‹ La Compagnie Du Très Saint-Sacrement De L'Autel: La Cabale Des DevotsChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Misères de la Fronde. — Maignart de Bernières, M. du Hamel et la mère Angélique. — Les accidents de la charité janséniste. — Une mobilisation charitable. — Le magasin général.

De tout temps, par exemple en 1636, la Compagnie s'était efforcée de secourir les détresses matérielles et morales que la guerre causait en certaines provinces, surtout en Champagne et en Picardie !. En 1649, grâce à la Fronde, elle les vit de près, dans la banlieue même de Paris. Elle fut atterrée par les sacrilèges qui se commirent dans les églises et contre le Saint-Sacrement. Elle commença par nommer des commissaires pour ouvrir une enquête sur ces excès, ornements volés, tabernacles rompus, Cciboires emportés, hosties profanées; el des mémoires furent procurés à l’abbé de Jassein, depuis évèque de Périgueux, qui, sur l’ordre de la reine régente, fit le procès-verbal de ces impiétés. Puis, la Compagnie voulut assurer les réparations nécessaires. « Le 12 août, il fut arrêté que, pour convier le public à entrer dans des sentiments de douleur et de regret de tant de crimes, et dans le désir de les expier le mieux qu'il se pourrait, tous les ecclésiastiques de la Compagnie célébreraient la sainte messe et tous les laïques communieraient à cette intention; qu’ils serviraient les messes quand ils le pour-

: Annales, p. 33, 33 b, 43 d (B.-F. 66, 67, 68, 82).

raient en esprit de satisfaction à Jésus-Christ, déshonoré par les profanateurs de ses temples; que tous s’imposeraient quelques jeünes et quelques mortifications selon leur force et dévotion; et que la Compagnie donnerait du coffret une somme considérable pour les missions que M. Vincent et les prêtres de sa congrégation feraient dans tous les lieux les plus profanés par ces abominations ; que les particuliers contribueraient de leur part volontairement pour augmenter le fonds de ces missions, et qu’en chacune la Compagnie députerait des ecclésiastiques et des laïques pour assister à la procession de la clôture afin d’y porter chacun un flambeau du poids de deux livres pour faire amende honorable à la Majesté divine si cruellement offensée ; que, pour exciter et aider la dévotion et le zèle du peuple, on ferait graver la figure du Saint-Sacrement sur une planche de cuivre avec diverses sentences et passages de l’Écriture Sainte, dont on ferait tirer un grand nombre pour les distribuer partout; qu'entre autres on en ferait mettre six sur du velin qui seraient enluminées et mises proprement dans des cadres, que l’on attacherait en lieu éminent, dans les églises des six villages où le plus grand désordre était arrivé ; qu'enfin la Compagnie ferait part à toutes celles du royaume de la résolution qu’elle avait prise en cette rencontre, et cet avis fut donné par une lettre que M. de Renty avait composée. 1 ».

Tout cela fut accompli avec ferveur. Les missions furent prèchées à Limoy, près Villeneuve-Saint-Georges, à Beaubourg, près de l’abbaye de Malnoue, à Férolles, près Lésigny, à Ville-Abbé, près Corbeil, à Antony, près Bourg-la-Reine, et à Châtillon-sur-Marne. La Compagnie y dépensa, en tout, 1 400 livres.

IT

Tandis que la Compagnie poursuivait ce travail de réparation religieuse, quelques autres « personnes de

‘ Annales, p. 58 (B.-F. 107-108).

piété », sans négliger le soin des âmes, organisaient le sauvetage des corps. Au milieu des détresses de la Fronde, Charles Maignart de Bernières « se constitua, selon l’expression de Lancelot, comme le procureur des provinces désolées ! ». Maître des requêtes, fils du second président à mortier du Parlement de Rouen, il tenait par sa femme, une Ameliot, à ce qu'il y avait de plus considérable dans la robe à Paris. Depuis plusieurs années, il dépensait en bienfaisances sa fortune, ses loisirs et ses forces. En 1649, il vendit sa charge pour se consacrer mieux à cet office; et, cette année, une famine ayant ravagé la France, il s’associa « avec quelques-uns de ses amis et quelques dames encore plus illustres par leur piété solide et par leur charité exemplaire que par leur condition et par leur naissance ». Ils réunirent des fonds et, pour les distribuer, s’assurèrent des collaborateurs dans les provinces. Ils trouvèrent « divers particuliers très pieux qui ont été les mains de ces cœurs, les aumôniers de ces laïques et les médiateurs entre les riches charitables de Paris et les pauvres misérables de la campagne ». Selon la coutume, les infortunés que la fin traquait affluèrent à Paris comme dans un asile. Les organisateurs bénévoles de l’Assistance publique agirent encore. « Le même esprit qui avait porté ces personnes à chercher les pauvres éloignés ne leur fit pas oublier ceux qui étaient proches. Il se forma parmi eux une sainte société qui résolut de les secourir et qui prit une connaissance particulière de tout le détail de la misère et des souffrances extrèmes d’un nombre prodigieux de familles des faubourgs ? ». Cette société se recruta surtout dans le monde parlementaire. Ses collaborateurs les plus dévoués étaient deux autres maitres des requêtes, M. Lenain et M. du Gué de Bagnols, Mi! de Lamoignon, la présidente de Herse, M" de Traversé. Plusieurs de ces personnes étaient chères à la Compa-

