasses: il les suivait dans leurs courses lointaines, durant la saison la plus rigoureuse; marchant avec eux, son bagage au dos, à travers la neige et les glaces, par monts et par vaux; partageant en tout leur vie; passant bien des journées sans manger; ne reposant guère la nuit dans les campements improvisés ; et, en échange de ses bonnes paroles, recevant souvent des injures et des insultes. C'est dans de pareilles conditions que le P. Le Jeune vécut dix mois de l'hiver 1633-1634 avec les Montagnais. Il en rapporta une sérieuse connaissance d'une des principales langues sauvages, qu'il communiqua bientôt à ses confrères. Après leur supérieur, au prix des mêmes souftVances, cherchées avec le même courage, les PP. du Quen, du Péron, Buteux, de Lyonne, Druillettes, Vimont, Jérôme Lallemant, Massé, de Noue, évangélisent d'autres tribus errantes.
Ces expéditions aventureuses sont loin d'être sans fruit : néammoins, on comprend bientôt, comme on avait fait dans l'Amérique du Sud, que ces populations ne pourront devenir chrétiennes à fond que si on parvient à leur faire quitter leur vie nomade. C'est pourquoi on s'efforça de fixer des sauvages près des établissements français et, en même temps qu'on les instruisait dans la
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religion, de les habituer à cultiver la terre. Plusiours villages indiens furent îdnsi coninioïicrs avec (juelcjues catéchumènes de bonne volonté, et se développèrent heureusement. Près de Québec, il y eut celui (ju'ou appela S. Joseph «le Silh'ry, eu souvenir du noble Irançais qui paya les frais de la fondation. On y bi\tit, outre les maisons pour les néoplivtea, une chapelle, une résidence pour les Pères, un hôpital, que desservaient les religieuses Hospitalières, et un fort. Créé en 1»>37. ce village comptait trente familles alg(»n(juiiies en 1041, 107 sauvages chrétiens en IG^T). Leur ferveur rappelait l'image d'une chrétienté des premiers temps de l'I'^glise. Kn KuSri, pourtant, Silleiy ('lait déserté pour diverses causes par les Algon(juins; mais alors un autre village se fondait sous \v patronage de S. Fran(;ois de Sales pour les Abénakis, sur la rivtî droite du S. Laurent. Ici les chrétiens, non moins édifiants qu'à Sillery, et déjà au nombre de (>00 eu 1089, se distinguèrent j)ar leur attachement à la France; ils le jjrouverent souvent, en se battant bravement, avec les soldats français, pour défendre la colonie contre les convoitises île ses voisins anglais. Dans d'autres centres on réussissait à arrêter les Indiens au moins pondant un temps suflisant pour l'instruction indi.sj)ensal)le avant le baj)lême. Chose bien remar- (juable, les néophytes formés dans ces villages devenaient eux-mêmes de véritables apôtres, ()ui s'en allaient dans leurs tribus faire connaître le bienfait de la foi reçue, et exciter leurs parents et amis à venir la chercher eux aussi chez les Pères. Dans le premier (juarl de siècle d'existence de la mission, l'Lvangile avait été prêché à toutes les peujdades errantes aux deux côtés du S. Laurent, bien loin au nord et au sud de Québec et de
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Montréal; puis les intrépides chasseurs d'âmes le portèrent à d'autres nomades, fréquentant les bords des grands lacs et tout le bassin supérieur du Mississipi. Mais auparavant vient la tragique histoire de la mission des Hurons, commencée en 1626, ruinée en 1650.
204. Mission chez les Hurons. — Les Hurons formaient une population d'environ 25.000 'âmes, habitant des villages sur un territoire assez restreint entre le grand lac qui porte leur nom et le lac Simcoe. Sédentaires et agriculteurs, ils devaient attirer de préférence l'attention des missionnaires. Les PP. Récollets les visitèrent les premiers, en 1615, et, en 1626, leur amenèrent les Jésuites qu'ils laissèrent seuls en 1628. Forcément interrompue, tandis que les Anglais étaient maîtres de Québec, la mission fut reprise, en 1634, par son fondateur, le P. Jean de Brébeuf, avec deux autres Pères. Grâce aux renforts successifs venus d'année en année, le nombre des missionnaires, en 1639, était de treize, qui du reste ne s'occupèrent pas des seuls Hurons proprement dits, mais encore des peuplades voisines. Outre les Jésuites prêtres, il convient de mentionner les Français laïques, qui avaient bien voulu les suivre comme domestiques, et surtout les donnés^ c'est-à-dire ceux qui s'engageaient à servir la mission toute leur vie, simplement pour l'amour de Dieu. Ces laïques étaient 23 en 1648; ils suppléaient les Frères coadjuteurs, qu'on n'avait pas en nombre suffisant et qui d'ailleurs ne pouvaient rendre des services parfois très nécessaires dans le pays, comme par exemple d'écarter certaines agressions par les armes.
