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FIG- OO. C

La dimension des matériaux influe aussi, dans une certaine limite, sur la mesure de Téchelle. Ainsi, sachant que deux édifices sont construits en briques apparentes, il sera facile de déterminer, par l'observation du nombre des assises, leur rapport de grandeur; de même pour des meubles, des portes ou des lambris dans lesquels le nombre des panneaux accusera, malgré la latitude variée des bois en œuvre, la mesure probable de leurs dimensions; l'espacement des barreaux et l'épaisseur des fers d'une grille pourraient également renseigner sur son importance par le seul aspect du dessin.

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La nécessité d'envisager Péchelle suivant ces deux premières conditions s'impose à toutes les compositions de dessins et de maquettes destinées aux objets ayant une fonction pratique.

La condition de satisfaire à la vision d'ensemble est moins positive, mais peut se régler encore sur l'obligation de la lecture nette de l'ensemble et des détails; l'échelle décorative doit donc être proportionnelle à l'éloignement où d'ordinaire on apprécie une composition, c'est-à-dire à la distance minima nécessaire pour l'embrasser d'un seul coup d'œil : distance que nous appellerons distance normale, parce que, se trouvant réglée par l'ouverture de l'angle visuel, tout spectateur la recherche d'instinct *. De sorte que, si pour bien voir, il ne faut pas être contraint de se rapprocher pour lire les détails et de se reculer ensuite pour apprécier l'ensemble, l'amplitude de l'échelle sera, dès lors, non pas proportionnée à la dimension de l'œuvre, mais à la distance normale.

L'échelle est donc variable suivant la nature des compositions 2. Ainsi les bijoux, les bonbonnières, les enluminures de manuscrits et d'éventails, exécutés pour être appréciés de très jprès, ne réclameront qu'une échelle

1. C'est-à-dire qu'en deçà on se voit obligé de tourner plusieurs fois la tête pour percevoir les motifs, tandis qu'au delà certaines parties deviennent indistinctes. Il est inutile de dire que les aberrations de la vue (presbytie ou myopie) n'apportent aucune exception à la règle, les personnes qui en sont affectées en corrigeant les erreurs par les verres.

2. De là les expressions j'e/i/^ échelle et grande échelle, si fréquemment employées dans le langage des arts; comme on nomme hors d'échelle les motifs ne semblant pas posséder la mesure commune au reste d'une composition.

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réduite, tandis qu'on Tagrandira dans les panneaux, vases, meubles faits pour être observés de plus loin. Une assiette à dessert, par exemple, n'exigera pas une échelle aussi grande qu'un plat décoratif, de même dimension^ destiné à être suspendu à la muraille. Enfin, l'échelle grandira proportionnellement dans les tapisseries, vitraux, retables, et surtout dans les décors de théâtre et dans l'architecture qui obligent, pour être appréciés, à un recul de plus en plus considérable.

C'est pourquoi l'échelle des intérieurs est toujours plus réduite que celle des extérieurs, comme pourquoi dans les monuments élevés l'échelle doit croître de la base au faîte, les détails des parties supérieures ne pouvant être perçus qu'à une très grande distance; tels sont, par exemple, les trophées décorant la couverture du dôme des Invalides.

Certaines particularités peuvent être observées à propos de cette question; ainsi, dans une composition, la multiplicité des divisions, moulures, lignes de cadres et la profusion des détails impliquent très souvent, lorsque l'échelle humaine n'est pas en jeu, une certaine importance dans la dimension, comme on peut en juger dans la figure 89 où les formes compliquées ou détaillées présument certainement plus de grandeur que les autres. Il ne faudrait pourtant pas conclure de là que toute composition étendue doive être forcément compliquée, et les détails s'accumuler à mesure que la forme grandit; celle-ci peut être au contraire conçue avec sobriété; encore faut-il qu'en vue de remplir quand même les surfaces, les détails ne soient pas exprimés hors d'échelle (fig. 90).

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L^échelle doit enfin satisfaire à la condition du

milieu décoratif, c'est-à-dire conserver les relations de grandeurexistant dans la nature, et qu'on exige abs olument dans un tableau et un bas-relief où les figures humaines,

les animaux, les fleurs et les instruments sont

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tenus d'être représentés avec leurs dimensions relatives.