1 Mémoires touchant la vie de M. de Saint-Cyran, t. IT, p. 208.

? L'Aumône chrétienne, préface. Cette préface ne nomme pas M. de Bernières, mais décrit avec détail son activité.

gnie, surtout Mile de Lamoignon, dont le père, le président Chrétien de Lamoignon, et le frère, le futur premier président, furent toujours des confrères les plus zélés et quise fit souvent elle-même, au dehors, l’exécutrice fidèle de ses desseins. M. Lenain comptait parmi les membres de la Compagnie t{. Mais il était, en même temps, janséniste; ses deux grands amis, Maignart de Bernières et du Gué de Bagnols, n'étaient pas moins compromis que lui par leurs attaches avec ce que d’aucuns dénonçaient comme une hérésie malicieuse. Et comme ils étaient les vrais chefs de cette société charitable, on peut dire qu’ils prolongeaient dans Paris ce que Messieurs de Port-Royal faisaient dans la banlieue et qui rend si touchantes tant de lettres de la mère Angélique. Le mal augmentant, linfatigable magistrat comprit que les aumônes d’un cénacle ne suffiraient pas à tout et qu’il fallait faire appel au public. Il créa ces feuilles mensuelles qui devaient apitoyer les âmes charitables : Relations concernant ce qui s'est passé pour l'assistance des pauvres, entre autres ceux de Paris et des snvirons et des provinces de Picardie et de Champagne (1650-1655) ?. Mois après mois, elles disent les détresses qu’on a pu secourir, celles qui implorent encore un soulagement. On comprend, à les lire, qu’elles aient remué les consciences, surtout à une époque où l’attention n’était point distraite par le journalisme. Mais cet usage intelligent et nouveau de la « publicité » allait faire d’un groupe assez suspect le centre même de l’assistance publique.

Ces Relations sont souvent attribuées de nos jours à Vincent de Paul. Elles renferment, en effet, bien des pages écrites par des prètres de la mission, que Vincent avait envoyés en Champagne et en Picardie et qui distribuaient les fonds recueillis à Paris $. Pourtant elles sont bien de

* C'est le P. Rapin qui nous l’apprend (Mémoires, t. IT, p. 326).

? Il y a un recueil de ces Relations à la bibliothèque Nationale (R. 8,370). On en trouve encore plusieurs, avec d’autres pièces intéressantes, dans le tome 318 du recueil Thoisy.

5 On ne constate qu’à partir de juillet 4650 la collaboration des

M. de Bernières, et la tare janséniste s’y laisse aisément découvrir!.Mais la substitution d’un nom à l’autre résume toute une histoire, celle des accidents successifs qui ont ruiné assez vite l’œuvre de gens accusés d’hérésie et qui ont conservé à la Compagnie du Saint-Sacrement l'hégémonie de la charité.

Cette hégémonie n’était pas menacée seulement par l'effort que Maignart de Bernières avait suscité. Certains curés jansénistes, par la ferveur de leur zèle, gagnaient une autorité inquiétante dans les assemblées de dames qui s'étaient formées dans leurs paroisses, et ils avaient l'air de prendre la direction de l’assistance. M. du Hamel, curé de Saint-Merry, était un des chefs de ce mouvement. Il n'exemptait aucun de ses paroissiens de l'obligation de faire l’aumône : « Les riches, disait-il, ont beaucoup de choses à donner, et les pauvres ont leur propre personne qu'ils peuvent employer à soigner les malades; ils ont une vie qu'ils peuvent et qu’ils doivent sacrifier pour le salut de leurs frères ». À sa voix, les dévouements surgissaient :

Bien des personnes s’offraient pour être servantes des pauvres, et il n'accordait pas cette grâce à toutes celles qui la lui demandaient. Il fallait la mériter par une longue pratique de la plus solide piété. On voyait des filles de qualité porter dans les rues la marmite des pauvres, des dames monter à genoux dans des greniers où l'on ne pouvait se tenir debout, et donner avec

une sainte profusion leur bien, leurs soins et leur santé pour soulager les pauvres.

prêtres de la mission avec M. de Bernières, Celui-ci et ses amis étaient à l'œuvre dès 1649. Voir Feillet, {a Misère pendant la Fronde, p.242, 243.