L'évangélisation des Hurons, pendant les
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premières années, fut très dure et sans grandes consolations pour les apAtres. Ces sauvages, plus civilisés que les autres, n'en étaient pas [)our cela plus trailables. Leur intelligence saisissait bien les vérités de la foi, mais la bonne volonté manquait pour produire la conviction et surtout pour faire accepter les conséquences [)ratiques. La dépravation des mœurs chez eux était extrême; ils se faisaient un honneur de l'immoralité ; aussi le grand obstacle à leur conversion, c'était le sixième commandement du Décalogue. Les rères avaient beaucoup de catéchumènes; mais ne voulant admettre au baptême que ceux qui, avec les convictions chrétiennes, montraient une conduite chrétienne, ils ne pouvaient en baptiser que fort peu. Le premier adulte baptisé par le P. de Brébeuf avait été éprouvé trois ans. L'action du missionnaire rencontrait de puissants enneniis chez les « hommes de médecine », comme les sauvages les appelaient, ou les sorciers, comme parlent les Relations: ces gens dont l'industrie ne subsistait que j)ar la superstition, mettaient tout en œuvre pour discréditer le prêtre et la religion (|ui les ruinaient. Quand le Père parcourait les cases pour instruire les enfants et les adultes, s'ils consentaient à l'écouter, il y trouvait le sorcier, qui tournait ses paroles en ridicule, le couvrait (l'insultes et d'outrages, faisant tout le possible pour empêcher les assistants de l'entendre. Puis, si quehjue malheur venait à fiapper la tribu, si par exemj)le une éj)idémie la visitait, la cause en était la j)rédication des Hobes noires. Des imputations de ce genre, trop facilement acceptées par les crédules Ilurons, en éloignèrent beaucoup du christianisme et firent même des apostats.
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205. Les Iroquois et les martyrs. — Au milieu de tant de difficultés, la vie des missionnaires, appliqués jour et nuit à une tâche souvent répugnante, constituait déjà un sacrifice continuel d'eux-mêmes. Cependant la Providence, semblet-il, pour récompenser sensiblement leurs eflbrts, attendait d'eux le témoignage d'un dévoùment encore plus complet, celui du martyre sanglant. Les Iroquois vont leur fournir l'occasion de le donner. Etablis au sud du lac Ontario, les Iroquois étaient étroitement apparentés aux Hurons par le sang, la langue et les coutumes; mais ils leur avaient voué une inimitié implacable, surtout depuis qu'ils les avaient rencontrés combattant contre eux avec Champlain et les Français (1609 et 1615).. Pendant plusieurs années pourtant, ils se bornèrent à harceler leurs flottilles dans les voyages qu'elles faisaient chaque année pour la traite à Trois-Rivières et à Québec : ils allaient les attendre aux endroits où la navio^ation du Saint-Laurent et de l'Ottawa était plus difficile, pour les surprendre au passage et y faire le plus de victimes possible en tués ou prisonniers.
