CHAPITRE IX
Les esclaves en Barbarie. — L'évèché de Babylone. — Vincent
de Paul, M. de Ventadour et le Canada. — Notre-Dame de Montréal. — La congrégation du P. Bagot. — Le P. de Rhodes à Paris. — Origines de la société et du séminaire des Mis-
sions étrangères.
Le zèle apostolique de la Compagnie devait faire sentir ses effets au delà même des mers. Ici encore, derrière une foule d'œuvres, derrière la plupart de celles de Vincent, c’est lé cénacle qu’on aperçoit, toujours vigilant, prompt à réunir des fonds, ingénieux à procurer tous les appuis ; et il a ses œuvres propres.
« Il y eut alors, dit par exemple d’Argenson à l’année 1653, il y eut alors de grands projets et de grandes entreprises de Missions étrangères auxquelles la Compagnie s'intéressa puissamment. Elle fit de merveilleuses contributions pour le soulagement spirituel des Hébrides, des Orcades d'Hibernie, de la côte d'Angleterre et pour les iles de l'Amérique... » , C’est bien là la liste des principales missions organisées par Vincent de Paul.
Aux missions extérieures se rattache, en un certain sens,le travail parmi les esclaves de Barbarie. Depuis sa captivité à Tunis,le saint n'avait jamais oublié les misérables dont il avait partagé le sort ; il avait fait, dans le silence de son cœur et devant Dieu, le vœu de les secourir
‘ Annales, p. 74 b (B.-F. 135).
un jour; mais, pendant quarante ans, l’occasion ne s’en était pas présentée. Nous savons maintenant qui fit naïtre cette occasion : en 1643, le 28 avril, la Compagnie de Marseille donna avis à celle de Paris « de quelques moyens qu'elle avait trouvés avec son pieux évêque, Jean-Baptiste Gault, pour faciliter la liberté de plusieurs chrétiens captifs en Barbarie ! ».
Les confrères de Provence ne s’en tinrent pas à cette ouverture. En leur nom, le chevalier de Simiane de la Coste vint à Paris. En même temps qu'il plaidait la cause des forçats, il dépeignait aux amis de la capitale les souffrances des esclaves détenus dans les Etats barbaresques. C’est à sa voix que Vincent se décida à demander à Lange de Martin, alors consul de France à Tunis, s’il consentirait à recevoir dans sa maison, en qualité d’aumônier, un missionnaire; il ajoutait que ni le prêtre ni le frère destiné à le servir ne seraient à la charge du consulat : la duchesse d’Aiguillon, l’une des plus habituelles bailleuses de fonds de la Compagnie, avait en effet promis de consacrer une somme à l’entretien des missionnaires qui seraient envoyés. Louis Guérin, prètre du diocèse de Bayeux, et le frère François Francillon partirent en 1645.
Mais le chevalier de la Coste avait encore une autre idée. Le consulat était alors une charge qu’on pouvait acheter comme les offices de judicature. C'était une vraie puissance de faire du bien ou du mal qui s’obtenait à prix d'argent. Gaspard de Simiane, retourné à Marseille, et frappé des services que le missionnaire Le Vacher avait rendus, en 1648, dans les fonctions de consul intérimaire, fit décider M d’Aiguillon à acheter les deux consulats de Tunis et d'Alger et à les offrir, avec la permission du roi, à Vincent de Paul. Celui-ci n'avait rien su de cette négociation. C'est la Compagnie du Saint- Sacrement qui, après avoir installé son œuvre en Barbarie, lui a procuré les privilèges qui ont fait sa force.
! Annales, p. 48 (B.-F. 90).
Elle n’oublia jamais, en outre, qu’à des efforts de ce genre il fallait beaucoup d'argent : le 9 avril 1654, sur un avis des extrêmes misères que souffraient les esclaves, elle « forma une petite assemblée des confrères qui eurent le mouvement de travailler à procurer des secours à ces pauvres affligés ! ».
Ce n'était là qu’une mission parmi les chrétiens captifs chez les infidèles. La Compagnie méditait depuis longtemps l'évangélisation des infidèles eux-mêmes. « On poussa jusqu’au Levant », écrit d'Argenson après avoir rappelé les efforts tentés, en 1639, à Paris et dans les provinces ?. Et ce simple mot de « Levant » révèle le rôle de la société cachée dans la preparation de certains projets qui reçurent alors un commencement d'exécution. En 1638, l'évêché de Babylone avait été institué sur les instances et grâce aux libéralités de M" de Ricouart, née du Gué de Bagnols, qui avait fourni soixante-six mille livres. La principale condition du don était que le premier évêque serait un religieux de l’ordre des Carmes déchaussés et que ses successeurs seraient tous Français. Le carme désigné par M" de Ricouart était Jean Duval, en religion Bernard de Sainte-Thérèse. Nommé évèque de Babylone, vicaire apostolique d'Ispahan et visiteur de Ctésiphon, il partit pour la Perse et arriva à Babylone le 7 juillet 14640. Tandis qu’il se rendait à son poste, la Propagande demandait à Vincent des missionnaires ou tout au moins un coadjuteur à lui adjoindre:; et ceci nous rapproche tout à fait de la Compagnie du Saint- Sacrement : tous les hommes auxquels Vincent songea successivement étaient des confrères. Ce fut d’abord Lambert aux Couteaux, puis Féret, enfin Brandon 3.
