CHAPITRE IV
Les galériens. — À Paris et à Marseille. — Les Dames de la Charité. — Saint Vincent de Paul et la Compagnie. — L'hôpital général. — La Société des prisons. — Un secrétariat du peuple. — Les « amis de la jeune fille ».
Dès que la Compagnie du Saint-Sacrement fut organisée, le duc de Ventadour en fut nommé supérieur. C'était justice. Mais il ne semble pas que, par la suite, il ait joué, dans cette société dont il était le père, un rôle très éminent. De 1632 à 1645, il n'est plus nommé par d’Argenson. A cette dernière date, on l’aperçoit dans une fonction toute décorative. Avec M. de la Bénhardière, il attend, à sa descente de carrosse, M. de Bagni, archevêque d'Athènes et nonce du pape, qui venait en visite. Il lui sert, avec son confrère, d’introducteur et de maïtre des cérémonies ; après la séance, il reconduit Sa Gran deur jusqu'à la voiture. Et c’est la dernière fois que, dans les Annales du Saint-Sacrement, il nous soit parlé de lui ?. On n'ose pas supposer que les meneurs visibles ou occultes de l’œuvre pouvaient penser à son sujet comme Vincent de Paul : « J’ai connu, disait celui-ci, des hommes saints professant l'épée, sans compter ceux des autres professions, qui y faisaient merveille et qui, étant passés en l'état ecclésiastique, n’y ont fait presque aucun bien # ».
‘ Annales, p. 10 b (B.- * Annales, p. 49 b (B.- DUeUIIeS AIDES SDS
Aussi bien l’activité du Saint-Sacrement est-elle, dès les débuts et jusqu’à la fin, parfaitement anonyme. La cabale est si discrète et si cachée que ses œuvres les plus importantes sont attribuées par les historiens à quelques hommes dont elle s’est servie pour les créer et qui en retiennent, devant le public, tout l'honneur.
Un des premiers soucis de la Compagnie fut l’amélioration du sort des condamnés aux galères. Elle s’en occupa dans les derniers mois de 1630, avant même ses négociations infructueuses avec l’archevêque de Paris. Ces malheureux, nous est-il raconté, « ne sortaient plus des basses fosses et on ne les mettait point à la chaïne, de sorte que, faute de prendre l'air, ils pourrissaient tous vivants ». La société fut touchée, de cette misère « qui souvent même faisait mourir de ces condamnés, et privait le roi du service qu'ils pouvaient lui rendre ». En payant la solde de quatre gardiens, elle obtint qu'ils seraient conduits sur le préaut.
La pensée s'impose d’abord que l’infatigable bienfaiteur des galériens, Vincent de Paul, est là, qu'il supplie ses confrères en faveur de ces infortunés, qu’il les obsède avec éloquence et les décide à l’action. Rien ne prouve qu'il en soit ainsi. D’Argenson n’en dit rien; il ne cite le nom du saint, pour la première fois, qu’à la date de 1635; il écrit même cette phrase étrange : « Je trouve que la Compagnie prit grand soin de secourir ces galériens, comme d’une œuvre fort abandonnée ? ». Et, si nouslisons les biographies de Vincent, nous constatons que, de 1623 à 1630, les détails manquent sur ses efforts pour le soulagement des forçats; il était tout entier à l’établissement de la congrégation des Prèêtres de Ia Mission. En
1 Annales, p. 7 b (B.-F. 18).
? Annales, p. 26 (B.-F. 55).
1632, il obtint la tour de la porte Saint-Bernard ou de la Tournelle pour le logement des condamnés attendant le départ de la chaîne. Puis, il continua d’aller, aussi souvent qu’il le pouvait, leur apporter lui-même des secours et des consolations ; mais, c'était la plupart du temps, par l’intermédiaire de ses prêtres qu’il remplissait auprès d’eux cet office. « Dans ses courses et ses collectes charitables, dit Maynard, il ne les oubliait pas, et il savait si bien solliciter en leur faveur les personnes de piété et de condition avec lesquelles il était en rapport quotidien, que, sans ressources fixes ni assurées, il put, pendant près de dix ans, pourvoir seul à leur entretien et à leur nourriture t ».
En réalité, à partir de 1630, l « œuvre des forçats » est en plein rajeunissement, et c'est la Compagnie qui la renouvelle. Elle députe régulièrement des confrères qui vont visiter les lamentables hôtes de la tour Saint-Bernard. Avant qu'ils se mettent en chemin pour Marseille, elle les fait « cxhorter à prendre avec joie et en esprit de pénitence les peines qu'ils ont si bien méritées pour leurs crimes ». Elle observe, en même temps, la façon dont on les traite. Ses délégués découvrent que les geôliers pillent outrageusement ces infortunés, les laissent mourir de faim et ne leur vendent des vivres qu'à des prix exorbitants. Elle adresse une plainte au Procureur général qui donne aussitôt des ordres en conséquence. A son instigation, le chef du Parquet commande que l'on ménage un peu mieux que par le passé les aumônes destinées aux galériens ; mais comme elle sait à quelle condition les instructions officielles ne restent pas formalités inefficaces, elle charge un confrère, M. Germain, de veiller à leur exécution.
« Lorsque ces galériens tombaient malades, dit d’Argenson, ils n'avaient aucun secours : on ne leur donnait que du pain et de l’eau, aussi en mourait-il beaucoup faute d’être assistés, et la Compagnie qui crut que c'était
Saint Vincent de Paul, sa vie, son œuvre, t. I, p. 341.
Ne a
rendre service à Dieu et à l'Etat que d’en prendre un soin plus particulier; mit ordre par la charité à leur faire donner des bouillons et les remèdes nécessaires pour les guérir. Aussi fit-elle un fonds particulier pour fournir à cette dépense quand l’occasion s’en présentait. Et comme M. le Procureur général voulut que M. Cordier, qui était de sa confiance, fût présent à l'ouverture de la boîte des galériens, la Compagnie en fut très aise, vu qu'il était un de ses confrères. Ainsi, elle le pria de se charger de ce soin et de donner avis à l'assemblée de ce qui manquerait à ces misérables pour pourvoir à leurs nécessités autant qu'il serait possible. »
Elle procurait aux forçats un extrait de leur arrêt de condamnation qui indiquait le temps de leur service ; c'était afin que, ce temps révolu, ils pussent réclamer leur délivrance. La mortalité était si forte sur les galères de Sa Majesté, qu’on n’hésitait pas, pour garnir les vides, à retenir à leur banc des gens qui auraient düù être renvoyés. Quand il y eut des Compagnies en Provence, on put mieux lutter contre cet abus. D’année en année, celle de Paris retirait les rôles portant la date des condamnations et la durée des peines, et elle les expédiait à Aix ou à Marseille. Elle fournissait à la dépense de ces extraits et de ces rôles; et ce chapitre de son budget devint si considérable qu’elle dut s'abonner avec le greffier. Malgré tout, l’exploitation des forçats fut malaisée à supprimer. En 1645, on s’aperçut que le contrôleur qui tenait registre de l'entrée des galériens avait trouvé un moyen ingénieux de garder trop longtemps son personnel de rameurs; il négligeait tout simplement de noter le temps que ceux-ci étaient condamnés à servir. On remédia sans retard à cet excès de zèle par les soins d’un confrère, Gaspard de Simiane de la Coste. Vers la même époque on découvrit que les galériens payaient trente livres pour leur collier, lorsqu'ils avaient obtenu commutation de peine. « Lorsqu'on voulut examiner si ce droit était dû, on trouva que non, mais que ces dix écus se payaient au commerce pour chaque galérien qui arrivait vivant à
Marseille. » Cette fois, l’on fit agir la duchesse d’Aiguillon, et l'abus fut aboli 1.