C'est ainsi que le P. Isaac Jogues, revenant de conduire à Québec un Père malade, fut pris le 2 août 1642 avec vingt-cinq de ses compagnons, parmi lesquels deux donnés^ Guillaume Couture et Jean Goupil, et un autre Français. De ces prisonniers, trois sont massacrés sur place, les autres sont emmenés en pays iroquois pour être torturés à loisir. En eiïet la grande récréation de ces barbares est de faire soutfrir aux malheureux tombés entre leurs mains tout ce que leur esprit, affreusement inventif en ce genre, peut imaginer de plus cruel. Le P. Jogues éprouva plus que personne les raffinements de cet art infernal ;
caries Iroquois haïssaient en lui le prôtre encore plus que le Français. Son martyre dura douze mois, atroce et continuel, mais gradué par les tortures, de mani<''re que la mort ne terminât pas tnjp tôt ses soulTrances. Cependant l'héroïque missionnaire ne voulut jamais profiter des occasions do s'échapper, tant qu'il lui lut [)ossihle de faire quelque bienà ses compagnons de captivité ; il n'écouta les oflVes du commandant hollandais de Fort- Orange, que lorsqu il vit les Iroquois décidés à en finir avec lui. Auparavant il avait eu la consolation d'être témoin de la fermeté avec laquelle non seulement les deux donnés, mais encore les néophytes hurons avaient enduré les tourments pour Dieu. De plus, il avait baptisé soixante-dix enfants, jeunes gens ou vieillards appartenant à cin(j nations sauvages. Délivré avec l'aide des Hollandais, le P. Jogues prend à peine le temps de passer en France; rentré au Canada, il n'in'site pas à accepter presque aussitôt le dangereux mandat d'ambassadeur de la colonie française auprès des barbares qu'il connaît par une si rude expérience. Ayant obtenu des chefs iroquois une confirmation de la paix, il s'a|)prête à commencer une mission stable dans leur pays, (juand brusquement les dispositions changent, et le 18 octobre U)'*6, le Père est tué d'un coup de hache; le donné Jean Lalande, son compagnon dans ce dernier voyngt\ subit le môme sortie lendemain.
En avril lG14,un autre missionnaire, le P. François Joseph Hressani, avait également été pris par les Iro«juois et torUiré horriblement durant (|uatre mois, enfin racheté par les Hollandais.
Mais le sang des martyrs est toujours fécond. Aussi après la mort du P. Jogues, ses confrères constatent un mouvement marqué de conversion
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chez les Hurons. « Depuis notre dernière Relation (1647), écrivait-on vers le milieu de 1648, nous avons baptisé près de trois cents personnes; mais ce qui nous console le plus, c'est de voir la ferveur de ces bons néophytes. » Après quinze années de pénible culture, c'était enfui la moisson: elle fut belle, mais bien courte, et de quel prix ne fallut-il pas encore la payer? Dès 1042, les Iroquois avaient osé porter la guerre dans le pays même des Hurons et détruit un de leurs principaux villages. Ce^ui-ci n'avait jamais voulu recevoir aucun missionnaire. En 1648, un second fut surpris et emporté de vive force ; ici se trouvait le P. Antoine Daniel, que les Iroquois tuèrent, tandis que, négligeant de se sauver lui-même, il essayait de protéger la fuite de ses néophytes. Puis les assauts contre les autres villages se succédèrent rapidement, toujours irrésistibles, par la supériorité que donnaient aux envahisseurs leurs : armes à feu et leur habileté tactique jointe avec l'audace, et grâce au défaut d'organisation et de prévoyance chez les Hurons. Le 16 mars 1649, dans le village nommé par les missionnaires Saint-Louis, les PP. Jean de Brébeuf et Gabriel Lallemant, avertis de l'arrivée des ennemis, n'ont pas voulu fuir et laisser sans les derniers secours religieux quelques braves qui préparent une résistance désespérée; pris par les Iroquois, ils sont, I le jour même, soumis à d'indescriptibles tortures, i telles qu'une rage diabolique seule a pu les imagit ner. Le P. de Brébeuf, malgré la vigueur de sa ;: constitution, y succombe après quelques heures; I' le P. Lallemant, quoique de tempérament frêle ^ et très sensible, vécut jusqu'au lendemain. Les bourreaux montrèrent qu'ils en voulaient à la religion de leurs victimes, par la dérision dont ils
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accompagnaient les tourments, comme I(>rs(|u ils versaient trois fois de l'eau bouillante sur le corps du r. de iirëbeuf, pour le baptiser, disaient-ils, et quand ils invitaient les deux Pères à leur être reconnaissants pour lesjoies du ciel que, suivant leur enseignement, on leur procurait en les faisant tant souffrir.
Le 7 décembre de la même année IG'iO, un quatrième missionnaire, le P. Charles (jarnier, tomba frappé d'une balle iroquoise au milieu de ses chrétiens. Son compagnon le P. .Noël Chabanel, qui venait d'ctre rappelé par le Supérieur de la mission, fut assassiné en chemin par un Iluron apostat, qui se vanta ensuite de l'avoir fait en haine de la foi chrétienne.