La tentative fut malheureuse. Bernard de Sainte-Thé-
’ Annales, p. 80 (B.-F. 144). Rapprocher Maynard, Saint Vincent de Paul, sa vie, son œuvre, t. I, p. 234-271, et Ruffi, Vie de M. le chevalier de la Coste, p. 167.
? Annales, p. 44 (B.-F. 83).
* Cf. Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 314-316, et Maynard, Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, t. IL, p. 459, 160.
rèse, maltraité par les Musulmans, malade, dut rentrer en France. Il vivait retiré, infirme, dans sa maison de la rue du Bac, se demandant s’il ne pourrait pas y installer un séminaire pour les missions de Perse. C’était un autre rève qui devait se réaliser dans cette même maison, un rève de la Compagnie, autrement ambitieux et vaste. Mais les jours n’en étaient pas encore venus.
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En attendant, une autre entreprise occupait très fort les principaux des confrères. Cette fois, Vincent était loin d'approuver en tout et de seconder les efforts commencés. Il écrivait, le 21 décembre 1651, à un de ses prêtres, assistant de la maison de Rome, en l'absence du supélIeUT :
J'avais su déjà par d'autres le dessein de la nouvelle Congrégation sous le nom de missionnaires des Indes, et sous l’intendance de M. de Ventadour. Nous n'avons rien à dire contre la nature de la chose, qui est bonne et louable ; au contraire, nous devons être grandement aises qu'il se trouve des hommes qui se donnent à Dieu pour le servir en cette sorte. Pour la personne, chacun sait qu'elle est de grande condition : il était duc et s'est fait chanoine de Notre-Dame. Mais ces messieurs s'appellent missionnaires : c'est ce qu'il est à propos d’empèêcher, s'il est possible, en représentant les inconvénients qui arrivent quand deux ou plusieurs compagnies différentes portent le même nom. Je vous prie de faire entendre que cette confusion de noms nous est fort préjudiciable, ce dont nous n'avons que trop d'expérience ‘.
Tout en ne se plaignant que de la similitude des noms, Vincent documentait d'autre manière son correspondant :
Je savais que l’on se remuait ici pour entreprendre cette œuvre, mais je ne savais pas qu'on en fit la poursuite à Rome, et encore moins que l’on eùt espérance de la faire ériger en congrégation. J'ai appris aussi qu'un certain abbé (qui ne l’est que de nom) en est le directeur, et qu'il élèvera ici des ecclésiastiques de ce séminaire en la cure de Gentilly, qu'il a prise à
! Lettres, t. IT, p. 374.
cet effet; et que M. de Ventadour sera le préfet général de ces missions, et comme le patriarche de l'Amérique, qui aura tout pouvoir du pape, et sans la permission duquel personne n'y pourra aller faire les fonctions ecclésiastiques. Si cela était, il serait fort à craindre qu'il n’y arrivät désordre, et déjà il y a un sujet de division tout formé.
L'on fait ici un armement considérable pour ce pays-là. Un docteur de Sorbonne y passe avec quantité de bons prêtres qu'il y mène, résolu de ne dépendre ni peu ni prou de qui que ce soit, que du Saint-Siège. Ce dessein est pris depuis longtemps et sera plus tôt exécuté que l’autre, parce que l'argent et les vaisseaux sont quasi-prêts.
Vous pourrez informer de tout cela le secrétaire de la Sacrée Congrégation et lui dire, comme de vous-même, qu'avant de rien accorder au sujet de cette prétendue érection, il est tout-àfait à propos d'écrire ici à Monseigneur le nonce, qu'il s’informe exactement des qualités de cet abbé, qui doit diriger ce séminaine tes
Par malheur, | « assistant » ne possédait pas la prudence diplomatique du saint. Il agit avec une vigueur que ses instructions ne conseillaient pas, et Vincent dut le modérer sans retard. II lui manda le 29 mars 1652 :
Vous avez-porté empêchement à la mission de M. de Ventadour, ce qui ne se devait jamais faire sans notre avis; je vous l'écrivis dès lors, prévoyant la chose qui en est arrivée ; et si je ne vous ai pas témoigné depuis que j'improuvais votre procédé, c'est parce qu'il n’y avait plus de remède. Il vaudrait mieux qu'il y eût cent entreprises de mission, quoique préjudiciable à notre Institut, que si nous en avions détourné une bonne, comme celle-là, sous prétexte de nous maintenir; car outre que ce projet pour les Indes est apparemment une œuvre que Dieu a suscitée, nous fàcherions quantité de personnes de condition et de vertu *.…
MLeLEreS AA ED-310.
* Lettres, t. 11, p. 407. Cf. la lettre à M. d'Horgni du même jour : € M. N.. m'a donné avis que M. de Ventadour continue à poursuivre le dessein de la Mission des Indes, et qu'il a envoyé à la Sacrée Congrégation plusieurs raisons contre le décret obtenu par le mème M. N...; de sorte que voilà un choc entre ce bon seigneur et nous, dont je suis navré. Je mandai même audit sieur N... qu'il commit cette affaire à la Providence sans qu'il y apportât aucun obstacle, de crainte de s'opposer aux desseins de Dieu et de choquer quantité de gens de bien et de A ; mais il s'était trop hâté, la chose était faite. » (t. I, p. 404).
