‹ La Compagnie Du Très Saint-Sacrement De L'Autel: La Cabale Des DevotsChapitre 16 sur 37 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les ordonnances contre les blasphémateurs. — Les mutilations. — Une série d'arrêts. — François d'Oches et Simon Morin. — Un exploit de Des Maretz de Saint-Sorlin.

La brochure lancée, en 1655, contre les Compagnons du Devoir contenait ces mots : « Cela ne mériterait pas moins que le feu temporel, en attendant le feu éternel qu'ils ne peuvent éviter, tandis qu'ils persisteront en cet état malheureux. » La Compagnie prenait au tragique son devoir de rétablir l’ordre dans les âmes. Elle avait une horreur particulière des « blasphémateurs publics » et réclamait, par tous les moyens, leur châtiment « afin qu'ils servissent d'exemple ». Et sa joie était grande, quand elle avait vengé l’honneur de Dieu.

En 1633, elle eut avis « qu’un insigne blasphémateur était prisonnier pour ses impiétés et que M. de la Nauve était son rapporteur ». Aussitèt «elle députa vers M. le Chancelier (Pierre Séguier), pour empêcher qu’on ne tirât par faveur cette affaire du Parlement et chacun sollicita les juges de sa connaissance pour les convier à faire une justice exemplaire de ce malheureux qui, après de grandes longueurs de procédure, fut à la fin condamné et exécuté en Grève le 28 de janvier 16391. »

Durant ces édifiantes négociations, elle avait eu une

Annales, p. 22 b (B.-F. 47).

PRET EN did

grande joie. Le roi s'était décidé à publier une déclaration qui fut enregistrée au Parlement le 9 mars 4636 et qui marquait un singulier progrès. De tout temps, les souverains avaient eu quelque répugnance à ordonner contre le blasphème la peine des mutilations. Saint Louis lui-même, après l'avoir admise en 1264, l'avait supprimée. François I l'avait édictée de nouveau. Mais Henri IH, Charles IX, Henri IT l’avaient abolie, et Henri IV avait obstinément refusé de la rétablir. Louis XIII rompait avec cette tradition ; et il condamnait « les blasphémateurs de Dieu, de la Vierge et des Saints jusque à la quatrième fois inclusivement à des amendes redoublées ; pour la

cinquième, à être mis au pilori ; pour la sixième, à avoir

la lèvre de dessus coupée ; pour la septième, à perdre la lèvre de dessous ; et, pour la huitième, à avoir la langue arrachée ». Cette déclaration fut renouvelée, d’après d’Argenson, en 1639 et vérifiée au Parlement le 29 mai. « La Compagnie, ajoute-til, chargea des particuliers de convier le lieutenant civil et le prévôt des marchands à s’en servir pour empêcher les jurements qui se faisaient tous les jours à la Grève et sur les autres ports de la rivière ». Cette démarche ne devait pas être isolée et faite une fois pour toutes. « Dans toutes les occasions où la Compagnie a cru pouvoir venger Dieu des injures que les impies et les blasphémateurs lui ont faites, elle a beaucoup travaillé avec beaucoup de ferveur, soit dans les choses arrivées à Paris, soit pour celles qui lui étaient recommandées par les Compagnies des Provinces ». Elle expédiait de temps en temps, dans toutes les directions, un mot d’ordre de vigilance et de sévérité. « M. de Rigoulène, disent les procès-verbaux de la succursale de Limoges le 18 juillet 1647, a été député pour faire mettre en pratique l’arrêt qui nous a été envoyé par messieurs nos confrères de la Compagnie du Saint-Sacrement de Paris, touchant les jureurs et blasphémateurs du nom de Dieu: ». Le 18 décembre de cette année, le Parlement de

4 V. les extraits de ces Procès-verbaux publiés par M. A. Leroux dans le Bulletin de la Sociélé archéologique du Limousin,