Au mois de juin 1G50, il ne restait plus un seul de ses anciens habitants dans la Iluronie dévastée. Dix mille avaient péri par le fer des Iroquois, ou étaient devenus leurs esclaves; quelques centaines avaient cherché un refuge pariiii d'autres peuplades, bien loin de leurs ennemis. Les missionnaires eux-mêmes, après avoir essayé de se maintenir avec les chrétiens survivants dans un dernier poste, une île à l'extrémité de la Huronie, se virent obligés de l'abandonner et de retourner à Québec; ils emmenaient environ trois cents Hurons. Ce faible reste, que (juehjues autres vinrent rejoindre plus tard, «'établit sous la protection du canon l'rancais. Devenus tous chrétiens lervents, ils ont encore leurs descendants dans la localité dite « Jeune Lorette », à trois lieues de Québec : le recensement officiel de l'.'Ol donne Vi8 âmes pour la population de ce villnge huron.
()uel ( r('ve-( <cur i|ue i elle ruine |)()ur des missionnaires aimant ces sauvages, avec tous leurs
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dëi'auts, comme des pères aiiiieiit leurs enfants ! Et après tant de fatigues, de privations, de martyres endurés! Ce serait à désespérer le zèle, si le missionnaire travaillait pour autre que Dieu, et s'il oubliait que Dieu ne lui demande que le travail. Cependant tant de labeur n'a pas été sans dédommagement même sensible. Outre les nombreux baptêmes administrés in extremis aux enfants et aux moribonds, pendant les seize années de la mission, le nombre des adultes venus à la foi dans les derniers temps fut assez considérable. La dispersi<m de beaucoup de Hurons chrétiens devait aider l'action des missionnaires parmi les tribus qui ne connaissaientpas encore TÉvangile.
206. Missions chez les Iroquois. — Une sorte de dédommagement vint d'abord d'où on l'attendait le moins. Les Iroquois, après avoir anéanti la nation huronne, principale alliée des colons français, tournèrent contre ceux-ci tout TefTort de leurs guerriers, pour leur faire subir un sort semblable. Par suite de leurs incursions répétées il n'y a plus de sécurité à Trois-Rivières, Montréal, Québec même, laissés presque sans défense par le gouvernement de la métropole, trop occupé de ses guerres en Europe. Au mois de mai ou de juin 1652, le P. Buteux, dans une excursion apostolique, est tué par un parti d'Iroquois. En 1653, le P. Poncet est pris et emmené en captivité ; les barbares ménagent sa vie, mais ne lui épargnent pas les supplices dont ils sont coutumiers à l'égard de leurs prisonniers. Et voilà qu'au moment le plus critique, les Iroquois eux-mêmes proposent de faire la paix et demandent les missionnaires.
Sans se dissimuler les raisons qu'ils ont de se
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défuîr et de craindre, les Pères se rendent iniinédiat(3inent à ra|)|)el. Pendant trois ans, tout parut aller à souhait, et le P. Général Goswin Nickel, au commencement de 1057, pouvait dire sa joie d'apprendre « avec quelle avidité la semence céleste était reçue par celte terre iroquoise, arrosée ilu sang encore chaud des Pères de la Compagnie». Puis l'inconstance sauvage reprit le dessus, et en 1658 la mission iroquoise dut être interrompue. En 1G66 seulement, elle fut reprise sur des hases plus stahles, après de rudes leçons iniligées par les Français à ces féroces haudits, (ju'elles forcèrent enfin de solliciter sincèrement la paix et de la garder [)our quelques années.
Dans cette évangélisation des Iroquois, les missionnaires Jésuites ont dépensé des trésors de patience et de dévouement héroï(|ue ; plusieurs y ont sacrifié des talents plus qu'ordinaires et qui ailleurs leur auraient valu des succès brillants. Si l'on considère les résultats ohlenus suivant les idées humaines, on pensera sans doute qu'ils ont été payés trop cher; car la plupart des l)aptèmes en pays iroquois furent des baptêmes d'enfants ou de moribonds, devenus clirétiens au dernier moment. Mais toutes les âmes sont précieuses, et Dieu est glorifié avant tout par les peines de l'ajjotre, non par le succès visible. Chez les Iro(juois, les obstacles invincibles étaient, comme chez les Huions, la superstition, l'immoralité : il faut y ajouter les exem|)les de leurs voisins, Anglais et Hollandais, (jui n'étaient pas de nature à leur faire estimer le christianisme; et surtout l'ivrognerie, qu'entretenaient chez eux les traitants de ces nations par l'eau-dc-vie, qu'ils leur vendaient en échange des produits de leurs chasses.
Dans un milieu si corrompu, il était diflicile, non