L’ « œuvre des forçats » n’était, pourtant, pas encore complète. L'initiative, pour l’achever, vint du Midi. La Compagnie de Marseille s'était fondée en 1639. Au mois de mars 1640, elle reçut la visite d’un confrère d’Aix, le chevalier de la Coste, qui avait déjà organisé dans sa ville natale toutes les œuvres du «Saint-Sacrement ». Elle sentit, à sa voix, quels devoirs pressants l’appelaient dans ce monde grouillant du crime et de toutes les déchéances. Elle résolut sans retard que chaque galère serait confié aux soins d’un confrère et que celui-ci travaillerait à disposer les forçats à une confession générale et à la communion pour la Pâque prochaine. Ce fut le début des visites régulières dans cette fange. En s’occupant des âmes, on constata les souffrances des corps ; et, dans le cénacle, l’idée surgit, se précisa peu à peu, devint obsédante, qu’il faudrait créer un hôpital pour ces misérables. Aussi, lorsqu'au commencement de 1643, Jean-Baptiste Gault, sacré évêque de Marseille, s'arrêta dans Aix en gagnant son diocèse et s’entretint de son ministère avec Gaspard de la Coste, celui-ci n’hésita pas. Il lui révéla les maux dont les forçats étaient affligés «et pour l’âme et pour le corps », et le pressa d’y porter remède dès son arrivée. Le prélat, non content d’entrer dans ces vues, décida le chevalier à l’accompagner et à travailler avec lui ?.
A peine installé, l’évêque se mit à l’œuvre, aidé par « des personnes de condition et de piété » qu’on n’a pas besoin de nous nommer. Il appela, pour les soins spirituels à donner régulièrement, quelques « prêtres de la Mission », gagna Paul-Albert de Forbin, lieutenant général des galères, au projet d’un hôpital, écrivit, avec le chevalier de la Coste, à la duchesse d’Aiguillon pour obtenir son concours, et se consacra lui-même avec tant de
* Annales, p, 26, 27 (B.-F. 54, 55, 56).
au La vie de M. le chevalier de la Coste (Aix, 1659), p.118, 1419;
zèle à la visite des navires qu’il mourut de travail le 23 mai 1643. Mais ses plans lui survivaient. Gaspard de la Coste en poursuivait la réalisation avec un entrain tenace. L’ « assemblée de personnes pieuses » qui travaillait avec lui jugea qu’il devait se rendre à Paris pour aplanir les dernières difficuités et obtenir tous les secours nécessaires, La Compagnie de Paris prit l'affaire en mains. Vincent de Paul qui reconnaissait une idée entrevue par lui quelque vingt-cinq ans auparavant lui donna tout son appui. En moins de deux ans, l’entreprise était achevée, et le 24 avril 1645, l’on apprenait que l'hôpital était ouvert? : le chevalier de la Coste écrivait :
On nous a donné les malades des galères. Je ne saurais vous exprimer la joie que reçoivent ces pauvres forçats, lorsqu'ils se voient transportés de cet enfer dans l'hôpital qu'ils appellent un paradis. A l'entrée seulement, on les voit guérir de la moitié de leur mal, parce qu'on les décharge de la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mou que le bois sur lequel ils sont accoutumés de coucher *,
Certes, Vincent de Paul dut ressentir, en lisant ces lignes, un frisson d’allégresse. Il eut sans doute des larmes d’attendrissement à la pensée de tant de déshérités dont les souffrances physiques étaient désormais un peu atténuées et dont l’âme enfin allait être soignée. Mais il n'aurait pas accepté qu’on lui attribuât l'initiative dont l'honneur revenait à d’autres. Il savait, tout le premier, en quels conciliabules secrets les plans réalisés avaient été dressés, étudiés, arrêtés #.
1 Ruffi. La vie de M. le chevalier de la Coste, p. 121, 122, 128, 137 et suiv.
? Annales, p. 48 b (B.-F. 91).
# Maynard, Saint Vincent de Paul, t. I, p. 352.
+ Les biographes de Vincent de Paul lui attribuent toute l'œuvre. L'abbé Maynard dit seulement que, pour solliciter Richelieu, il « s’adjoignit » Jean-Baptiste Gault, évêque de Marseille, et le chevalier de Simiane ft. I, p. 344),
A-til toujours su d’où lui venait l'impulsion ou le secours? C’est en 1634 qu'il fut sollicité par la présidente Goussault de former, parmi les dames du monde, une association de charité qui s’occuperait de l’Hôtel-Dieu. Il hésitait : « Il ne saurait me convenir, disait-il, de mettre la faux en la maison d’autrui. L'Hôtel-Dieu est gouverné au spirituel comme au temporel par des directeurs et des administrateurs que j'estime très sages. Je n’ai ni caractère ni autorité pour empêcher les abus qui peuvent se trouver là comme partout ailleurs ! ». La solliciteuse obtint l’appui de l’archevèque de Paris. Vincent se laissa persuader. L'association fut fondée. Au bout de quelques mois, elle comptait plus d’une centaine de membres. Or beaucoup de noms y rappellent la Compagnie du Saint- Sacrement, comme ceux de Mmes de Lamoignon, de Morangis, d'Argerson, ou sont portés par ses plus ordinaires collaboratrices, M" d’Aiguillon, de Pollalion ou Fouquet. Les fondatrices de l’association n’auraient-elles pas agi, sans s’en douter, à l'instigation de la société cachée?
Celle-ci s'occupe, en effet, beaucoup de l’Hôtel-Dieu. Plusieurs des confrères en sont administrateurs. D’autres vont y visiter régulièrement les malades tous les samedis; ils s’y rendent deux par deux, un laïque et un ecclésiastique; celui-ci confesse les malades, après que son compagnon les y a disposés. La Compagnie connaissait fort bien les besoins de la maison, et elle essayait d’y pourvoir. En 1633, ses délégués « remarquèrent que les prêtres de cet hôpital ne pourraient pas suffire à entendre toutes les confessions des malades, principalement de ceux qui voulaient en faire de générales, et sur l'avis qu’on en donna dans l’assemblée, elle trouva à propos d’exciter les supérieurs des maisons religieuses et des communautés de Paris d'y envoyer de leurs prêtres un des jours
Maynard, Saint Vincent de Paul, t. II, p. 300.