1 C’est ainsi que la Relalion de mai-juin 1651 exprime l'espoir que « le livre de l’Aumône chrélienne, paru depuis peu » amollira « le cœur de ceux qui l'ont eu endurci jusques à présent au récit des relations ». Or ce livre est de Saint-Cyran : il a été édité par le neveu du grand Arnauld, Antoine Le Maistre ; et il a paru avec l'approbation de curés et de docteurs en théologie dont la plupart étaient connus comme jansénistes, Debréda, curé de Saint-André-des-Arts, Grenet, curé de Saint-Benoît, du Hamel, curé de Saint-Merry, et les docteurs Taignier, Bourgeois, Feydeau, etc.

Des membres de la Compagnie étaient sous le charme de cet apôtre :

M. de Morangis.. fournissait de grosses sommes à ce zélé pasteur. Il donnait à la charité vingt louis d'or chaque mois sans les autres aumônes. Il s’imposait par pénitence, quand il tombait dans quelques petites fautes, de donner une certaine aumône aux pauvres. Pour cela, il mettait dans ses poches autant de pièces d’or qu'il commettait de fautes, et les envoyait de temps en temps à M. du Hamel sans préjudice de ce qu'il avait accoutumé de donner *.

Avec les concours qu’il savait s'assurer, ce prêtre parvenait à organiser quelques-unes de ces œuvres que la Compagnie excellait à susciter. La mère Angélique écrit à la reine de Pologne le 28 juin 1652 :

Les malheureux soldats ont tant commis de crimes que toutes les femmes et filles de la campagne qui l'ont pu, se sont sauvées en cette ville (Paris); et la rage des démons, qui veut toujours multiplier les maux, faisait que de méchantes personnes les attendaient aux portes pour, sous de belles promesses, les mener se perdre. Pour y remédier, M. du Hamel, curé de Saint- Merry, a le prcsnier, par le moyen des dames de sa paroisse, fait louer une grande maison, et les autres curés à son imilation, pour loger et nourrir ces pauvres créatures, en sorte qu'il y en a plus de cent à Saint-Merry, et aux autres paroisses de même. On a soin de les instruire en la crainte de Dieu, aussi bien que de les nourrir. On leur donne à filer, afin qu'elles ne soient pas oiseuses et qu'elles gagnent quelque chose qu'elles pussent emporter quand elles retourneront*.

La Compagnie du Saint-Sacrement semble donc menacée de n'avoir plus la haute main sur la charité paroissiale. Quelle attitude prendra-t-elle en face d’une concurrence qui peut devenir gènante? Délicat problème. Mais voici qu'une série d'événements vient la tirer peu à peu d’embarras. Une puissance invisible déblaie le terrain devant elle.

On note d’abord d’étranges tiraillements entre les per-

! Mémoires manuscrils sur la vie de M. du Hamel, p. 26, 27 (Arsenal, 4.996).

? Lellres de la mère Angélique, t. II, p. 139. Cf. les Mémoires manuscrits sur la vie de M. du Hamel, p. 29.

sonnes que M. de Bernières était parvenu à grouper. La reine de Pologne; cette « fille spirituelle de Port-Royal », envoie, au printemps de 1652, douze mille livres pour être distribuées aux pauvres, et elle ordonne que cela se fasse par les soins de Ml de Lamoignon et de la mère Angélique. Celle-ci, sans retard, écrit à la reine (16 mai) pour demander quel emploi de cet argent lui sera le plus agréable, et elle lui signale l'importance qu’il y aurait à secourir les paysans :

On pourrait prêter à quelques-uns une somme qu'on donnerait après à d’autres pauvres, quand ils auraient moyen de la rendre. J'ai encore une autre pensée, qui serait de faire acheter des vaches pour les donner à louage à nos pauvres gens, et s'ils peuvent payer, on en donnerait le prix à d’autres. Une vache nourrit toute une famille à la campagne, surtout les pauvres petits enfants, dont les mères mal nourries n’ont presque point de lait ; et quand ils ont de la bouillie, cela leur sauve la vie‘.

La reine lui répond, le 9 juin, en approuvant toutes ses propositions. Et tout à coup l’on raconte à Paris, en invoquant le témoignage de Vincent de Paul, que les intentions de Sa Majesté sont changées et qu’elle entend que les douze mille livres soient distribuées, en dehors de la mère Angélique, par les Dames de la Charité. L’abbesse de Port-Royal ne comprend rien à cette nouvelle et, sous le coup de son émotion, elle écrit, en juillet, à Mie de Lamoignon.

Ayant appris, mademoiselle, que M. Vincent a reçu une lettre de la reine de Pologne par laquelle il dit qu’elle entend que les douze mille livres qu'elle a envoyées soient distribuées par les Dames de la Compagnie, je n’ai pas voulu différer davantage à vous dire que je suivrai d'aussi bon cœur ce nouvel ordre de la reine que celui qu’elle avait donné auparavant à Mne des Essarts, et qu’elle a encore confirmé depuis par la lettre du 9 juin en réponse de ce que j'avais écrit à Sa Majesté, sur les pensées que j'avais eues pour la distribution de cette aumône, et où elle me fait l'honneur de me dire que j'en fasse ce que je jugerai le plus à propos pour le bien des pauvres.

