I. Voir deuxième partie, § I : du granit taillé
que les Égyptiens, Temploi de reliefs extrêmement méplats, et même renfoncés jusqu'au nu avoisinant (fig. m).
Pour une autre raison nous retrouverons à la Renaissance les bas-reliefs traités par Jean Goujon à la Fon-
FIG. Il£.
taine des Innocents, avec une saillie également réduite pour faire contraste avec les reliefs de Parchitecture.
Il existe encore une manière subtile d^interpréter les reliefs décoratifs et qu'un peuple raffiné, comme les Byzantins, était seul capable de trouver; ainsi, pour parvenir à donner à une sculpture ornementale très méplate une certaine variété d'aspect, ils ont souvent fait intervenir un dessous 7'en/lé, suivant une sorte de boursouflure qui, accrochant la lumière
force ainsi rattention sur certains points choisis (tig. 112).
L'art arabe et celui de la Renaissance ont repris cette donnée au service de Parmurerie et de l'orfèvrerie où
Ton retrouve des renflements orne's et des mamelons relevés en bosse d'un modelé bien approprié au travail du martelage (fig. 161). On en trouve encore l'application dans les anciens bronzes chinois et dans les cuivres repoussés de l'art indo-persan.
*j8 LA COMPOSITION DÉCORATIVE.
Plusieurs moyens, d'ailleurs, peuvent être mis en jeu pour varier une riche décoration sculpte'e; soit en relevant un fand très méplat piar des détails de fort relief, ou, au contraire, en ménageant, sur un fond mouvementé, des détails unis que leur simplicité fera nécessairement ressortir (fig. ii3).
Ce Jeu brillant du contraste se retrouve à tout instant dans les arts décoratifs, et tel bouclier arabe à champ simple et nu, mais garni d'un ombilic saillant €t de quelques rares reliefs savamment disposés sur la bordure, produira souvent plus d'effet que ceux dont la surface est couverte de bas-reliets, combats, figures allégoriques, rinceaux, mascarons et trophées traités avec une égale saillie, et dont la richesse et l'abondance ne sauvent pas la monotonie. Défaut facile à constater dans certaines pièces d'orfèvrerie et d'armurerie de Pépoque des Valois.
On peut citer, comme exemples d'une belle répartition des reliefs^ les frises d'encadrement des portes de la Renaissance italienne et particulièrement celles de Ghiberti, au Baptistère de Florence; leur comparaison avec les portes lombardes, non au point de vue du goût des détails pris isolément, mais à celui de l'effet d'ensemble, est tout à l'avantage des premières. Parmi les œuvres exquises de la Renaissance française, il faut mentionner aussi les admirables portes, dites de Jean Goujon à Saint-Maclou de Rouen, si malheureusement mutilées lors de la Révolution.
Enfin tout ce qui vient d'être dit à propos du contraste du relief et du modelé dans les détails peut s'appliquer absolument à celui des teintes et des valeurs,
si Ton oppose des détails monochromes et d'à plat k d'autres multicolores ombrés et modelés (tig. ii5). Ces moyens d'expression découlent tous de la même source : la variété^ c'est à elle qu'ont eu recours tous les peuples quand ils ont voulu apporter de l'éclat et de la vie à leurs compositions décoratives.
Mais, si le principe de l'opposition des nus et des reliefs est excellent à connaître, son emploi est, en somme, banal et, pour ainsi dire, à la portée de tout le monde; la difficulté est plus sérieuse quand il
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Fie. IIJ.
s'agit de décorer avec richesse une surface de grande étendue.
Les Arabes et les Maures d'Espagne sont restés, à cet égard, les maîtres du genre et, dans le décor de leurs murailles garnies de stucs colorés, ils ont su, grâce au goût inséparable chez eux de l'imagination la plus féconde, éviter le désordre aussi bien que la monotonie.
Leur procédé ordinaire consiste à superposer, sur un jeu de rinceaux compliqués et de relief très méplat, un galonnage plus saillant, à méandres variés; puis ih font courir sur le tout un entrelac uni, large et voyant, dont l'effet simplifie l'ensemble et règle la composition; enfin, par quelques boutons, pommes de gre-
LA THEORIE
nade, fleurons ou écus disposés avec ordre en des points ctioisis, ils complètent un décor à la fois d'une richesse merveilleuse et d'une clarté saisissante (fîg. 114).