Et Vincent tenait fort à ne point mécontenter ces « personnes de condition et de vertu » qu'il ne nomme pas. Plutôt que d’avoir l’air de travailler contre elles, il multipliait les démarches, il protestait partout de son zèle et de sa bonne volonté. Quelques jours après la lettre précédente, il écrivait à M. d’'Horgni, supérieur à Rome :
J'ai été obligé d'aller trouver ce bon monsieur, de lui faire nos excuses et de l’assurer que nous n’opposerions aucun empêchement au séminaire qu'il veut établir, comme de sa part il
m'a promis qu'ils ne prendront autre nom que celui que le Pape leur donnera ‘.…
Quelle est cette entreprise de mission ? Le nom de M. de Ventadour, l’allusion perpétuelle à des « personnes de condition et de vertu » donnent à penser que la Compagnie du Saint-Sacrement n’est peut-être pas étrangère à tout cela; et, en dépit du silence de d’Argenson, cette impression est bien exacte.
Le nom de Ventadour indique d’abord dans quelle direction il faut chercher. C’est du Canada qu'il s’agit. Au commencement de l’année 1625, le duc avait acquis de son oncle, le duc de Montmorency, la vice-royauté de ce pays et avait été confirmé dans sa charge par lettres patentes : « Il n’était poussé, dit Champlain, par d’autres intérêts que ceux du zèle et n’avait d'autre désir que de procurer la gloire à Dieu?. » Il établit Champlain son lieutenant, à l'exemple des autres vice-rois. Puis, il lui ordonna de « faire construire, dans la Nouvelle-France, telles forteresses qu'il jugerait nécessaires, pour assujettir toutes les peuples de ce pays et ceux des pays circonvoisins, et par ce moyen les appeler à la connaissance de Dieu et à la religion catholique, apostolique et romaine, dont il devait procurer l'exercice et la profession dans ces lieux ». Le duc était entré dans les vues que les PP. Récollets lui avaient exposées pour la conversion des indigènes. 11 leur déclara qu'il voulait
Lettres, t. Il, p. #16, 417.
? Relations. 1632, 2e partie, p. 78.
établir de grandes colonies où l’on attirerait les Indiens et les habituerait à la vie sédentaire, et des séminaires où l’on instruirait de jeunes Peaux-Rouges. Il promit son appui à ces religieux et fit agréer par Louis XIII leur union avec les Pères de la Compagnie de Jésus t.
Les missionnaires continuèrent leur œuvre. Quelques années se passèrent sans que Ventadour püt réaliser ses projets personnels. En parla-t-il devant la Compagnie du Saint-Sacrement ? C’est assez probable, puisqu'elle était, à ses yeux, l'instrument élu par la Providence pour l’extension du règne de Jésus-Christ: Quoi qu’il en soit, deux confrères, simultanément, furent bientôt hantés par l’idée de fonder une colonie catholique dans l'ile déserte et inculte de Montréal. L’un était M. Jérôme Le Royer de la Dauversière, receveur des tailles à la Flèche. « Il était persuadé, racontent ses biographes, qu'il devait donner commencement à une congrégation d’hospitalières, afin d’en former ensuite un établissement dans l’ile de Montréal. » Mais comme ces hospitalières ne devaient être destinées qu'aux soins des colons, lorsqu'ils ser?ient malades, il fallait d'abord aviser à l'envoi de ces colons. C'était justement le dessein que poursuisuivait, au même moment, M. Olier. IL pensait à bâtir là-bas « une ville qui serait à la fois le siège des missions, une barrière aux incursions des sauvages et le centre du commerce pour Îles peuples voisins »; par avance il la consacrait à la Très Sainte Vierge et l’appelait Ville-Marie. Les deux hommes se rencontrèrent par hasard à Meudon, chez le garde des sceaux. Faisaient-ils déjà partie de la même société secrète?? On croit pouvoir nous affirmer « qu'ils ne se connaissaient pas, qu'ils ne s'étaient jamais vus et n'avaient eu aucune sorte de rapport ensemble » ; on ajoute que, « poussés
! V. Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. I. p.210:
? Le 3 décembre 1659, la Compagnie de Grenoble sera informée de la mort de deux confrères ; l'un d'eux sera M. de la Dauversière, décédé le 6 novembre.
