‹ La compagnie de Saint-Sulpice au Canada [microform]Chapitre 12 sur 47 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

<les Pères Jésuites, celle de Mgr de Laval, et que M. de Eelmont va exécuter à la montagne. Un fort y protégera les enfants des bois contre les ennemis qu'ils redoutent encore ; une chapelle y nourrira leur foi et les gardera chrétiens, de multiples travaux les tiendront occupés. Ils vivront là dans le calme et l'honnêteté, se laissant peu à peu envahir par les saines idées de labeur et de vie régulière, par les sentiments salutaires de douceur, de force, de persévérance. Les missionnaires seront auprès de lui. Quand la i^iission sera transportée ailleurs ils l'accompagneront au Sault-au-Eecollet ; ils le suivront plus tard au Lac des Deux-Montagnes.

. Que de choses modifiées depuis lors! Le temps, fécond en changements, a passé au Lac comme ailleurs. Iroquois et Algonquins ont abandonné leur costume traditionnel. Décimés par le temps, hors de ce milieu de passions violentes et d'excessive liberté où s'exaspérait leur naturel farouche, mêlés à des races étrangères qui ont, par l'apport d'un sang- nouveau, modifié singulièrement le type primitif. ils ne sont plus, eux et leur bourgade, qu'une ombre de ce qu'ils ont été. A la place de leurs wigwams s'élève un coquet village entre la nappe d'eau brunie du lac et la forêt de sapins, accrochée à la pente sablonneuse de la colline. Plus de festins, de danses, de trafics, de courses giierrières. Plus même cette unité de foi et d^ pratiques religieuses qui les groupait jadis en des cérémonies d'un saisissant pittoresque. Une chose reste seiile à laquelle cent cinquante années d'histoire ne semblent pas avoir touché : le zèle qui convertit les lointains ancêtres, et maintenant encore est au service des derniers descendants.

XX INTRODaCTION

jn

C'est snr ces souAenirs glorieux, estompés des nécessaires fragilités humaines, que se clôt ce que j'appellerais volontiers l'époque héroïque de l'oeuvre sulpicienne à Montréal. Elle commence à M. de Queylus et finit avec M. Eoux. ]<]lle eut ses génies créateurs, ses précurseurs et ses pionniej-s dont les tentatives hardies reculant les bornes et franchissant les barrières, vivifièrent et transfoi-mèrent peu à peu le milieu ingrat o\i elles s'exercèrent. En face des obstacles que l'homme et la nature multiplièrent contre leur action sous les morsures du froid et de la faim, devant la misère, la fatigue, la maladie, l'abandon et la mort, ils dressèrent leur endurance, leur longue patience, leur droiture, leur foi victoi'ieuse, leur invincible espérance. Et, sans se lasser, ils coururent des risques, affrontèrent des périls, assumèrent des responsabilités, assouplirent les évè. nemeuts rebelles, gai'dèrent jusqu'aux heures crépusculaires l'entrain des heures matinales. Mais leur rêve prenait corps lentement. A travers les ombres et les lumières dont il était formé il laissait entrevoir, dans l'avenir, des réalités d'une indicible beauté. Qu'importaient, devant ces perspectives, les combats, les labeurs, les défaites, les calvaires gravis, les calices amers vidés?

]'Zst-ce à dire que ce charme des origines héroïques se soit maintenant évanoui? qu'il n'y ait plus aujourd'hui que le terne idéal du moindre effort? que l'activité première se soit assoupie? que les conditions de vie dure de jadis, mais en même temps évocatrices d'énergie., étant disparues, on ne soit p!us en face que de l'engourdissement fatal, symptôme de déchéance et de mort? — Non, non! — Ce qu'il y a de vrai c'est que les circonstances ne sont plus les mêmes ;

Page 1