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Beaucoup de compositions multiflores indo-persanes présentent des applications intéressantes de ce même
If-: LA COMPOSITION DECORATIVE.
principe; nombre de reliures de la Renaissance comportent aussi des mélanges de galonnages et d'arabesques à la fois compliqués et facilement lisibles.
Par contre, on verra Part indien, le gothique flamboyant, la Renaissance flamande et espagnole ^ apporter trop souvent dans leur ornementation une exubérance exagérée de détails et ne pas toujours arriver au résultat qui semblerait devoir être le prix de tant d'efforts pour plaire.
La répartition des moulures unies et ornées participe à ces mêmes lois des contrastes *. En principe, dans Tarchitecture comme dans le mobilier, on évitera de faire suivre immédiatement deux moulures décorées, mais en ayant soin d'intercaler entre elles des parties lisses dont la sobriété aidera à la lecture à distance ; ces parties lisses ne comprennent pas seulement des filets, listels ou tarabiscots, dont la largeur restreinte se prêterait d'ailleurs mal àFornementation, mais aussi des champs et des moulures d'un certain développement. Si néanmoins une riche composition exigeait que des moulures contiguës lussent ornées, il faudrait alors en varier visiblement les reliefs. Ce contraste peut s'observer dans certains groupes de moulures de Tépoque byzantine traitées tour à tour gravées, méplates et vigoureuses (fig. 1 16).
Dans les styles modernes nous trouverons, notam-
1. Ce style espagnol du xvi' siècle, appelé aussi plateresque (de plateros, orfèvre), donne bien l'idée de la fièvre de luxe qui envahit l'Espagne et le Portugal, à la suite de la découverte des mines d'or du Brésil.
2. Voir chapitre I, ? \ï, et chapitre III, g III, ce qui a dcia été dit au sujet des moulures.
LA THÉORIE
ta
ment sous Louis XVI, une répartition très bien calculée des moulures ornées; aussi l'impression résultante estelle claire et distincte, nul effort n'étant nécessaire pour apprécier les corniches et les cadres les plus compliqués ^
l VIII. — DE LA CONTIGUÏTÉ DES MOTIFS
Avant d'étudier les rapports de contiguïté entre les divers motifs du décor, il est essentiel de préciser les, trois expressions figurées de l'ornement (fig. 117).
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L'ornement est dit linéaire^ quand il est rendu par de simples traits sans épaisseur (A); wep/a^, s'il est indiqué par deux traits espacés limitant une surface plane (B), et enfin solide, quand il possède des reliefs variés en tout sens, vrais ou figurés (C). Un même détail peut d'ailleurs passer par ces trois expressions à la fois.
I. Les Romains des derniers temps de l'empire ne semblent pas avoir tenu compte, dans leurs moulures, de cette alternancesi bien comprise par leurs prédécesseurs, et surtout par les Grtci».
Le souvenir d'arrangements entrevus dans la nature ou dans la vie réelle est d'une influence très directe dans cette question, un ornement n'étant jamais complètement abstrait, mais rappelant presque toujours à Fesprit une matière dont les propriétés physiques semblent concorder avec son apparence. Ainsi un détail linéaire reportera inconsciemment le souvenir vers un fil, un lacet, un cordon, ou encore une tige ou tringle métallique tordue et assouplie; d'autre part, un détail méplat rappellera plutôt un ruban plat, un galon d'étoffe, une lanière de cuir, ou encore une plaque de carton, de bois ou de métal découpés ; tandis que par ses expressions multiples l'ornement solide reportera la pensée vers une infinité d'objets de matières diver-» ses.
A l'aide de cette influence du souvenir, il sera certainement plus facile de régler les rapports entre les divers motifs en jeu, que de laisser à la fantaisie seule le soin de procéder à leurs multiples arrangements.
Ces rapports sont de trois genres :
1° Le rapprochement avec une liaison intermédiaire;
2° La tangence avec ou sans entrelacement;
3° Le croisement direct.
Rapprochement. — Le rapprochement s'effectue, pour les détails linéaires et méplats, par analogie avec les éléments qu'ils rappellent, c'est-à-dire par des liaisons se raccordant suivant la normale ou la tangente. Le sens normal simulera les assemblages ordinairement choisis dans la ferronnerie, dans les découpures de bois ou de métal, tandis que le sens tangent exprimera mieux le
LA THEORIE
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jeu des soutaches et des galonnages (fig. ii8). Aussi les attaches biaises, gauches et indécises sont-elles défectueuses, le souvenir ne retrouvant, dans leur emploi, aucun écho de la réalité.
FIG. Il8.
