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III. — LA COMPAGNIE DANS LES DERNIÈRES ANNÉES DE S. IGNACE

31. Rapports avecles Papes. •— Nous avons vu le premier approbateur de la Compagnie, Paul III, continuer, pendant tout son pontificat, à lui témoigner sa haute estime, tant par les missions qu'il

lui a confiées, que par les faveurs qu'il lui a accordées. Parla bulle Licet debitum, donnée le 18 octobre 1549, trois semaines seulement avant sa mort, il lui conférait encore de nombreux privilèges. Nous y relevons en particulier le pouvoir pour le Père Général de « députer à l'enseignement de la théologie et des autres facultés, ceux de ses sujets qu'il jugera capables, en quelque lieu que ce soit, sans demander permission à nul autre ». C'est la consécration canonique du ministère qu'on venait d'inaugurer dans les universités et les collèges.

Le successeur de ce pape, Jules III (1550-1555), ne fut pas moins bienveillant. Dès le 21 juillet 1550, il confirmait la première approbation et toutes les concessions postérieures de Paul III, en même temps qu'il sanctionnait la Formule de l'Institut complétée. Remarquons encore, dans ce dernier texte, l'insertion, parmi les ministères principaux de la Compagnie, des Lectiones^ terme technique pour désigaer l'enseio^nement en général. Deux années plus tard, le 22 octobre 1552, nouvelle con. firmation des concessions antérieures, avec addition de quelques privilèges, notamment du droit pour le Général de conférer tous les grades universitaires à ses scolastiques, après examen.

Ayant décidé, en 1551, la reprise du concile de Trente, et connaissant le mérite des Pères Lainez et Salmeron, par son expérience du temps où il présidait l'assemblée comme cardinal del Monte, Jules III voulut qu'ils se rendissent de nouveau à Trente en qualité de théologiens du Pape. Durant cette seconde période, du 1" mai 1551 au 28 avril 1552, les deux Jésuites firent comme précédemment admirer leur science et leur érudition théologique, spécialement dans la discussion des

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erreurs protestantes sur l'Eucharistie, le sacrifice î de la Messe, laPénitence, le sacrement de TOpcire. i

Vers la fin de l'année 1552, le Pape chargea v deux autres Pères d'une mission difficile et délicate. Le Père Sylvestre Landini qui, depuis cinq > ou six ans, prêchait avec grand fruit à travers la i Toscane et l'Emilie, et le Père Emmanuel de Mon- ( temayor furent envoyés en Corse, munis de larges i pouvoirs de commissaires apostoliques. Dans cette île, dont les sept diocèses n'avaient pas vu un évêque depuis 60 ou 70 ans, ils trouvèrent la plus triste situation religieuse. Ils s'efforcèrent de la changer, en faisant surtout œuvre de missionnaires, et à défaut d'un succès complet, qui demandait l'intervention d'une autorité plus haute, leurs fatigues furent récompensées par de très consolants résultats, dans la réforme des mœurs, le retour à l'usage des sacrements, l'apaisement de beaucoup d'inimitiés invétérées.

En 1555, Jules III demanda à saint Ignace deux théologiens, pour accompagner et assister le cardinal Morone, qu'il envoyait comme son légat à la diète d'Augsbourg, où devaient se traiter des affaires de grande conséquence pour la religion : les PP. Lainez et Nadal furent désignés.

11 faut compter parmi les marques les plus i sérieuses de bienveillance des Papes, celle de t| n'avoir pas voulu obliger la Compagnie à céder ■ aux princes ses sujets les plus distingués, pour en ( faire des évêques. Sous le pontificat de Paul III, ! cinq au moins des premiers compagnons de saint ai Ignace furent sollicités d'accepter l'épiscopat; la > résistance de leur humilité et les objections que ) fit valoir le Général au nom de l'institut, furent telles que le Souverain Pontife crut devoir résister à la pression des souverains, même appuyée par des

membres éminents du Sacré-Collège. Jules III se vit demander parle roi des Romains, Ferdinand l^\ avec des instances plusieurs fois répétées, la nomination du Père Pierre Canisius au siège épiscopal de sa capitale. Vienne. Saint Ignace, à qui le Pape réserva toujours la décision, finit par accorder au roi une satisfaction partielle, en consentant à ce que Canisius prît pour un an l'administration du diocèse : Jules 111 ratifia le compromis par ses lettres du 3 novembre 1554.

Le Fondateur de la Compagnie eut beaucoup moins de peine à accepter le patriarcat d' Ethiopie pour un des siens. Bien plus, il déclara au roi de Portugal, qui poussait l'affaire, qu'il était prêt, en cas de refus de tous ses confrères, à accepter cette charge pour lui-même. « Il y avait en effet, disait-il, grande différence entre un épiscopat en Europe et cet épiscopat d'Ethiopie : le premier apportant honneurs et repos, et le second fatigues 3t rudes travaux. » Enfin en 1555, le Père Jean >îufiez Barreto fut désigné et consacré patriarche l'Ethiopie, et il reçut deux coadjuteurs évêques, 3galement Jésuites, les PP. André de Oviedo et Meichior Carneiro. De ces trois prélats, Oviedo seul pourra pénétrer en Ethiopie ou Abyssinie; il

• /"constatera qu'on s'était fait illusion sur les bonnes iispositions de l'empereur Claude; les vingt-trois

• innées, pendant lesquelles il s'obstinera dans son : ngrate mission, seront un véritable martyre, mais

)répareront une belle moisson pour ses succes- : leurs du xvii® siècle.

! La brièveté du pontificat de Jules III priva la ^ Compagnie d'autres bienfaits. Il avait résolu de ; lettre fin à la pénurie du Collège Romain; des 1 sttres apostoliques assurant à cette maison une ; lotation convenable étaient sur le point d'être

expédiées, quand le Pape mourut (23 mars 1555); elles n'eurent jamais leur effet.

Marcel II, le successeur de Jules III, avait encore plus d^affection pour les Jésuites : à peine élu, il exprima le désir d*en voir deux résider au Vatican, pour être ses conseillers habituels; mais il ne passa (|ue vingt-trois jours sur le trône de saint Pierre (7-30 avril 1555).

Quand après lui vint Paul IV, qui avait été le cardinal Jean Pierre Carafa, ancien archevêque de Théate et fondateur des Théatins, on eut dans la Compagnie, et peut-être le Général lui-même eut quelques appréhensions. On savait que l'élu avait jadis mal pris des avis trop i'rancs que lui avait adressés Ignace; il avait aussi paru mécontent de ce qu'on lui avait refusé la fusion de son ordre avec la Compagnie. La suite montra que les appréhensions n'étaient pas sans raison ; mais ce n'est plus saint Ignace qui devait avoir des <lifîicultés avec Paul IV. Le Pape, il est vrai, ne conlirma pas la donation de Jules 111 en faveur du Collège Romain; mais il témoignait son estime pour la Compagnie en consultant beaucoup divers Pères sur ses projets de réforme; on craignit même un moment qu'il ne voulut faire cardinal l'un d'eux, le Père Lainez. Envoyant en Allemagne et en Pologne comme nonce Mgr Lippomani, évèque de Vérone, il lui adjoignit comme théologien le Père Salmeron (juillet 1555). Et le Père était à peine ^ rentré de cette pénible, quoique stérile mission, > que Paul I\' le faisait repartir pour la Flandre et] la Basse-Allemagne, en compagnie de sou légat auprès de Charles-Quint, le cardinal Hebiba (mai 1556).

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