CHAPITRE II
DU DÉCOR ET DES SOURCES DE l'ORNEMENT
Avant d'essayer Tapplication du décor sur la forme^ il nous faut étudier le décor en lui-même, c'est-à-dire l'assemblage des motifs variés, connus sous la dénomination générique dC ornements , dont la fonction est d'embellir l'objet qui doit les recevoir. Le but de l'ornement étant ainsi défini, il devient évident qu'il vaut mieux laisser à une forme sa nudité, que de la recouvrir d'un luxe qui ne lui ajoute aucun intérêt.
Le décor tîre ses éléments de plusieurs sources qui peuvent se résumer en trois : la nature, I'invention et la géométrie; chacune d'elles donne naissance à d'innombrables motifs.
Mais comme les éléments fournis par la nature peuvent être exprimés de façons bien diverses, depuis la copie exacte, pour ne pas dire photographique, pour les sujets. peints, et le moulage sur nature pour les sujets sculptés, jusqu'à l'interprétation la plus conventionnelle, nous partagerons en trois modes les différentes représentations décoratives, en prenant comme limites
^a LA COMPOSITION DECORATIVE.
extrêmes, d'une part la Vérité, et de Tautre la Convention^.
g I. — DES TROIS MODES DE REPRESENTATIONS DÉCORATIVES
Premier mode. — Le premier mode consiste dans la représentation pure et simple des éléments décoratifs, tels qu'ils existent dans la nature ou tels que l'artiste croit sincèrement les voir. Nous y retrouvons donc le modelé des formes, la couleur locale, les horizons, ciels, paysages et fonds d'architecture avec la perspective exacte des plans, en un mot tous les éléments ordinaires du tableau. Mais à cette copie textuelle viendra s'ajouter l'artifice de V arrangement dans la place des motifs principaux, dans le balancement des lignes de silhouette et la pondération générale des masses; préoccupation d'ordinaire peu habituelle aux peintres et sculpteurs non décorateurs. D'autre part, la coloration des sujets peints pourra être atténuée ou avivée suivant l'éclairage ou l'emplacement prévu, la distance du spectateur, etc.; enfin, d'une manière générale, s'affirmera une recherche d'effet indispensable à toute œuvre décorative. C'est donc bien plus d'un choix et d'un arrangement qu'il s'agit que d'une interprétation. Tel est ce panneau, style Louis XIV (fig. 33).
I. Cette division en trois modes n'a évidemment rien d'absolu. On pourrait tout aussi bien en trouver quatre, cinq et même davantage; nous l'avons adoptée pour la simplification de notre exposé. Un grand nombre de compositions décoratives peuvent enfin être mixtes^ c'est-à-dire comporter dans leurs différentes parties des modes différents.