par une sorte d'inspiration, ils coururent s’embrasser comme deux amis qui se retrouveraient après une longue séparation ». En quelques minutes, ils se communiquérent l’un à l’autre leurs projets ; et M. Olier, sans retard, mettant entre les mains de M. de la Dauversière un rouleau d'environ cent louis d’or, lui dit: « Monsieur, je veux être de la partie {. »
Peu de temps après, c’est-à-dire dans les débuts de 1642, la Société de Notre-Dame de Montréal était organisée. Aucun document ne révèle les noms des associés. « Ils prenaient, dit Faillon, tant de soin de se cacher aux yeux des hommes, que, comme ils l’écrivaient l’année suivante au pape Urbain VII, presque tous n'étaient connus que de Dieu seul, quoiqu'il y eût parmi eux des magistrats, des comtes, des ducs, des dames de la première qualité, et que la plupart fussent très connus de Paris par le haut rang qu'ils occupaient 2. » Il fallait commencer par acquérir l’île de Montréal de M. de Lauzon, intendant du Dauphiné, qui la tenait de la grande Compagnie du Canada. L’acquisition fut faite par acte du 25 mars 1644. M. de la Dauversière et M. de Faucamp, son ami intime, reconnurent par cet acte n'avoir accepté cette ile que « pour et au nom de MM. les Associés de Montréal..…., auxquels parlant ils en avaient fait cession et transport, n’y prétendant pour eux-mêmes que comme membres de la dite Société ». En cas de litige, ces propriétaires inconnus n'auraient eu à présenter aucun titre certain. Un nouvel acte, le 29 mars 1650, désigna par leur nom sept associés : c'étaient Jean-Jacques Olier, Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers, prêtre, Alexandre Barreau, également prêtre ; Roger du Plessis, seigneur de Liancourt; Henri-Louis Habert, seigneur de Montmort, conseiller du roi et maître des requêtes ; Bertrand Drouard, écuyer, et Louis Séguier, sieur de Saint-Fir-
! Faillon, Vie de M. Olier, t. IT, p. 398, 399.
? Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. T, p. 437.
min. Olier, Barreau, Liancourt, Drouard, Séguier nous sont connus comme des confrères dévoués entre tous à la Compagnie. Quelques années plus tard, dans un nouvel acte du 31 mars 1656, les noms de Barreau et de Montmort disparaissaient, mais pour être remplacés par ceux de Morangis et de du Plessis-Montbard?. Il faudrait de la bonne volonté pour ne point reconnaître en la Société de Notre-Dame de Montréal un des comités que la Compagnie formait elle-même, qu’elle recrutait en grande partie parmi ses membres et à qui elle confiait la réalisation d’une de ses pensées pieuses ou charitables ÿ.
Ville-Marie avait été fondée en 1642. Les « associés », tout en ne cessant de lui envoyer des secours, méditaient de faire ériger en ce coin avancé de la Nouvelle-France un siège épiscopal. Ils avaient sous la main l’homme tout disposé pour l’établir ; et, par une rencontre à noter, cet homme était un confrère fervent, M. Le Gauffre, naguère conseiller à la cour des comptes et devenu prêtre. Mais il mourut en 1645. Il laissait vingt mille livres pour doter le siège et ie chapitre. Son testament ayant été attaqué par ses héritiers, un confrère, Godeau, évèque de Vence, intervint, le 25 mai 1646, devant l'assemblée du clergé au nom des associés de Montréal et démontra de leur part la nécessité de donner un évêque au Canada et d’appliquer à ce soin les fonds laissés par M. Le Gauffre.
En octobre 1651, M. de Maisonneuve, gouverneur de l'ile, passa en France pour demander de l’aide. Il réussit, et, en mars 1652, il envoyait à la sainte fille qui se sacri-
! Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. I, p. 100. M. Faïllon a lu, par erreur, Saint-Germain au lieu de Saint-Firmin.
? Inventaire sommaire des archives départementales de la Sarthe (t. IV, p. 209), série H, 1.807.
* C'est un confrère, M. Laîné de la Marguerie, qui, pour défendre l'entreprise contre certaines attaques, a écrit la brochure : Les vérilables motifs de Messieurs et Dames de la Société de Montréal. La première personne intéressée à l'œuvre par Olier avait été M. de Renty.….
fiait là-bas au bien de la colonie, Mlle Manse, des détails qui confirment les lettres de Vincent de Paul. Il avait vu Me de Bullion qui,-à ses dons précédents, en ajouta plusieurs autres, dont un de vingt mille livres, Elle remit cette somme à M. de Lamoignon (ce nom ne nous éloigne pas de la Compagnie du Saint-Sacrement), en lui disant qu’une personne de qualité faisait ce présent à Messieurs de la société de Montréal pour équiper et mettre des soldats au service de cette île, sous la conduite de M. de Maisonneuve. Et d'autre part les lettres de Vincent révèlent des détails que les historiens n’ont pas encore notés. Le projet de fonder des séminaires pour cette mission était fort avancé ; et le principal caractère de ces établissements devait bien refléter une des préoccupations les plus constantes de la Compagnie, son attachement'étroit et direct au centre même de la catholicité : ils auraient « rapport et dépendance au collège de la Propagande, à Rome », et tous les ecclésiastiques qui s’y formeraient iraient en Amérique « sous le bon plaisir de Nos Seigneurs de la Propagande, desquels ils seront dépendants t ».