Paris rappela, dans un arrêt général, les dispositions essentielles de la loi, en insistant sur la menace des mutilations. Surtout on se proposa de profiter de l’heure solennelle où Louis XIV déclarerait sa majorité. Toutes les influences jouèrent autour du jeune roi et de la reine mère {. Et lorsque le souverain se rendit, ‘le 7 septembre 1651, au Parlement pour annoncer qu’il prenait la conduite de l'Etat, il fit lire et enregistrer sur l’heure un édit qui renouvelait toutes les prescriptions saintement féroces de Louis XIII. Mais les désordres de la Fronde n'étaient guère favorables à l'exécution d’un tel édit. Aussi la paix était-elle à peine rétablie que la Compagnie chargeait une commission de préparer une nouvelle déclaration sur cet objet? Le Parlement rendit bien, le 6 juillet 1655, un arrêt général contre le blasphème et proclama les peines portées. Mais la Compagnie révait une nouvelle intervention de Sa Majesté; et le 6 juillet 1656, elle s’occupait de la faire soiliciter*. Surtout, en attendant de l'obtenir, elle fit en sorte que les lois en vigueur fussent appliquées. Elle n’y réussit pas trop mal, On n’a, pour s’en assurer, qu’à parcourir une brochure que des personnes bien intentionnées publièrent, en 1661, pour l'édification des bons et l’avertissement des impies * :

Arrêél du 8 mars 1655. Claude Poulain, dit Saint-Amour, de

t. XXXIIT, p. 58-76. Le 29 juin 4655, les confrères de Grenoble reçoivent sans retard l'arrêt prononcé, le 19, contre Mercier, dit Maison-Rouge.

Vincent de Paul et Olier intervinrent avec vigueur (Faillon, Vie de M. Olier, t. IT, p. 264, 265).

? Annales, p. 73 b (B.-F. 132).

® Annales, p. 91 (B.-F. 161).

* Divers arréls de la cour du Parlement rendus ensuile de la déclaration du roi, vérifiée en Parlement, Sa Majeslé y séant, contre les blasphémateurs du Saint Nom de Dieu, de la Sainte Vierge el des Saints. — À Paris, chez Nicolas Bessin, M.DC. LXI. Archives Nationales AD. IT, 2. Un autre carton (AD. III, 5) renferme des exemplaires séparés de certains de ces arrêts : ceux du 8 mars et du 19 juin 1655, du 13 mars 1656 et du 25 juin 1661.

Thorigny, « condamné à être tiré de la prison de Senlis à jour de marché et conduit nu en chemise, la torche au poing, la corde au col, attachée sur une claie au cul d'un tombereau, audevant de la principale église de Senlis, et là faire amende honorable, puis être conduit au marché pour y être pendu et étranglé, son corps et son procès brûlés et réduits en cendres, et les cendres jetées au vent... »

Arrét du 19 juin 1655. Pierre Mercier, dit Maison-Rouge, tavernier, condamné à la même peine.

Arrét du 19 août 1655. Pierre Bernier, condamné à être pendu et étranglé « pour avoir juré et blasphémé le Saint Nom de Dieu en jouant aux cartes et aux quilles. »

Arréf du 13 mars 1656. Louis Juppin, porteur de hottes, condamné « à être fustigé nu de verges aux treize carrefours du faubourg Saint-Germain, puis mis au carcan, ayant écriteau devant et derrière. »

Arrêt du 19 janvier 1657. Denis du Bois, condamné à l’amende honorable et aux galères à perpétuité.

Arrêt du 16 avril 1657. Pierre Jolly, laquais, condamné à faire amende honorable et à être pendu.

Arrét du 28 mai 1657. Denis Ambroise, dit le Turc, condamné à l'amende honorable, au fouet et à neuf ans de galères.

Arrét du 14 juin 1657. Marin Damnet, condamné à l'amende honorable et banni du royaume pour cinq ans.

Arrét du 14 juin 1657. Alexis Layeau, bonnetier, condamné à l'amende honorable et cinq ans de galères.