Quand une composition ne possède qu'un seul milieu décoratif, comme un panneau non encadré, un vase

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d'une seule venue, la bordure d'un champ uni, etc., le maintien de l'unité se fait naturellement; mais si l'ensemble est divisé en compartiments distincts, comme un meuble à montants, frises et volets décorés, un vase à zones multiples, un panneau à bordure, champ et médaillon, chacune de ces parties pourra nécessiter une

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échelle spéciale (fig. 91). Celte variété existera surtout si la composition comporte un mode mixte comme la plupart des tapisseries à larges bordure^ (fig. 36 et 2o3) .

Il en serait de même pour la diversité des matières en œuvre entrant dans la confection d^un même objet, les parties en bronze permettant une échelle différente de celles en bois et en ivoire.

Enfin, les représentations en camaïeu ou en grisaille pourront différer d'échelle avec les représentations colorées naturellement, comme encore les sujets tî^onqués ; bustes , gaines, termes, mufles de lion ou de béliers, chimères, mascarons, fleurons, culots peints ou sculptés ne nécessiteront point la même mesure que les personnages entiers et la flore vivante placés dans le même milieu décoratif (fig. 92).

Pour concilier la diversité des mesures avec la netteté que réclame la vision, c'est-à-dire pour conserv^cr l'unité d'aspect à l'ensemble, il suffira de simplifier les

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éléments petits d'échelle, tandis qu'on donnera aux motifs grands d'échelle une expression relativement détaillée. C'est-à-dire qu'il faut simplifier le décor à mesure que V échelle s'amoindrit^.

Licences d'échelle. — Ici, comme dans toute règle, il existe des exceptions motivées. Ainsi, une réduction d'échelle importante sera parfois appliquée à certains éléments décoratifs de grandeur considérable, par suite de l'impossibilité de les faire entrer dans une composition. Sans parler du soleil, de la lune et des astres, il en est comme les proues, poupes et mâts de vaisseaux, qu'on n'indique jamais, dans un assemblage d'emblèmes maritimes, qu'à une échelle réduite, par rapport aux ancres, poulies, harpons et cordages qui les accompagnent; de même pour les canons, rarement indiqués à leur échelle dans les trophées militaires, comme on verra d'autre part, sur le champ d'un blason, une tour fortifiée exprimée de la même grandeur qu'une simple merlette. Le symbole excuse facilement cette manière de procéder, à condition que les motifs réduits soient simplifiés en conséquence.

La réduction n'est pas d'ailleurs la seule licence permise, l'agrandissement pouvant être aussi motivé par des raisons d'un autre genre; ainsi, comme le décor de très petits objets entraînerait souvent à des difficultés d'exécution ou tout au moins à des minuties puériles

I. Il ne faut pas confondre Vexpressîon détaillée, qui veut dire la multiplication des détails, avec la minutie qui en est la facture finie et ultra délicate. Une expression détaillée peut avoir une facture simple.

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de facture, on agrandit alors l'e'chelle de certains détails pour rendre le sujet plus clair; ce qu^on observe dans nombre de monnaies et de médailles antiques dans lesquelles on voit certains attributs considérablement développés par rapport aux personnages (fig. gS). On remarquera d'ailleurs que ces emblèmes sont isolés des figures ; rattachés à elles, leurs dimensions deviendraient inacceptables. Cette licence a même été poussée très loin par les anciens dans leur glyptique, où Ton sait que les têtes des figures sont généralement tenues plus grandes que ne le comporte la proportion réelle, afin de rendre plus distincts les traits du visage.

A un autre point de vue, on trouvera encore dans Pantiquité la licence d^une échelle agrandie appliquée aux personnages principaux des compositions décoratives. Ainsi qui n^a remarqué, dans les bas-reliefs gravés sur les pylônes égyptiens, des chasses et des combats dans lesquels un Séti ou un Ramsès dépasse des deux tiers du corps les autres personnages de la scène? N'est-ce pas là la recherche évidente d'une mesure spéciale pour le sujet que l'on veut mettre en vue? Chez les Grecs on verra avec moins d'excès, dans le groupe de Laocoon, le père doué d'une taille exagérée comparée à celle de ses nis, modelés comme des hommes faits, et dans les NioDldes, la mère dépassant de beaucoup, non seulement le plus grand de ses enfants, mais le précepteur barbu qui les accompagne; relation choisie pour conserver

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à ces deux groupes une silhouette pyramidale répondant à une nécessité décorative.