Le docteur de Sorbonne que ces mêmes lettres représentaient comme sur le point de partir était certainement M. de Queylus, prètre de Saint-Sulpice ; et si Vincent prévoyait des divisions à propos de ce départ, c'est que M. de Queylus n'avait pas la sympathie des jésuites. Ceux-ci l’'empêchèrent, en 1657, d’être nommé évêque de la Nouvelle-France. Ils ne lui facilitèrent pas la tâche, quand il fut envoyé, cette année-là, au Canada, comme vicaire général de l'archevêque de Rouen dont la colonie dépendait. Lorsqu’en 1659, M. de Laval-Montigny, évêque de Pétrée, arriva dans la colonie en qualité de vicaire apostolique, ils purent être tranquilles ; c'était un de leurs élèves. Mais la Compagnie du Saint-Sacrement ne dut pas être moins satisfaite, car le nouveau prélat lui appartenait de la façon la plus intime. Il avait été lun des
1 Lettres, t. I, p. 412. 413. Cf. p. 422.
membres les plus actifs de la succursale de Caen et il ne cessa d’être en rapports avec les chefs mêmes de la cabale. « Le 28° de décembre 1659, dit d’Argenson, la Compagnie reçut une lettre de M. l’évèque de Pétrée qui l’assurait de son estime, et que, bien qu’il fût séparé d'elle de plus de 1200 lieues, il ne le serait jamais d’esprit. Je fus chargé de lui faire réponse au nom de la Compagnie et de le remercier des marques qu'il lui donnait de son affection si constante t ».
Pourquoi d’Argenson a-t-il passé sous silence la part évidente de la Compagnie en toute cette histoire?
Le pieux annaliste a été surtout altentif à nous renseigner sur un autre établissement apostolique. Grâce à lui, il est possible de mettre un terme aux discussions ouvertes entre deux familles religieuses sur les origines de la société et du séminaire des Missions étrangères ?.
Le P. Bagot, jésuite, avait fondé, en 1646, sous l’invocation de la sainte Vierge, une société de jeunes gens, clercs et laïques, distingués par la ferveur de leur piété et par les promesses de leurs talents. Les « amis » habitaient ensemble. Ils avaient vécu d’abord à l’auberge de la Rose blanche, près du collège de Clermont; puis leur nombre ayant augmenté, ils s'étaient transportés dans une maison plus vaste de la rue Copeaux (rue Lacépède d'aujourd'hui), au faubourg Saint-Marcel; et enfin, toujours pour le même motif, ils avaient dû louer deux autres maisons, une rue Saint-ktienne des Grès (actuellement rue Cujas) et l’autre rue Saint-Dominique. Les principaux membres, à la fin de 1652, étaient François de
! Annales, p. 110 6 (B.-F. 191).
? Parmi les livres à consulter — et à comparer — sur l'histoire qu'on va lire, je citerai. pour m'en être librement servi, les deux suivants : Launay. Histoire de la Sociélé des Missions étrangères {surtout le premier volume): — Le P. de Rochemonteix, Les Jésuiles à la Nouvelle-France (t. IN).
Laval, François Pallu, Vincent de Meur, Bernard Gonthier, Henri-Marie Boudon, Pierre de la Motte-Lambert et son frère, Nicolas Lambert de Boissière, Jacques de Bourges, François Bézard, Ignace Cotolendi, Michel Gazil, Poitevin, Pajot de la Chapelle. S'ils n'étaient pas encore membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, la plupart de ces personnages devaient y entrer avant peu.
La vie de prière, de travail et de charité était réglée si minutieusement dans cette société que celle-ci ressemblait beaucoup moins à une réunion de jeunes gens qu’à une communauté religieuse. Un soir, au diner, le P. Bagot amena un hôte. C'était le P. de Rhodes, jésuite et missionnaire en Extrême-Orient. Ses supérieurs l’avaient envoyé en Europe pour représenter au Saint-Siège les besoins des Églises du Tonkin et de la Cochinchine ; et le pape l'avait chargé de trouver quelques hommes dignes d’être nommés évêques dans ces régions lointaines. Le missionnaire avait alors parcouru l'Italie, le Piémont, la Suisse catholique. Il venait d'arriver à Paris dans les derniers jours de 1652 et continuait ses recherches. Il parla avec feu à ces « amis » qui le recevaient à leur table. Il leur révéla les œuvres d’Extrème-Orient, ce qui leur manquait, les espérances qu’elles donnaient...
Dès ce jour, quelques-uns de ses auditeurs se demandèrent s'ils n'étaient pas appelés à se mettre aux ordres du Saint-Siège. Le 14 février 1653, le jésuite annonçait à son général cette découverte inattendue d'hommes prêts à partir. Le comité du « Saint-Sacrement » dut en savoir quelque chose : «Il y eut lors (le 26 février), dit d'Argenson, de grands projets et de grandes entreprises de missions étrangères auxquelles la Compagnie s’intéressa puissammentt » Aussitôt, la Propagande prévenue ordonnait au nonce de choisir parmi ces jeunes gens les ecclésiastiques les plus propres à l’épiscopat, et le choix de M. de Bagni tomba sur Pallu, chanoine de Saint-Martin de
* Annales, p. 74 b, 75 b (B.-F. 135).
Tours, François de Laval, ancien archidiacre d’Evreux, Pique, prêtre pieux et savant. On chercha, en mème temps les ressources nécessaires pour les trois évêchés. La duchesse d’Aiguillon se montra comme toujours généreuse. Les confrères eux-mêmes donnèrent l'exemple ; et, au commencement de mai, ils firent des « contributions bien considérables pour soutenir les missions des jésuites en Levant ».