Il est vrai, ma très chère sœur, que ce changement m'a un

4 Lettres de la mère Angélique, t. I, p. 115.

peu surprise, vu principalement que je sais que l'intention de la reine n’est pas que ses aumônes soient si publiques et fassent un si grand bruit, et que je pense la connaitre assez pour ne me pas tromper lorsque je me persuade qu'elle eùt été aussi satisfaite que cette aumône eût été employée à secourir des besoins d'autant plus extrêmes et plus dignes de pitié qu'ils sont connus de moins de personnes, qu'à subvenir à des nécessités publiques qui sont très grandes, mais qui, étant sues de tout le monde, peuvent plus aisément trouver du secours dans la charité des gens de bien, qui en se défaisant d’une partie de leur luxe et de leurs superfluités y remédieront, comme je crois, sans beaucoup de peine.

Il me semble que, si Sa Majesté n'avait point eu d'autre dessein sinon que cette aumône fût employée en ces sortes de bonnes œuvres dont les Dames ont la direction, et non en d’autres dont je puis connaître la nécessité, elle n'aurait point témoigné désir que je prisse part à la dispensation de cette charité. Néanmoins puisqu'on dit que ce nouvel ordre vient de Pologne et qu'il est plus conforme aux intentions de la reine que le premier, je n'ai garde de m'y opposer ; et je trouverai fort bon que M* des Essarts vous donne tout ce qui en reste pour en disposer comme il vous plaira *.

L'incidern£ fait causer. Vincent de Paul s’émeut à son tour. Il proteste qu’on l’a mal compris, Il explique comment on a pu commettre le contre-sens :

Quelques-unes de nos bonnes dames de la Charité m'ayant demandé si la reine de Pologne affectait aux dames de la Charité la distribution des douze mille livres que Sa Majesté fait donner aux pauvres de Paris et des environs, je leur ai dit que non. Ce qui a donné lieu à cette opinion, c’est ce que je dis à la Compagnie de mes dites dames, que Sa Majesté m'a fait faire compliment de ce que j'avais assuré les dames que, si elles voulaient avancer quatre mille livres sur cette somme de douze mille livres, pour les nécessités qui pressaient pour lors, Sa Majesté leur enverrait assurément de quoi les acquitter. C'est, mademoiselle, ce qui fait que je vous supplie très humblement de détromper les dames de cette opinion que la reine de Pologne leur ait affecté cette distribution, vous assurant que je n'ai point dit cela?

Il est bien possible que le saint n’ait pas tenu d’autres

' Lettres de la mère Angélique, t. IT, p. 165.

* Leltres. — À Mie de Lamoignon, 44 août 1652, t. II, p. 458,

propos !. Mais les personnes qui ont interprété contre l’abbesse de Port-Royal ses vraies paroles y ont mis un empressement significatif. Tant de zèle dénonce la préoccupation de détourner sur des œuvres scrupuleusement orthodoxes l'argent fort mal placé chez des gens suspects.

Ces incidents sont de juin et juillet 1652. Quelques mois plus tard, il s’en produit un autre, plus désobligeant encore pour les familiers de M. de Bernières. Louis Le Bouthillier, comte de Chavigny, meurt le 41 octobre. Il avait une jolie réputation de concussionnaire. Dans les derniers temps de sa vie, il avait été troublé par quelques conversations avec plusieurs des Messieurs de Port- Royal. A son lit de mort, il avait chargé Singlin et du Gué de Bagnols de faire en son nom d'importantes restitutions; il y avait pour près d’un million de « pots-de-vin » dont le souvenir avait importuné la conscience du mourant. Par délicatesse, les deux dépositaires du secret en parlent à la veuve et consultent pour se mettre en règle avec elle. L'affaire transpire. M. de Morangis, M. de Lamoignon sont au courant et donnent des conseils. Ils en parlent sans doute à d’autres, mais probablement sans mauvaise intention. Aussitôt des racontars étranges commencent à cheminer. Au bout de quinze jours, les ennemis des Jansénistes ont mis en circulation tout un roman

1 C’est M. Feillet qui, dans La Misère au temps de la Fronde, a indiqué le premier ces tiraillements. A l'en croire, une lettre de la mère Angélique (16 mai 4552) et une autre de Vincent de Paul (22 mai) nous apprennent que la reine de Pologne enjoint à la mère Angélique de s'entendre avec Vincent pour la distribution des 12,000 livres. Il y a ici une erreur sur les dates. La lettre de la mère Angélique est de juillet; c’est celle qui vient d'être reproduite ici. Mais est-il admissible que M. Feillet, qui a eu entre les mains la correspondance authentique du saint, qui n'a pour lui que des sentiments d’admiration, se soit si lourdement trompé sur le sens de ce qu’il a lu? Il est malaisé de croire qu'il n’ait pas vu une lettre qui avait bien ou paraissait avoir la signification relevée par lui. Mais s'il la vue, qu’est-elle devenue ? Pourquoi n'est-elle pas dans le recueil publié? Je ne repousse pas à priori lidée d’une erreur commise par M. Feillet; mais elle a dû être suggérée par quelque chose, et cela rendrait peut-être excusable celle des Dames de la Charité.