de la semaine qui leur serait le plus commode. Cette sollicitation eut un.assez bon effet. Les Minimes promirent pour le lundi, les Jésuites pour le mardi, les Péres de la doctrine chrétienne pour le mercredi, les Carmes déchaussés pour le jeudi, les Jacobins réformés pour le vendredi, les Feuillants pour le samedi et les PP. de l’Oratoire pour le dimanche. Mais cela ne fut réglé que pendant une année. Il y eut ensuite beaucoup de relâchement; on les sollicita de nouveau, ils recommencèrent un peu à travailler, mais enfin la plupart abandonnèrent, et l’on fut contraint de prier tous les ecclésiastiques de la Compagnie de suppléer au défaut de ceux qui n’y pourraient aller aussi régulièrement qu'il le fallait! ...» Exactement à la date où la Compagnie s’efforçait d’assurer l'assistance spirituelle aux malades de l’Hôtel-Dieu, Mme de Goussault faisait auprès de Vincent de Paul la démarche qui devait procurer aux mêmes malades un secours plus matériel. La coïncidence, dès l’abord, paraît curieuse. Or il faut noter que les confrères étaient préoccupés d'organiser et de diriger l’activité charitable des femmes. Dès 1631, « on proposa de former une assemblée de Dames et de lui donner des statuts pareils à ceux de la Compagnie. » Les chefs avisés de la cabale jugèrent que c'était aller un peu loin; peut-être craignaient-ils, à tort où à raison, pour la conservation du secret. Quoi qu’il en soit, ils s’opposèrent à ce dessein. Jamais ils ne l’admirent. « Quinze ans après, dit d’Argenson, la même proposition fut faite le 7 décembre 1645. Mais elle fut rejetée tout d’une voix comme absolument contraire à l'esprit de la Compagnie. On pensa même en faire un article des règlements.» Le comité secret d'action catholique jugeait qu'il y avaitautre chose à faire que de créer, en face de luimême, une ligue féminine qui risquerait de le contrarier et peut-être de le découvrir. La circulaire qu’il expédia, en 1645, à toutes les succursales des provinces semble bien révéler à quelle idée 1l s'était arrêté en 1631 : « On se con-
! Annales, p. 14 b, 22 (B.-F. 33, 46, 47). ;
tenta, dit d’Argenson, d'écrire à toutes les Compagnies pour les exhorter à établir dans leurs villes une assemblée de Dames, semblable à celle de l'Hôtel-Dieu, pour avoir soin de visiter les malades, et de les aider dans les choses où les administrateurs ne peuvent pas s'appliquer. On fit sur ce sujet quelques imprimés qu'on leur envoya pour enseigner de quelle manière on devait se comporter dans ces Assemblées !, » Dans un autre passage, d’Argenson semble plus explicite : « La Compagnie d'Alençon souhaita de l’imiter (celle de Paris) dans l'établissement de la Charité des Dames ?. »
Il est donc probable que le comité secret a inspiré l'idée dont Mme de Goussault a poursuivi la réalisation, et cela serait bien selon sa méthode : faire surgir une œuvre à l’aide de gens qui ne soupçonnent pas à quelle suggestion occulte ils obéissent. Mais de cette histoire, si elle est exacte, il faudrait conclure qu’en 1634 Vincent de Paul n’appartenait pas à la cabale du Saint-Sacrement. S'il en avait fait partie, il n’aurait pas ignoré le dessein de ses confrères et la décision prise par eux; et quand Mme de Goussault s’est adressée à lui, elle ne l'aurait pas trouvé si hésitant, Et cette conclusion en entraine une autre : ce n’est vraiment pas aux exhortations passionnées de Vincent que la Compagnie a cédé, dans ses débuts, quand elle a pris en main, tout en restant cachée, les intérêts des galériens. Le silence de d’Argenson est
* Annales, p. 8 b (B.-F. 20). C'est probablement un de ces imprimés qui se trouve à la bibliothèque de l’Arsenai, dans un recueil factice (Manuscr. 2565): il est intitulé : Mémoire de ce qui est observé par la Compagnie des Dames de la Charilé de l'H6tel-Dieu à Paris, pour en former d’autres semblables ès autres villes du royaume (sans lieu ni date). Ce recueil, auquel nous ferons des emprunts importants, a tout à fait l'air d’avoir appartenu à un membre de la Compagnie. Il porte, en tête, cette inscription manuscrite, fome Il. Le tome I est à la bibliothèque Nationale (imprimés, R. 27.199). Ces deux petits volumes proviennent de Saint-Sulpice.
* Annales, p. 62 (B.-F. 113). Cf. p. 51 b (B.-F. 96): « La Compagnie de Marseille demanda (1645) les règlements des Dames de la Charité de Paris pour l'établir dans leur ville, et ils lui furent envoyés. »
expliqué. Loin d’inspirer la Compagnie, Vincent, à cette époque, ignore jusqu'à son existence, Il ne sait pas quels hommes il a derrière lui.
C’est sans doute en 1635 ou 1636 qu'il entre dans la pieuse conspiration. Dès lors, il est un des agents les plus actifs dont la Compagnie se serve au dehors. Pour qui connaît celle-ci, maint détail de l’œuvre du saint s’illumine.
Il n’y a, d’abord, rien de plus significatif que les noms des personnages que Vincent, d’après tous ses biographes, a su « grouper » autour de lui. « Au premier rang, dit Ms Bougaud, était le baron de Renty, puis le cordonnier Henri-Michel Buche, qui fonda deux associations chrétiennes des cordonniers et des tailleurs t. » M. de Renty fut de bonne heure l’âme de la Compagnie du Saint-Sacrement, et Henry Buche en fut le plus précieux instrument dans la lutte contre les compagnonnages ouvriers. « Les deux Marillac, continue ME£' Bougaud, le duc de Liancourt, M. Sublé des Noyers, confident de Louis XIII et compagnon de ses exercices de piété, M. du Four, gentilhomme de M. d'Orléans, et une foule d’autres se joignent à lui pour le bien des pauvres et les soins aux malades. Pendant ce temps, un deuxième groupe se fonde pour aider, consoler et soulager les forçats avec MM. de Morangis, maître des requêtes, le marquis de Laval, le marquis d’Urfé, le vicomte d’Argenson, MM. de Lavau, d'Ornano, Talon, du Belloy. Ils descendent dans les prisons, s’informent des besoins, délivrent les plus méritants. » Gela ressemble singulièrement à certaines œuvres du « Saint-Sacrement »; et il n’est presque pas un de ces noms quine soit porté par un des chefs de la société secrète. Ce n’est pas
1 Histoire de saint Vincent de Paul, t. 1, p. #17. Voir plus loin, p. 193-213.
tout. A l'instar de Paris, dit enfin Ms" Bougaud, des associations d'hommes pour le service des pauvres se forment dans toutes les grandes ivilles ‘des provinces. À Caen, à Amiens, en Bourgogne, M. de Renty en établit, et il leur envoie, « à l'exemple de saint Vincent de Paul, des règlements faits à Paris, sous l'influence de notre saint sans aucun doute ‘ ». Nous verrons que ces associations étaient autant dé succursales du « Saint-Sacrement » et que les règlements expédiés de Paris étaient les statuts de la Compagnie ?.