Il semblait aux jeunes apôtres qu’ils n'avaient plus qu’à partir. Mais le Portugal, qui prétendait au patronage des missions catholiques, faisait des difficultés à la nomination d’évèques français. En juillet 1653, Henri de Nemours, archevèque nommé de Reims, Vincent de Paul, du Plessis-Montbard, Colombet, curé de Saint-Germain lPAuxerrois, et plusieurs autres adressèrent au pape une supplique pour qu’il créàt au Tonkin et en Cochinchine des évêques in partibus, et qu'il les députät dans ces régions au nom du Siège apostolique. Quelques jours plus tard, le 14 août, la Compagnie, dit d’Argenson, « prit part aux desseins du P. de Rhodes, qui partait pour lc Tonkinavec des missionnaires de son ordre ! ».
Cependant, Rome temporisait pour vaincre à la longue l'opposition du Portugal. L'année 1654 s’écoula tout entière sans qu’on eût obtenu une réponse ferme. Dans les premiers mois de 1655, les trois amis désignés pour l’épiscopat se découragèrent. Pique accepta la cure de Saint-Josse, François de Laval se retira à Caen, dans l’ermitage de M. de Bernières-Louvigny, une succursale de la Compagnie. Pallu finit par hésiter un instant sur sa vocation. Ceux qui, dans l'ombre, avaient pris en main la cause des missions, travaillèrent si bien que, le 13 avril, PAssemblée du clergé chargea Godeau, un confrère, d'écrire au pape une supplique. La lettre n’eut pas plus de succès que les précédentes démarches, et le temps continuait de s’enfuir sans que le Saint-Siège décidât rien.
’ Annales, p. 71 (B.-F. 139). Le P. de Rhodes repartit en 1654.
Enfin, le 13 mai 1658, la Propagande proposa de désigner François Pallu et Pierre de la Motte-Lambert au choix du Pape. Il dut y avoir un frisson de joie, à Paris, dans le cénacle qui appelait depuis si longtemps cet acte. Le 31 du même mois, on y lut avec émotion des lettres du P. de Rhodes et l’on renouvela en quelque sorte le vœu solennel de fonder cette mission d’Extrème-Orient que le Saint-Siège semblait à la veille d'adopter. Le 17 août, Alexandre VII nomma les deux prêtres désignés évèques d'Héliopolis et de Béryte in partibus infidelium et vicaires apostoliques en Chine et les pays voisins. Dans l’intervalle, Pallu, La Motte-Lambertet François de Laval, qui venait d’être nommé évêque de Pétrée et vicaire apostolique au Canada, avaient sollicité de la Propagande l’autorisation d'ouvrir un «séminaire pour la conversion des infidèles, dans lequel seront formés ceux qui se destinent aux missions ». C'était là une des vues les plus chères de la Compagnie du Saint-Sacrement. La requête fut prise en considération ; et les instructions remises à Pallu recommandèrent de fonder à Paris un séminaire dont « les directeurs devront être des hommes prudents et pieux, habiles à gérer par lettres les affaires tant en France qu’à Rome, sincères pour que la sacrée Congrégation ait foi en leurs paroles, capables de porter un jugement sérieux sur les qualités et les aptitudes des autres, d’un àäge mür, pleins de la plus grande piété, et nullement occupés des choses du monde ». Pallu, sacré le 17 novembre, partit immédiatement pour Paris. Le 25, la Compagnie élisait une commission perpétuelle de quatre ecclésiastiques et de douze laïques pour travailler à cette œuvre ?. À partir de cette date, elle prend la direction de l’entreprise.
Elle pense surtout au séminaire qu'elle veut fonder. Mais elle s’applique à ne négliger aucune des questions matérielles qui surgissent. C’est elle qui cherche et
! Annales, p. 100 (B.-F. 177).
? Annales, p. 104 (B.-F. 182).
trouve l’argent nécessaire; et quand il est trouvé, elle s'efforce d'assurer à jamais ces ressources. Louis XIV promet à chacun des vicaires apostoliques une pension viagère de 4000 livres (qu’il portera plus tard à 3 000) ; Mes d’Aiguillon, de Ris et d'Orangis fournissent chacune une rente de 600 livres ; M®es de Bouillon, de Miramion et Fouquet font des dons qui varient de 3 000 à 6 000 livres; l'Assemblée du Clergé vote une subvention de 6000 francs. La Compagnie, de son côté, charge du Plessis-Montbard (7 août 1659), d'obtenir d'Alexandre VII qu’il « accepte le fonds des trois évèchés sur des bénéfices après la mort de ceux qui les consentiraientt ». Elle-même donne l'exemple de la générosité et multiplie les contributions ; elle fournit, en une seule fois, 420 000 francs ?.
