‹ La compagnie de Saint-SulpiceChapitre 3 sur 4 · III · texte numérisé non relu

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LA COMPAGNIE DK BAINT-&ULPICH

En toutes chosesd ailleurs et qu'il s'agisse des laïques ou qu'il s'agisse du clergé, L'éminent

Sulpicien est heureux de trouver dans les directions précédentes de saint Franrois de Sale quoi tempérer certaines règles austères. Il aime le mélange des unes et des autres, et tel restera bien l'esprit de la Compagnie.

On voit qu'une fois sa mission personnelle acceptée et prise en main, M. Tronson est net et i résolutif ». Il est plus hésitant quand il s'agit précisément d'en accepter une qui fasse violence à sa modestie, car il est très sincèrement désireux de se renfermer tout entier dans la direction de ses séminaires.

Il faut distinguer cependant. Deux grandes controverses agitèrent l'Église de son temps : le jansénisme et le quiétisme. Or il intervient rigoureusement dans la première, tandis qu'en présence de la seconde il cherche des accommodements. La raison de cette différence d'attitude est facile à établir, et elle ne recouvre rien que de parfaitement honorable.

Pour un homme d'Eglise, à l'époque que nous étudions, la question du jansénisme, ce « calvinisme rebouilli », comme avait dit, je crois, un autre Sulpicien, était chose absolument jugée. L'inadmissible dureté des proposi-

lions de Jansénius (1 ) avait été condamnée par le Saint-Siège. Il ne s'agissait plus, une fois la :re obtenue, que d'empêcher l'ennemi de se reformer en se dissimulant opiniâtrement derrière des distinctions artificielles. Ici, le futur directeur de Saint-Sulpice est, si on peut parler ainsi, de service commandé contre une révolte évidente, quelques efforts qu'elle fît pour tromper les esprits crédules. De là cette longue lettre à Arnauld que la nouvelle édition nous donne complète et rectifiée sur les manuscrits. Elle est pleine de feu (il n'avait encore que trente ans) et d'une allure qui serre son adversaire d'aussi près que possible. Non pas que le jeune Sulpicien recommence la discussion théolo gique : c'eût été donner dans un piège et

(1) La popularité dont les jansénistes ont joui un instant dans certaines sphères philosophiques et littéraires du xix* siècle, ont des causes que nous connaissons : le génie de Pascal, les préjugés si excessifs, mais tenaces, contre les Jésuites, le grand talent de Sainte- Beuve, l'historien de Port-Royal, tout cela y a ^jntribué. Mais une cause plus dissimulée était, on peut le dire, l'espèce de satisfaction que ressentaient quelques esprits en affectant de voir dans une doctrine aussi accablante pour le grand nombre des non-élus ce qu'ils appelaient l'esprit primitif ou le pur esprit du christianisme. Ainsi les adversaires de la monarchie dépassaient de beaucoup ses plus chauds amis dans les louanges données à la sincérité, à la loyauté, au désintéressement d'un prétendant... qui venait d'en rendre le rétablissement impossible.

reprendre la lutte sur un terrain où Arnauld voulait précisément s'éterniser. Toute la dialectique de M. Tronson tend et aboutit à faire ressortir les ambiguïtés, les tergiversations, l'attitude double du célèbre janséniste. Mais tout en le poussant dans sa retraite avec la dernière vigueur, il ne néglige pas de lui tendre le rameau d'olivier (1). «Rendez laconfessionde votre foi si intelligible que nous ne puissions plus la méconnaître et que, la reconnaissant sincère et fidèle, nous courions l'embrasser comme une partie de la nôtre et comme la source d'une véritable paix entre nous. » On pourrait donc dire de lui ce qu'il dit lui-même de l'un des siens auquel on attribuait — à tort — une polémique un peu acerbe : « Quoiqu'il soit très opposé aux nouvelles doctrines et qu'il les condamne de tout son cœur avec l'Eglise, il ne s'écartera jamais néanmoins de la manière honnête et modérée qu'il sait que nous recommandons par-dessus tout. » (Lettre du 15 juin 1687.)