Arrét du 25 juin 1661. Jean de Bergues, dit Jean le Vert, condamné à faire amende honorable, à avoir la lèvre de dessus et celle de dessous fendues, à être rompu vif, son corps brûlé et ses cendres jetées au vent'.

Un si beau zèle n’aboutissait pas toujours à des victoires aussi éclatantes. La cabale devait parfois réduire son ambition à faire disparaître les gens ; et sa tristesse était profonde quand le malheur des temps les rendait au plein jour. En 1649, un « misérable déiste » fut mis à la Bastille pour le scandale excité par ses discours. CH y fut retenu longtemps par les soins de la Compagnie, qui fournit à sa subsistance pour empêcher sa sortie. Mais comme les méchants trouvent toujours trop de protection parmi le monde, il fut à la fin mis en liberté et Ja

1 Cette liste n'est pas complète. Elle ne mentionne pas, par exemple, l'exécution d'un blasphémateur qui est racontée par Loret, dans la Muse historique, à la date du 19 mai 1695.

Compagnie abandonna cette affaire entre les mains de la Providence. » Elle avait « fort sollicité « contre lui ft.

IT

En 1639, les affidés de Bordeaux lui avaient dénoncé un nommé François d'Oches, et l’on était parvenu à empècher l'impression d’« un fort mauvais livre qu'il avait fait contre la pénitence, la direction et le respect dû aux pasteurs de l'Eglise sous prétexte des excellences de Pamour de Dieu »?. Plus tard, on apprit que, sous le surnom bizarre de « secrétaire de Saint-Innocent », il « dogmatisait publiquement » dans le cimetière de Saint-Innocent, dans les rues et par les places, et qu’il distribuait des libelles. Ces écrits ont l’air d’avoir consisté en brochures et en placards dont le contenu aurait dù inquiéter surtout sur la raison du personnage $. François d’Oches y développe quelque part pourquoi, « ayant porté jadis des moustaches et de longs cheveux par vanité, il en porte maintenant pour la vérité, comme la Madeleine convertie, pour glorifier Dieu et lui gagner tous ceux qui en portent ». Il est vrai que ce déséquilibré parlait aussi avec irrévérence « des mercenaires pasteurs et impies chrétiens qui sont entremêlés parmi les bons dans le champ de l'Église » ; cela pouvait conduire en de détestables révoltes et méritait bien, à défaut du bücher, le cachot éternel. On l’arrèta pour l’enfermer dans les prisons de l’officialité avec quelques autres illuminés, parmi lesquels Simon Morin.

Annales, p. 61 (B.-F. 112).

* Annales, p. 44 b (B.-F. 8%).

5 Voir dans le recueil formé par Châtre de Cangé (bibl. Nat. imprimés Ln°’414.856) une note manuscrite sur les écrits de François d'Oches. Un exemplaire d'un des factums de cet individu (Abrégé de l'Arsenal de la Foy) est aux archives Nationales, dans un petit dossier relatif à Simon Morin : AD.III, 20 (220).

Morin { était né vers l’an 1622, à Richemont, près d’Aumale, dans le pays de Caux. D'abord commis chez le trésorier de l'extraordinaire des guerres, puis écrivain copiste, il entra de bonne heure en relations avec les illuminés, fut gagné par leur système, et fut arrêté une première fois, dans une sorte de rafle, à une date qu’on a pas encore précisée. Emprisonné à l’officialité, il parut surtout dérangé d'esprit et fut renvoyé. C’est durant cette captivité qu’il conquit sa première disciple, la demoiselle Malherbe, qui, visitant par charité sa prison, lPavait trouvé « sur la paille, avec une patience comme celle de Job » et à laquelle il avait paru « comme un saint? ». Remis en liberté, il avait commencé à prècher ses doctrines dans la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois. Il habitait chez une fruitière, à côté d’un jeu de paume; et quand les joueurs venaient se rafraîchir, il les catéchisait. « Plusieurs esprits faibles, dit le P. Nicéron, s'étant laissé séduire par ses discours, sa chambre ne fut plus assez grande pour contenir tous ceux qui venaient l’écouter; il fut obligé de louer un plus grand appartementdans une maison voisine ». Mais il fut dénoncé, arrêté le 28 juillet 1644 et conduit à la Bastille. Il y resta vingt et un mois. Après sa sortie, il composa lelivre de ses Pensées, imprimé en 1647.