Elle est en même temps tourmentée par la difficulté qu'il y à à transporter les nouveaux missionnaires en Extrème-Orient, les Portugais leur refusant le passage parce qu’ils sont Français, et les Hollandais parce qu'ils sont prêtres romains. Le 7 août 1659, du Plessis-Montbard lui propose la création d’une Compagnie de commerce qui supprimera cet obstacle. Les confrères entrent dans cette vue. Les négociations commencent aussitôt. On s'entend avec la Compagnie française de l'Orient et de Madagascar; et l’on fonde la Compagnie de la Chine pour la propagation de la Foi et l'élablissement du commerce dans l'Empire de la Chine, les royaumes du Tonkin et de la Cochinchine et iles adjacentes.
Pendant ce temps, la fondation du séminaire se poursuit. Avant de partir, par un acte du 44 juin 1660, La
! Annales, p. 108 (B.-F. 188).
? Mémoires de du Ferrier, p. 146.
* Le 13 août 1660, Vincent de Paul écrit à Joly, supérieur à Rome : « Je loue Dieu de ce que le dessein qu'on a formé à Rome d'y (?) établir un séminaire pour les Missions étrangères soit revenu à vous; il y a apparence que, si Dieu en veut l’exécution, il se servira de votre famille pour v travailler et qu'il lui donnera sa bénédiction pour cela; mais, humainement parlant, il sera malaisé de trouver des hommes bien propres et bien résolus pour cette vie apostolique. À la vérité il s'en pourra
Motte-Lambert constitue pour ses procureurs génÉTAUX, M. de Garibal et M. d’Argenson, laïques, M. Vincent de Meur et M. Fermanel de Favery, prêtres. Les trois premiers au moins de ces personnages sont parmi les chefs du « Saint-Sacrement ». Ils reçoivent de leur ami pouvoir « d'obtenir pour lui en son nom des lettres du Roi pour l'établissement d’une maison afin de disposer des ouvriers qui travailleraient à la conversion des âmes chez les infidèles, de présenter au nonce du pape tous ceux qu'ils jugeraient capables d’aller en mission, d'accepter pour lui toutes les fondations et donations qui pourraient être faites pour le bien de la Mission; de recevoir les revenus de ses biens personnels et des biens de la mission, de nommer d’autres procureurs s'ils ne voulaient plus de cette charge ou si l’un d’eux venait à mourir ; enfin, de faire comme s’il était présent en personne. »
La Compagnie fait, le 29 juillet, une contribution pour entretenir, en attendant leur départ, les missionnaires qui doivent s’en aller avec Pallu. Un troisième évêque, Ignace Cotolendi, est nommé. Il entre aussitôt en rapports avec la société. Il y est admis le 12 novembre 1660 et y prend séance; le 19 juillet 1661, il fait ses adieux aux confrères assemblés chez M.de Morangis?. Pallu doit s’embarquer le dernier. Il donne ses soins suprêmes à l’organisation de l’entreprise. Il recrute des séminaristes. Il achète une maison pour les loger. Enfin, sur le point de quitter Paris, par un acte du 3 novembre 1661, il nomme ses procureurs. Ce sont les mêmes que La Motte-
présenter qui entreront volontiers au séminaire; mais pour entreprendre volontiers ces missions lointaines avec le détachement et le zèle qu'il faudrait, il s’en trouvera peu. » (Lettres, CALE ID 2589)
‘ Archives Nationales, MM. 502, p. 5-12, et bibliothèque Nationale, Man. Fr. 15.796, p. 276-278.
? Annales, p.123 b, 127 b (B.-F. 212, 218). Les confrères s’adressaient à la libéralité du public dans des brochures d'appel : Avis pour les Missions du Tonkin el de la Cochinchine (in-8, 2 p.); Elal sommaire des Missions de la Chine et envoi de trois évéques dans les nouvelles Eglises de cel empire (in-8, 15 p.). Recueil Thoisy, t. 273.
Lambert a déjà choisis; il leur ajoute seulement deux autres membres de la Compagnie, M. Michel Gazil, prêtre, et M. de Ia Chapelle-Pajot, laïque.
Selon l'esprit et la lettre de ses statuts, la Compagnie, comme telle, ne sort pas de son obscurité. Elle travaille par ses membres qui ont l’air d'agir comme de simples particuliers. A cette date, elle est dénoncée aux pouvoirs publics; elle est condamnée, harcelée, toujours à la merci d’une descente de police. Elle n’en poursuit pas moins avec ferveur son rêve apostolique. La commission qu’elle a nommée, en 1658, pour s'occuper spécialement des missions commence à se réunir sans mystère, comme si elle n'était qu'une petite société consacrée à cette œuvre. Elle a sa séance tous les premiers dimanches du mois. Mais elle ne garde pas pour elle ses projets et ses joies. Elle communique tout à la grande Compagnie qui, malgré la persécution, est toujours l'âme de l’entreprise. « Dans l’assemblée du 26° de juillet (1661), dit d'Argenson, M. du Piessis-Monthard rapporta au long tout ce qui s'était passé-dans celle des missions et le voyage de M. l'évèqrc de Béryte de Lambert, de Rouen jusqu’à Bassora, dont on a fait depuis une belle relation imprimée. » « Dans l’assemblée du 26e d'octobre, dit-il un peu plus loin, M. de Morangis, supérieur, fil rapport de ce qui s'était passé dans celle des missions où M. l’'évèque d’Héliopolis prit congé de la Compagnie pour aller dans les lieux de sa mission, aux [Indes orientales ?. »
Cependant les temps deviennent de plus en plus mauvais. La Compagnie veut à tout prix que son œuvre lui survive. Il faut, pour cela, réaliser le vieux projet, toujours caressé, sans cesse ajourné. « M, du Plessis, baron de Montbard, à qui Dieu avait sans doute donné le don des œuvres par-dessus tous ses confrères, en eut la première vue; il proposa sa pensée à ses amis que la Compagnie avait nommés commissaires pour travailler aux
‘ Annales, p. 122 b, 124 (B.-F. 210, 212).