Dès qu'on est averti, bien des lettres de l’apôtre de la charité trouvent leur complément naturel — et leur explication — dans les Annales de la mystérieuse Ligue. Vincent écrit, par exemple, le 13 juin 1652 : « Je sors d’une assemblée notable, où présidait Monseigneur l’archevèque de Reims .… Elle était au sujet des pauvres gens des champs réfugiés à Paris, qui sont en grandissime nombre et en égale nécessité. On a commencé à les assister corporellement, et je me suis offert à leur faire des missious, selon cette maxime de droit qui veut que l’on prenne son bien où on le trouve #. » Ouvrons le cahier de d’Argenson : « Sur la fin de mai (1652) un grand nombre de gens de campagne se réfugièrent à Paris, la Compagnie les aida puissamment de ses aumônes et leur procura de l'instruction. On les faisait assembler dans le cimetière de Saint-Hippolyte au faubourg Saint-Marceau où ils recevaient le secours spirituel et temporel 5. »
‘ Histoire de saint Vincent de Paul, t. X, p. 419-420. ? Le P. de Saint-Jure, la Vie de M. de Renty (Paris, 1651), p.148
* Henri de Savoie, duc de Nemours, nommé archevêque de Reims en 1651. Il n'avait pas encore reçu les ordres et il ne les reçut jamais. Il renonça à son siège pour se marier en 4657. IL était membre de la Compagnie; le 4er juin 1657, on prononça à nouveau son admission au titre de laïque (Annales, p. 57, 96, B.-F., 406, 170).
+ Lettres, t. Il p.435:
* Annales, p. 70 b (B.-F. 127). Exactement à la mème date, un autre membre de la Compagnie, M. Olier, concevait ce que l'abbé Faillon appelle « un dessein bien extraordinaire en ce temps de
Vincent écrit un autre jour : « On va enfermer toutes les religieuses réfugiées qui logent par la ville (et quelques-unes, dit-on, en des lieux de soupçon) dans un monastère préposé à cet effet, où elles seront gouvernées par des Filles de Sainte-Marie !. » Le commentaire de ces lignes est encore fourni par d’Argenson : « La guerre civile et étrangère avait désolé tant de couvents de religieuses qu’un grand nombre de ces pauvres filles avaient été contraintes de se réfugier à Paris. Elles s'étaient logées séparément comme elles avaient pu, eton jugeaitqu'ellesétaient en grand périlde se perdre. La Compagnie eut peur, et elle trouva qu'il était important de les secourir dans une si pressante nécessité. On fit pour ce sujet une ample contribution, et, entre autres, M. Renard, grand serviteur de Dieu, donna cent livres qu'il dit ètre des aumônes secrètes de feu M. d’Argenson, mort ambassadeur de Venise. On proposa de renfermer toutes ces religieuses dans quelque maison commode, sous la conduite des filles de la Visitation ?. »
Vincent écrit enfin, le 21 juin de la même année : « On nous envoie céans (à Saint-Lazare) les pauvres curés, vicaires et autres prêtres des champs qui ont quitté leurs paroisses pour s'enfuir en cette ville. C’est pour être nourris et exercés aux choses qu'ils doivent savoir
calamité publique » : « Ce fut, dit cet historien, d'ouvrir un asile à toutes les filles de la campagne qui seraient exposées aux mêmes dangers (de la guerre). Une telle entreprise étonna plusieurs personnes : on s'empressa de lui représenter la difficulté de l'exécution, et surtout la grandeur de la dépense. Mais, toujours ferme dans son dessein... il ouvrit une maison, en chargeant le frère Jean de la Croix de la fournir sans délai de tous les meubles nécessaires ; et elle servit d'asile à 200 pauvres villageoises, auxquelles il fournit, tant que durèrent les troubles, la pourriture et le vêtement ; il leur procura les exercices d'une mission, et des ecclésiastiques pleins de zèle pour les instruire et pour les confesser. » (Vie de M. Olier, t. IT, p. 532). Qu'il s'agisse de Vincent de Paul ou d'Olier, les biographes ne voient que les difficultés qu'ils ont vaincues; ils soulignent avec raison un zèle qu'il ne faut pas diminuer; mais ils ont ignoré l'appui occulte qui encourageait leur foi.
‘ Lettres, t. II, p. 488.
? Annales, p. T0 b, T1 (B.-F. 127, 128).
et pratiquer. Voilà comment il plait à Dieu que nous participions à tant de bonnes œuvres !. » « On », c'était la Compagnie : « Les besoins des pauvres curés et vicaires de la campagne que la guerre avait chassés de leurs églises et comme exilés à Paris lui parurent d’une grande préférence. Ce sujet fut fort examiné dans l’assemblée des officiers et, sur leur avis, la Compagnie résolut de donner moyen à ces pauvres ecclésiastiques de profiter du malheur qui les accablait. Pour cet effet, elle fit de grandes contributions qui donnèrent moyen de rassembler tous ces prêtres, de les nourrir et de les faire instruire de leurs devoirs; ce qui fut d’une merveilleuse utilité pour les pasteurs et pour les brebisdont ils prirent grand soin dans la suite ?. »
A en croire les historiographes de Vincent de Paul, un de ses travaux les plus obstinément poursuivis a été la
1 Lettres, t. IT, p. 441.
? Annales, p. 71 (B.-F. 128). Après avoir rappelé que la Compagnie secourait des religieuses de toutes communautés, qui s'étaient retirées dans la capitale d'Argenson, ajoute: « Les Ursulines de Montereau-Faut-Yonne s'étaient réfugiées à Paris pendant la guerre, et la Compagnie les avait fort assistées, mais aussitôt qu'elle eut fini et que tout fut calme, on ne trouva pas à propos de tenir plus longtemps ces religieuses hors de leur couvent et MM. l'abbé Olier et Drouard furent députés pour les y faire retourner. On leur donna de quoi les aider dans leur voyage, et pour subsister pendant quelque temps dans leur rétablissement, qui fut heureusement exécuté. » (Annales, p.73 b; B.-F. 133). Voici le passage « parallèle » dans la biographie de M. Olier : « Les religieuses des environs. étaient venues se réfugier dans Paris. On en voyait un grand nombre dans les rues recourir, pour subsister, à la charité des fidèles; et plusieurs s'étaient logées, sans le savoir, dans des maisons où elles étaient en danger de perdre l'esprit de leur état. Olier..., ayant trouvé tout à propos une maison commode et spacieuse... y réunit toutes celles qui désirèrent de vivre, autant que les circonstances le permettaient, selon l'esprit de la vie religieuse. On les y mit donc en clôture, sous une supérieure. Ce fut la supérieure des Ursulines de Montereau, la mère de la Mère de Dieu... Enfin, après la conclusion de la paix, aidées des secours que le serviteur de Dieu leur procura, elles retournèrent chacune dans son monastère. » (Faillon, Vie de M. Olier, t. IT, p. 533).
création de l'hôpital général, destiné au « renfermement des pauvres mendiants ». D’après les uns, ce sont les « Dames de la Charité » qui en ont eu l’idée, qui la lui ont communiquée et qui ont aidé son zèle aussitôt enflammé par la beauté de l’entreprise 1. D'après les autres, il semble que tout se soit passé entre Vincent, Louis XIV et la reine mère. Mais, dans tous ces récits, le saint joue le rôle de premier plan; c’est lui qui à tout inspiré, tout obtenu, tout conduit. La vérité est un peu autre. |
Tandis que Vincent, d’après la légende, n'aurait eu la pensée de l'hôpital général qu’en 1654, la Compagnie en était possédée depuis 1631. Dans les premiers mois de cette année, elle avait tenté des efforts particuliers en faveur des mendiants et, par là, elle avait été conduite, en avril, à méditer la fondation d’un établissement qui leur serait réservé. Pour la priorité de l'idée, il ne peut donc y avoir contestation.