? Consulter : Les vies de Simon Morin et de François Davenne, son disciple. S. 1. n. d. in-12. Ce petit livre est tout simplement extrait des Mémoires du P. Nicéron, t. XXVIL p. 36 et suivantes.

? D’après Des Maretz de Saint-Sorlin, dans le document dont il sera parlé plus loin.

# En voici le titre complet : Au nom du Père, du Fils el du Saint-Esprit. — Pensées pe Morin, dédiées au Roi. Naïve el simple déposilion, que Morin fail de ses pensées aux pieds de Dieu, les soumettant au jugement de son Église très Sainte, à laquelle il proteste tout respect el obéissance, avouant que, s'il y a du mal, il'est de lui, mais s'il y a du bien, il est de Dieu, et lui en donne toute gloire. Suppliant très humblement loutes personnes, de quelque condition qu’elles soient, de le supporter un peu pour Dieu, à cause de la vérité qu’il a à dire, et pour iaquelle il encourrail la condamnation de Dieu, s'il se taisail. Avec approbation. 1647. — In-8°, 176 pages.

Sa doctrine est celle des « Frères du Libre Esprit» qui, depuis le moyen âge, n’a jamais disparu. Il y a trois règnes : celui du Père ou de la Loi mosaïque, celui du Fils ou de la Grâce, et celui du Saint-Esprit ou de la Gloire. Ce dernier a commencé. Désormais Dieu gouvernera les âmes par des moyens purement intérieurs, sans qu’elles aient besoin ni de l'autorité de l'Eglise, ni de la médiation de Jésus-Christ, ni du sacrifice de la messe, ni des sacrements, ni du culte extérieur. Il suffit d’adorer Dieu en espritet en vérité. Ceux qui possèdent son amour en eux, et qui en sont assurés par le témoignage intérieur, n’ont besoin de rien autre. Arrivés à l’état de perfection ou de gloire, ils n’en peuvent plus déchoir. Ils ne péchent plus ; ou plutôt les actes d’impureté, d’adultère, de vol, d’homicide, quoiqu'ils puissent les commettre, ne sont point péchés pour eux; ils sont opérations de la volonté de Dieu en eux et servent à abattre l’orgueil humain. Dieu a des élus, vrais membres de l'Eglise, dans toute nation et dans toute secte.

La prophète n’hésita pas à apporter au curé de Saint- Germain-l’Auxcrrois le livre de sa révélation, « un livre tout divin, disait-il, et qui ouvraitaux pécheurs lagrande porte du ciel suivant les ordres de Dieu ». Le prètre lui demanda de qui il tenait sa mission. Il répliqua qu’elle était encore plus certaine que celle du curé, le curé la tenant des hommes et lui l'ayant reçue de Jésus-Christ incorporé dans son nouveau serviteur. Le prêtre lui parla des châtiments qu'ilencourait : « Je ne serai jamais assez lâche, répliqua-t-il, pour dire : Transeat a me calix iste ». Simon Morin, sorti sur ce mot, pensa que la place n’était plus sûre. Il ne se trompait pas. Le curé avait couru avertir le lieutenant de police. Mais quand l’exempt se présenta au domicile de l’apôtre, il avait déjà déguerpi avec sa femme et ses enfants.