Quand s'ouvre la question du quiétisme et qu'il faut se prononcer entre Fénelon et Bossuet, la situation n'est pas la même. Il s'agit de s'éclairer; il s'agit de pénétrer les véritables

sentiments de l'un des deux adversaires, et provisoirement il y a doute. Le directeur de Saint-Sulpiee est donc ici beaucoup plus réservé. Serait-ce parce que Fénelon a été son élève, qu'il est resté son ami et que ce souvenir l'amollit? Point du tout. Lorsqu'il s'adresse à lui de prêtre à prêtre et aussi de maître à disciple, il est bien énergique. Nous le savions déjà par cette lettre fameuse écrite au lendemain du jour où Fénelon avait été nommé précepteur du Dauphin. Là il n'est pas tendre pour la Cour, « un pays, dit-il, où l'Evangile est peu connu, et où ceux même qui le connaissent ne s'en servent ordinairement que pour s'en faire honneur auprès des hommes. » Je n'ajouterai pas qu'il n'est pas tendre pour Fénelon; mais il témoigne une véritable angoisse à la vue des périls que vont courir, sinon la moralité ni la foi, du moins la loyauté sacerdotale et la droiture apostolique de celui auquel il adresse son « sermon i — car il avoue lui-même que c'en est un. « En vérité, Monsieur, votre poste est bien dangereux; et avouez de bonne foi qu'il est bien difficile de ne pas s'y affaiblir et qu'il faut une vertu bien consommée pour s'y soutenir. Si jamais l'étude et la méditation de l'Écriture sainte vous ont été nécessaires, c'est bien maintenant qu'elles le

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sont d'une manière indispensable. Il semble que vous n'en ayez eu besoin jusqu'ici que pour vous remplir de bonnes idées et vous nourrir de Ja vérité; mais vous en aurez besoin désormais

pour vou< garantir des mauvaises impressions et vous préserver des mensonges

Viennent maintenant les jours difficiles 1 On

voit se 'développer peu a peu les doctrines par lesquelles l'ami de Mme Guyon court, à travers des chemins fleuris, à une condamnation inévitable. M. Tronson désire d'abord ne pas s'en mêler. Tout au plus donne-t-il aux personnes qui le consultent (comme Mme de Maintenon, par exemple) cet avis, que la doctrine est bien mystérieuse, donc suspecte, et qu'on doit toujours juger plus heureux ceux qui ne s écartent pas des voies communes. Du reste, il y a des autorités bien supérieures à la sienne. Qu'elles prononcent. Et alors, son rôle à lui commencera : il aura à appuyer auprès de ceux dont il a la charge le double devoir de bien écarter les fausses doctrines et d'achever, par de charitables ménagements, la conversion de qui a eu le malheur de les produire. Quand on lui demande de s'unir à Bossuet et aux évêques de Chartres et de Châlons pour les mémorables conférences d'Issy, très sincèrement il s'efforce de décliner

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cet honneur. Quand, de son côté, Fénelon lui demande un examen confidentiel, il lui répond avec une ironie dont la leçon aurait dû paraître assez claire (1) : « J'ai trouvé [dans vos écrits] des endroits qui me passent et qui sont audessus de ma portée. Comme vous m'avez témoigné que Mgr de Paris les avait lus, et qu'il n'y trouvait rien à redire, je crois que cela doit vous suffire et que mon sentiment vous serait assez inutile. Si vous désirez cependant que je vous le donne simplement en trois mots, je ne puis qu'estimer ce que j'entends, admirer ce que je n'entends pas, et assurer l'auteur que je suis avec un profond respect et une vénération sincère, son très humble et très obéissant serviteur. »

C'est dire qu'il dut contribuer surtout pour sa part à éclaircir et à fixer la doctrine dont Bossuet formula si puissamment les grandes lignes. Mais la lutte une fois terminée, il ne visait plus (dût Bossuet se demander s'il n'y avait pas là trop de ménagements) qu'à la conclusion d'une paix véritable. Il l'avait désirée avec Arnauld. A. plus forte raison la voulait-il avec cet élève dont il avait lieu, somme toute, d'être

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