Tangence. — La question devient plus délicate avec la tangence; pour les détails linéaires, le raccord s^effectuera avec facilité, grâce à l'aspect d'entrelacement qui résulte du peu d'épaisseur de Tornement; cepen-
^> id. défectueuse — ■p=
dant, comme la liaison paraîtrait faible et maigre, on introduit parfois une petite bride de renfort ou un remplissage d'angle rappellant ceux qui sont journellement en usage dans la jonction des fers forgés (fig. 119). Par contre, la tangence réussit généralement assez
COMP. DECOR
mal avec les détails méplats et solides, Pabsence d'attache rendant, pour ainsi dire, ]e glissement inévitable, comme cela d'ailleursexisterait pour des plaques découpées ou pour des formes solides qui ne se toucheraient qu^en un point. Il est donc presque indispensable, si on n'entrelace ni ne fond ensemble les détails, de les rattacher ou d'en voiler la jonction par des liens isolés tels que des embrasses : feuilles, culots, cuirs,
riG. I20.
agrafes, boutons et clous si fréquemment associés au décor depuis le xvi* siècle (même tig. 119).
La transformation de la tangence en entrelacement •est, d'ailleurs, excellente dans la coniiguité des détails méplats de même nature, à cause du rappel des jonctions observées dans les galonnages d'étoffes.
On trouvera dans la figure 120 une comparaison de ■divers arrangements d'une bordure composée d'un galon varié approchant un cadre. Le choix sera libre pour les jonctions A, B ou C, mais non pour D, le contact pur et simple étant ici défectueux.
Une conséquence immédiate du défaut de la tan- ^ence mai comprise se retrouve dans la butée mala-
LA THEORIE
droite d'ornements venant toucher le cadre ou la bordure e« un point; coïncidence fâcheuse dénotant la gêne et le manque de place. Mieux vaudrait, dans le cas où l'on ne pourrait maintenir tjyvaritiV
les motifs à distance, les faire passer franchement par-dessus la bordure ou les perdre en dessous.
Pourtant, si la nature des motifs méplats ne rappelait à Tesprit ni le ruban, ni la plaque découpée, mais semblait exprimer plutôt un assemblage ajusté et fixé en plein sur un fond,
comme dans la mosaïque, la marqueterie ou le dallage^ la tangence pourrait être acceptée sans réserve, puis-
qu'on n'aurait plus à redouter l'apparence du glissement ou de la rupture (fig. 121).
Croisement — Enfin, lorsqu'on a jugé opportun de
faire passer l'un sur l'autre deux motifs, il faut avoir soin d'en disposer les croisements aussi normalement que possible, c'est-à-dire suivant une direction approchant de Pangle droit; de cette manière, les intersections sont nettes et bien précisées, tandis que les ren-
contres aiguës ou les fausses tangences empâtent les angles et rendent les prolongements incertains (fig. 122). C'est surtout quand les croisements sont multiples et compliqués, qu'il faut avoir soin d'espacer convenablement les intersections, de manière à permettre à l'œil de suivre sans effort le jeu des méandres; obligation très bien comprise par les Orientaux dans les nattés et entrelacs décorant leurs bronzes, stucs, faïences et verreries émaillées, qui restent, malgré leur complication, d'une clarté parfaite (fig. 114 et i23), tandis que
LA THÉORIE
Ton verra les entrelacs celtiques, lombards et saxons offrir une certaine confusion dans la plupart de leurs croisements. La Renaissance a donné d'excellents modèles d'entrelacs variés et de lecture facile, dans ses nielles et plaques de reliure (fig. 167 et 201).
En principe, il est de toute nécessité, dans les entrelacements, de faire recouvrir alternativement Iqs lacs de
manière à les nouer, comme on procéderait, en réalité, dans la confection des nattes et tresses de passementerie ou dans les épissures de cordages.
Tout ce qui vient d'être dit pourrait s'appliquer à des ornements moins précis, tels que les damassés de rinceaux, les verdures à branchages, les jeux d'arabesques filiformes, enfin à tous les éléments déliés où se retrouve le cas d'une rencontre, d'une superposition ou d'un entre-croisement. On peut l'étendre enfin aux détails modelés, quels qu'ils soient, rubans plissés, dra-
I50 LA COMPOSr^JON DECORATIVE.
peries volantes, palmes, guirlandes, cartels découpés, armures et instruments, et même aux animaux et aux figures humaines, du moment qu'ils se rapprochent, se touchent, se groupent ou se confondent d'une manière quelconque dans une composition décorative (fig. 124).