qui accuse Singlin de captation d’héritage et représente de Bagnols comme son complice. On en cause au conseil du roi et quelqu’un en prend occasion pour y déclarer, à propos des jansénistes, « qu’il fallait empêcher l’établissement de cette maison et qu'il serait peut-être nécessaire d’interposer l’autorité du roi pour arrêter le progrès de leurs desseins ». Du Gué de Bagnols se dépense en efforts pour enrayer la calomnie; on devine pourtant le bien qu’elle fait à la charité de Port-Royal!.

Vers la même époque une campagne sourde commence contre du Hamel, dans sa paroisse de Saint-Merry. On excite contre lui la jalousie de l’autre curé, M. Barré. On amène ce prêtre, brave homme malgré tout, et favorable en somme aux idées de Saint-Cyran, à résigner sa cure à un intrigant sans valeur intellectuelle ou morale et dont on escompte à l’avance l'humeur brouillonne. Amiot, successeur de Barré, sème aussitôt la zizanie parmi le clergé de la paroisse. Il groupe en une cabaie les ecclésiastiques qui ent les moindres griefs contre du Hamel. Il flatte et teint de soutenir un prêtre, pauvre d'esprit, et qui avait rédigé le projet ridicule de je ne sais quel ordre nouveau ; on détourne le manuscrit de ce travail, on le publie, puis on le dénonce comme un « attentat » janséniste et prémédité par le curé trop populaire. Amiot est de mœurs suspectes; c’est cela sans doute qui suggère l'idée de s'attaquer à celles de son rival contre lequel on n’a rien à dire. Pour donner quelque fondement à la diffamation, on tend des pièges à du Hamel ; on lui dépêche une femme qui est chargée de le suborner et qui, devant l'indignation du prêtre, avoue le complot. Ce scandale faisant défaut, on profite d’une imprudente manifestation

‘Il faut lire, sur cette affaire, le mémoire de Hermant : Relation de ce qui se passa à la mort de M. de Chavigny, el louchant un écrit qui avait élé confié à M. du Gué de Bagnols. Sainte-Beuve l'a reproduit in extenso dans un appendice au tome II de son Port-Royal. On doit comparer à ce récit si honnète celui du P.Rapin dans ses Mémoires ; on comprend alors ce qu'est, suivant le mot de Sainte-Beuve, «la calomnie malicieuse qui combine et qui construit ».

en faveur de son archevêque incarcéré et l’on obtient contre lui, en 1654, une lettre de cachet qui l’exile. Après son départ, Amiot continue de poursuivre de ses vexations les amis du prêtre banni. Il réussit si bien qu’une quarantaine de dames quittent l’assemblée de charité à laquelle du Hamel à communiqué tant de vie. M. de Morangis est tellement affligé par la conduite tour à tour brutale et sournoise d’Amiot, qu’il résilie ses fonctions de premier marguillier et quitte la paroisse. Il borne, d’ailleurs, à cela sa protestation et n’ose pas intervenir en faveur des prêtres fidèles au souvenir de M. du Hamel et que son adversaire acharné attaque devant l’officialité L

Cependant les insinuations fâcheuses sont toujours colportées à la Cour de Pologne, d’où les secours en argent arrivaient à la charité janséniste. La mère Angélique écrit le 11 mars 1655 à la reine que l’on essaie de plus en plus de circonvenir.

Je nai point entendu parler des huit mille livres pour les aumônes ; et je n'avais garde d’en rien dire, pensant que peutêtre, y ayant encore tant de guerres en votre royaume (ce qui accroît les misères), Votre Majesté aurait trouvé mieux d'y faire toutes ses aumônes. Il est vrai que j'avais commencé à assister des familles ruinées, à mettre des enfants en métier et en pension et à donner à de pauvres monastères, et que j'avais quelque peine de ne pouvoir continuer; mais je le laissais à la divine Providence et je n’en aurais jamais parlé à Votre Majesté...

Je prie Dieu de tout mon cœur que la divine sagesse soit la conduite de toutes les actions, pensées et paroles de Votre Majesté, afin qu’elle soit selon son cœur, qu’elle fasse justice à tout le monde, ne se laisse point prévenir par la médisance, ni par les fausses louanges, mais qu’elle ne dédaigne point de s'informer par elle-mème de la vérité, pour ne point se tromper en ses jugements.