L'art antique est d'ailleurs plein de ces libertés; les Amours qui accompagnent les Vénus, le Télesphore d'Esculape, les dauphins des médailles de Syracuse sont exprimés très réduits, en vue d'avantager la tigure principale. Plus tard enfin, on retrouvera cette préoccupation chez les Byzantins qui donneront à leurs Christs une taille de beaucoup supérieure à celle des anges et des adorants.

Ce n'est pas dire qu'il soit nécessaire de renouveler ces hardiesses, il faut faire la part de son temps, et notre art, épris de naturalisme, aurait peine à les accepter; on peut néanmoins en conserverie principe, en accordant toujours au sujet principal une importance relative, ce qu'il est facile d'observer dans un grand nombre de décorations de la Renaissance et des temps modernes*.

L'échelle réduite, appliquée aux détails secondaires, est parfois un moyen d'accuser la grandeur d'un sujet; ainsi, pour faire valoir une figure de grande dimension, mais isolée et manquant par suite de points de comparaison, l'artiste aura soin de maintenir les ornements de sa coiffure ou les motifs de la bordure de son manteau suivant une échelle réduite, contraste qui aura pour effet de rendre l'œuvre d'une grandeur encore

I. On peut juger de la justesse de ce principe en comparant les deux panneaux de Limosin, dits émaux de la Sainte-Chapelle, actuellement placés dans les vitrines de la galerie d'Apollon au Louvre; l'un, la Résurrection, étant d'un effet bien supérieur à l'autre, le Calvaire, grâce à l'importance la figure centrale du Christ triomphant.

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plus saisissante. C'est ainsi que Phidias a procédé quand, dans sa Minerve colossale, il n'a pas craint de représenter sur l'épaisseur de la semelle des sandales, non les joints d'une simple superposition de cuirs, mais toute une frise représentant la lutte des Centaures et des Lapithes*.

Il ressort de tout ceci que l'on ne peut agrandir ou réduire considérablement un sujet décoratif, quel qu'il soit, sans lui enlever une partie de son caractère; encore faut-il au moins apporter à chaque changement d'échelle une modification de détails motivé par l'agrandissement ou la réduction. C'est ce qui explique, pour les statues et objets d'art, l'effet douteux des réductions par des procédés mécaniques, certains détails devenant illisibles; un agrandissement aurait un résultat inverse : en étendant les détails trop sommaires, il ne produirait plus qu'une composition vide et nue.

Mais nous avons hâte d'arriver à un exemple précis de l'application de l'unité d'échelle aux diverses parties d'une composition.

Supposons qu'on ait à décorer d'une manière quelconque, en peinture ou en sculpture, en faïence, en marqueterie ou en mosaïque, le lambris d'une grande salle, composé d'une série de panneaux de même hauteur, mais ayant tous une largeur différente (fig. 94). L'harmonie générale de la pièce exigeant une unité d'échelle dans le décor de tous ces panneaux, nous allons rechercher méthodiquement le moyen d'y donner satisfaction.

1. L'Apollon d'Amyclée, le Jupiter Olympien et autres figures colossales des Grecs ont comporté également dans leurs accessoires : couronnes, trônes, sceptres et escabeaux, des détails d'échelle réduite par rapport à l'entourage.

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En premier lieu, nous choisirons un panneau qui, par ses proportions modérées, se trouve à même de présenter un cadre favorable à un arrangement décoratif destiné à servir de type : soit le panneau n° 2 de la série , dont la forme rectangulaire est une moyenne entre les autres. Nous composerons ensuite un motif de décor, composé d^un galon entrelacé formant deux demi-cercles et deux boucles, d^une fleur de lis ornemanisée au centre, d^un lacet à crossettes au pourtour, etc. Il s^agit maintenant d'adapter ce motif aux autres panneaux de manière à conserver le caractère à l'ensemble et surtout l'unité d'échelle.