Cinq ans après, la Compagnie revient sur la question; elle examine à nouveau le projet dont elle s’est déjà entretenue. Elle constate que la réalisation n’en ira pas sans difficultés; elle nomme donc une commission de huit membres qui ouvrira une enquête, étudiera des plans, dressera des devis, présentera de temps en temps des rapports sur ses travaux. On sévit, en attendant, contre les abominations qui se commettent dans la cour des miracles du faubourg Saint-Marceau; mais on ne parvient pas à supprimer ce cloaque moral, et il y en a dix autres, au moins, dans Paris. On sent toujours davantage la nécessité d’interner tant de gens sans aveu, organisés en corporations, formant dans la capitale un vrai royaume du crime, dont les uns demandent l’au-
1 L'origine de cette première version est dans Abelly (Vie de saint Vincent de Paul, livre I, p. 214 et suiv.). Vincent, d’après lui, dut calmer le zèle trop pressé de ses collaboratrices ; mais il fut plutôt gèné qu'encouragé par les magistrats. Or Abelly, qui était de la Compagnie, connaissait toute cette histoire dans le détail ; il aime mieux répéter une légende que de s'exposer à découvrir la société secrète.
mône, l'épée au côté et l’insulte à la bouche, et dont les autres étalent, par les rues et les places, d’horribles difformités qui, « sans onguent ni baume », disparaissent chaque soir jusqu'au lendemain, dans ces quartiers réservés où la police n'ose s’aventurer.
De loin en loin, le Parlement rendait un arrêt, assez inutile d’ailleurs, contre ce fléau public. La Compagnie méditait des mesures plus efficaces. Elle s’efforçait, grâce aux intelligences qu'elle avait dans les différentes Chambres, d’intéresser les magistrats à la réussite de ses projets. Et, de fait, le problème ne cessa, de 4640 à 1649, d’être agité dans le monde parlementaire. Vint la Fronde. Dans la misère générale, quelques-uns des projets esquissés pour le soulagement des mendiants furent appliqués ; « et ces soins, dit un document officiel, eurent tant de succès que les pauvres se trouvèrent en abondance pendant que les familles qui n'avaient qu'un bien médiocre manquaient du nécessaire. » En 162, ia Compagnie organisa les magasins charitables qui centralisaient les dons, surtout en nature, destinés à la diminution de l’universelle détresse, et ce fut une expérience riche en encouragements. « On en remeubla tant d'églises, dit le même document, on en assista tant d’écclésiastiques, on en revêtit tant de pauvres, on en nourrit tant de misérables, et on rétablit tant de familles désolées, qu’alors on crut qu'il n’était pas impossible de trouver la subsistance nécessaire pour renfermer et contenir dans le devoir une nation libertine et fainéante qui n'avait jamais connu de règles. »
IT fallait aboutir et, pour cela, qu’un homme fit sienne cette affaire et s’y consacrât. « Le 5° de juin, M. du Plessis-Montbard fut prié par l’Assemblée de se décharger de tous les soins des affaires de piété dont il était accablé, afin de s'occuper uniquement et absolument de l'ouvrage du grand hôpital, pour y enfermer les men-
‘ L’Hépilal général de Paris (in-k, Paris, chez François Muguet, 1676), p. 2.
diants, ét qui fut depuis, dans son établissement, nommé l'Hôpital général: M. du Plessis reçut cet ordre avec grand respect, s’en acquitta avec grande fidélité, et avec le concours de ceux de la Compagnie qui furent liés avec lui pour ce dessein. Il l’a conduit depuis à une très heureuse fin". » La commission dont du Plessis-Montbard était la cheville ouvrière usa du procédé ordinaire de la Compagnie. Elle fit appel aux personnages du Parlement et d’ailleurs qui lui paraissaient qualifiés pour l’œuvre. Et tous ces personnages travaillèrent ensemble, sans soupçonner qui les avait groupés, s’attribuant peut-être l'initiative de leur réunion et de leurs études:
Tous les anciens mémoires que l'on avait et les différents moyens qui avaient été proposés en plusieurs temps furent examinés : on chercha les lieux propres pour les logements, on en projeta la conduite et la police qui s’y devait observer. Un des plus illustres magistrats que nous ayons eu de nos jours embrassa ce dessein avec une affection singulière : ce fut M. de Bellièvre, premier président du Parlement. On fit voir à M. de Bellièvre le projet de la déclaration que l'on avait dressée pour servir d'établissement à cet hôpital ; il l’'examina soigneusement et le fit examiner par quantité de personnes intelligentes, de sorte qu'elle devint publique avant que d'être scellée ; aussi chacun en discourut à sa mode ; la plupart du monde en traita le dessein d'imagination et de chimère, et ceux qui l’entreprenaient de gens de bonne volonté et de petite prévoyance *.
Malgré tous les obstacles, la déclaration en forme d’édit fut scellée au mois d'avril 1656 et datée le # mai. Le roi ordonnait que tous les mendiants de l’un et de l’autre sexe, valides et invalides, « seraient enfermés dans un hôpital pour être employés aux ouvrages, manufactures et autres travaux selon leur pouvoir ». Il nommait vingt-six personnes de différentes conditions comme directeurs perpétuels de l'hôpital et désignait comme
1! Annales, p. 76 (B.-F. 136).
? L'Hépilal général de Paris, p. 3, 3 C'étaient Christophe Lescaassrer, conseiller et maître ordinaire
en la Chambre des comptes ; Charles Loyseau, conseiller en la Cour des Aides ; Jean-Marie L'Hosre, ancien avocat au Parle-
« chefs-nés de la direction » le premier Président et le Procureur général du Parlement. Comme nous pouvions nous y attendre, les principaux de ces directeurs étaient pris parmi les meneurs de la Compagnie.
Le 28 septembre, du Plessis-Montbard rapporte que tout est organisé, que les lettres patentes ont été vérifiées, que les directeurs ont prêté serment. Un de ceuxci, M. de la Chapelle-Pajot, n’est pas de la Compagnie ; mais il fait partie d’un cénacle de piété que le P. Bagot, jésuite, a fondé; et, sur cette recommandation, il est admis par le « Saint-Sacrement » le 9 novembre. Le 22 mars 1657, du Plessis-Montbard annonce que tout va être prêt ; la Compagnie, dans sa joie, souscrit pour mille livres, et beaucoup de membres, comme particuliers, pour des sommes plus importantes encore. Le 19 avril, la Compagnie est informée qu’un des confrères les plus zélés, Louis Abelly, curé de Saint-Josse, a accepté la direction spirituelle de l'œuvre ; et, le 13 mai, elle apprend-enfin que la fondation de l'Hôpital général a été cons2crée par la messe du Saint-Esprit et par une prédication d'un autre confrère, Godeau, évêque de Vence, et que le lendemain les pauvres seront enfermés.
ment, Christophe pu PLEssis, sur DE MonNrBaRD, Conseiller du roi, Jean de Gaumonr, avocat, Bertrand Drouarp, conseiller et maître d'hôtel du roi, Claude Chomel, ancien trésorier des ligues des Suisses et Grisons, Jean DE LA PLACE, conseiller et secrétaire du roi; Antoine PAJOT, siEuR DE LA CHAPELLE, Gabriel DE GAUMonT, SIEUR DE CHAVANNES ; LOuis SÉGUIER, SIEUR DE SAINT-FIRMIN ; Nicolas Barbier, conseiller et receveur de la Cour des Aides; Jean Lévèque et Denis Pichon, anciens consuls, marchands bourgeois ; Sébastien Cramoisy, ancien juge consul, ancien échevin, marchand bourgeois ; Henry Gillot, ancien consul, marchand bourgeois ; Jacques Laugeois, ancien consul, marchand bourgeois ; Jean Le Marchand, bourgeois; Claude Patin, ancien consul, marchand bourgeois; André Le Vieux, ancien consul, ancien échevin, marchand bourgeois ; Jacques Poignant, marchand ; Christophe Maillet, ancien consul, marchand bourgeois : Antoine Vitré, marchand bourgeois ; Jacques Belin, bourgeois; Sauveur de BurLamaqur, écuyer ; Louis Collard, bourgeois. Tous les noms imprimés en petites capitales, sauf un, sont cités par d’Argenson. Celui de Jean de la Place est dans les procès-verbaux de la Compagnie de Grenoble qui, le 12 juillet 1657, apprend sa mort.