Il s'était réfugié, sous un faux nom, dans une maison de l’île Notre-Dame. Il y prenait les plus minutieuses précautions pour se cacher. Ilse sentait pourtant entouré de surveillants malintentionnés. Dans une lettre du 45 oc-

tobre 16471, il a l’air de viser un membre d’une de ces communautés ouvrières que la Compagnie avait fondées pour combattre l'esprit mauvais :

Cher tailleur, si j'apprends que vous ayez encore exercé la charge d’espion et de fureteur à mon égard, foi d'homme d'honneur, je vous rabattrai vos coutures ou vous me rabattrez les miennes à la première rencontre, et ne vous y jouez pas. Voilà qui est bien étrange qu'il faut que mes affaires soient rognées de si près quelles passent même entre les mains d’un tailleur si dévot. Voyez la belle perfection. Vraiment cela est honteux et porte vergogne au nom de chrétien que des personnes si dévotes, ou du moins qui en font les mines, s’emploient à médire, espionner et fureter les affaires et actions du prochain, sans se soucier de ruiner les familles et de les perdre de réputation en calomniant les innocents; et si ce sont des dévots (au moins bâtards) qui s'occupent de ces œuvres de ténèbres, hélas ! il est bien dit de vous, à aveugles, que les ivrognes et les paillards vous précéderont au royaume des cieux...

Le commissaire Picart, rentrant un soir chez lui, avec son clerc et son laquais, rencontra un jeune garçon qui, pour éclairer ses pas, portait une chandelle entourée d’un papier formant lanterne. Sur cette feuille, il lut ces mots : Pensées de Morin. Il aborda l’enfant, le caressa, lui dit qu'il cherchait depuis longtemps son père pour lui communiquer une heureuse nouvelle ; et le pauvre petit — c'était bien le fils de l’illuminé — conduisit tout droit le commissaire chez la victime qu'il avait flairée. Picart, qui avait ordonné tout bas à son laquais d’aller chercher sa robe et avertir le guet, se présenta avec son clerc chez Morin comme deux prosélytes qui avaient hâte de rendre leurs hommages au nouveau Messie. Il ajoutait que plusieurs personnes de leur entourage souhaitaient aussi d’être de ses disciples. Il l'amusa jusqu’à l’arrivée des sergents. Morin fut conduit, pour la deuxième fois, à la Bastille.

Cette fois encore, il en sortit. Le 7 février 1649, il avait signé, entre les mains de l’abbé de Montmorency, une

!Ilyen a une copie dans le petit recueil, déjà indiqué, de Châtre de Cangé.

rétractation formelle de ses erreurs qui lui ouvrit les portes de sa prison {. Quatre mois après, pour plus de sûreté, il la renouvelait encore 2. Au fond, il n'avait renoncé à aucune de ses idées et il les enseignait toujours à quelques initiés. Mais le « Saint-Sacrement » veillait. «M. d'Irreval, depuis nommé le président de Mesmes, et quelques autres de ses amis, firent prendre prisonniers, aux dépens de la Compagnie, deux particuliers de la secte des illuminés ». C’étaient Morin et d'Oches. Le nom du président de Mesmes fait penser à cescordonniers et à ces tailleurs réunis en communautés, sous la protection de ce magistrat, et qui servaient si bien la police spirituelle de la Compagnie. Nous savons, d’autre part, que Jean Beaumais, un grand ami de M. Olier et de M. de Morangis, un de ces artisans qui faisaient de la controverse la plus grossière une profession et un gagnepain, contribua fort à la précieuse arrestation. « Cet homme, nous raconte un espion dont il sera parlé tout à l'heure, cet homme, durant la guerre de Paris, ayant reçu avis de la cabale de Morin, fit en sorte de prendre connaissance avec eux et de faire semblant de vouloir être de leur secte, comme d'effet ils le crurent, de sorte qu'il fut longtemps parmi eux comme pour en être instruit... et il les fit enfin prendre prisonniers. » Morin fut enfermé pour la seconde fois dans les prisons de l’officialité.