1! La reine mère sollicitait contre eux. Voir sur tous ces points les Mémoires manuscrils sur la vie de M. du Hamel (notamment les pages 45, 46, 49) et les Journaux de Deslions, 8 juin 1656 (bibliothèque Nationale. Manuscrit F. fr. 24998). Sur Amiot, voir ces Journaux à la date du 48 décembre 1667. Rapprocher tous ces détails des récits du P. Rapin (Mémoires, t. 1, p. 220. 221, II, p. 286, 287).

? Leltres de la mère Angélique, t. II, p. 577-578.

Des efforts du même genre se poursuivent à Paris. Le P. d'Anjou, jésuite, prèchant à Saint-Benoît, raconte en chaire que les aumônes, recueillies pour les pauvres de Champagne et de Picardie, ont été employées à entretenir des gens qui dogmatisent contre l'Église. Cette accusation de détournement de fonds peut retomber sur Vincent de Paul, dont les prêtres, avec heaucoup de dévouement, ont servi à distribuer une partie de cet argent. Mais le saint ne s’émeut pas de ce propos et la mère Angélique, écrivant à Arnauld, ne trouve point que ce soit par sainteté :

La préoccupation de la plupart des hommes me semble plus horrible que les excès des jésuites, n'étant pas si étrange que des gens aussi passionnés qu'eux dans leurs intérêts excèdent en toutes manières. Mais il est bien étrange que les autres les suivent avec un si grand aveuglement contre toute justice et raison. Vous verrez qu'enfin M. Grenet leur fera excuse et que M. Vincent ne s'offensera pas de l’outrage qu'ils lui ont fait parce que la fin n’a pas été de le décrier, mais ceux qu’il décrie lui-même, quoique nlus doucement, et dont en effet, par un zèle sans science, :: désire autant la ruine que les autres par une malice toute franche‘.

On ne comprendrait pas que la charité janséniste n’eùt pas été désorganisée par tous ces accidents. A la date de 1655, M. de Bernières est paralysé dans son travail ; il a vu ses amis frappés les uns après les autres, ses collaborateurs dispersés par la persécution, les aumônes compromises par la médisance. Il arrête la publication de ses Relations. Il passe si bien au second plan que son œuvre est attribuée tout entière à quelques-uns des hommes qui l’ont à la fois aidé et desservi. Cependant sa présence à Paris, dans les lieux où il a fait tant de bien, importune encore ses ennemis. En 1657, on intercepte une lettre, à lui destinée et qui fait allusion à l’assistance de catholiques irlandais, qui ont été dépouillés de leurs biens sous Cromwell. On y lit que « le roi

‘ Lettres de la mère Angélique, t. II, p. 573-574. M. Grenet était curé de Saint-Benoit,

d'Angleterre aurait soin de laffaire qu'il lui avait fait recommander par M. Taignier ». On persuade à la Cour qu'il s’agit d’une intrigue tramée, en Angleterre, en faveur du cardinal de Retz; et le prétendu conspirateur est exilé à Issoudun. Il y mourra parce qu’il refusera jusqu’à la fin, selon son expression, « de donner du nez en terre comme les autres et fléchir le Père Annat par la làcheté de sa plume ».

.. Revenons à la Compagnie du Saint-Sacrement que ce concours de circonstances a délivrée d’une concurrence fâcheuse. Qu’a-t-elle fait durant ces événements?

La Compagnie a donné son concours visible à tous les efforts concertés contre la misère et la famine. Pour les favoriser et pour exciter la générosité, un confrère, Godeau, évèque de Vence, a publié son Exhortation aux Parisiens !. Il n’était point suspect d’animosité contre les jansénistes. Les amis qui l’ont poussé à faire imprimer son appel n’ont point eu l’air d’opposer cet écrit au livre de Saint-Cyran sur l’Aumône chrétienne. Mais les plus timorés étaient allégés d’un scrupule; ils n’en étaient plus réduits à répandre un livre suspect et avaient à leur disposition, pour la propagande de charité, des pages dans lesquelles les malveillants ne parviendraient pas à distinguer le moindre parfum d’hérésie. Sans doute tout ce qui redoublait la pitié générale amenait des concours et des ressources aux hommes, parfois inquiétants, qui avaient fondé l'assistance publique en dehors de la Compagnie. Celle-ci sut manœuvrer pour avoir, au bon mo-

1 Exhorlation aux Parisiens pour le secours des pauvres des provinces de Picardie el de Champagne, où il esl prouvé par des passages formels de l’Ecrilure Sainte, par les autorilés des Saints Pères grecs et latins et par des raisons invincibles que l’Aumône en ce lemps esl de préceple, el non pas de conseil. — A Paris, chez Pierre Le Petit, 1651.

ment, et sans qu’il y parüt, une œuvre toute à elle, créée par elle, dirigée par elle.