Du Plessis-Montbard pouvait répéter à la Compagnie qu'elle « avait été le berceau de cette œuvre », qu’elle «en avait eu la première vue et en avait jeté les premiers fondements par des personnes qu’elle avait nommées pour cet effet », que.ces personnes « avaient tiré d'elle leur plus grande bénédiction, pour le succès qu’on en voyait et qui, depuis longtemps, avait été si universellement désiré { ».
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On ne comprendrait pas que les mêmes hommes, qui avaient si bien développé l’œuvre des forçats et qui devaient un jour organiser l'hôpital général, eussent oublié le soin des prisons. Ici, encore, ils ne furent pas les simples collaborateurs du saint. Aux yeux du monde, ils avaient peut-être l’air d’être groupés autour de lui. En réalité, ils eurent souvent tout le mérite des initiatives avec la joie subtile d’être ignorés du public.
Dès 1631, « la charité s’échauffa pour la visite des prisons ». Elle était mue alors, avant toute chose, par la préoccupation des âmes. On ne songeait qu’à procurer des secours spirituels aux détenus qui en étaient privés. M. Martin, official de Saint-Germain des Prés, prit sur lui d'aller confesser quelques misérables enfermés dans les cachots du Petit-Châtelet. Cette entreprise ne fut pas du goût des magistrats qui firent défense expresse de la renouveler sans une permission spéciale. Peu de temps après on décida qu'il y avait lieu de faire adorer le Saint-Sacrement aux criminels sur le point d’être conduits à la mort. On sut donner les avertissements nécessaires aux chapelains de la Conciergerie et aux docteurs de Sorbonne qui les assistaient dans cet office, et « afin que la chose fût solidement établie pour l'avenir, M. le procureur général fut prié par quelques particuliers de
‘ Annales, p. 92 (B.-F. 163).
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la Compagnie d’ordonner dans toutes les prisons cette pieuse pratique pour la consolation des patients !. »
Ces visites régulières dans les maisons de détention amenèrent vite la découverte de bien des abus. Les confrères, emportés par leur zèle apostolique, ne distinguëèrent d’abord que les désordres moraux qui s’y étalaient. Les femmes de mauvaise vie pouvaient y entrer et y demeurer avec la plus grande liberté, et « d’un lieu de pénitence et de douleur en faisaient un cloaque de perdition et de scandale ». On résolut d’agir. « M. le procureur général fut averti par ordre de la Compagnie, et cet avis produisit de sévères défenses aux geôliers de laisser entrer dans les prisons aucunes femmes de débauche. Mais parce qu'il était difficile de distinguer les bonnes d’avec les mauvaises, on trouva à propos de faire ordonner que les femmes et les filles ne parleraient plus aux prisonniers qu'au travers d’une grille, et cela s’exécute encore, si ce n’est à l'égard des dames de qualité et de vertu, que :eur piété mène souvent dans les prisons pour y secourir les prisonniers ». La Compagnie fit même poser à ses frais plusieurs de ces grilles *.
Elle fut émue de pitié par la brutalité sauvage des greffiers de la Tournelle qui avaient coutume de lire l'arrêt aux condamnés à mort « sans qu’ils eussent personne auprès d'eux pour adoucir le coup d’une pareille prononciation ». « Sur ce sujet, dit d’Argenson, deux des confrères furent chargés de représenter à M. le procureur général qu’il serait de la piété chrétienne de faire en même temps entrer le docteur ou le confesseur qu'aurait choisi le condamné pour le consoler en cette occasion si importante, ce qui fut trouvé fort raisonnable, et M. le président de Lamoignonÿ, qui sans doute présidait lors à la Tournelle, promit qu'il ferait observer
1 Annales, p. 11, 11 b (B.-F. 26, 27).
? Annales, p. 12, 18 b (B.-F. 28, 40).
$ Chrétien de Lamoignon, président à mortier, membre de la Compagnie du Saint-Sacrement et père de Guillaume de Lamoignon, le futur premier président.
cette règle t. » Cela se passait en 1633. C’est vers 1635, que Vincent de Paul dut entrer dans la Compagnie. Celleci, avant son arrivée, n'avait pas été tout à fait inactive. Ce qu'elle allait entreprendre dans l’avenir ne devait être que la suite logique de ce qu’elle avait déjà accompli.
Elle n’avait cessé d'augmenter le nombre de ses membres. Elle avait ainsi, à sa disposition, plus de prêtres qui pussent aller confesser les prisonniers; et comme elle avait toujours plus d’intelligences au Palais, il lui était devenu aisé d'obtenir pour ses délégués toutes les autorisations indispensables?. Les difficultés, quand il y en eut, vinrent des curés qui croyaient que ces initiatives particulières faisaient injure à leur diligence pastorale. On finit, dit d’Argenson, par laisser ce soin aux curés qui « se rendirent exacts d'envoyer de leurs habitués aux prisons situées dans l’étendue de leurs paroisses». L'’historiographe de la Compagnie aurait pu dire qu’elle ne se résigna pas à l'abandon de cet office sans avoir pris quelques précautions ÿ.
Il est clair que ces descentes perpétuelles dans les prisons devaient aboutir à la découverte d’autres abus qui n'intéressaient pas seulement la vie spirituelle des prisonniers. En 1636, on en rencontra de prodigieux. Maints archers du prévôt de l'Ile et de ia Monnaie arrêtaient souvent des paysans sous de faux prétextes, les incarcéraient sans décret et sans écrou, puis exigeaient d'eux des sommes, qu'ils ne devaient pas, pour un prétendu droit des prisons. Certain greffier demanda un jour à trois prisonniers de lui payer vingt livres chacun pour trois interrogatoires et il voulut les obliger à payer cette somme solidairement. D’autres geoliers exigeaient des détenus une redevance comme droit d'entrée. Sur les instances de la Compagnie le procureur général intervint à la Conciergerie. Le chancelier députa des maitres
# Annales, p. 18 (B-.F. 39). Voir plus loin, p. 104.
des requêtes dans les autres prisons. On rédigea des règlements.
Mais la Compagnie savait ce que valent les règlements, quand il n’y a personne pour veiller à leur application. Depuis l’origine, elle déléguait tous les trois mois trois confrères à la visite des prisons. Le 12 juillet 1636, elle chargea ceux qui étaient en fonctions d'étendre un peu leur activité, de recevoir les requêtes des détenus, de conférer ensemble sur leurs nécessités, de solliciter l'expédition de leurs affaires et le jugement de leurs procès, de lui présenter sur tout cela des rapports. Cette mission était si considérable qu’elle ne put être remplie que pour la Conciergerie. On comprit peu à peu la nécessité de créer une société nouvelle, qui aurait une existence publique, mais qui recevrait de la Compagnie cachée toute son inspiration.
