‹ La compagnie de Saint-Sulpice au Canada [microform]Chapitre 11 sur 47 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

de chaume, l'église rustique et, pai*-dessus l'ég-lise, le clocher élancé où la cloche, de son vibrant appel, convie à la prière. C'est ainsi que naissent, dans toiltes les directions, les paroisses de la Longue-Pointe, de la Pointe-aux-Trembles. de Lachine, de Ste-Ànne, de Boucherville, de St-Sulpicci de la Eiviêre-des-Prairies et tant d'autres. Et cela ne suffit pas encore. Les missionnaires ont des bonds d'âme superbes, ils ont le besoin des courses aventureiises et des vastes horizons, comme les oiseaux du" large, avides d'espaces illimités. Aussi les voyons-nous, un jour, sur les bords du St- Mauriee, sur les rives de TOttawa.. plus loin encore, près du golfe, jusqu'en Acadie. Dans cette langue qui est celle d« leur mère et qui a de souveraines douceurs, ils prêchent aux Français récemment arrivés, aux Canadiens déjà fixés au sol et aux Acadiens, les enseignements d'une religion qui garde honnêtes et dévoués les pères et les frères, pures et généreuses les mères et les soeurs, protège lés familles et défend la société.

Oublieront-ils dans ce ministère les sauvages enfants des bois, dont les têtes emplumées, les rouges figures, les corps nus et tatoués se sont parfois montrés à l'improviste à leurs regards étonnés? Exciperont-ils, pour ne pas quitter Ville-Marie, de leur j-eunesse, dé leur rang, de leurs infirmités? Jamais. Le froid, la neigé, le fleuve et les co\irs d'eau glacés, la solitxide, les longues courses à travers les forêts, les embuscades, lès tortures, les fatigues, les veilles, la cruauté ou la grossièreté des moeurs, les difficultés d'une langue absolument inconnue et sur laquelle aucun renseignement n'existe : rien ne Ifes arrête. Ils se nomment Vignal et Lemaître et ils meurent, poursuivis,, traqués, mis à mort par les Iroquois. Ils se nomnaent encore : Trouvé, Lascaris d'Urfé, Salignac de Feneîon,

XVIH INTRODUCTION

Vacho7i de Belmont, Geoffroy, Vaillant de Myardhouin, Cînay, Quéré de Tréguron, de Breslay, Guen, de Miniac, Desenclaves, Chanvieux, Picquet, Mathévet, Besson de la Garde, J'en passe. Ce qu'on devine rien qu'à lire leurs noms c'est qu'ils sont nobles quelques-uns, qu'ils sont de grande et gloi'ieuse extraction. C'est ce qu'on sait moins, c'est que d'anctms sont jeunes, tout jeunes, c'est que d'autres sont âgés, usés. IS^'importe ! Où le labeur et quel labeur! les appelle, ils vont. Ils vont à Kenté, sur les bords du lac Ontario, à l'île aux Tourtes près de Ste-Anne, où l'Ottawa se déverse en partie dans le St-Laurent et où les sauvages de l'ouest et du nord viennent échanger leurs pelleteries ; à la Présentation et à la Galette, jetant, saiis le prévoir, les fondements de la ville qui sera Ogdensburg. Ils s'associent à la vie du sauvage, .s'assoient dans sa cabane enfumée, mangent de sa nourriture grossière ; ils l'instruisent, le baptisent, l'accompagnent dans ses expéditions, relèvent son existence et consolent' son trépas. Ils font plus : les voilà à l'école de ces barbares pour apprendre leur langue, noter les intonations et les accents de leur parler, constitue]*, après bien des insuccès, une grammaire, un lexique. Ils pourront alors lui parler son propre langage, le faire chanter les louanges de Dieu, composer pour lui un catéchisme et des caiitiques, pénétrer ainsi avant dans sa confiance dans ses moeurs, dans son histoire.

Cette histoire est lamentable: elle est une chaîne ininterrompue de guerres, de cruautés, d'expéditions périlleuses à travers forêts et plaines, le long des rivières, sur les lacs et les grands Ééuves. Jamais tant qu'il restera aussi 7Tomade, le sauvage ne sera civilisé et transformé. Qu'on le fixe quelque part, qu'on l'y fasse vivre paisible et satisfait et alors on le changera ! Idée féconde qui fut celle

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