Ce moment vint quand les passages furent laissés libres par les troupes. Vincent de Paul décida l’archevêque à provoquer une levée en masse de tous les ordres religieux et de toutes les familles ecclésiastiques. Au groupement amical de simples particuliers par lequel Maignart de Bernières avait assuré le service de la charité, il s’agissait de substituer la mobilisation officielle de toute les forces cléricales. L’archevèque distribua à ces soldats d'un nouveau genre les cantonnements abandonnés par les armées du roi et des princes. Les rapports, comme on s’y attendait, furent navrants. A limitation des personnes qui avaient ouvert la voie, on s’empressa de révéler au public les tristesses découvertes; et M. Féret, grand vicaire de l’archevêque, membre de la Compagnie, signa et publia un Etat sommaire! des besoins à secourir.

Les envoyés de l’archevêché avaient trouvé partout la plus compiete désolation. Les églises étaient dévastées et profanées. Les populations en fuite mouraient sur les routes. Les maisons abandonnées n’avaient plus ni portes ni fenêtres. Villes et hameaux étaient infestés de cadavres et de charognes. Ce sombre tableau se terminait par une supplication aux gens de cœur. Pour faire face à tout, disait-on, il est nécessaire de former un fonds qui serve à l'entretien des missionnaires, des curés, des malades et des pauvres. Dans ce dessein, des assemblées de charité se tiendront en toutes les paroisses de Paris. En chaque paroisse, il y aura un magasin chez le curé où l’on portera vivres, linges, habits, instruments de travail et même « des pics et des houes pour enterrer les morts, qui est l’une des plus grandes peines des missionnaires, parce qu'il faut gratter la terre avec ses mains pour faire les fosses et porter les morts sur des échelles qu’à grande

! Elal sommaire des misères de la campagne et des besoins des

pauvres aux environs de Paris, des 20, 24 et 25 octobre 1652. — 4 broch. in-8° ; 12 pages.

peine encore peut-on rencontrer ». Il y aura de plus « un magasin général central chez quelque personne de piété, près de la rivière, vers le quartier Saint-Paul ou de la Tournelle, où seront transportées toutes les provisions des magasins des paroisses ». De là, par ordre du grand vicaire et par les soins de collaborateurs dévoués, on fera les envois où il en sera besoin.

Dans l'occurrence, la Compagnie ne s’était pas contentée de mettre l’archevêché en mouvement. Elle faisait réaliser une idée qui était bien à elle, C'était un'confrère, M. Olier, qui, le premier, avait établi, dans sa paroisse de Saint-Sulpice, un dépôt du linge, des meubles, habits et objets divers, que des donateurs destinaient au soulagement des pauvres. La Compagnie, dès 1652, voyait tout le profit à tirer de cette expérience et elle suggérait au grand vicaire d'organiser «le magasin général charitable».

L'appel de l’archevèché est des premiers jours de novembre 16521. Quelques semaines plus tard, le 20 novembre, paraît un Mémoire des besoins de la campagne des environs de Paris ?. Les magasins des paroisses commen. çaient à se remplir. M®e de Bretonvilliers % avait donné,

1 L'abbé Maynard le date du 16 octobre. Ce sont les pouvoirs conférés aux missionnaires qui ont été signés ce jour-là. L’appel lui-même renferme le récit d'enquêtes faites les 20, 24 et 25 octobre.

? Entre ces deux publications, l'abbé Maynard (Saint Vincent de Paul, sa vie, elc., t. IV, p. 213-220) en place une autre, dont voici le titre complet : Abrégé vérilable contenant le particulier de ce quis’est fail pour le soulagement des pauvres du diocèse de Paris, la nécessilé de soulenir celle entreprise par des aum6nes extraordinaires et de les employer à la continuation de l’assistance du grand nombre des malades des faubourgs. Get écrit est sans rapport avec ceux dont il s’agit ici; il appartient à la même famille que les Relations de M. de Bernières ; il fait allusion à elles ; il indique, pour l'envoi des dons, les mêmes adresses qui sont à la fin des Relations. vnfin le Mémoire des besoins de la campagne se donne comme la suite d'un imprimé qui n’a «été que la simple découverte de tant de misères » et qui est l'Etat sommaire. Il y a eu deux œuvres bien parallèles.

3 Elle était la mère d’un jeune prètre entré en 1643 dans la communauté de M. Olier, qui lui succéda dans la cure de Saint- Sulpice et qu'on voit si souvent mêlé aux affaires de la Compagnie qu'on le soupçonne aisément d’en avoir fait partie.

pour servir de dépôt central, sa maison de la pointe de l'ile Notre-Dame. On en avait établi un autre à l'hôtel de Mandosse, près de l'hôtel de Bourgogne. « Chaque jour, nous dit d’Argenson, quelqu'un des confrères de la Compagnie en avait la direction suivant l’ordre qu’il en recevait le jeudi à l'assemblée t. »