C’est ainsi qu’en 1640 se fonda la Compagnie des Messieurs qui travaillent à la délivrance des pauvres prisonniers pour dettes . Ge titre ne révélait qu’une partie de la tâche assumée par cette société. Il s'agissait bien, en premier lieu, de libérer des débiteurs emprisonnés. On s’efforcerait d'agir auprès des créanciers ; mais chaque délégué le ferait comme de son chef « afin que les créanciers ne se rendent pas plus difficiles aux accommodements ou ne concertent quelques fraudes » avec l'intéressé lui-même. On examinerait de très près les titres des créances, on négocierait des remises, on ferait surseoir à la contrainte par corps, on poursuivrait des arrangements définitifs. Mais on ne s’en tiendrait pas là ; on surveillerait l’admi-
* Le manuscrit 2569 de l’Arsenal contient les « règlements » de la société et le « catalogue général » de ses membres à partir de 1640. Les noms connus du « Saint-Sacrement » abondent dans cette liste. — D'Argenson a commis ici un lapsus calami. En racontant les événements de l'année 1636, il mentionne la délégation des trois confrères au soin des prisons, et il ajoute que, quatre ans après, ces trois confrères créèrent la société des prisons, cela nous conduit bien à l’année 1640, qui est la date de la fondation de cette société. Mais d'Argenson écrit que les trois confrères reçurent leur délégation le 12 juillet 1640 ; il est clair qu'il a voulu écrire 1636. Annales, p. 32 (B.-K. 65).
nistration des prisons, on aurait l'œil sur les agissements des greffiers et geôliers, on demanderait la répression des abus, on procurerait les exercices religieux aux détenus. è
Cette société ne se substitua pas du premier coup à la Compagnie du Saint-Sacrement dans le soulagement de ces détresses. La Compagnie se faisait aider par elle ; mais elle n'avait pas renoncé à cette forme de son activité. Elle avait une commission qui s’en occupait toujours. En 1654, pourtant, accablée par le nombre de ses entreprises, il lui parut qu'elle devait décidément léguer à son auxiliaire un travail qui l'encombrait. Et tout à coup, ce transfert devint indispensable, urgent. Le moment était venu où la conspiration de charité que les confrères avaient organisée dans l'ombre apparaissait comme une menace pour les autorités civiles et ecclésiastiques. Le 17 septembre, la Compagnie dénoncée et poursuivie comprit que les visites aux prisonniers la signalaient trop. Elle résolut de s’en décharger sans plus de retard sur Passemblée qu’elle avait formée. Elle avait cru, en constituant cette assemblée, s’assurer simplement une collaboratrice. En réalité, elle s’était procuré une héritière et une continuatrice de ses efforts.
Du jour où elle s'était occupée, non seulement de l’état des prisons, mais des procès des prisonniers eux-mêmes, elle avait été contrainte de distinguer des maux qui n'étaient pas dus aux seuls geôliers. En avril 1655, quelqu'un fit comprendre « que, si l’on pouvait procurer quelque remède aux abus et aux longueurs des procédures, ce serait faire une grande charité à tout le public ». « Cette proposition, continue d’Argenson, fut approuvée, et l’Assemblée nomma des personnes fort expérimentées en telles matières, pour conférer ensemble des remèdes et des moyens que l’on pouvait trouver de les faire réussir ?. » Il semble qu’on ait renoncé à réformer
‘ Annales, p. 82, 122 (B.-F. 151).
? Annales, p. 83 b
la procédure elle-même et songé plutôt à fournir aux petites gens les consultations utiles et à leur faciliter les conciliations. « Le 16° de juin 1656, dit d’Argenson, M. le comte d’Albon proposa le dessein qu'avait eu un conseiller du Parlement de se lier avec quelques personnes de capacité et de piété, pour composer un conseil charitable pour terminer un procès à l'amiable entre ceux qui auraient véritablement le désir de s’accommoder. Cette proposition fut renvoyée à l'assemblée des officiers et elle y fut approuvée, et elle a eu d’heureuses suites et de de grands succès. » Il est malheureux qu’on ne puisse savoir quelle a été l’histoire de cette tentative originale, tribunal bénévole de conciliation, justice de paix organisée par de simples particuliers, première esquisse el prophétie des secrétariats du peuple ?.
La Compagnie était douloureusement hantée par la pensée de la débauche privée et publique. Elle aurait volontiers provoqué et organisé une répression rigoureuse de tous les désordres, et nous aurons à voir les efforts qu’elle a tentés dans ce but. Elle aurait surtout aimé de prévenir certains maux. Elle n’a cessé de se demander comment elle pourrait entraver, dans une mesure quelconque, le recrutement du personnel de la prostitution. C'est cette préoccupation qui l’a poussée tantôt à soutenir des œuvres déjà existantes, tanlôt à en rêver d’autres tout à fait nouvelles.
Annales, p. 90 b (B.-F. 161). La Compagnie avait eu déjà cette idée en 1643. Cf. Annales, p. 48 (B.-F. 9Ù).
* Il faut sans doute rapprocher de cette tentative de la Compagnie celle qui nous est racontée dans la biographie d'Olier (Faillon, t. II, p. 507, 508). Je me contenterai de relever deux points, sans en lirer de conclusions fermes. M. d'Albon, qui a été mêlé à l’entreprise de la Compagnie, était particulièrement lié aux œuvres de Saint-Sulpice. Le Conseil charilable fut rétabli en 1666 par M. de Poussé. Il avait donc interrompu son travail pendant les tribulations de la Compagnie.
À peine établie, elle apprit, en 1631, qu’une personne de vertu, en se faisant religieuse, avait laissé deux cents livres de rente « pour entretenir, au faubourg Montmartre, une maitresse d'école qui enseignerait vingt-deux filles jusqu'à l’âge de douze ans, à lire, à écrire et à prier Dieu ». La maîtresse, par excès de zèle, recevait dans son école, jusqu’à quatre-vingts filles et elle n’y pouvait suffire. La Compagnie intervint par l'intermédiaire du F. Philippe d’Angoumois, qui l’avait avertie; elle augmenta la rente de la fondation et fit apprendre la couture à ces fillettes pour les mettre en état de gagner leur vie.
Vers la même époque, peut-être en 1636, elle apprit l'existence, à Montmorency, d’un établissement qui avait pour but « de secourir les filles dont les mères avaient failli ». Elle s’intéressa aussitôt à cette entreprise qui n'était guère qu’à l’état de projet ou d’ébauche. Elle paya les honoraires d’une maîtresse qui enseignerait aux pensionnaires toutes sortes d'ouvrages; surtout, usant des « voies excitatives », elle procura à la maison la haute protection de M. le Prince, père du grand Condé, et de Mme Ja Princesse. Elle se réserva le droit d'y envoyer douze petites filles par ant.
