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IX. — DE LA VRAISEMBLANCE DU DÉCOR

La vraisemblance dont nous parlor^ ici n'est que la part de vérité nécessaire à la satisfaction du bon sens, la lantaisie la plus audacieuse ayant besoin, pour être comprise, de se rattacher, au moins en quelques points, à la réalité. Ainsi Ton admettra aisément qu'une figure volante de Pompéi ou d'Herculanum se maintienne sans ailes dans l'espace, la supposition d'un pouvoir surnaturel étant rendue vraisemblable par son attitude enlevée; tandis qu'on comprendra moins l'isolement de certaines figures byzantines suspendues, parce qu'elles comportent une attitude de repos absolument en désaccord avec la suppression du sol, beaucoup de ces personnages étant représentés hanches et portant sur une jambe qui ne s'appuie sur rien (voir fig. 35). Ne posséderait-on que l'indication d'un nuage, d'une ligne de terre, comme dans les peintures antiques, ou d'un petit rectangle de dallage figuré dans certaines mosaïques du Bas-Empire, que cette concession serait suffisante pour satisfaire la vraisemblance (fig. i25).

Voici maintenant un plat décoratif dont le sens verti' cal est marqué par le sujet du centre ; tout autour sont disposés des enfants portant des guirlandes rattachées à des

LA THEORIE

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cartels (fig. 126). Si ces motifs de décor sont traités conventionnellement, en grisaille ou en camaïeu, personne ne songera à la situation anormale des enfants placés la tête en bas, non plus qu^à la courbure des guirlandes remontant à Tinverse des lois de la pesanteur ; mais si l'on prête à ces enfants et à ces guirlandes un modelé excessif et une couleur réelle, semblant les doter d^une

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sorte de vie, le décor deviendra aussitôt invraisemblable. Prenons encore un sujet décoratif, fréquemment employé à la Renaissance et dans les temps modernes^ dont Tarrangement banal est excellent pour la démonstration (fig. 127); soit un de ces panneaux conçus dans le deuxième mode, comportant une figure centrale reposant sur un cul-de-lampe, maintenu par deux consoles

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feuillées, sur lesquelles viennent reposer des colonnettes servant de support à un baldaquin de couronnement. Il est certain que personne ne recherchera de quelle matière est composé cet échafaudage et quelle sera la mesure de sa solidité; néanmoins on sentira fort bien, malgré la fantaisie du sujet, que Tinvraisemblance

pourrait s^y introduire sous beaucoup d'aspects, si Ton n'avait soin de retrouver dans la proportion des motifs un souvenir affai-

bli des exigences de la réalité ^ Le culde-lampe, par exemple, est-il i-iG. i2(.. très étroit (a),

aussitôt la figure paraîtra gênée et contrainte dans son allure; est-il très large (^), le personnage trop à Taise n'aura plus sa place marquée. Les consoles, dessinées très menues (c), par rapport à des colonnettes très grosses, sembleront ployer sous le poids qu'elles supportent; inversement (d), elles paraîtront lourdes et d'une solidité exagérée par rapport à Tobjet supporté. Si la retombée des

I. Nous avons déjà parlé, au chapitre P*", g III : de la Stabilité, de la tantaisie permise aux représentations décoratives.

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colonnettes est normale à la courbe des volutes, en même temps que prolongée d'une petite chute de rappel à la partie inférieure, comme dans ladite figure, Tappui sera excellent; placée sur la pente, elle paraîtrait glisser

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et réquilibre serait menacé, enfin une constante relation devrait encore exister entre les colonnettes et le baldaquin, celui-ci ne devant être ni trop lourd (e), ni trop mesquin (y), par rapport à la figure, toutes précautions nécessaires, pour arriver à contenter entièrement la vraisemblance.

Mais, demandera-t-on, quelle est la mesure à garder,

15+ LA COMPOSITION DECORATl\E.

quelle épaisseur doit-on donner aux détails? On comprendra qu^il n'y a ni mesure ni épaisseur à préciser, puisqu'il n^ a pas de matière en œuvre. Ce que nous voulons, c'est avertir Tartiste de la part faite à Tappréciation, dont la mesure, si elle ne peut être calculée mathématiquement, est en somme fournie par la raison. N'est-ce pas, d'ailleurs, Michel-Ange qui a parlé du compas dans l'œil? Lui ou un autre, peu importe; toujours est-il que l'artiste n'obtient la possession de cet instrument immatériel que par la raison, appuyée sur la comparaison incessante des belles œuvres.

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