Les Relations de Maignart de Bernières avaient été trop utiles pour qu'on ne s’empressàt point de les imiter. En janvier 14653 parut le premier numéro d’une gazette de la bienfaisance organisée. C'était le Magasin charitable, en d’autres termes la chronique des dépôts qui venaient d'être fondés. On y trouvait le plan de la mobilisation ecclésiastique que Vincent de Paul avait provoquée, la liste des postes attribués à chaque corps : à Corbeil, les Capucins; à Lagny, les missionnaires de M. Vincent; à Villeneuve-Saint-Georges, les séminaristes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet; à Brie, les pères de Picpus; à Tournan, les Carmes déchaussés; à Gonesse, les Jacobins réformés ; à Saint-Denis, « quelques personnes de vertu » et les Récollets; à Lusarche, les Jacobins réformés; au Mont-Valérien, les prêtres du Calvaire; à Juvisy, les missionnaires de M. Vincent. Cette gazette disait, en même temps que les besoins à soulager, les secours distribués ; on donnait ordinairement à chaque malade deux livres de viande par semaine, quatre œufs, un quart de beurre, pour deux sols ou six blancs de sel, et un pain de 17 sols. Enfin par le récit de traits touchants, on stimulait le zèle du public ?.

La Compagnie n'avait pas assez de déléguer régulièrement un de ses membres à la direction de l’œuvre. Elle se faisait rendre compte de la marche de l'institution, de

! Annales, p. 13 b (B.-F. 132). Vincent de Paul, écrivant à Lambert-aux-Couteaux, à Varsovie, parle des magasins Charitables et ajoute: « Ces messieurs du Saint-Sacrement font merveille en cette ville pour cela ». (Lettres, t. IT, p. 379). Lambert était de la Compagnie. Il avait été envoyé, l'année précédente, en Pologne pour y installer les Prêtres de la Mission.

* Le Magasin charilable, janvier 1653, broch. in-8, de 24 pages (Recueil Thoisy, t. 318).

ses progrès et de ses besoins. C’est par là que nous savons que la dépense, de 12 à 13 000 livres par mois au commencement de 1653, monta peu à peu jusqu’à 25 000 livres par mois. La Compagnie vota souvent des subventions pour soutenir l’entreprise. Elle travailla surtout à déterminer des efforts dans toutes les églises et elle se servit, pour alimenter le magasin charitable, de sociétés paroissiales dont nous aurons à raconter l’histoire. C’est Saint-Etienne-du-Mont qui se distingua par la générosité de ses dons.

Le Magasin général avait dù sa fondation à l'élan de pitié qui avait été déterminé par les maux atroces de la Fronde. Il survécut à ces misères particulières. Il semble pourtant qu'il y ait eu vers la fin de 1654 un ralentissement de son activité. Quoiqu'il en soit, en avril 1655, la Compagnie décida de reprendre cette œuvre avec une vigueur nouvelle; et un confrère, M. Pépin, prêta sa maison. C'était le moment où M. de Bernières, accablé sous les accidents, arrêtait la publication de ses Relations et était impuissant à continuer son ministère bénévole de l'assistance publique. Du moins avait-il des héritiers empressés à recueillir sa succession. Aussi longtemps qu'elle vécut, la Compagnie du Saint-Sacrement tint son magasin général chez M. Pépin ?. En 1657, les curés, jugeant qu’il était trop éloigné demanderent « qu'on s’adressàät à eux pour les magasins particuliers des paroisses ». Aussitôt les directeurs du dépôt central partagèrent leur activité entre ceux des cantons. Quatre au moins de ces directeurs nous sont formellement connus pour des confrères: MM. Leschassier, du Plessis-Montbard, L’Hoste, de Gaumont. Les six autres appartenaient certainement à la Compagnie : Gramoisy, Vitré, Colard, Laugeois, Pichon et Belin. Ils étaient marchands bourgeois de Paris; et d’Argenson ne relève jamais les noms des gens de cette sorte“.

‘ Annales, p. 73 b (B.-F. 132).

> Annales, p. 89 (B.-F. 158).

3 Recueil Thoisy, t. 318, p. 207. Ces six bourgeois figurent parmi les premiers administrateurs de l'Hôpital général.

La charité paroissiale était en de bonnes mains. On trouva qu'il y avait mieux à faire pour qu’elle y restât!.

1 Il serait intéressant de voir comment la même institution se répandit dans les provinces. On lit dans les Procès-verbaux de la Compagnie de Grenoble, à la date du 1er octobre 1656 : «M. Guérin a dit avoir appris comme en la ville du Puy, il y a une personne de condition chez laquelle on porte tous les habits, souliers, linges, chapeaux, si mauvais soient-ils, de toute la ville, et qui prend soin de les faire accommoder et les distribue aux pauvres avec un tel ordre que cela presque suffit à vêtir tous les pauvres, et qu'il trouverait à propos si l'on pouvait l’établir en cette ville. À quoi la Compagnie a résolu de voir comment on le pourra faire entreprendre. »

Page 1