Son compagnon et lui, dit d’Argenson, y furent retenus longtemps, « nourris des aumônes du coffret ». Satisfait d’avoir retiré de la circulation les fauteurs de doctrines blasphématoires, le comité de salut catholique entendait

Déclaralion de Morin, depuis peu délivré de la Bastille, sur la révocation de ses PeNsées, données au public par les mauvais souffles, empoisonnements el enchanteries, que le Démon lui avail donnés pour tromper les hommes, sous prélexle de Religion, etc. Paris, 1649. — In-4, 4 pages (bibl. Nat. Ln°? 44.858).

? Déclaration de Morin, de sa femme et de mademoiselle Malherbe, louchant ce qu'on les accuse de vouloir faire une secte nouvelle, el comme quoi ils ont loujours élé el demeurent soumis à l'Eglise. 1649. — In-%, 4 pages (bibl. Nation. Ln°*' 14.859).

que ce füt pour toujours. On résolut d'agir auprès de l'assemblée du clergé, et par elle. Le 5 août 1650, le nonce fit dire aux prélats réunis qu'il avait oui parler d’ «une certaine secte d’illuminés, qui sèment parmi le peuple des doctrines nouvelles et très pernicieuses », que deux de ces insensés avaient été mis dans les prisons de l’officialité de Paris et qu'il serait « nécessaire d’exterminer une si malheureuse secte ». Il avait remis à l’archevèque de Reims un mémoire très complet, et l'assemblée, effrayée par la lecture de ces maximes, délégua l’évêque d'Orléans et l'abbé de Boisdauphin pour s'entendre avec l'archevêque de Paris ou son coadjJuteur.

Le 8 août, Mgr d'Orléans rendit compte de la conversation qu'il avait eue avec l’official, M. du Saussay, « au sujet des nommés Morin et d’Oches, détenus dans les prisons de l’officialité comme fauteurs d’une secte nouvelle d’illuminés. M. du Saussay lui avait dit qu'autrefois les mêmes personnes avaient été mises dans la Bastille, pour le même sujet, dont ils étaient sortis à la faveur des derniers troubles de Paris; qu'ayant continué à dogmatiser, il en avait reçu des plaintes sur lesquelles il avait décrété contre les mêmes personnes et contre un autre prêtre qui dogmatisait avec eux ; en vertu duquel décret ils avaient été mis tous trois dans les prisons de l'officialité. Que de leurs amis ayant présenté requête au Parlement, pour les faire élargir, MM. du Parlement et MM. les Gens du Roi, informés du sujet de leur emprisonnement, n'avaient rien voulu ordonner sur leur requête, et avaient jugé à propos de les tenir prisonniers et d’étouffer le sujet de leur emprisonnement. » L'official avait ajouté « que, si le clergé voulait donner mille ou douze cents livres, on les mettrait en état qu'il n’en serait plus parlé ». L'assemblée vota le crédit. La

1 Procès-verbaux de l'Assemblée du clergé de France, t. III, p. 696. Voir aussi : Récit vérilable du procédé fail en l'officialite de Paris contre certains nouveaux dogmalistes (bibl. Nat. Ln°' 14.857).

sinistre promesse de M. du Saussay faillit s’accomplir. Mais la Compagnie avait rêvé le châtiment public et exemplaire des: illuminés. Elle intrigua pour qu'ils fussent transférés à la Conciergerie et jugés. Cet acharnement les sauva. Car le Parlement refusa de les envoyer en place de Grève et il expédia Morin, comme fou, aux Petites-Maisons. D'Oches fut sans doute reläché!. Quant à son maitre et ami, il réussit, en 1656, par une rétractation générale à faire croire à sa guérison; et il fut mis en liberté. La Compagnie du Saint-Sacrement perdait de nouveau sa proie. « Si les magistrats, dit à ce sujet d’Argenson avec une certaine mélancolie, ne soutiennent les bonnes intentions d’une Compagnie qui n’agit que par voies excitatives, il est impossible qu'elle réussisse dans ses entreprises. »

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