* Annales, p. 127 b, 128 b (B..F. 219, 220).
missions étrangères, et tous tombèrent d'accord qu'il fallait établir un séminaire pour soutenir ces sortes de missions et pour en former les sujets. »
Du Plessis-Montbärd n’a pas oublié les desseins que la Compagnie avait eu jadis sur Babylone et la Perse. Il sait que Bernard de Sainte-Thérèse a renoncé à faire de la maison qu'il a acquise rue du Bac le séminaire dont il avait eu lui-même l'idée. Il se charge d’entrer en pourparlers avec l’évêque infirme et découragé ; et en échange d’une pension qu'on lui assure durantsa vie, celui-ci cède son immense immeuble de Paris et tout ce qu’il possède à Ispahan. Le contrat de vente est conclu le 16 mars 1663; il est signé par MM. de Garibal et de Morangis, mandataires de la société secrète. Deux jours après, ceux-ci cèdent leur nouvelle acquisition à MM. Gazil et Poitevin, deux autres confrères. Le séminaire passe ainsi entre les mains des procureurs ecclésiastiques chargés de le diriger?. Les quatre représentants de la Compagnie adressent alors une requête à la cour, leurs amis interviennent en leur faveur, et, dès le mois de juillet, Louis XIV signe des lettres patentes dont le préambule semble avoir été rédigé par les hommes que sa police poursuit à ce moment même :
Depuis qu'il a plu à la Bonté divine de nous donner la paix si nécessaire au culte dela Religion et à la tranquillité publique, nos principales vues ont été, par la reconnaissance que nous devons aux soins de la Providence sur notre personne et notre Maison royale, de réprimer autant qu'il nous a été possible le progrès de l’hérésie que les misères du temps ont à notre grand regret fait tolérer dans ce Royaume, empêcher le cours des erreurs naissantes et nouvelles sectes du jansénisme, et d'étendre la religion catholique au delà de ses bornes ordinaires pour en porter la lumière: jusque dans les extrémités du monde...
! Annales, p. 141 b (B.-F. 242).
? Annales, p. 142 (B.-F. 242). Tous les documents officiels qui se rapportent à ces négociations sont reproduits dans le recueil qui a pour titre : Actes primilifs concernant l'établissement du séminaire des Missions élrangères, Paris, 1750, in-fol. (bibl. Nat. La ® 4). V. aussi aux archives Nationales, MM. 501, notamment p. 13-52.
Ces lettres sont enregistrées par le Parlement le 7 septembre 1663. Le roi promet une rente de 15 000 francs. Le 27 octobre, le prieur de Saint-Germain-des-Prés, qui a juridiction sur le faubourg, installe Gazil et Poitevin, nomme Gazil supérieur, et bénit la chapelle de la maison. C’est un confrère, l'abbé Bossuet, qui prononce le discours d’inauguration; et tous les chefs du « Saint-Sacrement », Conti, Garibal, le marquis de Laval, Morangis, l’abbé d’Argenson, d’autres encore, sont là, dans l’assistance, bénissant les voies mystérieuses de la Providence qui permettent de réaliser, en pleine tempête, le projet le plus cher de la Compagnie.
La nomination de Gazil n’est pourtant que provisoire. Le 41 juin 1664, une réunion générale se tient dans la chapelle, en présence de l’évêque de Rodez, Abelly. Vincent de Meur est nommé supérieur, Bézard assistant et Fermanel économe. Le 5 août 1664, le cardinal Chigi, légat en France, approuve la fondation au nom du Saint- Père. La Société et le Séminaire des Missions étrangères ont désormais une existence officielle.
Il était temps d'aboutir. « Ce séminaire, dit d’Argenson, a été le dernier ouvrage de la Compagnie du Saint-Sacrement; ç’'a été le Benjamin qu’elle a enfanté au lit de la mort, et en vérité il a hérité de tout le zèle qu’elle avait pour la publication de l'Evangile dans tous les pays étrangers. Ainsi il supplée à tout ce que la Compagnie pourrait faire sur ce sujet, et les directeurs qui se sont liés ensemble pour gouverner ce séminaire ont eu des succès et des secours au delà de ce qu’on pouvait espérer; aussi est-ce entre leurs mains que je dépose l’histoire de cette Compagnie qui a servi de mère à ce saint ouvrage, et si Dieu veut qu’elle ressuscite quelque jour, on trouvera chez eux les mémoires et les moyens de la rétablir £. »
‘ Annales, p. 142 (B.-F. 242).