Me de Pollalion avait entrepris, en 1630, de fonder la communauté des filles de la Providence qui devait fournir un asile aux jeunes personnes du sexe en danger moral. A la fin de 1637, son institut, qui ne devait être autorisé définitivement qu’en 1647, avait reçu toute son organisation. La Compagnie lui avait donné son patronage. Là aussi, elle pouvait placer douze pupilles. D’autres fois, elle dirigeait les fillettes qu’elle désirait préserver — à condition que ce fussent des orphelines — sur la maison que Marie Delpech de l’Estang avait établie dans la paroisse de Saint-Sulpice. En 1640, les pensionnaires de cette sorte d’hospice moral étaient au nombre de quatre-vingts. La Compagnie ne se contentait pas
‘ Annales, p. 34 b, 35 (B.-F. 69, 70).
d’ailleurs de confier à ces établissements les enfants recueillis par elle; elle ne considérait pas alors sa tâche comme terminée envers eux. Un ecclésiastique et un laïque les visitaient de sa part de temps à autre et faisaient le rapport de leur état à l’assemblée. [ls payaient leur pension, en retiraient la quittance et la rapportaient au secrétaire qui en chargeait le registre {.
La Compagnie pensait qu'un enseignement professionnel, sans remédier à tout, aurait souvent empèché bien des chutes. Elle plaçait en apprentissage, chez des maitres ou des maitresses qui lui paraissaient mériter sa confiance, les enfants auxquelles elle s'intéressait ; et il est probable que cette œuvre était réservée à ces bourgeois qui étaient assez nombreux parmi les confrères et dont d’Argenson a oublié de donner quelques noms. En 1640, le 2 août, la Compagnie jugea qu'il y avait lieu d'assister un peu mieux au spirituel ces pupilles en apprentissage. Elle chargea quelques particuliers de veiller sur leur conduite, de les porter à fréquenter les sacrements et d «obliger leurs maîtres et leurs maîtresses à les élever dans la crainte de Dieu ». Pour ne point négliger cette pratique, on lisait chaque mois en séance la liste des protégés des deux sexes et on s’engageait à les visiter. En dépit de ces soins, dit d’Argenson, « on vit peu de fruits de toutes ces peines ». Ce service de placement semble s'être réduit de plus en plus ?.
Pourtant, en 1655, cette idée d’un enseignement professionnel à organiser fut reprise. La Compagnie, très ardente à traquer les « Compagnons du Devoir », très active à fortifier et à diriger contre eux les « frères » cordonniers et tailleurs, voyait d'assez près quelques détails de la vie ouvrière. Le 4 juin, « on proposa, dit d’Argenson, d'établir dans Paris des petites communautés de filles pour enseigner à coiffer, à blanchir et à soigner les malades ». Mais l’historiographe est obligé
‘ Annales, p. 35, 45 (B.-F. 70, 85).
* Annales, p. 45 (B.-F. 8b).
d'ajouter : « Je ne vois pas que ce projet ait eu des suites et des succès. » :
En ce temps-là déjà, le personnel féminin de la débauche professionnelle se recrutait surtout parmi les filles de la campagne, attirées par l'éclat de la capitale, avides d’y trouver l’aisance par un travail honnête, mais arrivant à Paris sans gagne-pain assuré, proie toute prête pour les proxénètes à l’affüt. « On a remarqué, dit un document dont nous aurons à parler, qu'un grand nombre des filles qui viennent de loutes les provinces à Paris pour servir, ne trouvent point où se placer et, après avoir dépensé le peu qu’elles avaient apporté de leur pays, se trouvent réduites à une extrême nécessité, qui les fait tomber enfin dans le désordre, par le désespoir où elles sont de pouvoir trouver de quoi vivre par d’autres voies. L’on sait même qu'il y a, à Paris, quantité de créatures malheureuses et infâmes qui les retirent et les vendent. » « Ces misérables créatures, dit d’Argenson à peu près dans les mêmes termes, se trouvaient à la descente des coches et des bateaux pour voir arriver ces pauvres filles et, sous prétexte de charité, elles offraient retraites à ces innocentes pour les perdre?. »
Le « Saint-Sacrement » ne jugea pas suffisant de gémir sur ces crimes ni de les maudire. « Ii y eut des personnes de la Compagnie assez zélées pour se charger d’aller aux mêmes lieux les jours de l’arrivée de ces coches, afin d'empêcher les nouvelles venues d’être surprises par les infàmes suborneuses qui les attendaient, et ces soins ont eu de favorables succès, parce que dans la suite plusieurs particuliers de la ville se sont donné le même soin pour empêcher ce désordre. » Il est dommage que lon manque de détails sur cette œuvre. Mais, par bonheur, si nous ignorons comment elle a exactement fonctionné, nous savons avec précision ce que ses fondateurs ont voulu faire. Recueillons la confidence de leurs pro-
‘ Annales, p. 84 b (B.-F. 152).
? Annales, p. 43 (B.-F. 8%).
jets dans l’appel qu'ils adressaient alors aux personnes charitables 1 :
On a pensé qu'il serait nécessaire d’avoir une maison où les filles qui viendraient de province à Paris, pour servir, et où celles qui sortiraient de service seraient reçues pour y travailler, et par leur ouvrage aider à la nourriture et à l'entretien qu'on leur y donnerait, et où elles demeureraient sous la conduite de quelques dames de vertu, jusqu'à ce qu'on leur ait trouvé condition. Comme ces filles vivraient dans cette maison d’une vie réglée, retirée et occupée aux exercices de piété et à l’ouvrage, beaucoup de personnes viendraient y prendre des sujets propres à les servir. Et quand elles sortiraient de condition, elles retourneraient dans cette maison destinée à recevoir les filles qui ne peuvent trouver à servir ; et par ce moyen on empêcherait mille désordres et on procurerait le salut de quantité de pauvres âmes qui se perdront sans cela...
Comme les ouvrages ordinaires où s'appliquent les filles, et principalement celles qui ne savent point d'autre métier que de servir, ne pourraient guère contribuer à leur nourriture et à leur entretien, on a cru qu'il serait à propos de leur faire faire de la dentelle et de la broderie, lequel travail pourrait aisément faire subsister celles de la maison dont je parle et pourrait même leur servir quaïü elles seraient en condition.
On choisirait dans Paris une dame de piété et d'exemple qui prendrait le soin de cette maiïison-là, et qui s’appliquerait à former ces filles dans tous les devoirs d’une vie chrétienne et propre à des personnes destinées à servir. On a déjà trouvé une bonne demoiselle qui s'offre à leur faire apprendre les ouvrages de dentelles et de broderie.
Ce projet ne resta pas sur le papier. Dans la Vie de M. le chevalier de la Coste, il est parlé de cette maison de refuge comme d’un établissement existant et que le pieux gentilhomme de Provence aurait voulu imiter. Rien ne prouve qu’elle ait survécu à la Compagnie.
‘ Projet d’une bonne œuvre très utile à la gloire de Dieu el au salut de plusieurs âmes, par laquelle on peut aisément préserver ou relirer du désordre les personnes qui n'y lombent que par pure nécessité, el parce qu'elles n'ont pas de quoi vivre (S. I. n. d., 4 pages). Un exemplaire de ce prospectus ou appel se trouve dans un recueil de diverses prières imprimées qui est à la bibliothèque Nationale (R. 27,199-208). Ce recueil est en deux volumes, dont le premier est à la bibliothèque de l’Arsenal. Il provient de Saint-Sulpice (V. p. 58, 103, 104).