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singulièrement restreints !. Lors des réunions tenues pour recevoir de nouveaux membres, la Compagnie entérine purement et simplement le rapport qui lui est lu. Les assemblées du 6 mai sont précédées par une réunion du Cabinet, qui se tient la veille pour préparer les décisions à prendre, et désigner les officiers qui seront présentés le lendemain aux suffrages des confrères ; ceux-ci n’ont plus dès lors qu’à homologuer les délibérations de leurs officiers.
D'autre part ceux-ci restent de plus en plus longtemps en fonctions. On peut sans doute citer au xvire siècle des officiers qui veilièrent de nombreuses années sur les destinées du corps : tels Guillebert, qui fut procureur du collège des 66 de 1641 à 1653, et Berryer, à qui une délibération du 25 avril 1676, homologuée par un arrêt du Conseil, accorda le privilège de demeurer perpétuellement premier syndic. Mais, dans ce second cas tout au moins, il s'agissait de récompenser des services éminents ?. Au xvirie siècle, au contraire, de tels faits deviennent presque la règle : les premiers syndics restent souvent en fonctions six et sept ans, certains trésoriers comme Hémart restent vingt ans, et l’on voit Tisset, procureur en 1773 et premier syndic en 1782, être encore en fonctions en 1790. Ainsi s’affirme de plus en plus une omnipotence du Cabinet, contre laquelle protestent quelques secrétaires du Roi.
A dater de 1765, ce désir de certains de changer les statuts et les usages de la Compagnie semble vouloir s’exprimer par des essais de réforme. Le 30 avril 1768, d’aucuns déclarent que le règlement de 1672 oblige la Compagnie à élire chaque année deux nouveaux syndics, et qu'il convient, pour empêcher les abus, de revenir à la
1. Quelquefois d’ailleurs c'était l'assemblée elle-même qui s’en remettait au Cabinet de certaines affaires dont elle aurait pu connaître.
2. Signalons aussi que La Vrillière fut maintenu dans sa place de Doyen, même lorsqu'il eut transmis son office au marquis de Châteauneuf, son fils. Mais il s'agissait d’un Secrétaire d’État ; et c'était là un tel honneur qu’il faisait à la Compagnie que lorsqu'il l'avait accepté, Berryer, « animé par les marques de joie qui paraissaient sensiblement dans les yeux de la Compagnie (prit) occasion de témoigner. combien elle ché‘issait l’honneur de lavoir toujours à sa tête ». V[2] 62.
stricte observation de ce règlement. Les autres prétendent que la Compagnie est entièrement maîtresse de ses délibérations, et l’avis contraire n’obtient que 20 voix sur 100 opinants. Le 6 mai 1769, à l’occasion d’une discussion financière, un membre propose, pour étudier la question, de nommer dans les colonnes des commissaires qui en feraient rapport, ce qui revient à empiéter sur les fonctions des syndics : le Doyen proteste, et 175 voix contre 48 lui donnent raison.
En 1774, l'effort des novateurs se porta vers une autre prérogative qu’assumait le Cabinet : le choix des six députés qui devaient assister au sacre du Roi, «au-dessous des pairs ecclésiastiques, du côté de l’Epître ». Ils font remarquer le 20 juin que c’est là le rôle de l’assemblée, qui n’y déroge que par déférence pour ses officiers, et le procès-verbal de la séance est rédigé de telle sorte que les droits de l’assemblée sont affirmés. À la réunion du 20 février 1778, un confrère propose d'employer le scrutin pour toutes les décisions de la Compagnie, ce qui permettrait plus de silence et de-régularité : 88 voix se prononcent pour l’ancien usage, 64 contre. Le 28 juillet, l’as-: semblée étant réunie pour nommer un greffier, un secrétaire se lève pour demander qu’à l’avenir les officiers soient tenus de présenter trois candidats pour chaque fonction ; sinon l’assemblée à d’autant moins le choix que, les membres du Cabinet opinant les premiers, nul n’ose se prononcer contre le candidat qu’ils désignent. Il n'obtient pas gain de cause, mais on peut constater par les quelques scrutins que nous avons retracés que le nombre de ceux qui voulaient réformer les usages allait croissant”. L'époque révolutionnaire, en bouleversant
1. V[2]72et V[2] 75. Il est à remarquer que, pour les questions importantes, on voit apparaître à cette époque de véritables scrutins. C’est là l’indice d’une importante évolution et le signe d’un nouvel état d'esprit, d’ailleurs assez conforme aux idées du xvirre siècle.
2. A cette date se place un incident assez caractéristique, qui illustre bien les abus qui se produisaient. Le 10 août 1779, le doyen Le Bœuf déclare qu'il estime injurieux pour le trésorier le fait qu’il doit subir tous les mois la vérification de ses comptes et l’exhibition de sa caisse. Il avait été lui-même trésorier et devait rendre son compte, mais préféra démissionner plutôt que de le faire. Malgré ses protestations nombreuses, et son refus de présenter les
pièces justificatives, il dut cependant s’y résoudre sur les injonctions do toute la Compagnie. V[2] 74.
toutes les traditions, devait permettre à leurs idées de s'affirmer et de triompher.
En 1789, les novateurs adressent à cet effet des mémoires au Garde des Sceaux, et le 7 mai un membre écrit à la Compagnie : «Il y a plusieurs membres de notre Compagnie qui voient avec peine l’espèce de confusion, j'oserai dire l’irrégularité de nos assemblées. Il semble que nous n’y soyions appelés que pour dire « même avis» et nous retirer. Il n’y a peut-être que notre Compagnie dans le monde où l’on soit si constammentdu même avis, et où l’on soit si peu d'accord ; car lorsqu'il s'élève une question, plusieurs donnent leur avis à la fois, sans s’embarrasser s’ils sont entendus, et sans écouter celui des autres ; mais à la fin tout le monde est du même avis ».'Le 5 février 1790, Le Bègue, faisant fonctions de Doyen, essaye de montrer aux réformateurs que tenter de modifier les statuts de la Compagnie en une période aussi troublée risque de la faire disparaître. « Régénérer la Compagnie, dit-il, quelle entreprise et dans quel temps ! Dans un temps où son existence est précaire, où les circonstances demandent le silence ?..…. Ne nous livrons donc : plus à des agitations nouvelles ».
C'était la sagesse. Cependant, le 6 mai, on agite à nouveau la question des élections et Artaud obtient après une grande discussion la permission de lire un mémoire à ce sujet. Le lendemain, il poursuit son exposé et appuie son opinion sur celles de Rousseau et de l’abbé de Saint-Pierre, et sur Montesquieu, qui dit dans l’Esprit des Lois, livre IT, chapitre II : « dans une aristocratie, les suffrages ne sauraient être trop secrets ». Après une discussion longue et confuse sur les mérites respectifs du scrutin et de l’appel nominal, l’assemblée décide que désormais les élections se feront au scrutin secret. C'était là une grave atteinte à la tradition, une modification profonde de son organisation séculaire.
Mais la Compagnie elle-même allait disparaître, et les novateurs n’avaient obtenu qu’une victoire sans lendemains. On peut cependant remarquer que sa vie avait été traversée jusqu'à son dernier jour par de nombreu-
ses dissensions. Mais celles-ci ne furent jamais irrépara- . bles :«frequentes inter eos oriuntur controversiae, sed nunguam irreparabiles », ainsi que le dit Monsieur Spont. Les secrétaires savaient trop bien que leurs intérêts respectifs étaient solidaires. Au surplus ne formaient-ils pas une confrérie, et la charité n’était-elle pas la pre- mière de leurs vertus ? Fi
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Les opérations financières de la Compagnie