Si nous essayons l'arrangement du panneau n° I, nous voyons que le motif -type ne peut se le-

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ger convenablement dans Tespace qui lui est dévolu, sans risquer de toucher les bords du cadre, c'est-à-dire de paraître étriqué et dUnterrompre le fond sur les côtés. En réduisant le motif de grandeur, on résoudrait certainement le problème; mais comme Péchelle serait immédiatement changée, il faut y renoncer. Que faire alors? Procéder par suppression et ne pas craindre de retrancher au motif-type les deux demi-cercles, pour l'insérer à Taise dans le cadre, en ayant soin toutefois d'en conserver les détails caractéristiques, comme le galon de même largeur, la même ouverture de boucles, la même fleur de lis, etc.

Passons au panneau n° 4. Cette fois le motif-type se trouve trop à l'aise et les vides désagréables des côtés du cadre ne peuvent être suffisamment remplis par le fond. Aussi n'hésiterons-nous pas, non à grandir le motif, ce qui changerait l'échelle, mais à le doubler en conservant les mêmes détails et en ajoutant un bouton central.

Vient ensuite le panneau n» 3, d'une largeur beaucoup plus importante; ici, le motif précédent, bien que déjà développé, est insuffisant à garnir la surface; on essayera donc un arrangement spécial reliant les deux motifs et conservant le caractère d'ensemble, en ajoutant sur l'axe quelques détails intéressants, cartel, couronne, banderole, etc.

Mais un dernier arrangement reste encore à chercher, c'est celui du petit panneau n** 5, dont la largeur exiguë semble se prêter difficilement à l'unité requise. En effet, on essayerait vainement d'y introduire le motif-type, même réduit à la simple expression du

panneau n° i. Qu'indiquer alors dans un champ aussi restreint? Rien:sQrah déjà une solution convenable, la nudité étant souvent une excellente excuse en fait d^art-, cependant en essayant d^y loger quelques-uns des éléments typiques, comme la fleur de lis, par exemple, et une partie du lacet, on parviendra à conserver au décor de ce panneau minuscule un reflet du reste de la composition. La méthode à suivre pour le maintien de Téchelle consiste donc à simplifier ou à multiplier les motifs, et non pas à les réduire ou à les agrandir.-

Le décor uniquement composé de motifs abstraits se prête, il est vrai, plus facilement aux transformations que les éléments de la flore, de la faune et surtout que la figure humaine, qui nécessite certains ménagements pour ne pas devenir ridicule. Nous prendrons donc, cette fois, quatre panneaux de largeur différente, comportant dans leur décor des masques, des guirlandes, des feuillages, des consoles, lauriers et mascarons coiffés d'aigrettes (fig. 95). On choisira encore un panneau possédant une proportion moyenne et, une fois le motif-type adopté, il sera racile de retrouver dans les panneaux, à Taide de la méthode

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précédemment décrite, les mêmes éléments décoratifs simplifiés ou multipliés, sans aucune réduction ni agrandissement. Ainsi les masques conserveront la même ampleur de traits; les consoles, des volutes et ressauts semblables, Taigrette la même dimension de palmes;

quant aux feuilles de laurier, elles resteront de surface analogue, mais deviendront seulement nombreuses ou clairsemées.

Il est évident que rien n^oblige à traiter le même décor dans une suite de panneaux contigus et d'égale largeur, car c'est souvent, à cause de Pégalité de la forme- que la variété des détails sera requise; mais pour que Vunité d'échelle ne soit pas violée, il faut avoir soin de retrouver dans les détails, dont le rôle est le même, des analogies de dimensions et de saillie, de mé-

nager des espacements analogues sur le fond, et enfin de disposer les motifs principaux à des emplacements identiques; tel ce lambris de la Renaissance (fig. 96).

En ce qui concerne particulièrement la figure humaine, il faut se garder, si son introduction dans un décor est obligatoire, de la réduire maladroitement, quand même l'emplacement à remplir serait trop restreint; il est alors préférable de la tronquer en buste ou en camée; si pourtant Ton voulait la conserver ea

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motif donné

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pied, on modifierait Page en remplaçant Vadulte par l'adolescent^ ou au besoin par V enfant, dont les formes, dans une hauteur semblable, accusent un agrandisse-^ ment d'échelle. On pourrait, pour la même raison, remplacer un oiseau par un papillon et même par un moucheron, pour contenter l'échelle décorative dans une composition fleurie.

Comme conséquence de l'unité de l'échelle, on devra se garder, dans deux bordures de largeur diffé» rente appartenant à la même composition, de répéter exactement un décor semblable, mais modifier, par des

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